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Edguy – Entretien avec Tobias

Confortablement installé dans le salon d'un hotel parisien, le très sympathique et détendu Tobias Sammett nous a livré ses dernières blagues et surtout ses impressions sur le nouvel album d'Edguy…

Alors présente nous ce nouvel album… à quoi doivent s'attendre les fans ?
Tobias : oh hé bien tu sais, c'est juste un nouvel album d'Edguy, en fait c'est encore un extraordinaire classique de heavy metal. Et que puis je dire achetez l'album et vous ne serez vraiment pas déçus ! C'est un album différent du précédent parce que nous ne sommes pas capables de faire toujours le même disque, c'était la première fois que nous faisions appel à un producteur et Sasha s'est intégré comme un élément à part entière du groupe dans le processus. Nous avons eu différentes approches et pourtant nous avons réussi à nous mettre d'accord et à en sortir avec un son qui a plus de fraicheur qu'auparavant, cela dit nous ne voulions pas pousser trop loin l'expérience en nous éloignant d'éléments clés qui sont la signature du groupe. En revanche nous avons accepté d'expérimenter un peu, histoire d'éviter de tourner en rond et de refaire une pale copie de l'album précédent. Tu vois la formule, du power metal, encore du power metal, des donjons et des guerriers, et sans oublier les épées et les dragons, c'est important les dragons !

On a le sentiment qu'Edguy franchissait un nouveau palier à chaque album, tu peux nous décrire plus précisément ce qui différencie chacun de ces disques.
T : la différence porte sur le processus de composition, nous avons écrit les chansons comme toujours, au feeling mais le changement c'est avant tout liés aux arrangements et à la production que nous avons travaillés avec Sasha qui donnait des conseils, des idées. Autre différence nous avons enregistré en live, tous les instruments ensemble dans le studio, nous avions le temps et cela nous a permis de nous concentrer beaucoup plus sur le jeu. Et en plus je trouve que cette façon d'enregistrer à donné du punch à nos chansons, ça sonne plus naturel. Et puis d'habitude nous faisions le mixage après avoir enregistré une seule chanson, là avec Sasha nous nous en occupions après trois ou quatre chansons. Et en fait nous avons pu utiliser tout un tas d'amplis, de microphones et de hauts parleurs avant de nous décider sur ce qui sonnait le mieux, du coup nous avons passé plus de temps à mixer l'album, mais il faut dire que cette fois nous en avions les moyens financiers. Nous avions le budget, le temps et aucune pression. Et puis sur la production nous étions plus relax, nous n'étions pas les seuls responsables. C'était vraiment une façon relaxante de travailler. ">

L'album se distingue vraiment d'Hellfire club, Sacrifice sonne comme Edguy…
Tobias : c'est marrant les avis sont partagés sur cette chanson, il y en a qui trouvent cette chansons inhabituelle de notre part, et d'autres qui trouvent Rocket Ride plus typique, le début de cette chanson l'est mais par la suite elle est différente, et d'autres qui trouvent Return To The Tribe dans la veine de ce que nous avons toujours fait… Il faudrait discuter de ce qui est typique, de ce qui représente la signature d'Edguy, si tu prends Vain Glory Opera on considère que la chanson titre est typique d'Edguy aujourd'hui alors qu'elle ne l'était pas à l'époque…

Savage Poetry possédait des riffs qui ont fait la signature d'Edguy par exemple…
T : Pour moi, à la réflexion, c'est difficile de dire ce qui est typique d'Edguy ou pas en fait…

Les blagues ?
T : oui évidemment (rires). Ce qui m'intéresse c'est de savoir si nous avons fait des chansons solides qui vont passer l'épreuve de la scène et qui ne seront pas oubliées quelques années après. Cela me rappelle sur le site internet du groupe, Rocket Ride était qualifiée comme une des chansons le chorus le plus faiblard que le groupe ait jamais composé (rires) ! Le problème c'est qu'il y a des fans qui ne vont pas se retrouver dans le nouvel album, parce qu'il ne va pas correspondre à ce qu'ils attendent de nous. [remerciant l’attachée de presse qui lui apporte du vin : pas de panique je ne vais pas trop boire, il y a des journalistes qui enregistrent tout ici !]. Après chaque album c'est la même histoire, il y en a toujours qui viennent nous voir en nous disant c'est pas ce que je voulais, je préfère l'album précédent… Vain Glory Opera sonne comme de la merde et il y en a qui l'adorent parce qu'il n'est pas "commercial" ! C'est ridicule…

Des fans aussi fanatiques que dans le black metal… qui pensent qu'une bonne production c'est pour les "vendus"
T : Oui il y a de ça, nous sommes des vendus, nous voulons être un groupe vendeur, et dieu merci nous le sommes !!! Nous voulons faire du pognon !!! Je suis certain que Rocket Ride est l'un de nos meilleurs albums blablabla… Comme le disent trop souvent de nombreux musiciens a propos de leur nouvel album, je pourrais aussi tenir ce genre de discours (rires). Je pense simplement que c'est un album fort, et je pense que je ne suis pas le seul à le penser, enfin j'espère ! (rires).

