Archive for août, 2003

Impressionnés par la qualité de la dernière production du Radioactive de Tommy Denander, Yeah, nous avons cherché un peu à éclairer la genèse de ce second album et les motivations du principal animateur de ce projet.

tommy_denander

Une des particularités de cet album – et sur ce point il rejoint le précédent Ceremony of Innocence, c'est la multiplicité des chanteurs.

Pourtant à la base Yeah devait réellement être enregistré à la manière d'un vrai groupe plus que d'un projet. J'ai contacté Jorn Lande pour qu'il interprète tous les morceaux et, joint à Pat Thern à la batterie et à Chris Demming aux Backing vocals, cela devait prendre la figure d'un vrai combo. Mais il s'est avéré qu'avec Masterplan, Jorn Lande n'avait plus le droit de chanter pour des projets annexes. Donc j'ai dû laisser tomber.

Je me suis adressé à mon ami Geir Ronning, mon complice de Prisoner, auquel j'ai proposé de remplacer Jorn Lande. Il avait la voix pour le remplacer. Mais il avait d'autres engagements et avait du mal à trouver du temps à dégager pour Radioactive. Finalement il n'a chanté que sur quelques titres. J'ai donc diversifié les chanteurs. J'ai ainsi fait appel à Mikael Erlandsson qui avait effectué une super performance pour un morceau que j'avais écrit avec Chris Demming pour l'Eurovision Contest. Sa prestation nous avait pas mal soufflé et j'ai fait appel à lui, tant est si bien qu'il interprète maintenant quatre chansons sur l'album. Mais j'ai aussi contacté Kimmo Blom d'Urban Tale pour « Not That Innocent » car c'est un groupe d'amis depuis qu'on a travaillé ensemble… Les qualités vocales comptaient beaucoup mais aussi le contact humain. 

En fait l'ensemble a pris un peu la forme d'une suite d'incidents et d'opportunités. Et puis les amitiés et les échanges musicaux que j'entretiens depuis longtemps ont beaucoup joué aussi de telle manière que je me suis retrouvé avec cinq chanteurs. Mais je suis très content du résultat.

Oui car, malgré la multiplicité des chanteurs, on retrouve une profonde unité dans l'ensemble…

Effectivement, c'est ce que tout le monde me dit : c'est cohérent et cela sonne comme un groupe et non comme un simple projet. Et ce d'autant que j'ai la conviction d'avoir varié les morceaux et d'éviter les redites. C'est ma plus grande réussite ! Sur ce disque, on peut retrouver des chanteurs à la voix plutôt grave comme Geir Roning ou plus haut perchée comme Fergie Frederiksen. Et pourtant l'unité reste là. 

Je pense que cette unité tient à la manière de composer, c'est ma griffe, ma patte que l'on retrouve sur tout l'album qui fait la liaison. Et puis il y a une démarche spécifique que j'ai voulu adopter en faisant ce nouveau Radioactive : proposer quelque chose qui sorte du lot par rapport aux productions actuels.

Il faut dire que la qualité sonore exceptionnelle est pour beaucoup dans l'unité générale.

Même si l'album a été fait rapidement et que j'ai eu parfois la pression du temps, notamment dans le choix des chanteurs, la production a été très travaillée. Pourtant les chanteurs ont dû enregistrer séparément dans des studios respectifs car nous étions dispersés. Et pourtant il y a de l'agressivité qui perce, tout comme l'unité dont on parlait tout à l'heure. J'ai eu la chance de pouvoir me dégager du mixage sur quelqu'un d'extrêmement brillant, Anders « Theo » Theander. Je n'aime pas particulièrement mixer et si je peux me décharger de cette tâche avec en plus quelqu'un de fort sur le marché, c'est parfait.

