Tout un chacun l’oublie bien souvent, et particulièrement en France, mais notre voisine helvétique est une terre accueillante pour notre genre musical favori. Quasiment toutes les tournées européennes passent par la Suisse (à minima à Pratteln près de Bâle) alors qu’elles évitent bien souvent l’hexagone. Aux côtés des GOTTHARD, CORONER, SAMAEL et autres TRYPTIKON, une belle scène métal folk/pagan se développe petit à petit de l'autre côté des Alpes. ELUVEITIE est un peu l’arbre qui cache la forêt, d’autres groupes talentueux se pressent au portillon. Parmi eux, CASTLEWAY tente vaille que vaille de faire son trou.
Sans se prendre trop au sérieux (cf le biographie disponible sur le site du groupe), les six membres (complété d’un ingé-son) de CASTELWAY ont récemment franchi le Rubicon et proposent un premier album, Tales from the Old Times. En un peu plus de quarante minutes, les helvétiques nous invitent à nous replonger dans la riante période viking. Cette référence aux conquérants scandinaves est surtout thématique et irriguent les paroles des différentes chansons proposées ici. Au niveau musicale, n’imaginez pas un métal proche d’un AMON AMARTH, le propos est plus folk avec un violon omniprésent en plus des guitares/basse/batterie. Au jeu des comparaisons, ils seraient plus proche des finlandais de KORPIKLAANI ou d’ENSIFERIUM. La majorité des titres, calibrés autour des 3-4 minutes, sont menés pied au plancher, CASTLEWAY n’est pas venu pour épater la galerie. Pour peu que vous soyez sensible à ces douces mélodies folk/pagan, vous résisterez difficilement à «Deep Down In Hel» ou «Korobeïniki» et sa mélodie russe si familière. Le chant extrême/growl fait partie des passages obligés et le hurleur de service, Julian Gomez, s’en sort avec les honneurs. Les chansons de ce Tales from the Old Times sont bonnes, elles s’enchaînent assez naturellement, à toute vitesse et sans temps mort. Le headbanging peut être intense, attention aux torticolis.
Avec un peu de recul, il faut reconnaître que le résultat est très convaincant pour un premier album, les suisses ne réinventent pas la roue mais le travail a été fait avec application et sérieux. La production s'avère correcte même si elle manque de l’impact et de l’énergie des groupes majeurs. Les moyens ne sont pas non plus les mêmes. Nous en arrivons presque à regretter que CASTLEWAY n’ait pas pris plus de risques et soit resté très sage, en appliquant à la lettre la recette du bon folk/pagan métal. L’album se termine même par une chanson plus légère, à boire, au titre simple de « Lai Lai Lai Lai Hey » (vous avez au moins là déjà le refrain). L'audace viendra sans doute avec l'expérience.
Oshyrya (7,5/10)
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Autoproduction / 2013
Tracklist (41:27 mn) 01. The First Battle 02. Valkyrior 03. Deep Down In Hel 04. Fenrir's Revenge 05. Korobeïniki 06. Witness 07. Shaman 08. The Herald 09. The Young Man I Was 10. Lai Lai Lai Lai Hey
Vous aurez sans doute du mal à me croire mais la rédaction régulière de ces chroniques poussent les humbles membres de ce site à la réflexion. L’album qui nous réunit aujourd’hui pose la question de l’éclectisme. Cas concret avec ABINCHOVA, un groupe de death/folk métal mélodique originaire de Lucerne, en Suisse. Pas moins de sept personnes se partagent la scène, la formation métal classique agrémentée de deux chanteurs (voix féminine et masculine) ainsi que d’une violoniste (oui le compte est bon puisqu’elle assure justement aussi le chant féminin). Après une première démo, Hörensagen, en 2009 les voici qui proposent en 2011 ce premier opus, Versteckte Pfade.