Et puis quand vous composez un nouvel album comme celui là, c'est un processus naturel vous ne calculez pas à quel point il doit être différent ou typique…
T : bien sûr, nous voulons explorer de nouveaux territoires, pour vendre notre album !!! (rires) Vous pouvez imaginer une seconde combien ça me coute mon hélicoptère ? Les lecteurs doivent le savoir, écris le c'est vraiment dur d'être une rock star aujourd'hui !!! Musicalement, et plus sérieusement, l'idée d'aller dans de nouvelles directions c'est ce qui est excitant avec Edguy aujourd'hui. J'aime bien le heavy metal, mais il faut que cela reste excitant et que nous ayons de nouveaux horizons à découvrir, et avec Sasha Paeth je pense que nous avons atteint notre but. Et puis nous n'avons rien à prouver aujourd'hui, nous n'avons pas de problèmes particuliers, même à l'égard de nous mêmes, nous sommes assez confiants dans ce que nous faisons. Je ne suis pas là non plus pour mendier et récolter de l'argent pour acheter une nouvelle voiture, même si j'en ai acheté une nouvelle hier d'ailleurs, enfin bref hum… Je n'ai rien à prouver, cela signifierait que nous n'avons pas confiance dans notre musique. Je suis en paix avec moi même, peut être que nombre de gens à travers le monde ne sont pas en paix avec moi (rires).

Qu'est ce que vous avez en tête, pour la tournée ?
T : ce sera plus gros que la précédente en termes de matériel, de décors, nous avons deux concerts seulement en France, c'est triste mais nous avons dû les caler en fonction de nos dates en Espagne, alors que nous aimons beaucoup jouer chez vous. Nous concentrons nos shows aussi en raison du matériel imposant que nous emmenons avec nos camions, c'était un problème financier aussi. Nous ne voulons pas ajouter des dates avec des salles ou nous ne pourrions pas tout mettre en place. Il n'y a que l'exception du Portugal où tout le matériel ne pourra pas être emmener. Je sais que des fans français devrons parcourir des centaines de kilomètres pour nous voir, mais en revanche ils ne vont pas payer leurs billets pour rien, mais je suis prêt à parier qu'ils en auront pour leur argent.

C'est une décision difficile mais je préfère moins de shows et être sûrs de contenter le public avec ce que nous avons en tête pour la scène. Evidemment quand le public va se détourner de nous, je vous raconterais que en fait les concerts dans les petits clubs sont vraiment mieux, parce qu'on ressent l'atmosphère et le public (rires). Et puis nous allons splitter après la tournée qui vient, dans quatre nous ferons un Edguy Reunion Tour, et nous parlerons du bon vieux temps comme Kiss quand nous remplissions Bercy et que nous étions tête d'affiche de festivals devant 25.000 personnes. Marrant c'est le grand truc les reunions tour aux Etats Unis, et d'ailleurs Kiss n'a jamais eu autant de succès là bas, alors que dans les années 70 ils avaient parfois du mal à remplir les salles, et ne parlons pas de l'Europe… Je suis fan de Kiss alors j'éviterais de parler de leur merchandising…

Au début de votre carrière Edguy était considéré comme le futur grand groupe de heavy metal…
T : Ce que nous ne sommes pas devenus aujourd'hui, et tu vas me demander ce que je ressens aujourd'hui c'est ça ?! (rires)

