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Netherlands Deathfest 2019

Son : de moyen le premier jour à très bon sur le main stage dès le lendemain.
Lights : bon, sans excès
Affluence : en recul sur la précédente édition
Ambiance : excellente
Moment fort : Unleashed

Photos : Hamster.

Pour cette quatrième édition à la programmation travaillée, le Netherlands DeathFest a réduit la voilure. Le Patronaat, salle annexe, n’a pas été sollicitée. Le merch a considérablement perdu en termes de présence, comme si tout le monde avait anticipé une fréquentation en baisse. Pourtant, les organisateurs avaient tenté de mettre les petits plats dans les grands en organisant un duel à distance entre les grands anciens du Death Metal : Suédois d’un côté avec Unleashed, Deicide issu de Floride de l’autre. On notera, aussi, les choix prêtant à controverse mais assumés comme la présence, en début de soirée, des Polonais de Mgla.

En termes de fréquentation, comme l’année précédente, la moyenne d’âge s’affiche autour des 35 ans. La présence féminine, elle, ne décroît pas. L’ambiance est bon enfant, aucun esclandre à relater en trois jours de festival. Si ce n’est la diminution drastique du merchandising. Sinon, toujours aussi peu d’attente aux bars et, passage de trois salles à deux oblige, aucun chevauchement, ou si peu, entre les groupes programmés entre Main Stage et Jupiler Stage du 013 Poppodium. On saluera donc le professionnalisme batave.

Dave tu peux toujours gueuler y a que le premier rang qui t’entends…

Nous arrivons le vendredi en fin d’après-midi, sans stress. Le doom death des Finlandais Rippikoulu nous accueille avec ses guitares lourdes.  Notre quatuor réagit différemment, le Hamster se régale, les autres commencent à faire le tour du propriétaire. Mais nous nous retrouvons tous pour le groupe que nous aurions placé en tête d’affiche : Anaal Nathrakh. Le groupe de Birmingham a, audiblement, encore salopé ses balances. Le son est moitié pourri, moitié inadmissible, à telle enseigne que la moitié du chant de Dave Hunt est inaudible, malgré ses efforts. Les guitares et les effets, eux, sont là et l’ambiance est là, malgré un public clairsemé. Je suis ravi d’avoir vu un de mes groupes favoris mais il y a quand même de la déception. Moins pour le reste de la bande qui est, visiblement, plus habitué au manque de préparation du combo britannique.

Venu de Montreal, Cryptopsy va scinder l’audience. Le set est, certes, assez linéaire mais les guitares sont précises, affûtées et piochent autant du côté du free jazz que du deathcore. Honnêtement, je suis le seul à avoir aimé, relativement, et mes trois acolytes me pardonnent parce que je n’y connais rien en matière de métal.

En revanche, on se retrouve, une nouvelle fois, pour le moment fort de ce premier jour : le show Brujeria. Le son est déjà meilleur, le groupe met bien l’ambiance avec ses lyrics à la limite du rap et une ambiance sonore qui déboîte méchamment sans se prendre trop au sérieux. Je retrouve avec plaisir Shane Embury à la basse, qui fait une infidélité à Napalm Death. Voir des metalheads faire la chenille sur la reprise de la Macarena restera un moment inoubliable.

La fin de la soirée se dilue dans les vapeurs d’Electric Wizard. Certes, ils maîtrisent leur stoner aux accents psychédéliques mais les hippies et moi… On va donc aller recharger les batteries en prévision d’un lendemain qui s’annonce chargé.

Chargé mais lent au démarrage finalement. Les Espagnols de Graveyard proposent une copie appliquée à défaut d’être inspirée. Ca permet de ne pas rater une seconde du death lourd et hypnotique que déversent, sur la seconde scène, les Finnois de Krypts. Enfin de la vraie brutalité ! Retour sur la grande scène avec les Mexicains de Cenotaph. Là encore, l’envie de bien faire depuis la reformation en 2018. Edgardo Gonzalez, au chant, occupe bien la scène mais ça ne fait pas sortir les vétérans du lot.

