Archive for the ‘ Interviews ’ Category

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01. Pour quelqu’un qui découvrirait ANATHEMA avec cet album, pourrais-tu synthétiser le groupe en trois mots et nous expliquer pourquoi ce choix ?

« beau », « émotionnel » et « réel » car ces trois mots résument bien ce que nous sommes depuis toutes ces années. Nous avons toujours été honnêtes et je crois que cela devient de plus en plus beau au niveau des mélodies, le travail des voix… Nous insufflons beaucoup d’émotions dans nos chansons, souvent de l’amour d’ailleurs et ces deux notions sont très liées. C’est un beau sentiment. Et la réalité de notre musique vient de l’honnêteté que nous y mettons. Les éléments là sont présents depuis le début mais, selon moi, nous avons pu peaufiner notre approche et rendre tout cela meilleur au cours de ces dernières années.

Et rien n’a été planifié, les choses se sont faites naturellement ainsi, nous n’intellectualisons pas notre démarche, nous laissons notre inspiration, notre cœur et nos tripes parler. Nous n’avons fait qu’être nous-mêmes, sans artifice ni masque. Parfois nous ne nous sentons pas en train d’écrire de la musique ou de composer, cela s’impose à nous naturellement et nous laissons l’inspiration couler. La musique nous dit elle-même parfois ou elle veut aller. A ce moment-là, il ne faut pas vouloir contrôler ce mouvement, il faut l’accompagner et se retirer du chemin. Notre équipe reste très ouverte.

 

02. Si l’on revient un moment sur la période Weather Systems. Que retiens-tu de cette époque ?

Nous avons véritablement à nouveau rencontré le succès, le puzzle a retrouvé toutes ses pièces dans le bon ordre depuis We're Here Because We're Here. Il s’agit de loin de nos disques qui ont rencontré le plus large public, peut-être que nous avons alors rencontré le plus grand succès jamais connu dans ce groupe. Et c’est bien entendu un sentiment agréable, ne pas se dire que le meilleur dont nous étions capable est maintenant passé et que nous ne pouvons plus que décliner artistiquement parlant. Je pense que nous sommes meilleurs que jamais maintenant, que ce soit pour la qualité des compositions qu’au niveau du succès que nous pouvons désormais rencontrer.

We're Here Because We're Here, Weather Systems et Distant Satellites font tous les trois partie du même chapitre, vraiment. Cette nouvelle aventure que nous avons débuté avec Kscope en 2010 est toujours bien vivante et nous continuons à avancer. L’instabilité des labels et du management sont, je l’espère de l’histoire ancienne et nous pouvons nous concentrer sur l’essentiel, la musique. Pendant longtemps nous étions sans contrat discographique et là ce fut vraiment difficile à vivre. C’est une bonne phase, une phase où nous retrouvons notre public et je suis sûr que quand je serai plus vieux je regarderai ces années avec joie, le deal avec Kscope et We're Here Because We're Here, et ce nouveau disque se place dans la continuité.

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03. Deux mois avant la sortie de ce nouvel album comment vous sentez-vous vis-à-vis de ces chansons ?

Je ne suis pas du tout « gavé » par ce nouvel album, je l’écoute tous les jours. Et c’est le cas pour les précédents albums, ainsi que Judgement. Je sais que pour certains, il est nécessaire de prendre une certaine distance pendant quelques semaines mais ce n’est pas mon cas. D’habitude, j’écoute nos nouvelles chansons intensément pendant deux ou trois mois et puis je prends alors un peu de recul quand la tournée commence. Je continue à vivre avec ces chansons mais à travers la scène. J’analyse, il existe certaines choses que je n’apprécie pas, je reste très critique vis-à-vis de notre travail, je me dis que telle ou telle chose aurait pu être améliorées ou faites différemment. Et il s’agit d’une bonne chose.

 

04. Combien de temps avez-vous consacré à ce nouvel album ?

Toute la phase de composition et de pré-production a débuté environ un an avant que l’album ne sorte. Cela fait disons mars 2013. J’étais alors au Portugal… Et lors de ces sessions une grande partie de la musique a pris forme, pas les paroles, surtout la musique. Nous avions alors beaucoup d’idées, des motifs émergeaient et constituaient la base des nouveaux titres, comme par exemple les trois chapitres de la chanson « The Lost Song ». Les chansons comme « Distant Satellites » qui s’appelait alors « Voodoo », « Firelight » et « Anathema » nous trottaient dans la tête depuis longtemps. Donc nous avions ces motifs musicaux et en novembre, l’équipe de composition avec moi, Vinnie (Cavanagh) et John (Douglas), nous nous sommes retrouvés pour travailler à nouveau ensemble et faire le tri et définir les chansons à approfondir. Nous avions trente ou quarante trames ou idées dans un ordinateur et il fallait trancher et écarter ce qui ne convenait pas pour ne garder que le meilleur.

A partir de là nous avons développé dix chansons, défini l’ordre d’apparition des chansons sur le disque… De là, nous avions tout pour rentrer en studio, enregistré d’abord la batterie puis tout le reste jusqu’à Noël. Nous nous sommes alors accordés en break pour les fêtes pour reprendre l’enregistrement en janvier puis par touches jusqu’en mars 2014 avec le mixage… Les paroles ont été toutes écrites en studio. Ce n’est peut-être pas idéal et cela peut faire l’objet de critiques mais cela ne me dérange pas. Je n’avais pas grand-chose en stock, peut-être pour une chanson seulement. Ce fut beaucoup de pression bien sûr mais il est parfois utile de ressentir cette urgence et j’apprécie beaucoup les paroles de ce disque. Et elles sont le résultat de cette pression, de ce rush de tout rédigé au dernier moment en studio.

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05. Pourquoi avoir encore une fois choisi de travailler avec Christer-André Cederberg pour la production et le mixage du disque ?

Pour nous le choix a été évident et il fait aussi désormais partie du son du groupe. Tu dois comprendre que nous avons besoin d’aide quand nous sommes en studio. Car il s’agit d’un processus très compliqué. Et cela devient éprouvant si tu ne mets pas quelqu’un en charge de mener à bien le projet. Il ne prend pas les décisions à notre place mais c’est son rôle de rassembler les idées et de rendre les choses possibles. Nos fixons la direction et à charge pour lui de nous y emmener. Si tu retires Christer de l’équation cela me laisse en charge du projet et ce n’est pas le meilleur moyen d’arriver au bout. Le groupe est construit autour de frères et donc nous avons une relation spéciale et profonde depuis très longtemps. Et je ne veux pas être celui qui doit, à la fin, prendre toutes les décisions.