Non ! Après on vous a considérés comme un groupe à venir… Il semble qu'on vous prenne vraiment au sérieux depuis Hellfire Club, on ne parle plus de jeunes musiciens…
T : Honnêtement, j'apprécie la carrière du groupe telle qu'elle se passe aujourd'hui, que ce soit les albums ou les tournées, je sais que beaucoup de groupes n'ont pas eu notre chance. Nous sommes tels que nous sommes, nous n'avons jamais réfléchi en terme d'image, nous avons souvent déconné mais la musique a toujours été prise au sérieux de notre part. Je pense que des gens qui ne s'intéressent pas vraiment à la musique doivent nous prendre pour une blague… La meilleure façon d'être soi même c'est de le rester et de ne surtout pas céder à ce qu'on peut attendre de nous. Depuis Kingdom Of Madness, dont la production craint je tiens à le dire, nous avons eu une existence tout à fait enviable. Et je me rappelle encore de cet article de Classic Rock magazine qui nous a découverts il y a peu, et qui s'est avant tout concentré sur notre musique. Les gens savent quand ils s'y intéressent à l'essentiel, à la musique. Ma responsabilité c'est de m'adresser à eux, pas aux fans qui se plaignent en permanence sur notre dos, avec eux c'est une perte de temps, je ne vais pas me maquiller en noir et blanc et porter des spikes pour prouver que je suis un vrai artiste metal sans compromis ! Et les spikes c'est pas confortable pour mon jeu de scène !

Avantasia – Tobias Sammet

Souvent en interview, le grand défi est de réussir à faire parler le musicien suffisamment en détails pour réussir à rendre l’article intéressant. Et avec des réponses de plus de deux lignes, si possible. Avec Tobias Sammet, le défi est tout autre : réussir à aborder tous les points que l’on voudrait aborder dans les 20-30mn généralement accordées pour une interview… en sachant que si on a le malheur de trop rebondir sur ce qu’il dit on est cuit, certaines questions resteront sans réponse pour cause de temps. On a coutume de dire qu’avec Tobias, on peut poser la question, aller chercher un verre, papoter avec des gens au bar, et quand on revient 5mn après il termine juste sa réponse à la première question. Ce qui, très honnêtement, n’est pas du tout exagéré. Et en effet, malgré trois questions abandonnées et une honteusement oubliée, cet entretien aura duré bien plus de 30mn. Vive les bons clients en interview !

Metalchroniques: Pourquoi sortir deux albums le même jour, et non un double album par exemple ?
Tobias Sammet: Ca sera aussi un double, puisque l’édition limitée inclut les deux albums. Si ça avait un double album, je crois que les gens l’auraient perçu différemment : pour moi, sur un double, il y a dix, peut-être douze titres, trois instrumentaux, deux passages parlés, et de longs thèmes sur le deuxième album. Je ne voulais pas que ça sorte comme ça, parce qu’il y a trop de matière, 125 minutes peut-être. Je voulais que les gens accordent à chaque album toute l’attention qu’ils méritent. C’est pourquoi j’ai pensé que ça serait plus efficace d’avoir deux titres, deux couvertures différentes et de les présenter comme deux albums complètement différents. Et à côté de ça, vous avez aussi la possibilité d’avoir les deux en une fois. Mais je pense que de cette manière les gens seront vraiment conscients qu’ils prennent deux albums complets, qu’ils doivent écouter de manière très attentive, chacun, et accorder autant d’attention à l’un qu’à l’autre.

M.: D’accord, mais dans ce cas… par exemple, est-ce que l’un est la suite de l’autre, est-ce qu’il y a une histoire entre eux, comme il y en a souvent dans les concepts d’Avantasia ?
T. S.: Il y a une histoire, c’est juste que le déroulement n’est pas vraiment chronologique. L’ordre correct serait d’abord The Scarecrow puis The Wicked Symphony et enfin Angel of Babylon. Mais ça n’est pas aussi chronologique que ça a pu l’être, ou aussi simple que ça a pu l’être par le passé. Quand, par exemple, sur la chanson numéro un le protagoniste allait de la forêt vers la côte, sur la chanson numéro deux il prenait un bateau pour se rendre sur une île, sur la chanson numéro trois il débarquait sur l’île… ça n’est pas comme ça ici. Au lieu de ça, je parle beaucoup en métaphores, c’est plus abstrait maintenant.

Il y a une chronologie dans l’histoire, particulièrement dans ces deux nouveaux albums. Chaque chanson dépeint tel ou tel état d’esprit du protagoniste, au fur et à mesure qu’il fait face à de plus en plus d’aspects de la tentation. D’une certaine manière il est en pleine apogée, mais en fait émotionnellement parlant c’est une personne isolée. C’est un artiste qui a trouvé la paix, sa paix, en composant sa propre musique, comme s’il créait son propre monde tout en rendant les autres heureux par la même occasion, et pour laquelle il reçoit de l’admiration qu’il prend pour de l’amour. Maintenant, il a atteint un point où plus il vole vers le haut plus il s’approche des frontières intérieures de l’existence humaine, il doit faire face à ses démons, ses vices, ses tentations. Et plus le pendule va vers ses tentations, plus il retourne dans l’autre direction, vers l’isolement à nouveau, vers une situation où il s’arrête et se dit que quelque chose est en train de très mal tourner là. Le pendule s’éloigne de plus en plus du centre et j’essaie de mettre en lumière les différents aspects de son existence et les différents états d’esprit qu’il doit traverser, les différentes tentations auxquelles il doit faire face.