En revanche, les Tchèques de Gutalax mettent tout le monde d’accord avec leur grindcore discoïde, leurs rouleaux de PQ et leurs brosses à chiottes. C’est festif, c’est créatif, c’est entraînant et ça remue bien les têtes. Enfin un peu de punk attitude, quoi ! Carton plein du côté de la rédac qui se surprend de cette première unanimité. Retour sur la grande scène pour les régionaux de l’étape. Pestilence est néerlandais et tient à le faire entendre. OK. Mais musicalement, vous dites quoi les gars ? Bref, on a zappé, entre besoin de manger et de changer de marque de bière.

Nous voilà de retour pour Carpathian Forest. Les grands anciens de la scène black metal norvégienne (ils existent depuis 1992 sous ce nom) n’ont rien perdu de leur énergie. Et, à ceux qui trouvent le black trop linéaire, ils imposent la reprise du Forest de The Cure en mode « pan dans ta gueule ». Ca réveille ! On continue sur la Jupiler Stage pour ne rien perdre de Butcher ABC. Les Japonais continuent à tabasser avec méthode un death aux solides accents gore et ça dure depuis 2000. 

Et voilà la vraie tête d’affiche de ce samedi : Unleashed ! Le quatuor suédois n’a toujours pas capitulé. Autant j’étais dubitatif sur la tenue de leur dernier LP en date, The Hunt For The White Christ, autant sur scène, ils défoncent tout. Johnny Hedlund, le bassiste chanteur, a perdu du poids mais a regagné en énergie. Matraquage en règle, occupation de l’espace, charisme fou de Johnny. L’efficacité d’une colonne de chars déferlant sur la plaine batave !

Les quatre de Metalchro font l’ensemble du set, et ensemble. Du coup, je zappe Grave Miasma pour me remettre de mes émotions dans l’attente de la tête d’affiche sélectionnée par l’équipe du DeathFest. Bien. Tormentor est Hongrois, veut bien faire. Mais il est hors de portée des Suédois qui l’ont laissé sur place.

La vraie découverte du soir sera allemande et sur la petite scène. Elle a pour nom Bethlehem. Mené par la chanteuse Onielar depuis 2016, le groupe de Black metal allemand vaut bien plus que cette piètre description. Il y a de l’expérimentation, une musique habitée, une violence sourde qui prend aux tripes. Le batteur lance des samples sur lesquels se greffe une guitare cathartique. Le retournement est total. Heureusement que la journée est finie parce que tout paraîtrait fade derrière le quatuor de Grevenbroich.

La reprise dimanche souffre de la comparaison. Encoffination porte bien son nom. Mais c’est le public que le combo états-unien met en bière avec son death doom roboratif. Je commence à me réveiller avec Holocausto Canibal. Les Portugais ont mis du death dans leur grindcore et ça remue bien l’estomac, idéal pour faire passer le nième burger du week-end (un BK de mémoire). Mais comme la junkfood, le groupe est assez vite oublié dès qu’on change de scène. Sur la grande scène, les Belges de Possession viennent secouer le public avec la brutalité de leur death mâtiné de Black metal. Le set est efficace et bénéficie de son public, venu en voisin.

Dans la foulée, les Canadiens Revenge viennent déverser un blackened death metal sérieux et efficace. A titre personnel, leur délire sataniste militant me fait bien marrer mais je ne peux pas dire que leur musique est aussi anecdotique. En revanche, je ne conserve des Japonais Intestine Baalism qu’une private joke avec mes camarades.

La performance des Polonais de Mgla y est certainement pour beaucoup. Cagoulés, vêtus uniformément d’un jeans, d’un sweat à capuche et d’un perfecto noirs, le quatuor pose le décor, sombre comme leurs âmes. Porté par un son nickel, le groupe délivre un set parfait, tout en tension et en brutalité contenue. Et là, je me prends à dire que ce sont des sacrés empaffés. Connus pour leurs accointances avec l’extrême-droite, ils pourraient au moins avoir la décence de proposer une musique de merde. Mais non ! Je reste le seul de la rédac à me cogner le set en intégralité, bluffé par une réelle maîtrise musicale.

Le reste de la bande est allée se poster au premier rang pour Severe Torture. Et ça en valait le coup. Bien que n’ayant sorti aucun album depuis 2010 et le LP Slaughtered, le quintet est attendu. La Jupiler stage affiche complet pour accueillir ses héros. Le groupe de Brutal Death Metal est du coin et il rend au centuple l’énergie que le public lui communique. Je retrouve mes potes bien secoués mais ravis.