Je continue à prendre beaucoup de décisions mais Vinnie est également très impliqué, au niveau des arrangements aussi et il sert de filtre pour toutes nos idées. Si une idée n’atteint pas nos standards, il le dira et nous pourront alors en discuter et l’abandonner si effectivement cela ne convient pas. Même chose pour John qui contribue beaucoup et soutient ce processus et cette façon de travailler. Donc nous trois nous travaillons très bien en équipe, pleinement concentré et il est bon pour nous d’avoir à nos côtés la présence d’une personne supplémentaire qui pourra nous aider et nous guider.

 

06. Donc vous devez avoir un niveau de confiance élevé pour cette personne…

Oui tu as raison et nous avons pleinement confiance en Christer. Il a fait des merveilles et c’est je crois la seule personne qui pourrait jouer ce rôle avec nous. Il n’a pas tout le temps raison et nous n’avons pas tout le temps raison et il y a deux ou trois choses que je voudrais voir améliorées pour la prochaine fois, que nous tirions les enseignements pour le prochain disque. De mon point de vue nous avons eu entre nous trop de discussions, trop de débats parfois inutiles. Mais il nous semble en ce moment que Christer sera la personne idéale pour travailler sur le prochain disque également.

C’est un très bon producteur, il trouve les bonnes sonorités, il sait faire sortir le meilleur des chanteurs en particuliers, il fait répéter des dizaines de fois puis sait prendre le meilleur de chaque prise pour obtenir le résultat optimal. Mais il s’agit bien d’une co-production car nous sommes très impliqués dans la prise de décision, nous ne sommes pas des marionnettes, nous conservons le contrôle. C’est inhabituel mais Christer est la seule personne avec Vincent et John avec laquelle je peux avoir ce type de relation, une absolue confiance. J’ajouterai aussi Steve Wilson car il est très bon, excellent même dans ce qu’il fait.

 

07. Et quelle a été la contribution de Steven Wilson ?

Nous avons une relation particulière avec Steven car ce n’est pas celui qui travaille et produit le disque du début à la fin. Tu lui donnes l’album quand celui-ci est terminé et il en fait le mixage. Donc il n’est pas impliqué dans toutes les décisions jusqu’à ce point-là du mixage. Et cela fonctionne très bien. Christer est là pour superviser l’ensemble et Steven ajoute sa petite touche à la fin. Steven a lui aussi été d’une aide précieuse car à la fin Christer a été très malade et a dû subir une opération au dos et il a donc raté cinq jours de travail. J’ai encore du mal à croire qu’il a fini le travail dans les temps car son état était vraiment sérieux. Mais il n’a pas pu mixer toutes les chansons et donc la situation est devenue complexe, nous nous demandions ce que nous allions faire.

Il n’était plus possible de finir le travail à temps et donc nous nous sommes dit qu’il nous fallait prendre quelqu’un de très bon. Et donc nous avons choisi Steven. Et il était disponible heureusement car si ce n’avait pas été lui je ne vois personne d’autres à qui je connais aussi confiance qu’à lui. Nous aurions forcément trouvé quelqu’un mais cela n’aurait pas été la même chose et tout était organisé autour de la date de sortie de l’album. Les mixages de Steven sont très bons, très clairs.

 

08. As-tu été surpris à la réception du mixage final ?

Oui je l’ai été et j’ai été surpris d’être surpris. Je lui ai même écrit un mail lui demandant pourquoi j’étais surpris… C’est fantastique et il a fait cela en six heures de temps pour la première chanson mixée, « You’re not Alone ». A bout de ces six heures tout était là à l’exception de deux ou trois suggestions que j’ai émises, mais le gros du boulot était terminé. Je ne sais pas d’où vient ma surprise je n’aurais pas dû l’être mais je n’avais pas travaillé avec lui depuis 2010 et j’ai oublié à quel point il était bon. Ce fut génial.

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09. La pochette est assez réussie comme d’habitude. Quelle était l’idée et comment avez-vous travaillé avec Sang Jun Yoo ?

En fait ce fut extrêmement simple. John a eu l’idée de cette lumière lointaine pour la pochette. Et à partie de là j’ai simplement tapé Distant light dans Google et j’ai alors découvert cette installation artistique à New-York. Et j’ai donc écrit à cet artiste la nuit même. John a aimé toutes les images, celui lui parlait et cela me parlait également. L’image est très simple mais différente pour nous et notre approche musicale a choisi le même chemin, la simplicité moins de couches, moins de complication dans notre musique.

L’artiste m’a alors répondu, il a écouté quelques chansons et il a alors accepté que nous utilisions son travail. Notre manager a pris alors contact, ils se sont mis d’accord sur un prix. Il nous a alors fourni l’ensemble des images de son installation et nous avons choisi à partir de ces images. Elles sont toutes magnifiques. C’est le cas pour moi et j’en suis sûr aussi pour John Douglas, il s’agit de l’une de nos pochettes récentes préférées.

 

10. Vous avez toujours soigné vos clips vidéos. Quelle importance donnez-vous à cet aspect et appréciez-vous ce type d’exercice ? A quoi pouvons-nous nous attendre pour ce nouvel opus ?

Je ne sais pas ce qui est prévu pour ce disque. Je ne suis pas très impliqué dans cet aspect-là. Je ne suis pas sûr que nos vidéos soient si géniales, il semble que nous ne bénéficions pas du budget pour faire vraiment bien de ce côté-là. J’aime beaucoup celui que nous avons fait pour « Untouchable, Part 1 » par exemple. « Pressure » était pas mal non plus mais pas absolument fantastique. Je ne suis pas beaucoup impliqué là-dedans, Vinnie s’assure que ce ne sera pas catastrophique et que la personne en charge sait ce qu’elle fait, dans le bon esprit.

Si les standards ne sont pas assez bons, nous ne sortons pas la vidéo. Par exemple, celle qui a été réalisée pour « Untouchable, Part 2 » n’a jamais vu la lumière car elle était terriblement mauvaise. Si j’avais le choix pour ce nouveau disque, j’en voudrais une pour « Ariel », « The Lost Song, Part 3 » et enfin « Distant Satellites ». Cette dernière est sans doute le titre le plus commercial de l’album.