Il y a une certaine chronologie, mais chaque chanson fonctionne particulièrement bien en elle-même parce que chacune pourrait être un nouvel aspect de la tentation. Mais ça peut être à travers un souvenir, alors qu’il vient de se réveiller et qu’il réalise que quelque chose ne tourne pas rond du tout, quoi que ce soit de ce genre. Au final, chaque chanson a sa propre justification et c’est comme ça que l’on peut voir une histoire complète dans ces albums. Mais ça pourrait aussi être des albums traditionnels où chaque chanson a du sens en elle-même, sans être en liée aux autres. Du moins dans mon petit monde étrange… (rires)

M.: Puisque vous en parlez, je dois dire que quand j’ai lu l’histoire de l’album The Scarecrow, je n’ai pas pu m’empêcher qu’il y avait un petit quelque chose d’autobiographique là-dedans… avais-je tort?
T. S.: Oui, c’est possible. Pas complètement je veux dire, mais ça arrive quoi que vous écriviez. Même si vous prenez Goethe, non pas que je me compare à Goethe (rires), il était très intelligent mais il n’était pas très doué [avec l’autre sexe]. Si vous lisez ses poèmes ou ses écrits, vous verrez que l’on retrouve une partie de sa pensée dans chaque personnage, pas seulement le protagoniste principale ou Faust mais aussi dans Gretchen (note : pour les germanistes, Marguerite pour les plus francophones) ou le caniche. Et je crois que ça arrive à tout le monde, inconsciemment. Alors oui, il y a des aspects de moi dans ce personnage, il y a des aspects de moi dans chaque personnage. Je ne dis pas « c’est mal » et « c’est bien », je ne pense pas en noir et blanc. J’essaie juste d’apporter un éclairage sur la nature humaine, ce qui est évidemment basé en partie sur mon expérience personnelle et en partie sur mes théories.

Comme je le disais, je ne pense pas en noir et blanc, je ne suis pas comme l’Eglise catholique romaine qui explique que la chair et le sang représentent le mal et l’esprit le bien. Nous sommes dans un corps de chair et de sang, nous sommes des esprits enfermés dans le corps d’un animal. Et nous devons faire avec, c’est peut-être difficile mais c’est aussi un défi. Je suis attaché au fait que nous sommes les deux, je suis attaché au fait que je m’efforce d’être un esprit pur et une bonne personne et aussi le fait que je suis un animal, sale. Nous sommes les deux et nous devons faire au mieux avec ça, nous ne pouvons nier aucune des deux parties. C’est en gros de ça que parle l’histoire.

M.: Et c’est certainement un point commun avec la première saga d’Avantasia mais le passe alors passons aussi. S’il y a tellement de mouvements d’aller-retour dans l’histoire, comme vous l’avez dit, comment faites-vous le lien chronologique entre les chansons et les albums ?
T. S.: C’est juste que les choses vont de plus en plus mal, avec le pendule qui va encore plus vers la gauche et encore plus vers la droite. Au final il n’y a pas vraiment de règle dans l’histoire, pas comme si je donnais des instructions sur la manière de vivre sa vie, c’est plus théâtral. Ca reflète des situations dans lesquelles je me suis trouvé, dans une certaine mesure. Je n’ai jamais été accroc à des drogues par exemple, contrairement au protagoniste. A vrai dire je déteste les drogues. Bien sûr tout le monde fait des trucs dans sa jeunesse, mais je déteste vraiment ça. Si tu es un gamin de 20 ans et que n’es pas très intelligent, tu prendras peut-être de la dope ou de la cocaïne, mais si tu es intelligent tu n’en prends pas. C’est pour ça que je pense que c’est des trucs pour les petits gamins.