En fait c'est peut-être ma manière d'enregistrer qui fait que cet album ne semble pas surproduit ni artificiel. Je suis très spontané. Quasiment toutes mes rythmiques sont faites en une seule prise chez moi, grâce à mes ordinateurs. Mes soli sont aussi très généralement fait à 90 % des cas en une seule prise. En fait je conceptualise très bien ce que je veux faire et une fois que c'est entendu, l'enregistrement peut se faire de manière très rapide et naturelle. C'est très important car je tenais à avoir un son net mais aussi avec de la dynamique et de la spontanéité. Sur ce point, une de mes références reste Van Halen. Tu sais que les prises du premier album étaient faites du premier coup et live ! Comme quoi la perfection n'a pas besoin d'être ruminée longtemps, longtemps.

J'aimerai évoquer le contraste entre les deux albums. On le perçoit au niveau du titre tout d'abord : Ceremony of Innocence cela ne sonne pas comme Yeah. 
C'est clair qu'il y a une certaine cassure : " Ceremony of innocence " c'est plus subtil, ça se prête à plusieurs lectures, on peut un peu extrapoler. Yeah c'est brut, direct. C'est l'impression que je voulais donner. Je voulais faire un album de guitare et cette fois elles sont très mises en avant. Je voulais ce son agressif et tranchant. Sur cet album, je suis plus proche de Giant ou Van Halen que de Toto par exemple. Alors que le premier album de Radioactive est très teinté de « West coast » avec un son plus aérien et plus léger. Et puis il y avait le jeu de Jeff Porcaro inimitable, qui donnait un aspect différent à la musique de Radioactive alors.

Cela signifie qu'il y a une différence entre le Tommy de 1991 (date de l'enregistrement du premier Radioactive) et celui de maintenant. Je pense à l'influence de Toto que tu as toujours revendiquée. 

Tout à fait : en dix ans tu peux imaginer tous les changements. Moi aussi j'ai entamé tout un périple musical, une forme de voyage personnel en quelque sorte. Mais attention : je reste toujours un fan des vieux Toto, notamment de la période Isolation. Je pense que l'on peut le percevoir sur un morceau comme « Demon ». Mais il est évident que j'ai beaucoup mûri et que les influences ne s'expriment plus de la même manière.

En fait, tu sembles suivre un peu inverse de ce que vivent la plupart des musiciens, lorsqu'on suit l'ordre chronologique entre les deux albums de Radioactive ? 

Oui ! En général, plus on est jeune, plus on est fou et on cherche l'agressivité, puis avec l'âge on prend de la bouteille et on met la pédale douce. Moi c'est tout le contraire : j'involue ! Je me fais plus agressif et " brut " que jamais !

Et il y a cette très belle ballade « Over You » qui est d'ailleurs la seule sur l'album… Elle sort du lot des ballades habituelles. 

Étant donné le contenu de mon album, beaucoup plus agressif, je ne pouvais pas multiplier les ballades, mais j'ai tenu à en mettre une. Toutefois elle est beaucoup plus sombre que de coutume dans ce type de morceau. Il ne s'agit en rien d'une ballade d'AOR classique, typiquement adressé à un public exclusivement féminin etc. J'y ai introduit des samples et des loops, plus une partie en arpège un peu déconcertante. Geir Roning y place de très belles parties vocales et il y a des cassures qui ne sont pas les crescendos habituels des ballades.

La couverture conserve cependant un côté AOR assez marqué avec ce paysage étrange et futuriste et cette pyramide. 

C'est Rainer Kalwitz qui un jour me l'a envoyé par e-mail. Il apprécie beaucoup ce que je fais et j'ai évidemment aimé. Il ne s'agit pas tant d'une couverture qui serait liée directement à des paroles du disque que d'un choix esthétique et artistique. C'est ce qui me touche et me plait. Et le thème des OVNIs qui est directement abordé dans l'illustration me touche particulièrement. Si tu veux tout savoir, je suis extrêmement intéressé par les OVNI et j'ai moi-même connu quelques expériences en la matière dans ma jeunesse. Mais on s'éloigne de la musique, là.

Justement, ton propos c'est d'apporter quelque chose de nouveau à l'AOR ?

