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Précédé d’un énorme buzz lors de sa signature chez Metal Blade en 2017, le groupe de Gautier Serre est devenu le groupe « hype » à suivre. Méfiants au premier abord, nous avions complètement snobé Savage Sinusoid préférant rester sur des positions rétrogrades de vieux imbéciles que nous pouvons être.

Et il y a quelques semaines, voilà que débarque sur Youtube, le morceau « Very Noise ». Une minute et quarante sept secondes plus tard, le verdict tombe : nous sommes convaincus. Tant d’originalité et de folie pure ne peuvent nous laisser de marbre. Ne restait plus qu’à attendre le lien d’écoute fourni par le label pour enfin se délecter de ce quatrième album.

Spirituality And Distortion est un chaudron infernal dans lequel Gautier Serre, tel un sorcier, fait une tambouille unique en son genre. C’est original, barré et sans concession. Musique lyrique, growls, mélodies arabisantes, opéra, riffs d’enfer, basse qui groove, électro azimutée, musette et une bonne dose de folie sont au rendez-vous. Le télescopage de différents courants musicaux aurait pu être épuisant. Ce n’est pas le cas.

« Downgrade desert » est une sorte de « Kashmir » malade. « Very noise » est un gloubiboulga improbable mélangeant jungle, metal, rythmes funky et bidouillages électroniques. « Musette maximum » nous montre ce que pourrait être ce courant musical après l’apocalypse. Tandis que « Himalaya massive ritual » nous emmène dans des contrées inexplorées. Le bien nommé « Parpaing » fait se rencontrer le chanteur de Cannibal Corpse et une console Nintendo. Mais nous ne vous en révélerons pas plus pour préserver l’effet de surprise…

Spirituality And Distortion est une expérience unique en son genre. Ici, tout est mélange, tout est fusion. Rien n’est logique, pourtant tout est évident. Gautier Serre est un malade de musique, un esprit (probablement) perturbé qui a accouché du premier chef d’œuvre des années 20. Nous avons vu le futur du metal et il s’appelle Igorrr.

Nico (20/10)

Site Officiel : http://igorrr.com/

Metal Blade /2020

01. Downgrade Desert 02. Nervous Waltz 03. Very Noise 04. Hollow Tree 05. Camel Dancefloor 06. Parpaing 07. Musette Maximum 08. Himalaya Massive Ritual 09. Lost In Introspection 10. Overweight Poesy 11. Paranoïd Bulldozer Italiano 12. Barocco Satani 13. Polyphonic Rust 14. Kung-Fu Chèvre

Les lorrains de DUSK OF DELUSION n’ont pas traîné pour publier une suite à leur premier opus, (F)unfair, dans les bacs de tous les bons disquaires quasiment deux ans jour pour jour. Changement de décor cependant avec ce Watch Your 6 qui se présente à nous comme un album concept autour de la première guerre mondiale. Les grands événements de cette page sanglante de l’histoire européenne servent de toile de fond, le quintet s’intéressant surtout au quotidien bouleversé et bouleversant des anonymes civils ou militaires emportés dans ce maelstrom guerrier.

Les batteries rechargées par une belle tournée de 35 dates pour défendre le premier opus et se faire connaître du public, DUSK OF DELUSION a mis toutes ses forces, sa rage et sa créativité au service de dix nouvelles chansons finement ciselées. Dans la continuité de (F)unfair, Watch Your 6 déploie titre après titre un métal tranchant et râpeux à souhait. La section rythmique basse / batterie pose d’emblée de solides fondations avant que les guitares ne tissent une toile rugueuse et n’offrent un écrin de choix pour le chant de Benoît Guillot. Ce dernier ne s’économise pas et enchaîne les tirades avec une sacrée convictions. Habité par ses textes, notre ami derrière le micro a la lourde tâche de faire passer une large gamme d’émotions utilisant tantôt le chant clair tantôt (et surtout) le chant hurlé.

DUSK OF DELUSION n’est pas venu amuser la galerie et ils enchaînent les brûlots à haute vitesse. Les rythmiques de guitares envoient du bois, agressive tout en conservant systématiquement une touche technique et mélodique. Matthieu Morand, en lead, propose quelques soli bien sentis qui finissent de rendre les compositions globalement très attrayantes. Ces chansons, dont la musique été composée à six mains par le trio Skorka/Morand/Colmars, sont d’évidence destinées avant tout à faire un malheur lors des concerts à venir du groupe. Le groupe est né avant tout pour satisfaire la soif de scène de ses membres et Watch Your 6 comporte son lot de nouvelles cartouches prêtes à faire des ravages dans le rang du public qui viendra les applaudir.