Mais peu importe, pour résumer : je ne suis pas aussi mal que le protagoniste de mon histoire. Malgré tout il y a ce fil rouge, parce qu’à un moment donné il se retrouve dans une situation qui le mène dans une certaine direction, et je montre seulement les différents états d’esprit qu’il doit traverser pour atteindre son but. A la fin, il défie véritablement la tentation, au moins il défie Méphisto qui risque utiliser le hasard et les capacités du protagoniste dans le but de devenir plus puissant. Il le défie en lui disant : « non, je ne vais pas abandonner, je vais devenir un homme libre. » Il ne trouve pas la personne qu’il voudrait aimer, mais il continue de croire qu’il trouvera cet amour un jour, et il finit dans un asile de fous. C’est une histoire très tragique, j’espère qu’elle n’est pas très autobiographique…

M.: J’espère pour vous! (rires)
T. S.: Mais même, je trouvais que c’était une fin ouverte et théâtrale. Et ça montre que l’on peut basculer à droite puis à gauche tout en conservant un fil rouge là-dedans. Ca part d’un côté, puis de l’autre, puis de l’autre, et malgré tout vous avancez dans une direction.

M.: J’ai lu une interview où vous donniez l’impression qu’il important pour vous de savoir que Sascha Paeth allait enregistrer ces albums, ça aurait eu un rôle dans le fait d’accepter de vous lancer dans une nouvelle saga ?
(note: Vous lisez cette interview mais vous ne savez pas qui est Sascha Paeth? A savoir que vous aimez, peut-être même adorez, le metal mélodique d’après les années 90, mais vous ne connaissez pas ce nom ? Deux raisons possibles : soit vous n’avez pas lu vos livrets avec suffisamment d’attention, soit vous n’avez pas acheté les albums du tout… dans les deux cas c’est très mal et je vous recommande très vivement de remédier à ces très grandes erreurs au plus vite. Indice : il a produit les albums d’Angra ou Rhapsody depuis leurs débuts, parmi de très, très nombreux autres.)
T. S.: Oui, définitivement. Parce qu’il est comme un frère pour moi. Quand je l’ai rencontré, il m’offrait de nouvelles visions, de nouvelles perspectives, il me faisait percevoir la musique de manière différente, il m’a montré tellement de nouvelles options. Parfois nous avons besoin de quelqu’un pour nous dire :« Eh oh Tobi, réveille-toi, cette direction. » Alors nous nous engageons dans cette direction et nous nous disons :« ouah, il y a un monde immense, génial et superbe dans cette direction ! »

Je crois que nous nous avons été englués dans le schéma de ce que les gens appellent « le power-metal traditionnel » par le passé, avec les passages en Finlande pour être par le producteur de Stratovarius chez Finnvox et toutes ces choses. Je ne dis pas que je le regrette, c’était très bien, c’était très important, je suis très reconnaissant envers toutes les personnes qui y ont participé. Mais je pense que l’on se dirigeait vers une impasse parce que tous les groupes faisaient la même chose. Et maintenant si vous écoutez tous ces groupes de power-metal comme on les appelle, ils sonnent tous de la même manière : c’est les mêmes mélodies, la même production, le même son. Et Sascha m’a montré que l’on peut jouer ce genre de musique sans en perdre l’intérêt. Il a amené cet élément Frank Zappa dans Edguy par exemple. Comme s’il m’avait dit : « vous pouvez tout faire : ça sera Edguy, ça sera votre musique, vous écrivez les chansons que vous avez toujours voulu écrire et vous pouvez oser faire ci, vous pouvez oser faire ça. » Nous l’avons même intégré au processus d’arrangement d’Edguy, et c’est la même chose avec Avantasia. Ca représente un avantage énorme d’aboir quelqu’un de l’extérieur qui jette un oeil à ce que vous faites, ou une oreille à ce que vous faites. Il ne met pas vraiment les choses sans dessus-dessous, mais il montre vraiment, vraiment une nouvelle direction pour ça, et je le remercie énormément pour ça.

Sascha et moi travaillons vraiment très bien ensemble en fait. Pas en se substituant l’un à l’autre, mais il me demande devoir un autre aspect de certaines choses et je lui demande de voir un autre aspect de certaines choses. Nous formons une bonne équipe ensemble, on se complète d’une très bonne manière. Je fais parfois des choses qu’il trouve nazes, je lui dis « Non, ça n’est pas naze! A toi d’écouter! », et il me répond « oui, tu avais raison, ça n’est pas naze… » Et la même chose m’arrive : parfois il me dit que je devrais faire ci ou ça, et je lui dis que c’est naze, donc il me répond: « Non, ça ne l’est pas! Tu es tellement fermé d’esprit, Tobi! » Puis je réécoute et j’admets qu’il avait raison. Alors il y a beaucoup de tension entre nous, mais c’est une bonne tension, saine, nous avons beaucoup de respect l’un pour l’autre. Tout le monde a un partenaire musical comme ça : quand vous êtes avec lui, vous ne pouvez que gagner.