Un mot sur la forme d’abord. L’album se présente comme un beau Digipak à trois volets, l’artwork est soigné, original à défaut d’être génial. Saluons les efforts pour proposer un bel objet et sortir des sentiers battus. Sur le fond maintenant, et pour reprendre ma thèse du début, ABINCHOVA a fait le choix de l’éclectisme. A partir d’une base death/folk métal mélodique, les suisses ont su intelligemment introduire divers éléments pour enrichir leur musique. Ils n’ont pas hésité par exemple à utiliser un chant féminin lyrique dans certaines chansons («Pestfinger»), des passages tantôt extrêmes («Die Züsler») tantôt épiques («Heimatlos»). Pour être encore plus clair, prenez ENSIFERIUM, ajoutez-y des touches d’IN EXTREMO, de NIGHTWISH, de TURISAS et de SVARTSOT. Cet éclectisme est risqué et peut déboucher sur un vaste patchwork d’influences mal maîtrisées, des chansons décousues sans grand intérêt. Cet écueil a été brillamment surmonté par ABINCHOVA qui a su digérer et s’approprier ses différents courants de la scène folh/pagan. Ils ne font pas preuve d’une folle originalité mais leur propos est maîtrisé. Techniquement rien à redire non plus. Les musiciens offrent une belle prestation, la production est tout à fait au standard européen avec un son à la fois limpide et puissant.
Avec Versteckte Pfade, ABINCHOVA se positionne comme une outsider sérieux sur la scène folk métal européenne. Etonnant que les Suisses n’aient pas trouvé un label avec un album de cette qualité. Depuis la parution de cet opus, de l'eau a coulé sous les ponts. ABINCHOVA a connu un changement de line-up, a sorti un single et se prépare désormais à enregistrer un deuxième disque sous la supervision de Tommy Vetterli (CORONER, 69 CHAMBERS). Sortie prévue en 2014.
Oshyrya (08/10)
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Autoproduction / 2011
Tracklist (60:25 mn) 01. Präludium 02. Versteckte Pfade 03. Hörensagen 04. Pestfinger 05. Heimatlos 06. Die Züsler 07. Abenteuer 08. Der Geigenspieler 09. Ein Lied 10. Hundert Raben 11. Eule
La Slovénie reste un pays franchement méconnu en Europe occidentale. La moitié de la population française (dont votre serviteur) ne doit pas savoir placer cette ancienne république de la fédération yougoslave sur la carte. On savait nos amis d’Europe centrale amateur de métal et il n’est donc pas étonnant de voir progressivement arriver des groupes originaires de ces contrées. Louons donc le label Metal Tank Records qui ne permet de prendre contact avec VIGILANCE, une formation prometteuse de Speed / Heavy métal.
Prometteuse oui car sans faire de l’angélisme primaire, j’ai trouvé une certaine candeur, un son honnête et frais au sein de ce Queen of the Midnight Fire. Pour un premier opus, VIGILANCE offre un travail sérieux et appliqué, largement à la hauteur de groupes plus expérimentés et installés. Bien sûr les slovènes ne réinventent pas la poudre et reste dans les canons du genre, leur philosophie reste old school. Il ajoute un petit côté sombre et malsain qu’ils qualifient d’occulte. C’est la mode en ce moment… Dans l’ensemble les différentes compositions passent bien même si la production est assez brute de décoffrage. Le son n’est parfois pas loin de celui d’une démo. Enfin nous pardonnons à VIGILANCE, le budget étant sans doute plus que limité. Les guitares mènent les débats à travers quelques riffs bien sentis et elle sont efficacement épaulées par une basse omniprésente et une batterie complexe. Mention bien au chanteur Jakob Rejec qui est loin d’être ridicule. Les influences des grands anciens, BLACK SABBATH, MERCYFUL FATE ou même CANDLEMASS sont assez évidentes, les slovènes restent très respectueux de cet héritage.
VIGILANCE n’a que trois ans d’existence et ses membres manquent un peu de maturité au niveau musical. Cependant, ils maîtrisent déjà les ficelles du répertoire métal classique. La production laisse encore un peu à désirer mais cet écueil se surmonte rapidement avec un peu d’indulgence. Il faut bien que jeunesse se passe…
Oshyrya (07/10)
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Metal Tank Records / 2013
Tracklist: 01. Queen of the Midnight Fire 02. Behind the Cellar Door 03. SpeedWave 04. What Lies Beyond… 05. Night Terrors 06. Four Crowns of Hell 07. Poetry and the Gods 08. Under Sulphurous Skies 09. Ritual of Death