 

11. Une des chansons s’appelle « Anathema ». Comment devons-nous l’interpréter ?

C’est la liberté de nos fans et de l’auditeur, cela ne nous regarde pas. Je ne ferai aucun commentaire sur cette chanson, chacun se fera son opinion.

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12. A vos débuts, il y a plus de vingt ans de cela, quelle était votre ambition ?

Nous n’en avions pas. Tu sais finalement, quand tu es jeune, la chose la plus importante pour toi est de pouvoir faire un album. Après le premier tu veux en faire une deuxième puis un disque encore meilleur… En 1992 quand l’EP The Crestfallen est arrivé, c’était notre premier vinyle et c’était une époque géniale. Ce moment-là est magnifique car il s’agit bien sûr d’un premier pas et d’une belle consécration. Tu avances pas après pas, tu fais ton premier t-shirt, tu développes ton propre merchandising, tu donnes ton premier concert en dehors d’Angleterre puis ton deuxième album… L’objectif est toujours d’arriver à l’étape suivante, tu ne vises pas le ciel juste un palier supplémentaire.

 

13. Après 25 ans de carrière qu’est ce qui te rend le plus fier ?

Simplement le fait que nous sommes toujours ensemble et que nous nous aimons et cela pour le plus longtemps possible. Le business musical n’a pas distendu nos liens et nous travaillons toujours ensemble après toutes ces années. Je pense que que tu fais le point sur ta vie, la qualité de ton amour, celui que tu donnes et celui que tu reçois est la chose la plus importante.

 

14. Que peux-tu nous dire de votre récente tournée aux côtés de HIM qui a rencontré le succès aux USA ? Après une première tournée en tête d’affiche à l’automne dernier, les Etats-Unis sont-ils enfin en train de succomber à ANATHEMA ?

Je ne veux pas faire de plan sur la comète, nous avons beaucoup travaillé, très dur pour nous faire connaître outre-Atlantique et nous commençons à en récolter les fruits. Ce n’était pas facile car nous donnions des concerts et en même temps nous étions en train de finaliser l’album. Nous voulions monter sur scène et marquer les gens rapidement, ne pas les lâcher et faire comprendre au public notre philosophie et notre musique. Et cela a fonctionné et j’en suis très heureux. Bien sûr selon le groupe pour qui tu assures une première partie tu adoptes une setlist adaptée.

Le public à ce moment-là était plus orienté rock donc nous avons proposé des chansons plus rythmées, à même de remporter l’adhésion des fans présents comme « Untouchable, Part 1 » ou encore « Deep ». Ce fut un beau défi pour nous et nous avons pris du plaisir. On verra si cette bonne impression aura un impact sur le niveau de vente du nouvel album, je l’espère mais on verra. Il est possible que nous puissions continuer à grossir en Amérique.

 

15. A quoi peuvent s’attendre les fans des shows prévus entre août et novembre prochains et lors des festivals d’été ?

Cela s’annonce très bien, nous nous amuserons beaucoup à proposer ces nouvelles chansons et à les interpréter sur scène. A chaque fois qu’une nouvelle tournée s’annonce à la suite de la parution d’un nouvel album, nous nous concentrons sur les nouvelles chansons. Pour Weather Systems nous avions « Untouchable, Part 1 » et « Untouchable, Part 2 » et pour celui-ci ce sera « The Lost Song, Part 1 », « Ariel », « Distant Satellites », « Anathema »… Il devient difficile désormais de construire notre setlist et il existe de nombreuses très bonnes chansons que nous n’interprétons plus désormais.

Mais pour rendre hommage à ces excellents titres, il faut désormais passer par des concerts exceptionnels où nous interprétons un album en entier. Et il se peut que nous donnions à l’occasion ce type de spectacle. Cela permet de jouer des chansons qui sans cela ne seraient jamais interprétées. Mais il faut que cela reste exceptionnel.

 

Et enfin "Le Quizz De Métal Chroniques Quizz" pour terminer cette interview:

01. Quelle est votre chanson préférée (tous artistes, époques…) ?

Il y en a trop, il est impossible de pour moi de t’en donner seulement une. Désolé.

 

2. Premier album acheté ?

Alchemy, le live de DIRE STRAITS.

 

03. Dernier album acheté ?

Il s’agit d’une BO d’un film sinon j’ai précommandé le nouvel album de COLDPLAY.

 

04. L’album qui a allumé ton étincelle artistique ?

Alchemy, le live de DIRE STRAITS. Je l’ai acheté grâce au concert de charité Live Aid.

 

Tous nos remerciements à Roger WESSIER (Replica Promotion)

 

Chronique de l'album ici

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01. Pour quelqu’un qui découvrirait EDGUY avec cet album, pourrais-tu synthétiser le groupe en trois mots et nous expliquer pourquoi ce choix ?

Tobias Sammet : « Différent », « Divertissant » et « Puissant ».

Je ne suis pas sûr que ces trois mots résument effectivement bien le groupe mais il fallait que je réponde à ta question et ces trois mots ont alors émergé dans ma tête. « Différent » car cela fait partie de nous et c’est assez intéressant. Nous avons toujours été honnêtes envers nous-mêmes sans trop y penser ni trop intellectualiser notre démarche et la direction musicale adaptée. Nous ne nous sommes jamais forcés à adopter telle ou telle tendance ou suivre ce que les gens attendaient de nous. Cela nous a rendu différent alors que pour moi cela semblait normal car c’est ainsi que devrait être le heavy métal. Etant plus jeune, je voulais écrire une musique puissante qui allait te donner de la joie et du plaisir. C’était le cas de mes idoles, aller contre les modes, dire ce que tu as à dire quelque soit la pensée majoritaire et se battre pour ses idées. Et finalement plus notre carrière avançait plus nous nous sommes rendus compte que cela devenait extraordinaire de faire les choses ainsi.

Nous avons dit beaucoup de choses tout au long de notre carrière que tu ne dois pas dire si tu veux avoir du succès. Nous avons fait beaucoup de choses que tu ne dois pas faire si tu veux avoir du succès. Nous avons été moqués de fait de porter de drôles de vêtements. Bref nous avons fait les choses différemment mais pour moi il s’agit de la quintessence du heavy-métal. Fais les choses qui te tiennent à cœur sans craindre ce que les autres vont penser.