Placé en avant dernière position, « Verdun » s’avère être le morceau de bravoure de ce disque. Le groupe a fait le pari de condenser en presque dix minutes les événements de cette bataille symbole de la folie de cette guerre et du sens du sacrifice ultime de ses protagonistes. L’auditeur épuisé sortira de cette expérience.

Avec son premier album en 2018, DUSK OF DELUSION avait fait la preuve d’une belle conviction et d’un solide savoir-faire. Ils récidivent et enfoncent encore le clou avec un Watch Your 6 très hautement recommandable. En plus de soigner nos oreilles, nos yeux ne sont pas en reste avec une très belle pochette signée Chromatorium et un superbe clip pour « Letters to C ». Si vous avez été récemment emporté par la maestria d’un film comme 1917 de Sam Mendes voici de quoi prolonger le plaisir.

Oshyrya (08/10)

 

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Fantai’Zic Productions / 2020
Tracklist (51:06 mn) 01. Serbian’s Gate 02. The Messenger 03. Letters to C 04. Ladies’ Path 05. Возле окна 06. Sadness is my only Retaliation 07. The Guardians 08. Smiling from Across 09. Verdun 10. While He Sleeps

 

My Dying Bride – The Ghost of Orion

30 ans, et encore vivant. Le groupe de Bradford respire encore, avec à son bord deux rescapés du line up original, le vocaliste Aaron Stainthorpe et le guitariste Andrew Craighan. Andrew a eu la lourde tâche de composer l’ensemble de ce quatorzième chapitre. Rien d’insurmontable dans la mesure ou le musicien s’était retrouvé dans la même situation pour l’album Feel The Misery. Mais si la situation est similiaire, le registre est différent. Le maître mot de cet opus qui consacre la survie miraculeuse du groupe, c’est de rendre la musique de My Dying Bride accessible.
Le contexte difficile que le groupe traversait aurait pu se solder par un enterrement pur au simple au lieu d’un nouvel album. Dans un contexte ou Aaron Stainthorpe n’avait guère l’envie de se consacrer à la musique alors que sa fille était atteinte d’un cancer en 2017, et que deux membres du groupe ont quitté le navire. Le guitariste et membre fondateur du combo Calvin Robertshaw n’aura pas fait long feu. Revenu pour remplacer Hamish Glencross viré en 2014, il ne sera resté que quatre ans. Le groupe fait appel à un local de l’étape, Neil Blanchett. Au poste de batteur Shaun Taylor-Steels est également parti, remplacé par Jeff Singer, batteur de Kill II This (entre autres).
Accessible, mais à quel prix ? Le nouvel album démarre sur un riff de guitare accompagné de violon, le fan moutonnier se verra emmené avec un poil de torpeur en terrain connu, mais passé cette grosse ficelle, il y a le chant clair et trafiqué d’Aaron (une couche d’Aaron passe encore mais trois pour faire un chœur… c’estindigeste), on aime ou on déteste les pleurnicheries.. elle sont heureusement contrebalancées par quelques vocalises hurlées. « Your Broken Shore » passe tout juste le contrôle technique. Plus accessible, moins malsain, ce doom metal allégé m’a bougé un poil sans secouer les autres, tout en reconnaissant que le son concocté par le producteur Mike Minett (chanteur de Kill II This) dans son studio de Manchester, est au poil et très propre sur lui. Peut être même un peu trop pour du Doom Metal. « To Outlive The Gods » fait illusion avec ses passages au violon, mais le chant laisse à désirer. « Tired of Tears » ? Elle n’imprime pas, tout au plus le solo de guitare un poil trop guilleret. On retient plus volontiers « The Solace » avec la chanteuse de Wardruna Lindy-Fay Hella. S’il ne fallait en garder qu’un ce serait bien ce titre, tout en harmonie.  « The Long Black Land  » ? Électroencéphalogramme plat, aucun souvenir. Le titre instrumental éponyme rappelle que le chant d’Aaron fait partie du problème, las, c’est l’un des plus court de l’album.  » The Old Earth  » et ses riffs lourds et son chant hurlé nous rappellent de quoi pouvait être capable le groupe du Yorkshire, la batterie claque mais le son trop clinique et le chant clair plombent le tout. Les chants éthérés, clavier et violoncelle en guise de conclusion laisseront plus de regrets qu’autre chose. Une preuve de vie sans doute, une belle pochette d’album, mais un contenu qui laisse à désirer. Le doom metal erre dans cet album comme un fantôme.

Hamster (05/10)

Nuclear Blast 2020
Tracklist (56 Minutes) 01. Your Broken Shore 02. To Outlive The Gods 03. Tired Of Tears 04. The Solace 05. The Long Black Land 06. The Ghost Of Orion 07. The Old Earth 08. Your Woven Shore.