M.: Et quand avez-vous commencé à travailler avec lui, environ ?
T. S.: Il a déjà travaillé avec Edguy, pour l’album Rocket Ride. C’est le premier album qu’il a produit pour nous. Avec Avantasia ça a commencé en 2006. Je me souviens que nous avons fait des choeurs pour Edguy, sur l’album Rocket Ride… je crois que c’était en 2006. J’étais dans un train avec Oli Hartmann et Ralf Zdiarstek ; Ralf Zdiarstek chante sur les nouveaux albums d’Avantasia aussi ainsi qu’Oli Hartmann bien entendu. Ils m’ont demandé quelque chose comme : « Pourquoi est-ce que tu ne fais pas un autre album d’Avantasia ? Tu as tellement d’expérience maintenant, tu peux vraiment le faire. Et tu as de quoi le financer, tu as le savoir-faire, tu as l’expérience, tu es relaxé : fais-le ! ». Ensuite je suis allé voir Sascha pour lui en parler. Il est toujours en train de travailler pour un groupe vous savez, sans arrêt, en tant que producteur pas guitariste. Et il m’a répondu : « Oui, faisons-le, je serai là, je peux être jouer de la guitare dessus, je peux le produire », et je me suis dit que ça serait une très bonne idée. Mais il avait décidé de n’en parler à personne, on devait juste commencer à travailler là-dessus et voir ce qui en sortait : ça n’allait pas forcément être de l’Avantasia. Nous nous sommes vus pendant deux jours peut-être, et nous avions déjà quatre chansons finalisées ! Et ça a continué comme ça. En peu de temps nous avions douze chansons. La première et la deuxième chansons que nous avons faites étaient« The Scarecrow » and « Lost in Space » : c’est là que j’ai su que ça allait être fantastique. Tout ça s’est passé en 2006 : c’est là que nous avons vraiment commencé à travailler sur des chansons, à nous concentrer là-dessus.

M.: Vous avez même réussi à lui faire jouer de la guitare sur ces albums, alors qu’il est plutôt rare de l’entendre jouer de la guitare de nos jours, même sur une seule chanson…
T. S.: Oui, mais il est tellement bon. Même quand il chante il sonne comme Jake E. Lee, le guitariste de Badlands ou d’Ozzy Osbourne. Eric (note : Singer, principalement connu comme guitariste de Kiss ou d’Alice Cooper, joue aussi sur beaucoup de titres d’Avantasia dans cette deuxième saga) et Jake ont joué ensemble dans Badlands et il dit que Sascha a le même timbre que jake. Eric a même dit une fois que si Sascha savait à quel point il est doué, il serait arrogant (rires). Je crois que c’est la manière d’Eric de complimenter Sascha.

M.: Comment décidez-vous qui joue quelle chanson? Et je dis bien « joue », pas « chante »…
T. S.: Eh bien pour la batterie par exemple ça a été très simple : Eric Singer était censé tout jouer… et il a bien joué sur les premières mais après il n’a plus eu de temps libre parce qu’il était occupé avec Kiss. Alors je pouvais annuler tout ce qu’il y avait autour d’Avantasia et me tuer, ou demander à quelqu’un d’autre de jouer ! J’ai donc demandé à Alex Holzwarth parce qu’il avait enregistré les premières chansons d’Avantasia. Et puis je me suis dit que ça ne serait pas juste si je ne le demandais pas aussi à Felix (note: Bohnke, batteur d’Edguy), étant donné qu’il avait sauvé mes fesses quand il s’est embarqué dans la tournée d’Avantasia à laquelle Eric ne pouvait finalement pas participer parce qu’il était avec Kiss, encore ! J’ai fini par faire deux tas au hasard, et demandé à chacun de jouer sur telle ou telle chanson.

Pour la guitare rythmique… Sascha peut jouer de tout: il est producteur, c’est un guitariste génial, il joue toutes les guitares rythmiques.

La basse… je joue tout ce que je peux jouer, mais parfois c’est Sascha qui joue. Non pas que je sois un mauvais bassiste, mais je ne considère pas que je sois un vrai bassiste. Je peux jouer, je peux jouer en rythme, et j’aime jouer de la basse. Mais je ne suis pas le type qui va rester assis chez lui et faire dix heures d’exercices juste pour pouvoir jouer certaines choses. Si je ne peux pas, vas-y Sascha ! (rires) Je pourrais jouer ces parties, je m’entrainais deux heures par jour pendant même quatre semaines seulement, parce qu’au bout d’un moment les habitudes reviennent. Mais je ne veux pas de ces habitudes, je n’en ai pas besoin. J’aime jouer de la basse, mais je ne l’aime pas à tel point que je gâcherais deux heures par jour pour devenir Billy Sheehan ou Steve Harris.