 

02. Si l’on revient un moment sur la période Age of the Joker. Que retiens-tu de cette époque ?

TS : Si je reprends la tournée qui a suivi la sortie de l’album nous n’avons pas connus de moments particulièrement mémorables mais pas non plus de très mauvais souvenirs. Cela reste un super album, nous voulions alors aller à l’envers de notre démarche précédente. Alors que beaucoup de groupes joue de plus en plus fort, nous voulions au contraire donner à notre musique un côté très dynamique, retirer toutes les fioritures et revenir aux fondamentaux pour obtenir un disque très organique. C’est bien d’avoir agi pour nous mais c’est également bien qu’avec notre nouvel album nous ayons tourné la page. Nous faisons les choses naturellement.

Pour les meilleurs moments, c’était cool de jouer avec DEEP PURPLE, de se produire au Wacken Open Air, de partir en tournée avec SLASH en Amérique du Sud, nous avons fait beaucoup de bonnes et belles choses avec ce disque. Rien d’extraordinaire comme se produire en tête d’affiche au Madison square Garden mais un chapitre important de notre histoire.

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03. Quelle était votre idée à l’aune de la composition de Space Police (Defenders of the Crown) ? Un hommage aux vieux romans ou série de science-fiction ?

TS : Quand je suis revenu de la tournée AVANTASIA en août 2013, j’ai proposé aux autres de se réunir et de faire le point sur EDGUY et où nous voulions aller. Je savais que les autres membres allaient à un moment ou un autre revernir vers moi pour travailler sur un nouveau disque donc j’ai préféré anticiper leurs demandes. Et nous nous sommes dit : « ok entrons en studio en novembre ». alors que nous n’avions pas le début d’une nouvelle chanson.

 

04. Donc vous vous êtes mis vous-même sous pression ne disant dans trois mois nous entrons en studio, il faut composer ?

TS : oui exactement. Mais nous savions que nous avions filet de sécurité et que si nous n’avions pas assez de bon matériel sous la main nous pourrions retarder l’entrée en studio. Mais il est important pour nous d’avoir un calendrier et un but pour avancer. Donc j’ai commencé à travailler de mon côté, Jens avait également des idées. Nous avons travaillé chacun de notre côté et nous faisions des points d’étape chaque fois que nous pouvions nous retrouver dans la salle de répétition. Nous pouvions alors modifier et arranger les chansons tous ensembles.

J’ai aussi beaucoup travaillé avec Sascha sur certains arrangements puis nous sommes passés à la phase d’enregistrement. Nous étions alors tous en studio pour enregistrer. Ce fut vraiment un travail collectif, toutes les instruments de bases ont été mis dans la boite alors que nous étions tous en studio avant les overdubs. Nous ne sommes pas un groupe « Skype » qui travaille alors que chacun de ses membres est à des centaines de kilomètres les uns des autres.

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05. Tu travailles énormément pour AVANTASIA et EDGUY enchainant les phases de composition, enregistrement, promo et tournées pour ces deux projets. Ne crains-tu pas le burnout créatif ?

TS : Oui mais ce n’est pas effrayant, cela fait partie du processus artistique normal et il y a effectivement des jours où tu ne composes rien, où tu ne couches rien sur cette feuille vierge. Nous avons maintenant vingt-deux ans de carrière dernière nous et notre petit succès nous a donné le luxe de mieux gérer ces moments de vide créatif. Ce n’est pas grave, tu te reposes, tu fais autre chose et tu attends que cela revienne. J’ai une grande patience. Si nous avons réussi une chose dans notre carrière c’est d’avoir le luxe de fixer notre propre rythme.

Oui comme je l’ai dit nous nous sommes mis la pression avec un calendrier très serré pour ce nouvel album et ce fut la bonne stratégie, nous avons bien travaillé et nous sommes allez au bout de la démarche ainsi. Cet album est très instinctif, donc cette décision était bonne. Mais sinon nous aurions tout simplement reporté l’enregistrement de six mois. Cela reste toujours beaucoup plus rapide que le rythme de sortie d’un nouvel album de DEF LEPPARD (rires).

 

oshy_itw_Edgu_0406. Mais au niveau mental, tu peux mettre ton esprit en condition si tu travailles pour EDGUY ou AVANTASIA ? En particulier pour AVANTASIA où toute la pression repose sur tes épaules alors que tu peux t’appuyer sur les autres au sein d’EDGUY ?

TS : Le problème c’est que je suis très mauvais pour déléguer et donner aux autres des responsabilités. Ce n’est pas une question d’égo ou de « control freak » mais je veux tellement faire les choses bien, de la bonne façon que je finis par les faire moi-même. Il faut que les choses soient faites à ma façon ou je ne le fais pas. Ce n’est pas une question d’ego égoïste mais plutôt la conviction de comment les choses doivent être et comment y parvenir. Je m’applique cela à moi-même et à mes propres idées. Je suis tout aussi critique envers moi-même qu’envers les autres. Et donc je refais les choses encore et encore.

Je ne veux pas m’investir dans quelquechose qui ne sera pas génial. Donc ma responsabilité pour AVANTASIA et pour EDGUY est en vérité la même. Bien sur inconsciemment je sais qu’il existe une différence au niveau des compositions, que ce sera nous cinq qui allons enregistrer le disque. Et nous sommes finalement limité par certains côté vis-à-vis d’AVANTASIA. Si j’ai besoin d’un personnage supplémentaire je l’ajoute, si j’ai besoin d’un joueur de flamenco, je trouve un joueur de flamenco….

EDGUY c’est nous cinq mais c’est un avantage car nous sonnons toujours comme EDGUY. Et dans ce cadre, je veux être sûr de fournir un très bon album, mon nom est marqué dessus et je sais que je vais donner quatre cents interviews pour défendre ce disque. Je dois donc être convaincu de la qualité de notre travail. Je ne veux pas expliquer quatre cent fois en interview que telle ou telle chanson est pourrie. Je travaille beaucoup et je veux être responsable de ces chansons et les assumer. Mais ce n’est pas que moi, nous sommes tous très difficiles et rigoureux envers nous-mêmes.

 

07. Depuis vos débuts, vous profitez d’un line-up très stable alors que c’est loin d’être la règle générale. Quel est le secret ?

TS : Un manque d’opportunités (rires) ! Nous sommes tous les cinq fermement ancrés à nos sièges et personne ne veut le quitter. Plus sérieusement, quand tu le lances ainsi sans un projet ensemble depuis le tout début, plus le projet dure plus tu apprécies la vie ensemble et sait quoi faire et ne pas faire pour que cela perdure encore longtemps. Si tu es loyal, dans une relation ou autres, tu finis par l’apprécier énormément et donc tu sais relativiser lors des moments plus difficiles. Et nous avons eu des moments de tension dans le groupe. Tu regardes fièrement ce que tu as construit collectivement et tu ne veux pas tout détruire.