Nous faisons l’impasse sur Vomitory que nous verrons au Méan cet été. On se retrouve donc pour la dernière ligne droite. Et ce sont les Ricains d’Incantation qui ouvrent le bal. Comme toujours, c’est propre, carré, rentre-dedans et diablement efficace. On ne parlera pas, en revanche, d’originalité. Ce n’est pas le propos du trio, complété par un second guitariste en live. La violence monte d’un cran avec Prostitute Disfigurement. Le groupe batave envoie sévère un bois qui rentre dans les chairs. Le remplacement de la boîte à rythmes par un vrai batteur, s’il remonte à quelques années désormais, apporte un vrai plus aux compos du groupe.

Et ces Néerlandais adeptes du bon goût constitueront notre dernière émotion positive du week-end. C’est l’heure de Deicide et, finalement, l’heure de la déception. Autant j’avais adoré leur dernier album autant la scène ne réussit pas au mégalomane Glen Benton. Ah oui, on peut vendre 400.000 exemplaires d’un album ‘Note du Hamster, c’est plutôt pour l’ensemble de son oeuvre) mais le live demande de l’engagement, de l’humilité et de l’abnégation. Bref, trois morceaux et c’est suffisant pour nous donner envie de partir. A l’an prochain, Tilburg.

Son: Correct, surtout pour le Bataclan.
Lumières: Simples mais classes pour At The Gates, bien foutues pour Behemoth.
Affluence: Complet.
Ambiance: bonne, option fans hardcore pour Behemoth.

Je ne comprendrai jamais ces concerts qui commencent à l’heure ! Mais voilà, j’ai donc raté l’opening de cette tournée pompeusement baptisée Ecclesia Diabolica Europa 2019 EV. Produite par Live Nation (merci le coup de bambou sur le portefeuille, juste après les fêtes), elle rassemble Wolves In the Throne Room, les vétérans suédois At The Gates et les survivants Behemoth. Les Polonais font l’objet d’une âpre discussion au sein de la rédaction, à laquelle j’ai donc décider de participer, en tant que touriste, en allant vérifier sur pièce. N’étant pas connaisseur de Black metal, je me suis dit que mon innocence vous offrirait une oreille neuve.

Las, grosse production oblige, Wolves In The Thrones a commencé à jouer à 19h, donc dès l’ouverture des portes… Le set a été expédié en 30 minutes, laissant sur sa faim ce barbu qui se console en buvant de la Ch’ti sur le trottoir. La soirée ne commence pas sous les meilleures auspices. Après avoir écouté quelques pistes de Thrice Woven, le dernier opus du duo d’Olympia (Etats-Unis). La traduction sur scène des longues plages invitant à l’introversion avait titillé ma curiosité, il faudra donc attendre.

Mais je suis bien à l’heure pour le show des Death métaleux d’At The Gates, qui m’avaient bien retourné la tête lors du dernier Netherlands DeathFest. Le quintet profite de l’affiche pour défendre sa dernière livraison, To Drink from the night itself. Sans chichis, la bande de Tomas Lindberg s’empare de la scène et déroule son set avec précision. Porté par la présence de Tomas, l’énergie est communicative. Les morceaux alternent entre le dernier opus et les fondamentaux. Dans ce dernier registre, Cold prend toujours autant les tripes tandis que, parmi les titres plus récents, Palace of Lepers sort du lot.

A ce stade, il faut bien convenir que l’auteur de ces lignes, qui reconnaît son inculture crasse en matière de métal, a tout de la groupie de base dès qu’il s’agit d’At The Gates. Il est fort probable que vous vous en fichiez, amis lecteurs, vous que j’aime appeler Hannibal, mais au moins vous savez d’où ce live report est écrit. Ce qui est toujours utile. L’objectivité n’existe pas en journalisme, il faut donc être honnête et revendiquer sa subjectivité.

At The Gates donc. Le combo phare de la deuxième vague de la scène death suédoise livre une prestation sérieuse, appliquée, qui déboîte sévère. Le son, très correct, du Bataclan, aide. Mais c’est surtout l’engagement de Tomas vis à vis du public qui fait la différence avec les suiveurs. Et, malheureusement pour eux, avec le groupe suivant.