Pour les guitares solo, Sascha joue énormément de choses et Oli était un des deux lead-guitaristes en concert. En fait j’ai dit à Sascha que quoi qu’il veuille donner à Oli, il pouvait le donner à Oli. J’avais demandé à Bruce Kulick et Henjo Richter avant, et Sascha a dit qu’ils pouvaient jouer telle et telle chanson. Ca été décidé à l’instinct, par coïncidences.

M.: Vous dites que vous n’êtes pas un très bon bassiste mais j’ai entendu un mini solo de basse dans une des chansons que nous avons entendues cet après-midi… (note : il y avait une listenin-session juste avant cette interview, avec divers morceaux des deux albums en une heure)
T. S.: C’était certainement « Stargazers », c’est une chanson jouée par Sascha. C’est un passage facile d’ailleurs, mais je ne vais pas m’en attribuer le crédit : c’est une chanson jouée par Sascha, très officiellement.

M.: Après avoir écouté ces chansons, je me dois de vous demander: en aviez-vous marre d’entendre les gens dire que vous étiez de plus en plus dans le hard-rock et de moins en moins dans le heavy-metal?
T. S.: Non, ça n’est pas un secret que je ne fais pas vraiment de différence entre heavy-metal et hard-rock. Je ne sais pas qui s’est réveillé un matin avec cette idée idiote de mettre une étiquette sur chacun et de les séparer l’un de l’autre, ça n’a pas de sens. C’est quoi Ronnie James Dio? Du hard-rock? Du heavy-metal? Du rock? C’est quoi Thin Lizzy? Du blues-rock? Du hard-rock? Du rock? Je ne mets pas vraiment d’étiquette dessus…

M.: Je crois que ça a commencé quand Maiden a commencé à marcher…
T. S.: Oui mais… pourquoi est-ce que Maiden font du heavy-metal? Parce qu’ils utilisent une double grosse caisse ? Je crois que ça n’est pas suffisant. Pour moi, tant que c’est mené par de bonnes guitares ça me va très bien. Vous pouvez aimer AC/DC, Def Leppard, Iron Maiden et Helloween en même temps. Je ne vois pas où est le problème. J’en ai parfois marre des gens qui me disent : « Vous devenez commercial, en écrivant des chansons qui pourraient passer en radio. » Ca n’est pas vrai ! Ces chansons auraient pu marcher en radio en 1988, pas en 2010. C’est ça qui m’énerve vraiment. Mais je m’y suis habitué. Il y a beaucoup de chansons hard-rock sur cet album. Comme je l’ai dit, je ne sais pas où le heavy-metal commence et où le hard-rock s’arrête.

M.: Ma foi, je vous l’ai demandé surtout parce que les premières chansons que nous avons entendues sonnaient très heavy-metal à mes oreilles…
T. S.: Ma foi, je n’ai jamais dit que je n’aime pas le heavy-metal, mais je ne me suis jamais dit que je devais vraiment commencer à jouer plus de heavy-metal. Si vous prenez le dernier album d’Edguy par exemple, qui est pour moi le meilleur album d’Edguy à ce jour, ou celui dont je suis le plus fier, suivi de près par Rocket Ride : certaines personnes ont dit que c’est un album de hard-rock. Tout d’abord je ne vois pas ce qu’il y a de mal dans un album de hard-rock, mais même en dehors de ça, pour moi, des chansons comme « Speedhoven », « Wake Up Dreaming Black », « The Pride of Creation »… elles auraient toutes pu être sur Mandrake, par rapport au style. Si vous écoutez « Dragonfly », ce son plein d’emphase, les plus gros choeurs que l’on n’ait jamais eu. Ou peut-être que les gens n’aiment pas les riffs plus heavy ? Parce que si vous prenez des chansons comme « Sex Fire Religion » ou « Ministry of Saints », ce sont en fait les riffs les plus heavy que l’on n’ait jamais eu ! Alors peut-être que les fans de heavy-metal ne sentent pas que la musique puisse être du heavy-metal si c’est trop heavy ? (rires) Ce qui serait étrange, mais c’est peut être ça ! Je ne pense pas que les riffs de « Ministry of Saints », de « Dead or Rock », de « Sex Fire Religion », de « Nine Lives »: ce sont certains des riffs les plus lourds que l’on n’ait jamais eus, et tout à coup les gens commencent à se plaindre « oh, ça n’est heavy-metal ». Exactement, ces riffs ne peuvent pas être heavy-metal, il sont trop heavy!