C’est la bonne manière de faire pour chaque élément dans sa vie, personnel ou professionnel, ne pas être superficiel et prendre du recul avant d’agir inconsidérément. Sois conscient de la qualité des choses qui durent. Nous sommes heureux ensembles, nous avons quelquechose de précieux, de la chance de vivre de notre passion et il faut protéger ce luxe, avec responsabilité. Ce serait un péché de jeter à la poubelle tout cela. Il faut se battre.

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08. La pochette est assez étrange, très éloignée des standards métal habituelle. Quelle était l’idée et comment avez-vous travaillé avec l’artiste en charge ?

TS : Il est très important d’avoir une belle pochette, c’est l’image de l’album et cela peut donner l’envie, ou pas, de s’y intéresser. Nous voulions vraiment proposer quelquechose d’inhabituel mais une image forte qui allait faire son petit effet face aux amateurs. En général dans le genre heavy métal tu te dois de faire les choses à ta façon sans t’intéresser aux modes ou aux tendances. En tout cas c’est ma conception. Mais nous pouvons quand même tous constater une certaine uniformisation : s’habiller d’une certaine façon, sonner d’une certaine façon pour être dans les canons heavy métal. Et cette uniformisation heurte ma conception du heavy metal qui doit refléter ce tu es, pas forcément coller aux canons du genre.

Nous devrons être divertissants pour les autres mais aussi pour nous-mêmes. Et donc nous nous sommes dit qu’il serait bon d’avoir une pochette très lumineuse, flashy car cela amènera de la lumière sur ce nouvel album qui mérite de la reconnaissance pour sa grande qualité. Donc mettons sur la pochette un dessin cool, un policier bourré de testostérone et sûr de lui ! Car c’est du rock n’roll à pleine vitesse. Ajoutons lui une moustache, cela fera parler les gens…

L’artiste qui a fait cette pochette a aussi réalisé celle d’Age of the Joker, il nous connait. Nous lui avons décrit l’esprit et l’image que nous voulions voir apparaître. Il a proposé des choses et nous étions d’accord tant que cela ne ressemblait pas trop à Rocket Ride qui était cartoon est amusante. Là ce n’est pas cartoon et amusant, l’image est d’ailleurs sassez difficile à catégoriser. Certains se demandent si cette image est sérieuse et cela nous plait. Cela donne un coup de projecteur, une reconnaissance à ce disque et la musique est si bonne… Je suis sûr que les fans e bien d’autres vont adorer.

 

09. Sur le dernier album d’AVANTASIA, The Mystery of Time, tu as travaillé avec le génial Rodney Matthews. Je suis un grand fan de son travail, comment cela s’est-il passé ?

TS : Je suis également un fan énorme de son travail et j’ai toujours voulu qu’il me réalise une de mes pochettes. J’ai ses livres à la maison, des posters, des dessins encadrés de lui à la maison…. J’ai envoyé un mail à son manager et les choses se sont faites. Et c’est un homme si gentil… Ce n’est pas la première fois que je le contacte pour une pochette mais à l’époque il n’était pas très chaud. Il ne nous connaissait pas, c’est un profond chrétien et avec notre album Hellfire Club il ne savait pas où il allait mettre les pieds. Je crois même qu’HELLOWEEN à l’époque l’avait contacté pour illustré les Keepers mais il ne l’avait pas fait non plus car il y avait le mot Hell (enfer) dans le nom du groupe. Et c’est amusant car Michael Kiske et Rodney ont eu cette conversation ensemble à ce propos lors du passage d’AVANTASIA en Grande-Bretagne l’année dernière. Rodney était là en tant qu’invité et ils ont en reparlé plus de vingt-cinq ans plus tard.

Je rêvais d’avoir une pochette signée par Rodney Matthews. Et c’est un mec génial, talentueux et très gentil, vraiment. J'ai une reproduction signée chez moi de la pochette d’AVANTASIA ? Il conserve les peintures originales et je ne risque pas de pouvoir me la payer. Ce fut un cadeau de sa part quand nous avons joué l’année dernière dans ce festival en Angleterre. J’espère qu’il retravaillera pour nous. C’est un génie, je lui ai donné précisément ce que je voulais voir et il a réalisé une merveille, absolument ce que j’avais dans la tête, un vrai miracle !

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Et enfin "Le Quizz De Métal Chroniques Quizz" pour terminer cette interview:

01. Quelle est votre chanson préférée (tous artistes, époques…) ?

MEAT LOAF “Bat Out of Hell”

 

2. Premier album acheté ?

HELLOWEEN Keeper of the Seven Keys Part 2

 

03. Dernier album acheté ?

Le nouvel album de MAGNUM, Escape From the Shadow Garden

 

04. L’album qui a allumé ton étincelle artistique ?

Probablement le film sur AC/DC, Let There Be Rock

 

Tous nos remerciements à Olivier GARNIER (Replica Promotion)

 

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01. Pour quelqu’un qui découvrirait SABATON avec cet album, pourrais-tu synthétiser le groupe en trois mots et nous expliquer pourquoi ce choix ?

Joakim Brodén : Heavy Fucking Metal

En fait ces trois mots se sont imposés à moi car il s’agit des seuls mots qui selon moi nous décrivent vraiment. « Heavy » car effectivement nous jouons une musique lourde et puissante, « Fucking » car j’ai un vocabulaire vraiment déplorable et « Metal » car c’est ce que nous faisons au quotidien.

 

02. Si l’on revient un moment sur la période Carolus Rex. Que retiens-tu de cette époque ?

JB: Ce fut une période remplie de turbulence et nous nous sommes rapidement rendu compte que nous pouvions continuer ainsi et rester les mêmes six mecs dans le groupe. Nous ne savions pas alors ce qui allait se passer si un des membres allait partir mais ce qui était sûr c’est que les choses n’allaient pas bien et qu’il fallait changer. Nous ne pouvions pas repartie sur les routes tous ensembles pendant 250 jours. Et ce fut très dur en particulier sur le plan émotionnel mais à posteriori, ce fut le meilleur scénario possible pour assurer la survie du groupe et une fois les choix acceptés ce fut une très belle période. Je n’ai pas eu autant de plaisir pendant les dix années précédentes. Ce fut un accélérateur pour nous d’avoir de nouveaux membres, du sang neuf, une passion nouvelle et renouvelée.

