Depuis 2017 et ΑXΩ, Misanthrope n’a pas chômé . Entre 2020 et 2025, cinq sorties (EP, album de reprises et double live) et plusieurs luxueuses rééditions de son back catalogue ont occupé le terrain. Malgré cela, une question légitime se posait : quand le groupe allait-il proposer un « nouvel » album original ? Embrasement est la réponse mettant fin à neuf ans d’attente.
Misanthrope, groupe « hors norme » de la scène metal française, est donc de retour avec ce onzième album qui marque un tournant dans sa longue carrière. Il s’agit de son meilleur effort, le résumé de presque quarante ans d’existence : treize titres ambitieux (« Helloise ») pour un rendu bluffant. Comme à l’habitude, Misanthrope œuvre dans ce qu’il fait le mieux : un metal extrême grandiloquent, personnel et emblématique. De « Édificateur de l’Anjou » à « Comtesse Vampyr », en passant par « Le diagnostic des aiguilles », nous retrouvons tout ce qui fait l’essence du groupe : une attitude unique, des orchestrations brillantes, des textes alambiqués et une interprétation sans faille.
Embrasement s’écoute d’une traite. Les titres sont accrocheurs et forment un tout cohérent. Un morceau se distingue de l’ensemble : le brillant « Trismégiste » et son riff invoquant Celtic Frost. Le groupe de Tom Gabriel Warrior est en effet une influence connue de S.A.S de L’Argilière.
Mettons encore l’accent sur le talent des musiciens, leur haut niveau de compétences n’est plus à prouver ; et sur les capacités vocales de S.A.S, qui se bonifient au fil du temps.
Embrasement est donc l’album qui parviendra à convaincre les sceptiques tout en satisfaisant les fans de longue date. C’est une pièce maîtresse dans la discographie de ce groupe qui réussit, après tant d’années, à être toujours frais et passionnant.
01. Le Diagnostic des Aiguilles 02. Helloise 03. Édificateur de l’Anjou 04. À Nos Fils Vainqueurs 05. Rapaces 06. Trismégiste 07. Ancrage 08. Embrasement 09. Comtesse Vampyr 10. Le Couvent des Maudites 11. Sous Moi Coule le Léthé 12. L’Affrontement 13. Aube Nouvelle
Le précédent album de Deliverance, Neon chaos in a junk-sick dawn, nous avait bien bousculés. Pour preuve, cette pépite continue de squatter la platine cd. Attendu au tournant, le quartet francilien nous offre aujourd’hui The voyager golden banquet, son quatrième long format.
Avec ce nouvel opus, Deliverance frappe encore dans le mille. En huit titres, il montre tout son talent et bien plus encore. C’est un melting-pot de black, sludge et post rock apocalyptique (« Headspace collapse »). Étienne Sarthou et ses acolytes brassent ces différents styles pour aboutir à une musique unique. Avec même quelques sonorités électro qui rendent l’ensemble passionnant, prenant voire stellaire. Tout comme le psychédélisme bienvenu que le groupe parsème au fil de l’eau.
Nous nous retrouvons happés par ces ambiances où tout espoir est vain (« Turn On, Tune In, Drop Out », « Ground Zero »). Avec un esprit ouvert à toutes ces propositions musicales, The voyager olden banquet nous embarque très loin et très haut. L’affaire se conclue avec le pinacle de l’album, le grandiose double morceau final, « The banquet ».
The Voyager golden banquet est une œuvre intelligente qui emmènera tous ceux qui l’accepteront dans l’univers tellurique de Deliverance. C’est un sérieux prétendant au titre de l’album de l’année 2026.
01. Hellisual 02. Chasing The Dragon 03. Headspace Collapse 04. Turn On, Tune In, Drop Out 05. As Above, So Below 06. Ground Zero 07. The Banquet part. 1 08. The Banquet part. 2
Il fut un temps où Dimmu Borgir était un gros poisson dans l’aquarium du Black Metawl. De 1997 à 2004, le groupe aligne 4 albums, un EP, un petit live et un DVD chez Nuclear Blast, une participation à l’Ozzfest, une grande frite, un milkshake banane et tutti quanti. La bande à Shagrath pèse dans le game, la maison Donzdorf est contente, les fans aussi, tout va bien dans le meilleur des mondes. Six ans plus tard, l’édifice présente les premières fissures, Abrahadabra vient briser la tradition des noms d’albums en trois mots (et le petit cœur de toute une cohorte de fans) et le groupe entame une longue « traversée du désert » ponctuée d’une sortie en 2018 (Eonian, pour celles et ceux qui n’ont pas suivi l’actu du groupe) et du départ de Galder en 2024 (ce dernier ayant décidé de relancer Old Man’s Child).