Behemoth donc. Le groupe qui fut, il y a quelques années en arrière, un des phares de la scène black metal constitue donc « le clou » officiel de la soirée. Seigneur que les Ricains sont cons de ne pas avoir compris que la vraie tête d’affiche joue en milieu de soirée. Mais passons. A titre personnel, je les accueille avec une vraie bienveillance, tant le dernier album a titillé plutôt positivement (en regard des ressentis de la team Metalchro) mes oreilles. Je suis assez favorable à un propos musical brutal. Il fallait donc vérifier sur scène.

Oui, clairement, on en prend plein les yeux. Fumigènes, pyrotechnie, décorum entre fausse secte sataniste et triangle illuminati… Déjà. Les costumes du groupe en rajoutent dans le délire, une sorte de croisement entre le look glam rock, des moines revisités par Tim Burton et le maquillage de Kiss. Des bandes préenregistrées ambitionnent de rendre l’ambiance du disque. Là, en contradiction avec 99% du public, qui communie totalement dans la messe noire de Nergal, il faut bien reconnaître que quand on mobilise autant d’artifices, c’est qu’on cherche à faire oublier quelque chose. Et le problème reste que ce quelque chose-là, c’est la musique.

Une demie heure de ce show (business) finit de me dégoûter. Je quitte la salle. Ouais, Behemoth, I loved you at your darkest. Il y a donc bien longtemps. Je ne regrette pas mes quarante balles, hein. Les 50. minutes allouées à At the Gates les valaient amplement.

Nathanaël

Son : de moyen dans le Patronaat à très bon sur le main stage
Lights : bon
Affluence : du monde mais pas étouffant
Ambiance : excellente
Moment fort : At The Gates

Photos :  Frédéric Patte-Brasseur, et un poil du Hamster.

Le Netherlands DeathFest s’affirme, avec cette troisième édition, comme le digne successeur du Neurotic. En trois jours, l’organisateur, qui tient aussi les franchises au Maryland et au Québec, entre autres, offre au public un plateau format XXL dressant le panorama des scènes métal extrême, du grindcore au funeral doom en passant par le death. Autant dire que, pour s’initier, en live, à ce type de musiques, il est difficile de faire mieux. A l’issue des trois jours de festival, un constat s’impose : quand on parle des groupes, il y a la Scandinavie et le reste du monde.
Dans les allées du 013 Poppodium de Tilburg, le public va et vient entre deux prestations, profitant des stands de merch disséminés un peu partout. L’attente aux bars n’est jamais insupportable et le public, à la moyenne d’âge autour de 35 ans et plus féminin que pour les autres événements du genre, n’a donc aucune raison de stresser. On peut regretter quelques rares chevauchements entre les groupes passant dans l’ancienne église du Patronaat Saint-Joseph, qui donnent forcément lieu à des frustrations. Mais, dans l’ensemble, mis à part une petite faiblesse le dimanche après-midi, la programmation est de très haut niveau et n’a pas souffert des défections britanniques pour raison climatiques. On aurait quand même bien voulu voir Vallenfyre mais bon…

Dès vendredi, le ton est donné. Ça va taper. Zappons Aura Noir, trop répétitif pour présenter quelqu’intérêt que ce soit. Hierophant rappelle qu’un batteur aussi doué soit-il ne suffit pas à faire un groupe digne de ce nom sur scène. Le pari opéré par le combo de Ravenne (Italie) de mêler sludge et black ne fonctionne pas non plus sur la durée.
Nous voici donc partis pour prendre une première cartouche en pleine tête avec Broken Hope qui propose un son lourd, compact mais totalement maîtrisé. Le quintet de Chicago gratifie aussi le public d’une première interaction digne de ce nom, allant au-delà du « Hello motherfuckers, we are Broken Hope ! » Le chanteur, Damian Leski, tient la baraque avec une grosse présence scénique à défaut d’une prestation vocale sortant de l’ordinaire.

Le temps d’avaler un morceau et quelques verres, première grosse sensation avec les New-Yorkais de Suffocation, qui porte décidément très bien son nom. Le son martial et la rythmique en mode pointe à béton invitent au circle pit. Quelques solos bien placés lacèrent un ensemble aux allures de plomb fondu. Le novice que je suis se rend compte alors de la frustration inhérente au format festival : une prestation calibrée de 50 minutes, pas de rappel et un goût de « j’en veux encore, bordel ! ». L’organisation américano-batave ne permet aucune dérogation et tout s’enchaîne.
En clôture de cette première journée, qui met tout de suite dans le bain, Carcass clive comme toujours. Le nouveau-venu se fait bluffer par la variété du répertoire et la maîtrise technique des Liverpuldiens. Le reste de la rédaction se rappelle qu’ils jouent, encore et toujours, le même album. On aura quand même pu apprécier la première apparition live de Tom Draper (ex Angel Witch) à la six cordes en lieu et place de Ben Ash, qui a officialisé son départ du groupe en début d’année. Il est l’heure d’aller au pieu, le samedi s’annonce intense.