Tout à fait. J'estime que le genre stagne depuis 10 ans : les productions sont médiocres et les groupes sont souvent peu inspirés. En plus il y a un phénomène de complaisance : toutes les critiques sont positives et les notes dans les différents sites pointent toutes vers au moins 80 sur 100. On comprendrait mal, en les suivant, pourquoi nous en sommes là. C'est un petit milieu, d'ailleurs pas toujours si honnête – voir les démêlés que j'ai avec Z record, où j'ai été directement escroqué par celui que je croyais être un ami -, qui reste bloqué sur une autre époque. C'est perceptible au niveau du son des productions notamment, qui est très daté années 80. 

Ceci dit le tableau n'est pas si sombre car on observe actuellement des groupes qui sortent du lot et qui apportent quelques choses. On the Rise et Urban Tale sont extrêmement talentueux. Et puis il j'ai la chance d'être bien soutenu par MTM mais un un autre label comme Atenzia fait du bon travail. Pour moi il s'agissait d'aller au-delà de tout ça, de placer de nouveaux standards pour l'AOR du nouveau millénaire. Ce n'est pas être prétentieux mais être exigeant. Et cet effort s'est fait au niveau de la production mais aussi des influences musicales. J'écoute beaucoup de choses diverses, cela va de la pop au groupe de métal progressif les plus récents comme du Dream Theater par exemple. Et tout cela se ressent, je suppose, dans ma musique.

Il y a certaines parties techniques très rapides sur « 7 am » ou « Make it Mine » qui pourraient relever de la musique progressive. 

Assurément. C'est une influence présente. En fait ma manière de composer n'est pas typiquement AOR même si c'est mon genre de prédilection. J'apprécie souvent les structures complexes, les rythmes syncopés, les contretemps et – comme tu l'as fait remarquer – les accélérations à certains moments. J'effectue toujours un gros travail en guitare rythmique. Sur certains points d'ailleurs je me considère plus comme un guitariste rythmique qu'un soliste. À chaque fois j'essaye de multiplier les parties rythmiques pas tant en surchargeant et en entassant les pistes, qu'en variant les parties et en cherchant à enchaîner les rythmiques .

Tu sembles non seulement travailler énormément tout ce que tu composes pour Radio-active et mais mettre tout ton cœur dans ce groupe…

Tu sais que j'anime pas mal de projets différents entre Prisoner, Rainmaker etc. mais pourtant Radioactive, c'est un peu différent. On a évoqué la possibilité que je sorte ce CD seul sous mon nom mais ça n'aurait pas eu de sens car Radioactive fait intimement partie de moi. Ce n'est pas que je ne m'investisse pas autre part, mais Radioactive c'est une partie de moi-même avant tout.

Propos recueillis par Baptiste par téléphone

 

Site officiel de Tommy Denander

Richie Kotzen – Change

On sait que Richie Kotzen a toujours mené une carrière double : à la fois homme de la dernière chance pour groupe en difficulté (tour à tour Poison et Mr Big), mais aussi musicien solo, le plus généralement seul mais aussi parfois en association (avec Greg Howe par exemple). À la suite de la dernière dissolution de Mr Big, Kotzen s'est réorienté de nouveau vers sa carrière solo sans que l'on ait impression à l'écoute de ce Change qu'il ne s'agisse que d'un pis aller. 

En fait depuis son véritable premier album Fever Dream, Ritchie a délibérément choisi de s'éloigner de tous les gimmicks de guitar-hero pour délivrer une musique plus abordable, largement construite autour de parties chantées avec une (sa) voix chaude et légèrement rauque, et de la multitude de ses influences musicale (du blues en allant jusqu'à la funk en passant par le jazz fusion). Sa prodigieuse dextérité guitaristique (notamment son jeu en legato) est alors incorporée à chaque fois avec finesse sans jamais étouffer les chansons de Ritchie (on en a encore ici un bon exemple sur « Forever One »).

