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Il y a sept ans, Eyehategod sortait un de ses meilleurs albums. En synthétisant le meilleur de sa carrière en onze titres, les parrains du sludge contentaient, de façon inespéré, sa fan base qui n’en attendait pas autant. Eyehategod reste donc un classique (accessible qui plus est) capable de rivaliser avec les très cultes Dopesick et In the name of suffering. Nous attendions la suite avec impatience.

Mais rien n’est facile pour Eyehategod. C’est donc après une scoumoune sans précédent ; mort de Joe LaCaze en 2013, problèmes de santé de Mike Williams, tournée phénoménale tuée dans l’œuf pour cause de covid (Campaign for musical destruction tour 2020 avec Napalm Death, Rotten Sound, Misery Index et Bat, excusez du peu) ; que le désormais quatuor se rappelle à notre bon souvenir avec A history of nomadic behavior.

Rassurez-vous, ce sixième album remplit le cahier des charges. La tonne de riffs proposée par Jimmy Bower satisfera le chaland et la bile crachée par Mike Williams reste toujours aussi corrosive. Quelques titres évidents se retiendront avec facilité (le très lourd « The outher banks », le bondissant « High risk trigger »). Ils sont amenés à se fondre parmi les classiques… Eyehategod reste le groupe enragé qu’il a toujours été. Parvenant aussi à surprendre (l’interlude très jazzy/blues du bayou, « Smoker’s piece »)

Pourtant, A history of nomadic behavior pêche sur un point : sa production. Trop propre, le son ne varie pas d’un iota pour un rendu aseptisé. Un choix contestable qui supprime la dangerosité de l’œuvre mais qui pourrait aussi attirer le novice.
C’est en tout cas étonnant de la part du producteur James Whitten qui a pourtant sublimé récemment le The Helm of sorrow de Emma Ruth Rundle et de Thou.

Considérablement affaibli par un son ne lui rendant pas justice, A history of nomadic behavior reste une RELATIVE déception d’un groupe qui a, quoiqu’il arrive par la suite, marqué durablement son époque. On espère juste qu’à l’instar de Brutal Truth et son For drug crazed grindfreaks only !, Williams et Bower décident de ré-enregister ce sixième essai pour lui donner la crasse qui lui fait défaut aujourd’hui.

Nico (7/10)

Site Officiel : https://www.facebook.com/OfficialEyeHateGod

Century media /2020

01. Built Beneath The Lies 02. The Outer Banks 03. Fake What’s Yours 04. Three Black Eyes 05. Current Situation 06. High Risk Trigger 07. Anemic Robotic 08. The Day Felt Wrong 09. The Trial Of Johnny Cancer 10. Smoker’s Piece 11. Circle Of Nerves 12. Every Thing, Every Day

Jeff Scott Soto s’est construit au fil des années une solide fanbase et une réputation presque sans tâche d’une des plus belles voix du hard rock et ce malgré la multiplicité de ses participations à plus de 80 disques. Toutefois, depuis quelque temps, il faut dire que JSS se consacre principalement à sa carrière personnelle, plus qu’à des collaborations extérieures, lucratives mais souvent décevantes, bien qu’on ait pu l’entendre récemment sur Coexist d’Octavision (sur lequel il chante deux morceaux). Cette carrière est à plusieurs faces : il y a le supergroupe WET qui vient de sortir un nouveau disque, Retransmission et ses deux projets plus spécifiquement solo, Soto – son groupe de métal moderne – et Jeff Scott Soto qui œuvre dans un hard mélodique plus classique. Je vais être direct : je ne suis pas très amateur de la facette « moderne » de la musique de Soto et lui préfère son orientation traditionnelle. Coup de chance, ce Wide Awake (In My Dreamland) relève de cette dernière facette et comme j’avais un bon souvenir de Retribution, j’étais plutôt bien luné pour écouter ce nouvel opus.

Premier constat : ce disque a été composé avec Alessandro del Vecchio, producteur et multi-instrumentiste de Frontiers, assurément compétent. J’ai personnellement des réticences quand je vois son nom apparaitre car il traine la réputation pas entièrement usurpée de « mercenaire » et de « faiseur » plus que d’authentique créatif. Les autres musiciens sont italiens liés sans doute au label napolitain. Toutefois, ils sont très compétents (avec une mention particulière pour le guitariste Fabrizio Sgattoni qui propose de superbes solos) et c’est en fait l’essentiel.

