Le mois d’août semble avoir au des accents très canadiens en Autriche et en particulier dans les locaux du label Napalm Records. Après CRIMSON SHADOWS (chronique ici) voici un autre rejeton de la scène à l’érable. Et comme leurs compatriotes, STRIKER présente un visage très classique, parfois plus européen que les groupes européen eux-mêmes. Assez proche dans la démarche de leurs voisins d’ICED EARTH (la patte si caractéristique que Schaffer en moins), les canadiens ont été nourris au sein des grands classiques métal que ce soit la NWOBHM ou la scène power métal allemande à la ACCEPT. La lecture de la bio du groupe a de quoi faire sourire puisque STRIKER est comparé à EXCITER, SAVAGE GRACE, STEELWING et ENFORCER, une belle bande de seconds couteaux qui ont su emprunter (piller ?) ce qui avait été fait auparavant.
Originaire d’Edmonton, en Alberta, les musiciens du groupe ont su intelligemment depuis 2007 parfaire leurs gammes et acquérir le savoir-faire et les ficelles des figures de proue de la scène métal traditionnelle. Ils comptent déjà quelques beaux trophées à leur tableau de chasse et sortent un nouvel album avec une régularité métronomique, tous les deux ans: Eyes in the Night en 2010, Armed to the Teeth en 2012 et enfin cette année City of Gold. Pour l’anecdote, les ressemblances avec ICED EARTH ne sont pas que stylistique puisque les canadiens ont également fait appel à Eliran Kantor pour réaliser la pochette de ce disque (d’ailleurs assez moche à mon goût).
Comme bien d’autres groupes, STRIKER balance constamment entre heavy et power metal. Ils ont décidé d’appuyer à fond sur l’accélérateur et ils ne réduisent pas l’allure tout au long de ces onze chansons à une exception près. Vous ne trouverez que « Bad Decisions » pour ralentir le rythme et se reposer un instant. Les deux guitaristes s’en donnent à cœur joie et n’économisent pas leur effort à coup de soli ravageurs et de rythmiques de plomb. La paire basse/batterie ne chôme pas non plus de son côté et tente de donner à l’ensemble des fondations solides et un impact maximum. STRIKER se la joue rouleau-compresseur, prenant l’auditeur à la gorge et ne le lâchant que quarante minutes plus tard.
Tout est très propre su City of Gold, les musiciens sont loin d’être des manchots, Dan Cleary le chanteur possède un bel organe et monte joyeusement dans les aigus comme il se doit. Le producteur Fredrik Nordström derrière sa console connait la recette par cœur et a su concocté un son à la hauteur des standards contemporains. Mais cela n’empêchera pas l’auditeur de tomber progressivement dans la torpeur, dans un certain ennui devant ces chansons respectables mais déjà tellement entendues. Ce champ a déjà été tellement labouré, sans qu’aucune étincelle ne vienne illuminer l’album, qu’à force de creuser les canadiens risquent de se retrouver en Australie. Cette ville en or perd bien trop rapidement son lustre pour que l’on s’y attarde.
Oshyrya (05/10)
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Napalm Records / 2014
Tracklist (43:51 mn) 01. Underground 02. City Of Gold 03. Start Again 04. Bad Decisions 05. Crossroads 06. All For One 07. Mind Control 08. Second Attack 09. All I Want 10. Rise Up 11. Taken By Time
THE ORDER OF ISRAFEL se pose en héritier voir en successeur des cultes britanniques de CATHEDRAL. Rien que cela ! Tom Sutton (ex-CHURCH OF MISERY) et Patrik Andersson Winberg (ex-DOOMDOGS) ont des c… c’est sûr mais encore faut-il maintenant le prouver sur disque.
Le projet est né en 2012 à Göteborg et accouche ce cette fin d’été d’un premier album appelé Wisdom. Nos deux compères sont rejoints par Staffan Björck (guitares) et Hans Lilja (batterie) pour mener à bien cette nouvelle aventure. Rappelons pour les plus incultes parmi nous (dont votre servitueur) qu’Israfel est l’un des quatre archanges de l’Islam aux côtés de Mikhail, Jibrail et Izra’il. Mais il manque une dimension occulte pour coller au tableau qui nous occupe aujourd’hui d’un groupe doom. Ce personnage est invoqué lors de divers rituels occultes de l’Ordre Hermétique de l’Aube Dorée à l’extérieur (Golden Dawn) et se voit mentionné dans certains écrits d’Aleister Crowley. Voilà pour le côté sulfureux.