Pär Sundsröm : Pour moi le moment le plus fort de cette période est à rechercher dans le dernier concert que nous avons donné pour la tournée. J’ai pu prendre alors un peu de recul et me surprendre à constater que nous avions tous ensemble, collectivement, beaucoup de joie et que notre activité était redevenue amusante. Nous avions à nouveau trouvé le bon groupe.

 

03. Si vous l’acceptez, pouvez-vous nous dire quelques mots sur le groupe CIVIL WAR constitué d’anciens membres du groupe ?

JB : Pas de soucis pour parler de ce sujet. Finalement ils reprennent un concept assez proche du nôtre en abordant des thèmes guerriers et c’est dommage qu’ils continuent ainsi d’être et d’agir dans l’ombre de SABATON. Quand ils ont sorti un EP promo pour annoncer la création du groupe je n’ai vraiment pas aimé car les chansons ne m’ont pas plu du tout. Cela s’est arrangé à l’écoute de l’album mais un de ces titres ressemblent beaucoup à une chanson de SABATON et j’ai trouvé cette démarche étrange. Pourquoi vouloir se raccrocher à un projet, une démarche pour laquelle tu n’as plus voulu t’associer ? De l’autre côté, leur chanson titrée « Saint Patrick’s Day » ne sonne pas du tout comme du SABATON et elle est très réussie.

Donc en ayant décidé de ne pas poursuivre l’aventure avec nous, ils seraient préférables qu’ils s’éloignent aussi de nous stylistiquement parlant et poursuivent une autre voie comme celle entrevue à travers la chanson que je mentionnais précédemment. Nous restons amis, il n’y a pas de haine entre nous. Mais peut-être sans s’en rendre compte ce lien avec SABATON était important pour eux car nos publics sont sans doute assez proches et les fans de l’un peuvent apprécier les chansons de l’autre. Mais je préfère qu’ils s’éloignent de nous et qu’ils composent de manière plus libre sans vouloir nous ressembler. Leurs chansons les plus éloignées de notre style sont les meilleures. Et leur chanteur est bien meilleur (rires) !

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04. Deux mois avant la sortie de ce nouvel album comment vous sentez-vous vis-à-vis de ces chansons ?

PS : nous avons un sentiment mitigé, une fierté mais aussi la volonté de prendre un peu de recul.

JB : Etant celui qui compose également, je suis dans ce processus, dans ces chansons depuis octobre. J’ai mis beaucoup de sueur et de sang dans ce disque et pour être honnête avec toi je ne l’écoute pas en ce moment. Je pense que dans six mois j’aurai pris un certain recul et faire une évaluation plus objective des défauts et des qualités de mon travail. Pär a été très impliqué dans l’écriture des paroles par exemple mais il n’a pas écouté ces chansons chaque jour ces derniers six mois.

PS : effectivement j’ai pu prendre du recul et écouter ces chansons en création avec un esprit frais, une oreille neuve. Et je suis très excité et il me tarde de jouer ces titres sur scène, dès demain si je le pouvais. J’aime beaucoup l’écouter en ce moment.

 

05. Quelle était votre idée à l’aune de la composition de Heroes ?

PS : En fait nous n’avons pas commencé à travailler sur ce disque à la fin de la période Carolus Rex mais bien avant la sortie de Carolus Rex. Cette idée qui a donné Heroes nous trotte dans la tête depuis Coat of Arms en fait. Nous voulons depuis longtemps publier un album qui se concentrerait moins sur les grandes batailles mais qui mettraient en avant le destin d’individus.

JB : Comme le dit Pär alors que nous étions au beau milieu de la réalisation de Carolus Rex, nous savions déjà que notre disque suivant serait Heroes. Et dès à présent nous savons déjà vers quelle direction nous irons pour la suite. Mais nous ne dirons rien car si jamais nous changeons d’avis, les gens pourraient être déçus et frustrés. Nous voulons rendre les gens heureux et donc ne pas les décevoir. Donc l’avenir est déjà tracé mais nous n’en dirons pas plus.

 

06. Comment trouvez-vous les thèmes et histoires que vous allez à travers vos chansons ? Ici par exemple l’histoire du 588ème Régiment Soviétique de Bombardement de Nuit sur « Night Witches » ou sur « Smoking Snakes » l’évocation de la force expéditionnaire brésilienne… ?

JB : tous les cas sont possibles. Parfois l’idée peut venir d’un documentaire que nous avons vu à la télévision et cela nous intéresse et nous faisons alors des recherches sur le sujet. Mais également pendant les tournées, un fan peut venir nous voir et nous donner un livre sur tel ou tel sujet. C’est arrivé pour « Soldier of 3 Armies » lorsqu’un fan me tend un livre consacré à Lauri Törni. Il me semble que pour eu moins les moitié des chansons présentes sur ce disque, nous n’aurions pas eu connaissance des histoires traitées sans l’intervention de nos fans.

En ce qui concerne les sorcières de la nuit (Night Witches) nous voulions déjà écrire une chanson sur elle à l’époque en 2009 pour Coat of Arms mais nous n’avions pas alors la bonne chanson à notre disposition. Il est crucial pour nous que la musique et les paroles se marient harmonieusement et se renforcent l’une et l’autre. Nous avons beaucoup de chansons et en même temps beaucoup d’histoires à raconter que nous n’avons pas encore utilisées car les unes et les autres ne coïncident pas. Nous serons patients et nous attendrons de trouver les bons partenaires. Il est très important que l’état d’esprit de la musique soit harmonieux avec les émotions des paroles et vice versa.

PS : nous avons connu des problèmes de ce type car parfois une chanson est prête, terminée sur le plan musical mais nos histoires disponibles, nos paroles ne conviennent pas. Donc souvent pendant la phase d’enregistrement mais malheureusement assez tard dans le processus il nous faut prendre du recul, nous assoir et passer en revue toutes nos idées pour définir et trouver celle qui conviendrait à la musique.

JB : Nous vérifions tout, les mails reçus, les idées notées sur un bout de papier, tout y passe. Cela passe par un long brainstorming et tu penses à tout ce que tu as vu récemment et parfois l’illumination vient et tu repenses au documentaire que tu as vu des années auparavant et là toutes les pièces du puzzle prennent forme. Nous avons passé tant de temps, tellement de soirées à discuter pour définir ce qui convenait le mieux, quel point de vue privilégier… Quand nous connaissons le sujet et que nous avons le bon angle, en quelques heures, les paroles sont écrites. Mais il nous a fallu des dizaines d’heures pour trouver le thème adéquat.