On reprend direct en mode calottes dans la tête le samedi autour de 14h. N’attendez pas une montée en puissance progressive. C’est Devourment, en provenance du Texas, qui enclanche le marteau pilon d’un Brutal death de bonne facture. L’appellation n’est pas volée, le quatuor a oublié ce que le mot fioritures voulait dire. Le public du main stage savoure la correction auditive.
Changement de lieu et direction le Patronaat pour voir les régionaux de l’étape avec Rectal Smegma. C’est peut-être du grind mais le son aurait mérité un meilleur travail. Visiblement, la foule ne partage pas cet avis, la petite salle est comble et s’emballe dès les premières mesures. Le quatuor nous gratifie d’une reprise en forme d’hommage à Slayer qui finit de retourner un public conquis.
Un petit détour par le 013 Poppodium permet de faire connaissance avec Looking for an answer. Le quatuor madrilène fait partie des groupes qui pallie les défections climatiques. Il déroule un death aux accents grind brutal efficace mais sans recherche.

Meat Spreader

Il est temps de repartir pour le Patronaat où on respire enfin un peu. Meat Spreader prend d’assaut la scène avec son grind gore aux solides accents punk. Au chant, Jarod assure le show, solidement épaulé par des musiciens qui préfèrent l’énergie à la technique. On ne va pas s’en plaindre même si le public est pus aéré qu’une heure plus tôt. Du coup, ni pogo ni circle pit mais de belles sensations. Plus personne ne peut porter le deuil de Dead Infection.
Parce que la brutalité a du bon, l’enchainement avec Skinless s’impose. Les New-Yorkais emmenés par Sherwood Webber maîtrisent le tabassage en règle. La prestation est sérieuse, appliquée. Pas du genre à rester dans les mémoires mais un bon moment en fin d’après-midi.
Les plus exigeants sont restés au Patronaat où Evoken donne sa messe glaciale. Portés par un son excellent, le combo du New Jersey va dérouler majestueusement son doom/death aux accents funéraires dans un mini best-of de sa discographie, couvrant une période allant de Quietus à Atra Mors. Première mandale du jour pour les amateurs du genre, et pas la dernière…
Du côté du 013 Poppodium, Jig-Ai a pris la relève sur la deuxième scène. Le trio tchèque a décidé de ne laisser aucun survivant. Les titres enchaînent sans temps mort. Dans la salle blindée, le public rend son âme au guro et on se prend à espérer un digne successeur au Rising Sun Carnage, leur dernier album en date de 2014. Après s’être remis de ses émotions, le chroniqueur exigeant se dit que Jig-Ai aurait bien mérité la grande scène.

Witchery (Hamster)

C’est là d’ailleurs qu’il se rend pour Witchery. Des fois qu’on aurait eu un doute, le combo speed/trash aux accents black metal se charge du premier rappel. La scène suédoise en a sous la pédale d’effets. Malgré un changement de chanteur et de batteur en 2016, le quintet déroule un set d’une efficacité redoutable, soutenue par des lights impeccables depuis le début du festival.
Dans ce deuxième jour à la programmation intense, le stakhanovisme est de mise. Direction la seconde scène pour Guttural Secrete. Les cinq de Las Vegas martèlent un death haute-fidélité. Là encore, le groupe ne fait pas dans la nuance. La batterie tabasse pendant que les guitares jouent les stukas ; le public en redemande. Pendant ce temps, Esoteric a investi la scène du Patronaat, couvrant le sol d’un parterre de pédales et autres contrôleurs midi qui laissera quand même un peu de place pour bouger aux musiciens. Leur musique à la fois pachydermique et psychédélique fait mouche, achevant la foule qui avait pourtant déjà pris cher pendant Evoken.