En 2026, donc, Dimmu Borgir, c’est plutôt Shagrath & Silenoz + friends. Mais quand le duo annonce un nouvel album avec une flopée de guests (des membres passés ou actuels d’Entombed, The Crown, The Kovenant, Chrome Division, Vader, Vesania, etc.), le retour du titre en trois mots et une allusion phallique à peine voilée, mon rythme cardiaque s’emballe. Et si, par une magie inexplicable, Dimmu était parvenu à mettre à profit cette longue pause pour revenir à son niveau d’antan ?
Disons qu’il y a du mieux, mais le patient Dimmu est encore convalescent.
Commençons par les reproches.
Grand Serpent Rising est long. Très long. Trop long. 69 minutes et 18 secondes d’après Metal-Archives. Même Death Cult Armageddon n’était pas si long (et quand bien même, on le lui aurait pardonné parce que Death Cult Armageddon, lui, est homogène). Pour le coup, nos compères auraient pu 1. raccourcir certains morceaux pour les rendre percutants ou 2. écrémer la setlist pour concentrer l’énergie de l’album. Ok, après 8 ans d’absence, on a beaucoup de choses à se dire, Shagrath, mais pour citer un influenceur : abrège, frère. Prenons l’intro, « Tridentium » : presque 4 minutes de build-up, pas un frisson et ces quelques petites secondes de silence avant « Ascent », la vraie entrée en matière. Vous direz que je chipote, mais quand on fait le parallèle avec l’enchaînement « Fear and Wonder » (moins de 3 minutes, montre en main) – « Blessings Upon the Throne of Tyranny » sur Puritanical Euphoric Misanthropia, la différence saute aux oreilles ! Ça, c’était du gauche-droite intro-premier morceau ! Mais ça, c’était il y a 25 ans. Et il y a 25 ans, bah, même moi j’étais encore fringant.
Grand Serpent Rising est lent. Enfin, non, je reformule. Il y a 25 ans, Dimmu Borgir, quand Nick Barker se mettait à blaster, ÇA POUSSAIT. Ici, même quand le compteur grimpe dans les tours, le groupe semble adopter un train de sénateur. Mais là aussi, peut-être que le temps à fait son œuvre. Ajoutons à cela la cruelle absence d’ICS Vortex (oui, je sais, son départ remonte à 2009, mais certaines blessures se referment moins vite que d’autres) et vous avez les principaux défauts de ce nouvel opus. Comme je le disais il y a huit ans : « Les Norvégiens ont perdu de leur mordant et mettent désormais en avant le côté épico-théâtral de leur musique. » (1)
Et pourtant, dans l’ensemble, je trouve un côté sympa à ce Grand Serpent Rising. Cet album est un instantané de la musique des Norvégiens en 2026 et je mentirais si je disais que je me suis fait chier tout au long de l’album. Si on parvient à faire cette petite gymnastique cérébrale consistant à accepter le fait qu’un groupe évolue et que, non, il ne sortira pas un Enthrone Darkness Triumphant 2.0, la pilule passe tout de suite mieux. Comme son prédécesseur, Grand Serpent Rising a suffisamment de qualités pour faire passer un bon moment, quitte peut-être à skipper, selon vos envies, certaines pistes que vous jugerez plus faiblardes. (2)
Nuclear Blast Records / 2026 Tracklist (69:18) 1. Tridentium 2. Ascent 3. As Seen in the Unseen 4. The Qryptfarer 5. Ulvgjeld & blodsodel 6. Repository of Divine Transmutation 7. Slik minnes en alkymist 8. Phantom of the Nemesis 9. The Exonerated 10. Recognizant 11. At the Precipice of Convergence 12. Shadows of a Thousand Perceptions 13. Gjǫll
(1) J’avais également dit : « Remplacez Shagrath par une chanteuse lambda et vous avez un groupe de Pouffe Metal (et c’est peut-être justement la présence de Shagrath qui me rend si indulgent avec le groupe) », mais je m’égare.
(2) Ce qui, à mes yeux, est une hérésie, un album étant logiquement un tout indissociable.