PS : Certaines paroles sont plus faciles que d’autres à trouver. Quand nous avons trouvé le récit de la vie de Witold Pilecki pour la chanson « Inmate 4859 », nous savions que nous pourrions adapter ce récit à n’importe qu’elle musique. Nous avions tellement d’informations que nous pouvions prendre cette histoire par des angles très variés. Ce fut facile car l’histoire était géniale.

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07. Beaucoup de fans ne se rendent pas compte de tout ce travail…

JB : Oui tu as raison et il est important de souligner que cela nous demande énormément de travail et que nous n’écrivons pas nos paroles rapidement, sur un coin de table sans vraiment nous en soucier. Tout est important à nos yeux, la forme comme le fond. Pour une chanson comme « Hearts of Iron » nous parlons d’un Général allemand qui a eu un acte héroïque. Mais pour nous la difficulté est de faire passer le bon message sans que les gens puissent penser que nous avons quelques sympathies que ce soit pour les valeurs nazies. Et c’est vraiment un problème.

Nous connaissions ces événements ; notre culture sur le sujet vient de nos lectures passées. Et puis il y a ce livre, Berlin: The Downfall 1945 écrit par Antony Beevor à propos de cette bataille. Cela a pu nous aider à trouver le bon angle. Il y a aussi beaucoup de recherches sur internet puis je suis tombé sur ce livre de plus de 500 pages consacré à la bataille de Berlin. Et pendant la lecture je prends des notes, certaines citations me marquent plus que d’autres… Il faut trouver une synthèse qui puisse aussi susciter de l’émotion au sein de la chanson. J’adore cela mais les gens ne se rendent pas compte du temps que nous consacrons aux paroles de nos chansons.

 

08. Que peux-tu nous dire des sessions d’enregistrement de Heroes ? C’était comment de travailler avec Peter Tätgren aux Abyss studios ?

JB : Je risque d’en décevoir beaucoup mais nous n’avons d’histoires un peu folles à raconter lors de nos enregistrements. Les chansons sont déjà écrites, nous entrons alors en studio pour graver tout cela dans le marbre. Tout est quasiment prêt au moment où nous commençons l’enregistrement mais nous gardons cet espace de liberté. Si l’un de nous n’aime pas telle ou telle partie nous la modifions jusqu’à arriver à un résultat satisfaisant pour tous. Nous rentrons en studio avec un plan précis en tête mais il est nécessaire de pouvoir innover et sortir du schéma prévu.

Mais nous connaissons d’avance par cœur les chansons, comment vont sonner les riffs de guitares ou les harmonies vocales. La liberté restent cependant présente car le guitariste va réaliser son solo et le batteur va ajouter ici et là des éléments constitutif de son style. Mais tout est écrit d’avance même si une idée pour venir entre temps et alors nous changeons tout.

PS : Quant à la contribution de Peter Tätgren, il travaille et possède une influence sur nous surtout au niveau du son et de la production du disque. Les chansons sont déjà prêtes quand il intervient mais nous restons à son écoute et il nous donne des conseils. C’est vraiment un des meilleurs pour cela. Il va ajouter tel ou tel élément au niveau de la production qui va encore donner un impact supplémentaire, élever une chanson.

Sur Carolus Rex il a eu de bonnes suggestions comme l’utilisation de sons de claviers qui rappelait le bruit d’une mitrailleuse et renforçait les ambiances de la chanson. Nous étions partagés par sa proposition mais là il nous a demandé de lui faire confiance. Et quand il te dit cela, tu ferais mieux de l’écouté car il est extrêmement expérimenté. Et il a eu raison.

 

09. Vous avez toujours soigné vos clips vidéos. Quelle importance donnez-vous à cet aspect et appréciez-vous ce type d’exercice ? A quoi pouvons-nous nous attendre pour ce nouvel opus ?

JB : Pour être honnête avec toi, la seule vidéo que j’ai appréciée de tourner a été celle pour « The Uprising ». C’était vraiment comme regarder un film et nous n’étions finalement filmés en train de jouer que pendant un temps assez court. Et c’était vraiment sympa à faire. En général j’aime beaucoup regarder les vidéos et je n’ai rien contre cet exercice mais je préfère jouer nos chansons sur scène ou même les composer. Ce sont ces activités-là qui me font vibrer et qui entretiennent la flamme de notre passion. L’exercice de paraître cool devant une caméra en mimant des dizaines de fois la même scène ne m’intéresse pas énormément même si cela s’avère bien sûr nécessaire.

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10. Vous avez profitez pendant de nombreuses années d’un line-up très stable avant que tout soit bouleversé avant Carolus Rex et à nouveau pour ce nouvel album. Est-ce le prix à payer quand tu rencontres le succès ?

PS : Je pense que si tu prends un peu de recul les bouleversements s’expliquent non pas par le succès que nous avons récemment rencontré mais le temps nécessaire pour y parvenir. Il nous a fallu presque quinze ans pour arriver où nous sommes aujourd’hui et pour certaines personnes il faut que cela aille vite, plus vite. Moi-même je n’ai jamais été pressé, je n’ai jamais souhaité du jour au lendemain jouer dans des stades immenses.

J’aime travaillé et l’idée de progresser par petits pas, étape par étape me plait bien car nous restons en contrôle et nous ne risquons pas alors de nous perdre nous-mêmes dans un processus trop rapide. Pour d’autres il faut que tout arrive d’un jour sur l’autre. Pas seulement, nos camarades au sein de SABATON mais beaucoup de gens que nous rencontrons voudraient pouvoir brûler les étapes.

JB : Nombreux sont ceux qui se disent, cela fait deux ans et demi que je suis avec ce groupe et rien de significatif n’est arrivé. Donc je monte un nouveau groupe pour atteindre mes objectifs de gloire et de fortune. C’est dommage mais même si je ne partage pas cet état d’esprit, je peux le comprendre. Si tu as dix-huit ans tu veux devenir une rock star quel qu’en soit le prix. Mais quand tu vois l’autre côté des choses, les coulisses, que tu as une famille et que tu passes loin d’eux 250 jours dans l’année, je comprends que tu veuilles que cela aille vite pour que cela vaille le sacrifice.