Mais l’événement est là, le Sabbat s’apprête à commencer. Clou de la programmation de ce 3e Netherlands DeathFest, Emperor s’installe sur la main stage. Après la reformation du groupe pionnier du Black metal norvégien en 2017, Tilburg est une des sept dates dont Ihsahn et sa bande gratifie les fans. Autant dire que l’ambiance est la communion noire, portée par les accents symphoniques et les effets dont Emperor a le secret. Assurément, les organisateurs tiennent là leur tête d’affiche. Et, en tentant de reprendre son souffle, on se dit que, maintenant, on peut mourir. Mais… On est encore que samedi soir.

Dimanche. Début d’après-midi. La fatigue commence à se faire sentir. Mais on a un live report à rédiger. Direction la petite scène donc pour retrouver Sacrificial Slaughter et son death aux accents hardcore, notamment sur les chœurs. La Californie, quand même, c’est une école à part entière. Sur scène, Steve Worley au chant tient la forme. Avec une énergie pareille, s’il avait su tenir un line-up un peu stable, il aurait pu avoir une belle carrière hors le pré carré de l’underground. Las…
Hélas, aussi, il y a The Flesh sur la grande scène. Début d’un petit coup de moins bien dans la programmation de ce DeathFest. C’est l’heure de plonger à la recherche du merch qui va bien. On se retrouve trois heures plus tard pour Internal Bleeding, présenté comme un des pionniers de la branche slam du death. Il ne reste certes que Chris Pervelis à la guitare depuis la formation du combo New-Yorkais en 1991 mais les nouveaux venus assurent méchamment. Pas de nostalgie donc mais un bon circle pit histoire pour faire oublier le début d’après-midi.

Et puis arrive l’erreur de casting. Goblin est certainement un groupe fondamental, développant un rock progressif affûté. Indubitablement. Mais il n’a rien à foutre à l’affiche du Netherlands DeathFest ! Sa programmation permet quand même de vérifier qu’un public de métalleux est capable de vider une salle plus vite qu’une pinte de bière. Chapeau les gars…
Les plus doomeux des deatheux se ruent comme un seul homme sur la second stage. Il faut dire qu’après les pointures US et anglaises de la veille, l’organisation a eu le bon goût de programmer Shape Of Despair, aux prestations scéniques rares. Piochant en majorité dans son dernier album, les finlandais délivrent un set alternant finement entre la lourdeur et les atmosphères éthérées, pour le plus grand bonheur des fans. Seul regret : l’absence de titres provenant de l’album « shades of », un petit « in the mist » aurait conclu un set parfait.

De set parfait, il sera justement question pendant le deuxième effet kiss-cool du doom du jour : encore plus rares que les finlandais, ce sont les australiens de Mournful Congregation, qui prennent place sur la seconde scène du 013. Avec plus de guitares (ils sont trois à en jouer sur scène), accordés plus graves, plus lents et paradoxalement plus mélodiques qu’aucun autre groupe ayant joué durant le festival, le groupe achève le boulot commencé par le groupe précédent avec une majesté et un sens de la mélodie rare.

L’heure avance et le sprint final se profile. En deux temps. En guise de première lame, les Suédois de Grave déferlent sur la plaine batave telle une division blindée, dévastant tout sur son passage.

Grave (Hamster)

Le groupe fête très dignement ses trente ans d’existence. Au pied de la scène, le circle pit vire à la folie furieuse. Même le seul incident technique du week-end (une tête d’ampli grillée) ne parvient pas à faire dérailler la puissance du gang mené par Ola Lindgen. A ce niveau, on se demande bien qui peut réussir à tenir le choc derrière.
Et pourtant, il y a un groupe qui parvient à surpasser cette prestation de haut vol. On pourrait les croire un peu vieux, mais At The Gates surclasse encore tout le monde, de la tête et des épaules. Tompa en chef d’orchestre, chauffeur de sale, ambianceur et maître ès chant, le quintet de Göteborg enfonce méthodiquement les clous dans le cercueil qui abrite, définitivement, la concurrence. Avec des extraits de Slaughter of the soul en plat de résistance – dont un Cold incandescent -, le groupe annonce un album à venir. A entendre To Drink from the Night Itself en live, At The Gates a de belles chances de rester maître du monde métal encore quelques années. Pour l’équipe, il est l’heure de rentrer. La quatrième édition du NDF aura lieu en mai 2019. Ne la ratez pas.

At The Gates (Hamster)