Archive for the ‘ Rétro ’ Category

Strapping Young Lad – City

En matière d’extrémisme musical, il est amusant de voir à quel point certains groupes mettent tout en œuvre pour toujours repousser leurs limites, qui ont fait du jusqu’au-boutisme leur cheval de bataille. Et à ce petit jeu, rares sont ceux qui arrivent aujourd’hui à rivaliser à un album qui est sorti il y a près de 20 ans : City, deuxième effort des Canadiens de Strapping Young Lad.

J’ai appris à redécouvrir City il y a maintenant quelques années, à l’occasion du rangement de mes disques. Au milieu de la pile d’albums qui prenaient la poussière, il y avait cette pochette, noire, indistincte, frappée d’un logo rouge. Devin avait annoncé quelques mois auparavant la fin du groupe, et me voilà au milieu de ma chambre, City entre les mains. Alors, dans la boîte des trucs à vendre ? Histoire de n’avoir aucun regret, je le repassai une dernière fois.

Et cette dernière fois fut la première d’une très longue série, encore active aujourd’hui. À l’instar de Leprosy, il ne se passe pas une semaine sans que je réécoute City, que je m’émerveille devant une telle débauche d’énergie et que je regrette amèrement la décision de Devin Townsend d’avoir quitté le côté obscur pour faire de la pop mélodique et sucrée. Et comme Leprosy, City est un album parfait.

Son secret ? Il est difficile à expliquer. En effet, City est un bloc qui se déguste (ou se subit, tout dépend des sensibilités de l’auditeur) d’une traite, et le bougre en a dans le ventre. Que ce soit dans son diptyque d’ouverture « Velvet Kevorkian » – « All Hail The New Flesh », dans l’enchaînement ravageur « Oh My Fucking God » – « Detox » – « Home Nucleonics » ou avec son final ravageur sur le pesant « Spirituality », City ne souffre pas de la moindre faiblesse. Devin fait mouche. Même lorsqu’il expérimente sur un « Room 429 » atypique sur cet album, plus mid tempo, avec ce refrain entêtant.

À vrai dire, si Devin avait voulu sortir à l’époque un best of du groupe, il aurait pu simplement proposer une réédition de City avec les deux premiers titres de Heavy As A Really Heavy Thing en bonus. City est un pilier du Metal industriel extrême. Tous les ingrédients étaient réunis : une section rythmique basse-batterie de classe mondiale, un guitariste talentueux. Il ne manquait d’une étincelle de folie, et qui d’autre que Devin, compositeur de génie, pouvait l’apporter ? Tour à tour furieux et aérien, étouffant et lumineux, City est un cran au-dessus. Même Strapping Young Lad n’est jamais parvenu à faire aussi bien (même si le groupe s’en était rapproché avec le monstrueux album éponyme sorti en 2003).

Mister Patate (10/10)

Facebook officiel

Century Media Records / 1997
Tracklist (39:22) 1. Velvet Kevorkian 2. All Hail the New Flesh 3. Oh, My Fucking God 4. Detox 5. Home Nucleonics 6. AAA 7. Underneath the Waves 8. Room 429 (Cop Shoot Cop cover) 9. Spirituality 

 

Death – Leprosy

Duh duh duh
Duh duh duh

Et si vous n'avez pas prononcé ces duh sur le rythme de l'intro de Leprosy alors que la pochette est juste à votre gauche sur cet écran, vous n'êtes pas un fan de Death Metal. Ou vous êtes mort à l'intérieur. Dans les deux cas, je ne peux rien pour vous. Parce que Leprosy est le prototype même de l'album de Death Metal primitif, le vrai, celui qui date d'une époque où ce genre balbutiait encore, où il fallait encore "tout" inventer. Leprosy est sorti en 1988, mais il reste encore à ce jour mon album de Death (le groupe ET le genre) favori.