Sinon ils prennent du recul et apprécient la musique pour eux. Je comprends ce choix et j’en suis même heureux. Nous pouvons de notre côté continuer pied au plancher nos projets et ils peuvent prendre du recul et retravailler sur de nouvelles bases.

 

11. Si je vous dis que vous êtes désormais l’un des plus gros groupes métal de Suède avec HAMMERFALL et IN FLAMES et l’un des plus gros groupes en Europe, quelle est votre réaction ?

JB : Nous serons alors à la fois humbles et arrogants. Et je en suis pas sûr qu’il soit vrai de dire que nous sommes un des plus gros groupes métal en Europe. Si tu regardes, tu trouveras NIGHTWISH pour n’en citer qu’un. En Suède par contre, les deux exemples que tu donnes, HAMMERFALL et IN FLAMES vendent moitié moins d’albums que nous, trois fois plus même peut-être. Carolus Rex a atteint le statut de disque de platine et cela ne s’était pas vu en Suède pour un disque rock ou métal depuis le Final Countdown d’EUROPE. Ce qui nous fait plaisir est de constater que même si beaucoup de gens, en Suède particulièrement, ne nous aiment pas, le nom de SABATON sera forcément un moment ou un autre évoqué pour parler des groupes majeurs dans notre pays en ce moment. Et c’est la preuve que nous allons dans la bonne direction.

Pour te donner une anecdote, j’ai ressentis récemment une grande fierté en lisant une chronique d’album dans un magazine. Je ne connaissais pas le groupe mais le chroniqueur écrivait que si le lecteur voulait savoir à quoi ressemblait la musique du groupe il fallait chercher leurs influences du côté de SABATON. En ce qui nous concerne il est naturel que l’on parle de notre musique en rappelant les influences de groupes comme ACCEPT ou JUDAS PRIEST, ce qui est vrai mais dans ce cas-là nous devons nous aussi des modèles et pas les grands anciens que nous adorons.

 

12. Cette fois-ci vous débuterez votre nouvelle tournée en Amérique du Nord. Pourquoi ce choix et est-ce désormais le temps pour l’Amérique du succomber à votre charme ?

PS : Bien sûr nous ne pouvons pas écumer toutes les salles partout dans le monde tout au long de l’année. En réalité il ne faut pas comprendre cette tournée américaine comme le début de la tournée pour ce nouvel album. Nous y serons avant même que l’album ne sorte dans les bacs. Nous y serons surtout pour jouer des anciennes chansons et faire parler de nous. En Europe l’actualité brûlante se cristallise autour de Heroes et nous sommes ici à Paris aujourd’hui pour cela.

JB : Mais sur le fond tu as raison, il faut que nous allions outre-Atlantique pour nous faire voir et nous faire connaître du public Nord-américain. La bonne stratégie est celle adoptée par MOTÖRHEAD qui joue encore et encore qu’ils soient gros ou petits selon les périodes et les albums. Encore et encore. Nous ne savons pas ce que l’avenir nous réserve, quelles seront alors les tendances et les modes. Nous pouvons de notre côté nous assurer de proposer un bel album et un super concert métal.

C’est même vital pour nous car nous ne sommes pas très éduqués et nous ne pourrions pas trouver un bon travail en dehors du métal. Donc il est important de se faire connaître partout et si le marché métal en Europe se retourne et que nous ne vendons plus rien, notre salut viendra peut-être de l’Amérique.

PS : Nous prenons du plaisir, nous n’avons rien à perdre donc il nous faut jouer partout où une opportunité se présente. Tout le monde dit que la conquête de l’Amérique est un énorme défi et nous sommes joueurs, j’aime relever ce défi.

JB : Trop de gens nous ont dit laissez tomber, l’Amérique n’est pas pour vous et vous ne pourrez que vous casser les dents là-bas. Et bien qu’ils aillent se faire foutre, nous allons prouver le contraire.

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13. Que pensez-vous du personnage historique de Napoléon et pourriez-vous faire de cette épopée napoléonienne le thème de certaines de vos chansons ? Et pourquoi pas Louis XIV ou Jeanne d’Arc…

JB : Jeanne d’Arc ou Louis XIV comme d’autres grands personnages de l’histoire de France sont un peu trop éloignés de l'époque contemporaine pour nous intéresser dans notre musique. Charles de Gaulle est un excellent candidat et Napoléon est à la limite. Mais j’aime le lien avec la monarchie suédoise à travers l’un de ses maréchaux, Bernadotte et le fait qu’il soit passé du statut d’outsider, un homme originaire de Corse, presque un citoyen de second rang, à l’empereur de son pays et le quasi maître de l’Europe. Nous parlons régulièrement de de Gaulle pour l’une de nos chansons.

Mais en ce qui concerne Napoléon, si nous décidons de nous lancer dans cette histoire, cela ne peut pas être qu’une chanson, il faudrait que ce soit un album complet. Il y a tellement de choses à dire. Ce serait alors un projet aussi gros et ambitieux que Carolus Rex. Cela nous trotte dans la tête depuis des années, à voir mais rien n'est certain.

 

Et enfin "Le Quizz De Métal Chroniques Quizz" pour terminer cette interview:

01. Quelle est votre chanson préférée (tous artistes, époques…) ?

JB : « Stargazer » del’album Rising de RAINBOW

PS : « The final Countdown » d’EUROPE est celle qui me vient à l’esprit maintenant.

JB : Non ! Je change d’avis. Je dis « Die Young » de BLACK SABBATH !

 

2. Premier album acheté ?

JB : Stay Hungry de TWISTED SISTERS

PS : Run to the Hills d’IRON MAIDEN

 

03. Dernier album acheté ?

JB : le dernier BATTLE BEAST c’est pourquoi nous en avons fait une reprise.

PS : RAUBTIER

 

04. L’album qui a allumé votre étincelle artistique ?

JB : non pas vraiment, rien n’était prévu d’avance. J’avais des rêves bien sûr mais cela s’est construit petit à petit tout au long de ces quinze dernières années. Mais bien sûr le TWISTED SISTERS que je mentionnais précédemment a changé la vie il n’y a pas un album que j’ai plus écouté que celui-là. Et je suis revenu vers le métal avec le HELLOWEEN, Keeper of the Seven Keys.

PS : Le SKID ROW, l’album éponyme. C’est ce disque que nous jouions avec mes amis quand nous avons monté un groupe. Nous buvions des bières et écoutions cet album encore et encore.

 

Tous nos remerciements à Roger WESSIER (Replica Promotion)

 

Chronique de l'album ici

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