Car le roi est ici en fait Jeff Scott Soto qui éclaire toujours sa musique de sa voix superbe, à la fois chaude, lyrique mais aussi tout de suite identifiable. La présence de bons riffs (« Love Will The Way », le heavy « Mystified ») est évidente tout comme un soin apporté aux solos mais une grande partie du charme de ce Wide Awake (In My Dreamland) tient aux refrains ultramélodiques de Jeff Scott Soto (« Between The Lines »). Ce n’exclut pas la hargne et la vigueur – qui nous rappellent que jadis JSS chanta pour Malmsteen sur le puissant Marching Out –, mais à chaque fois une mélodie est ajoutée qui porte l’ensemble (« Living In A Dream » où Fabrizio Sgattoni shredde à tout va de manière assez impressionnante). Le titre éponyme lent et heavy à la manière du Black Sabbath de l’époque Dio est d’ailleurs très peu représentatif du reste du disque ; il est étrange de lui avoir donné le titre du disque.

Ces qualités indéniables qui font de l’écoute de ce Wide Away (In My Dreamland) un moment très agréable me pousseront à mettre de côté quelques réserves : oui, il n’y a rien très neuf ici et ce que propose ici JSS, il aurait pu le proposer sur Damage Control par exemple ; oui tout ceci est d’un classicisme très prononcé (« Without You » est une power ballade comme JSS en a écrite et en écrira d’autres d’ailleurs) ; oui ce n’est pas son meilleur disque. Toutefois, Wide Awake reste un très bon moment de hard rock mélodique, excellemment bien chanté et interprété qui ne sonne jamais comme du rabâché laborieux. JSS a et conserve sa capacité à transmettre une fraîcheur et un charme dans le genre où il est le plus à l’aise. Qu’il continue de la sorte !

Baptiste (7,5/10)

Frontiers / 2020

Tracklist : 1. Someone To Love 2. Mystified 3. Love’s Blind 4. Without You 5. Lesson Of Love 6. Paper Wings 7. Love Will Find The Way 8. Between The Lines 9. Living In A Dream 10. Wide Awake (In My Dreamland) 11. Desperate

The Amenta – Revelator

Après 8 ans de silence, les Australiens de The Amenta sont (enfin) de retour. Et ça faisait longtemps qu’un come-back m’avait autant enthousiasmé. Parce qu’à l’époque, The Amenta, c’était un rouleau compresseur, un assaut industriel d’une intensité rare et d’une efficacité sans faille tant sur album qu’en live. L’annonce de leur signature chez Debemur Morti (davantage réputé pour ses artistes Black Metal) m’intriguait : le groupe reprendrait-il là où il s’est arrêté ou devions-nous nous attendre à une (r)évolution ?

En 8 ans, The Amenta est devenu plus « humain ».

Sur les albums précédents, le son de The Amenta était froid, déshumanisé sans pour autant être clinique. Aujourd’hui, si on m’avait fait écouter « Silent Twin » ou « Twined Towers » en aveugle, sans indication du nom du groupe, je ne sais pas si j’aurais immédiatement dit « ça, c’est The Amenta ». La voix m’aurait semblé familière, mais pour le reste, le groupe a su s’écarter de ses racines (sans les renier, comme on peut le constater sur l’opener « An Epoch Ellipsis »), se renouveler. Au niveau du chant, par exemple, Cain nous livre une prestation XXL et plus variée que sur ses méfaits précédents, entre chuchotements, hurlements et chant clair (le final de « Parasight Lost » me faisant d’ailleurs un peu penser au chant clair sur l’album 777 – Cosmosophy de Blut Aus Nord).

Revelator dévoile de nouvelles facettes du groupe tout en mettant en exergue ses atouts passés. Autrefois un « simple » groupe de Death industriel de qualité supérieure, The Amenta est devenu avec cet album une formation qui jongle avec les genres, qui ose. Dans un univers où les sosies de copycats sont devenus légion, il est rassurant de voir que quelques groupes, comme The Amenta ou Imperial Triumphant dont je parlais l’été passé, parviennent encore à apporter quelque chose de neuf dans leur discographie.

Mister Patate (8,5/10)

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(Debemur Morti Productions – 2021)
Tracklist (45:39) 1. An Epoch Ellipsis 2. Sere Money 3. Silent Twin 4. Psoriastasis 5. Twined Towers 6. Parasight Lost 7. Wonderlost 8. Overpast 9. Parse Over