Son : Très bon.
Lumières : Bonnes.
Affluence : Soutenue.
Ambiance : Bon enfant.
Moments forts : Benighted, Tagada Jones, Behemoth, Shining.

Cette seconde journée sur le site de Kerboulard commence un peu tardivement, soit après les deux premiers groupes. Enemy of the enemy déboule et surprend l’assistance. Voulant remettre au goût du jour une fusion antédiluvienne, le quartet prend le risque de se prendre un vent. Par bonheur, ce n’est pas le cas ; le public adhère plutôt bien à cette mollassonne resucée de Sugar Ray. Bloqué dans les Nineties, Enemy of the enemy amuse au mieux… Ennuie, au pire.

Enemy Of The Enemy (59)

Avec The Decline, pas de déception à noter. Les Rennais nous assènent un punk rock à l’ancienne. Leur musique est revigorante, pêchue et donne l’irrésistible envie de s’installer près du zinc d’un pub irlandais. Le tout est mené par un chanteur à la gouaille imparable qui comble un public connaisseur. Une conclusion s’impose: ce punk rock sympathique et sans prétention fait de The Decline un groupe à suivre.

The Decline (65)

La venue de Brother Dege au Motocultor reste un mystère. S’il bénéficie d’un minimum de reconnaissance, via sa participation à la bande originale du dernier Tarantino, cet artiste reste difficile à cerner musicalement. A la fois folk, psyché et planante, sa musique déconcerte et, au final, provoque l’ennui. On subit plus qu’on apprécie cette musique. Elle nous incite même à rejoindre le sympathique Metal Market qui nous tendait les bras.

Brother Dege (27)

Carnival in Coal, dont c’est le tour d’honneur, a délivré une prestation honorable. L’orchestre, mené par un Arno Strobl très en voix, assure le job avec bonheur. Il semble beaucoup s’amuser. Strobl, même s’il est diminué par une entorse, communique son enthousiasme. Il est plaisant d’entendre le cultissime « Yeah, oystaz » et de guincher sur la reprise de « Maniac » où le groupe est rejoint par l’honorable Stephane Buriez. Bon concert, même si un peu plus de folie aurait été la bienvenue.

CinC (75)

La première grosse fessée de la journée nous est donnée par Benighted. Le groupe est en grande forme. En enchaînant de manière quasiment ininterrompue ses brûlots death-grind, les Stéphanois ne peuvent pas se tromper. Benighted n’a jamais été aussi bon et provoque les premiers vrais remous dans la fosse. Fiévreuse, la formation ne débande pas un seul moment et sort victorieuse de l’arène. Julien (voix) et Olivier (guitares) peuvent être fier de ce qu’est devenu Benighted : un groupe extrême qui compte. Le public est rincé, heureux d’avoir assisté à un des meilleurs concerts de la journée.

Benighted (164)

Benediction ne s’est pas non plus fait prier. Le groupe de Darren Brookes, Peter Rew et Frank Healy affiche une forme éclatante. Mené depuis un petit bout de temps par le très compétent Dave Hunt (hurleur chez Anaal Nathrakh),il fait ce qu’il sait faire de mieux : du death old school. Puissant et en aucun cas rétrograde, Benediction nous livre un show tendu, mais bon enfant. Voir ces académiciens du death prendre du plaisir et entretenir cette flamme loin de se tarir, ça fait du bien.

Benediction (31)

Tagada Jones, fort d’un excellent dernier album, est un groupe né pour la scène. Les Bretons nous démontrent, une fois encore, qu’ils restent les maîtres dans ce domaine. Tendus, les Tagada Jones rentrent sans attendre dans le vif du sujet. « De l’amour et du sang », puis « Instinct sauvage » ne font pas de quartier ; le public prend une claque. Le chant de Niko est enragé tandis que Stef semble remonté comme un coucou suisse. En finissant son show avec le fédérateur « Karim et Juliette », le groupe est à son meilleur. Toujours revendicatif et de plus en plus violent musicalement, Tagada Jones reste nécessaire ; il ne s’est guère émoussé en plus de vingt ans. Véritable antidote à la connerie et au marasme ambiant, Tagada Jones est un groupe des plus respectables.

Tagada Jones (90)

On ne présente plus Mumakil, véritable rouleau compresseur grind helvète. Le quartet n’y va pas avec le dos de la cuillère pour violenter l’audience. La musique de Mumakil est véloce, abrupte, frontale. Tom, chanteur qui en impose, hurle à s’en déchirer les cordes vocales, tandis que Jérôme « Jéjé » Pellegrini tricote moult riffs complexes et vicieux. C’est une leçon de grind donnée par un de ses meilleurs représentants.

Mumakil (74)

L’événement du jour, pour beaucoup de personnes, est la venue des Sheriff en terre morbihannaise. Il s’agit ici du dernier concert d’une tournée de reformation inespérée. Pourtant, même s’il fut agréable, ce concert des Sheriff ne tourneboulera pas les esprits. Même si les titres phares sont joués (« C’est pas Verdun », « Bon à rien »…), on se lasse rapidement. Les temps morts cassent une dynamique qui n’est pas à la hauteur de ceux que l’on a nommés exagérément les Ramones français. Reposons nous donc sur les albums du passé, s’il on veut (re)découvrir l’héritage musical des Sheriff.

Sheriff

Il s’en est fallu de peu pour que Behemoth, tête d’affiche du jour, ne joue pas ce soir. Suite à un problème de transport, l’ensemble du décorum du groupe polonais n’a pu arriver sur le site de Kerboulard. Pas démontés pour autant, Nergal et consorts se décident à jouer sans fards, au naturel, bannissant les photographes par la même occasion. Peu importe, la magie est là.
Encapuchonnés comme des Nazguls et soutenus par de superbes lumières, les membres de Behemoth dégagent une aura maléfique. « Blow your trumpets Gabriel », superbe, donne le ton d’un concert anthologique. Noirs, nihilistes et sans compromis, les morceaux s’enchaînent avec limpidité. Pour ne faire plus qu’un.
Délivré de ses oripeaux, Behemoth joue au plus près de l’os; délivre un concert unique qui comptera dans son histoire. La messe se conclue logiquement avec « O Father O Satan O Sun ! » qui convainc même les sceptiques.

Shining

Il est tard quand Shining monte sur scène. C’est sur le terrifiant « Förtvivlan, min arvedel » que commence le grand concert « malade » du Motocultor. L’attitude de Niklas Kvarforth y fait pour beaucoup. Ce dernier fait le show à lui tout seul : agrippant un pauvre photographe, insultant le public et optant pour une attitude clairement misanthrope. Extrême d’un bout à l’autre, tordu, fou et dérangeant, Shining reste un des piliers de la scène black metal actuelle. Pour preuve, le concert de ce soir qui marque la fin des hostilités de la journée.

Nico.

Vous trouverez toutes les photos de l’édition 2014 du Motocultor ici.