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Nostalgie partout, musique nulle part

J’ai déjà évoqué cette évolution par le passé, à de nombreuses reprises. Mais aujourd’hui, il semble pour ainsi dire impossible de trouver ne fût-ce qu’une once d’originalité ou de créativité dans la scène Metal actuelle. Pis encore : toute tentative de s’écarter du chemin que l’on s’était tracé déclenche l’ire des fans (dans un cas extrême, ils ont même été jusqu’à lancer une pétition pour empêcher la sortie du prochain album de Suicide Silence).

Alors on nous sert une tournée « Sublime Dementia » de Loudblast (remarquez, ça aurait pu être pire, on aurait pu fêter les 16 ans de Planet Pandemonium), Gruesome nous propose à nouveau un hommage plus qu’appuyé à Death, et plus particulièrement à Human, avec « Fragments Of Psyche » et un petit featuring de Sean Reinert, les rééditions de Human (justement) s’arrachent à prix d’or comme des adolescentes esclaves sexuelles de l’État Islamique sur le marché de Palmyre, Distillator s’apprête à battre un nouveau record en sortant le 1er mai 2017 un album qui est probablement déjà sorti en 1987 tant il pue l’hommage appuyé à la scène thrash old school… C’est quoi la prochaine étape ? Une tournée de Heaven & Hell avec un Diologramme ?

Le problème actuel ne vient pas tant du manque de talent des artistes. Au contraire, la scène Metal actuelle dégueule de talent. Je n’arrive par exemple pas à adresser le moindre reproche à un gars comme Matt Harvey qui a décidé, à sa manière, de faire revivre l’œuvre de Chuck. Le problème réside dans le fait que cette initiative n’est pas isolée. À force de dégueuler du talent, la scène Metal souffre de constipation créative. Les groupes et les artistes actuels sont devenus de simples feuilles de papier-carbone, singeant leurs aînés. Vous en connaissez beaucoup, des groupes qui parviennent encore à ouvrir de nouvelles voies ? À nous surprendre au fil des sorties en prenant des risques, en osant ? Et surtout, qui parviennent malgré tout à proposer un résultat final qui tient la route ? Personnellement, je les compte sur les doigts de mes deux mains… Et parmi ces groupes, certains m’insupportent franchement, comme Devin Townsend, mais je reconnais sa créativité, son audace.

Et une fois de plus, les labels jouent un rôle dans cette tendance, en misant sur ce côté conservateur du consommateur, en ne jouant pas ce rôle de yaourt au bifidus qui doit garantir ce flux de créativité, quitte parfois à ne sortir qu’un bel étron bien fumant (comme le dernier Suicide Silence que j’écoute en rédigeant ces lignes). Labels frileux, groupes dès lors prêts à rentrer dans le carcan qui leur permettra de connaître une gloire éphémère, public trop peu curieux… Toutes les conditions sont réunies. Heureusement qu’il reste quelques artistes « Dulcolax », qui sortent des sentiers battus, sinon nous en serions réduits à se contenter de clones de copies des pères fondateurs du Metal…
 

Stop ou encore ?

hamster_old-300x300Quand on y réfléchit, la toile est une immense déchetterie, ou un vaste cimetière. J'ai toujours en mémoire cette étude dont les conclusions estimaient que 73 % des sites internet francophones n'étaient pas mis à jour depuis plus d'un an. 27 % sont entretenus et maintenus en vie Il va de soi que les dizaines (centaines ?) de sites consacrés à la gloire de la grande famille du metal n'échappent pas à la règle. C'est la règle du jeu, entretenir un site, l'alimenter en chroniques, news, reports et photos exige du temps. Temps qui se réduit dès lors que la rédaction bascule dans la vie de famille et batifole dans l'idée de se reproduire. Forcément les priorités évoluent avec le temps, les grandes suppliques de chargés de promotion qui te jurent que tu ne peux pas continuer ton zine sans avoir publié une interview du tout nouveau groupe Suicide en Silence font moins d'effet. On devient sourd avec l'âge que voulez vous. 

N'allez pas imaginer qu'on a le melon parce que ça fait plus de 15 ans que nous sévissons sur la toile, on peut avoir un moment de gloire sur le web puis disparaitre en un clic et tomber dans l'oubli très rapidement. Alors que pendant ce temps là, le metal n'en finira pas de tourner (comme les tournées d'adieux à rallonges des dinosaures). 

Pourtant lever le pied, c'est de notre point de vue la seule manière de poursuivre sur la durée. N'allez pas croire que l'idée d'arrêter ne nous traverse pas le bulbe de temps à autre histoire de retrouver une vie normale. On freine pour durer, on ne tente plus de battre le record de 12 chroniques par jour et par chroniqueur mises en ligne. Chacun gère ses addictions tout en aménageant une place pour le site. On sait que le jour ou on en aura assez, on fermera. Ce jour n'est pas arrivé. 

D'ici là, j'ai encore quelques milliers d'articles à déterrer, et les nouveaux albums ne cessent d'arriver. Les derniers clichés du Hellfest sont à peine en ligne que les autres rendez-vous estivaux s'approchent. Nous voilà repartis pour une nouvelle saison.

Hamster

 

 

 

Pendant ce temps, en Iran

Depuis des jours, le monde du Metal tourne autour d’une seule personne, Phil Anselmo, pour les raisons que tout le monde connait entre-temps. Ce n’est que maintenant, par le biais de plusieurs sources et de la diffusion de nouvelles parcellaires à ce sujet, que l’on entend petit à petit parler de Confess, un groupe iranien dont les membres ont été jetés en prison pour des motifs bien plus ridicules et qui risquent bien plus gros qu’une simple annulation à un festival hollandais et qu’une tempête de merde stérile sur le web.

En bref, les membres de Confess ont fait de la prison en prison parce qu’ils font de la musique. Parce qu’ils font du Metal. Et ils ont été en prison de NOVEMBRE 2015 JUSQU'À LA SEMAINE PASSEE. QUATRE PUTAIN DE MOIS et personne ne s’en est ému. Elle est belle, la famille du Metal. Ils ont été libérés sous caution la semaine passée (ce qui, j’imagine, a permis au groupe de parler de sa situation), mais ils risquent toujours entre 6 mois et 6 ans de prison dans le meilleur des cas… Oui, dans le meilleur des cas, car s’ils sont reconnus coupables de blasphème (un des chefs d’accusation), c’est la peine capitale. Ouais. La mort. Pour avoir fait du Thrash qui, soit dit en passant, ne casse pas trois pattes à un chameau.

Et pourtant, qui fait les gros titres pour le moment ? Phil Anselmo. Et accessoirement, en France, Ben Barbaud qui a vaillamment refusé une subvention pour maintenir Down à l’affiche (et qui était beaucoup moins gaillard en 2011 pour défendre Anal Cunt et Satanic Warmaster). Et ce n’est que maintenant que la famille Metal se réveille.

J’espère de tout cœur que, dans les jours à venir, on parlera davantage de Téhéran que de Clisson. Que l’on dénoncera davantage l’oppression d’un groupe iranien pour des motifs futiles que celle d’un redneck bourré qui a gueulé White Power devant un public qui a filmé les faits. Que l’on se concentrera sur des choses vraiment importantes. Pour une fois, on peut vraiment dire que c’est une question de vie ou de mort. Ne vous inquiétez pas pour Phil Anselmo : avec tout son cirque médiatique, il s’en sortira tout seul comme un grand…