Sur Change, notre artiste ne révolutionne en rien ce cadre soigneusement construit depuis plus d'une décennie déjà. Au contraire, on découvre plutôt ici une synthèse fichtrement réussie de tous les centres d'intérêts musicaux du guitariste. L'album s'ouvre en trombe par un heavy lourd, à la guitare âpre et accordée grave, doté d'un bon refrain « Forever One ». Puis lui succède un morceau plus léger, voire FM, mais tout aussi prenant : « Get A Life ». L'album s'éparpille un peu par la suite à travers mille sentiers assez divers : du poppy et groovy mais néanmoins très réussi « Deeper », en passant par la ballade acoustique « Change » sur laquelle les mélodies vocales font plus que mouche dans l'oreille de l'auditeur, puis par la funk, représentée en quelque sorte par « Fast Money, Fast Cars ». Le disque s'acheve sur un instrumental jazzy proprement endiablé sur lequel Ritchie témoigne de toute la richesse de ses influences et de ses possibilités musicales avec un éclat tout simplement impressionnant. Malgré l'inclinaison vers les tempos lents (dont fait partie la reprise du hit de Mr Big, « Shine »), on ne s'ennuie jamais. 

Au final, un album qui a su transcender l'éparpillement de ses références musicales pour proposer en fin de compte une décoction, on ne peut plus rafraîchissante. Dans le genre, le kaléidoscope musical de Kotzen est un vrai succès.

Baptiste (08/10)

 

richiekotzen.com

Frontiers – M10 / 2003

Track listing (44:35) : 1. Forever One 2. Get A Life 3. Change 4. Don t Ask 5. Deeper Into You 6. High 7. Am I Dreamin 8. Shine (acoustic version) 9. Good For Me 10. Fast Money Fast Cars 11. Unity (Instrumental) 12. High (acoustic version, european bonus track)

 

Revenge – Sticked to Your Back

Chose rare de nos jours, je dois dire que j'ai été immédiatement conquis par la pochette de ce tout nouvel album de Revenge : Alors que tant de groupes se contentent d'essayer de modifier une photo au moyen d'un logiciel genre photoshop, l'illustration de ce " Sticked To Your Back " sort littéralement du lot. Un poil sexiste, ce dessin de Hervé Martin est accrocheur à souhait.
 
Musicalement, Revenge n'a pas révolutionné son style, et nous délivre à nouveau son Heavy-Rock soigné et de qualité.
 
Passé la courte intro musical, on est immédiatement pris d'une envie de taper du pied et de headbanguer, tant les compos sont entraînantes, à l'exception peut-être de " Eye Of The Storm " qui est un petit peu trop prévisible et qui semble avoir été déjà entendue des dizaines de fois.
 
La voix de P'tit Jo lorgne toujours autant (avec succès) du côté de ce cher Udo Dirkschneider, parfaitement suppléée par des solos bien sentis qui ne font que renforcer les titres. Certaines intonations me font fortement penser à Mark Slaughter, notamment sur l'excellent " You Can Live Too Fast ".
 
Musicalement parlant, les clins d'œil (inspirations) sont nombreux tel la première partie du solo de " Robotic Girl " qui semble tout droit sorti du " Fast As The Shark " d'Accept.
 
La reprise de Rock Goddess " Heavy Metal Rock'n Roll " à la sauce Revenge s'intègre parfaitement à l'album, pouvant aisément tromper les non aficionados de ce groupe de culte.
 
Je recommande particulièrement " Forget Me ", qui allie puissance, changements de rythmes et refrain accrocheur.
 
Ce bon album est à confirmer en live, quelques dates étant déjà prévues.
 
Murder One (08/10)
 
 
 
Wagram / 2003
Track listing (..:..)
1. Awakening 2. Eat Me (One More Time) 3. Set My Heart On Fire 4. Out Of The Sunlight 5. Take Me back 6. Eye Of The Storm 7. Under Pressure 8. You Can Live Too Fast 9. Heavy Metal Rock'n Roll 10. Robotic Girl 11. Forget Me 12. Hot Tonite