Tout d'abord parce qu'il est intemporel. Du haut de ses 28 ans, il est toujours aussi efficace, toujours aussi "contemporain". La production n'a pas mal vieilli (on dit merci à tous les groupes qui se sont succédé pendant toutes ces années et ont mis un point d'honneur à singer ce son), et on pourrait parfaitement présenter ceci à un jeune qui découvre le Metal et lui dire que cet album est sorti il y a deux mois. Je parlais de prototype de l'album-type de Death Metal, j'aurais dû plutôt parler de mètre-étalon.

Et puis, lorsque l'on remet les choses dans leur contexte, Leprosy est une sacrée claque ! Comme Retribution, dont je parlais hier, Leprosy contient son lot de pépites imparables : "Leprosy", "Born Dead, "Left To Die", "Pull The Plug", "Open Casket", "Choke On It"… Sur 8 morceaux, nous tenons déjà 6 morceaux cultes du groupe, des titres qui sont devenus des hymnes. Mieux encore : Gruesome s'est inspiré de cet album pour sortir Savage Land et assume toutes les références, tous les clins d'oeil à cet album. Vous connaissez d'autres groupes qui ont rendu hommage à un album, vous ?

Toujours rugueux, avec une légère évolution technique vis-à-vis de Scream Bloody Gore, Leprosy est mon album de Death préféré. Il contient tous les germes d'un genre. La carrière de Chuck allait seulement décoller avec des albums de plus en plus techniques. Perso, je suis resté coincé sur cette pépite. Un indispensable.

Mister Patate (10/10)

Combat Records / 1988 (réédition Relapse Records / 2014)
Tracklist (38:04) 1. Leprosy 2. Born Dead 3. Forgotten Past 4. Left to Die 5. Pull the Plug 6. Open Casket 7. Primitive Ways 8. Choke on It


Biohazard – State Of The World Address

Fin juin, il y a 20 ans, dans les couloirs de mon école. J'attends mon bulletin (moyen, comme d'hab, je ne me suis pas foulé pendant toute l'année), et mon meilleur pote me file une K7. Non, pas une K7 : LA K7, celle qui allait tout déclencher, celle qui m'a accompagné pendant des années, que j'ai usée jusqu'à la corde. Sur cette K7, un peu de Pro-Pain, un peu de B-Thong, un peu de Beastie Boys (époque Ill Communication) et surtout Biohazard, State Of The World Address. LA révélation. Les années ont passé, mais cet album reste encore et toujours une pierre blanche dans le calendrier de ma vie de Metalleux.

Et pourtant, on est loin du Metal, de celui que j'affectionne tant, avec du sang, du blast, du growl d'ours en rut. Biohazard, c'est du hardcore comme on en fait quasi plus. Vous me direz que je raconte n'importe quoi, et vous me citerez une chiée d'obscurs groupes qui, selon vous, portent bien haut l'étendard du NYHC. Mais vous en connaissez beaucoup, des groupes qui ont su pondre un album aussi efficace que celui-ci ? Dès le premier morceau, Biohazard assène un violent uppercut avec le morceau éponyme pour ensuite enchainer sur une chiée de classiques : "Down For Life", "What Makes Us Tick", "Tales From The Hard Side"… Du kiff en barre non-stop, des hymnes HxC qui restent gravés dans ma mémoire vingt ans après. Putain, j'ai chanté "What Makes Us Tick" en traversant tout le site du Hellfest en 2010 alors que Biohazard jouait à l'autre bout du site, et ça m'avait foutu une banane d'enfer.

Ajoutez à cela quelques petits trucs qui rendent cet album un poil différent des concurrents (l'énorme "How It Is" avec Sen Dog de Cypress Hill) et vous avez un album presque mythique à mes yeux. Certains lui préfèrent Urban Discipline, mais on touche ici au subjectif, au vécu. State Of The World Address n'est pas seulement un album de qualité supérieure. C'est la soundtrack de mes 15 ans.

Mister Patate (classic/10)

Facebook officiel

Warner Bros / 1994
Tracklist (57:36) 1. State of The World Address 2. Down For Life 3. What Makes us Tick 4. Tales From The Hard Side 5. How It Is 6. Remember 7. Five Blocks To The Subway 8. Each Day 9. Failed Territory 10. Lack There Of 11. Pride 12. Human Animal 13. Cornered 14. Love Denied