A partir de cette base Doom ancrée dans les années 70, les suédois propose leur interprétation en intégrant au mélange de multiples influences comme des touches folk ici et là. Tout est là : les riffs lourds de guitares et les fortes distorsions, une musique pesante et grave avec un son faussement sale et râpeux. Ajoutez à cela des compositions à rallonge ainsi que le chant grave et déclamé de Sutton pour avoir la totalité du tableau sous les yeux. Il est évident que la recette du doom traditionnelle reste très largement respectée dans la veine des BLACK SABBATH, SAINT VITUS et PENTAGRAM, en moins bien tout de même. Il manque cette fraîcheur, ce savoir-faire et cette ambiance qui font de ces groupes des références incontestées. En 2014, il manque à THE ORDER OF ISRAFEL un vécu et une certaine légitimité pour vraiment convaincre. Wisdom est loin d’être mauvais mais il peine à soutenir la comparaison avec les ténors du genre, morts ou encore en activité. Il manque ce côté absolument imparable et hypnotique des joyaux doom, une musique qui vous séduit dès les premières secondes et vous entraîne consciemment vers votre perte. Le gimmick de la chanson fleuve qui dépasse ici le quart d’heure est bien présent à travers « Promises Made To The Earth » mais encore une fois les suédois peinent à tenir la longueur.
Il est courageux de vouloir se lancer sur ce créneau du Doom tant l’ombre des parrains du genre écrase tout sur son passage. Saluons au moins la prise de risque des suédois de THE ORDER OF ISRAFEL. Encore faudrait-il que le groupe tiennent ses promesses et soit à la hauteur des comparaisons utilisées par son label. Alors que Lee Dorian a décidé de mettre l’année dernière un point final à l’aventure CATHEDRAL, il peut encore dormir tranquille, les jeunes loups ne sont pas près de le surclasser.
Oshyrya (06/10)
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Napalm Records / 2014
Tracklist (64:55 mn) 01. Wisdom 02. On Black Wings, A Demon 03. The Noctuus 04. The Earth Will Deliver What Heaven Desires 05. The Order 06. Born For War 07. Promises Made To The Earth 08. The Vow 09. Morning Sun (Satanas)
SLEEPY SUN est un groupe de rock psychédélique originaire de la ville Santa Cruz (Californie). Le parcours des américains n’a pas été une sinécure jusqu’ici avec plusieurs changements de line-up et une relation ambivalente avec la chanteuse Rachel Fannan. Malgré ces écueils ils comptent à leur palmarès déjà trois albums et le quatrième, Maui Tears, pointe désormais le bout de son nez.
Les américains font dans le minimaliste avec un rock très simple d’accès, très calme et discret. Les guitares tissent gentiment quelques mélodies en rythmique ou en lead bien soutenues par une solide section rythmique et le chant assez marquant, rempli d’émotions de Bret Constantino. « The Lane » semble être la bande annonce d’un road movie irréel entre rêve et réalité, une drôle d’atmosphère s’installe progressivement à l’écoute de ce disque. « Everywhere Waltz » replonge l’auditeur dans ce brouillard qui rappellera parfois l’ambiance d’un COCTEAU TWINS ou d’un THE CURE époque Disintegration, la touche gothique en moins. Le propos est lourd, torturé et l’auditeur ressortira de l’expérience entre surprise et choc. Très lent et planant « Outside » rebat les cartes et repositionne SLEEPY SUN vers un rock psychédélique plus traditionnel. Et ce jeu de piste va durer encore et encore et chaque chanson apportera son lot de questions et de réponses. L’album se termine en apothéose via la chanson éponyme de plus de dix minutes, une lente montée (ou descente selon son humeur) hallucinée ou les mélodies évanescentes succèdes aux parties plus rock, le tout constellé d’un chant vaporeux. Comprenne qui pourra.
Difficile de se faire une idée sur ce Maui Tears tant il semble décousu, un patchwork d’idées dans lien entre elles. Peu familier de cette scène rock psychédélique, votre serviteur est passé par tous les états, parfois charmé mais bien trop souvent désarçonné à son goût devant un océan sombre et mystérieux. La démarche d’expérimenter de nouvelles sensations pourrait me plaire mais j’ai besoin de comprendre émotionnellement à défaut d’intellectuellement à la fin. Avec Maui Tears je reste dans le noir.
Oshyrya (06/10)
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Dine Alone Records / 2014
Tracklist (46:24 mn) 01. The Lane 02. Words 03. Everywhere Waltz 04. Outside 05. 11:32 06. Theilbar 07. Slowdown 08. Galaxy Punk 09. Maui Tears