M.: Je pense que c’est peut-être à cause du rythme, parce que des passages de ces chansons ont des rythmes amusants alors que… ce que les gens appellent généralement « heavy-metal » a un rythme assez linéaire…
T. S.: Ma foi, je pense que « Sex Fire Religion », « Dragonfly », « Ministry of Saints » ou « Dead or Rock », toutes ces chansons ont un rythme assez simple… Je pense qu’une chanson heavy-metal est assez facile, assez naïve, assez… simpliste. Parfois je me dis que les fans de heavy-metal ne saisissent pas vraiment les riffs heavy(/lourds), c’est là qu’ils commencent à se plaindre en disant que ça n’est plus du heavy-metal. Parce que le heavy-metal n’est pas censé avoir des riffs heavy, c’est censé avoir une batterie rapide qui sonne comme une boîte à rythmes, des guitares qui sonnent comme un clavier, un chanteur qui sonne comme une fille : quand tout ça est réuni, c’est du vrai heavy, heavy metal ! (rires)

M.: Etes-vous d’accord si je dis que, en dehors des coûts de production, la principale différence entre Avantasia et Edguy est que votre side-project est sérieux tandis que votre groupe principal est plus tourné vers l’amusement ?
T. S.: Non, je ne suis pas d’accord. Je veux dire, évidemment qu’il y a aussi des chansons marrantes dans Edguy, mais pas seulement. Pour en rester au dernier album, des chansons comme « Ministry of Saints », « Sex Fire Religion », « Dead or Rock » encore, « Wake Up Dreaming Black »… dans tout l’album, il y a peut-être deux chansons qui sont drôles de manière évidente : « Pride of Creation » et « Aren’t You a Little Pervert Too?! ». Peut-être avec les paroles de « Dragonfly ». Mais à part ça, il n’est pas si drôle.

M.: Dans la musique aussi, je voulais dire, pas simplement les paroles, assez souvent…
T. S.: Est-ce que c’est vraiment drôle ? Je ne sais pas… Parfois ça l’est, nous n’avons définitivement pas peur d’énerver des gens en montrant de manière évidente que l’on s’amuse beaucoup en faisant ce que nous faisons. Je trouve que c’est très rock’n’roll. Et c’est ce que j’aime tellement chez Frank Zappa, il n’avait pas peur d’énerver les gens, il faisait juste ses trucs. Pour moi, c’est l’attitude rock’n’roll la plus ultime que l’on puisse avoir, faire quelque chose sans avoir peur des conséquences. Le faire uniquement parce qu’on y croit, parce qu’on le peut. Frank Zappa est le parrain du heavy-metal pour moi, même s’il me tuerait immédiatement avec un éclair s’il entendait que je considère qu’il a quelque chose de heavy-metal. (rires)

M.: Quand vous parlez de l’album précédent (note : The Scarecrow), vous paraissez être très fier de « Lost in Space », en expliquant qu’il était assez risqué de la sortir, ce genre de choses : pouvez-vous me dire ce qui y est si risqué à vous oreilles, et avez-vous réessayé ça sur ces deux nouveaux albums ?
T. S.: Bien entendu tout ce que vous faites est plus ou moins risqué, parce que plus vous avez de fans plus vous êtes susceptibles de décevoir des fans. Avec « Lost in Space » j’avais le sentiment qu’il y aurait une controverse pour une raison ou pour une autre: c’était une chanson hard-rock très basique, pas de gros choeurs… Par exemple, si vous écoutez The Metal Opera – Part 1 et Part 2 puis « Lost in Space », il est évident que l’approche est différente. Avantasia avait disparu depuis cinq ans puis nous avons fait quelque chose qui représentait un aspect très, très extrême de la musique, très éloigné de ce que les gens auraient pu attendre d’Avantasia. Et certaines personnes ont vraiment eu peur que je sois parti complètement en dehors du heavy-metal, pour de bon. Je trouve que la chanson marche très bien au sein de l’album, mais elle utilisait une approche différente : pas de double grosse caisse, pas de gros choeurs, pas de Michael Kiske, un chant très, très aiguë, c’était tout sauf ce que les gens attendaient d’Avantasia. C’est pour ça que je pense que c’était courageux.

Et je l’ai faite dans ce but. Quand j’ai entendu la chanson j’ai pensé que c’était une très, très bonne chanson rock, ou une très bonne chanson hard-rock, différente de tout ce que nous avions fait auparavant. Puis je me suis dit que si les gens la détestaient ils allaient en parler, alors « cuisinons »-la.

M.: Et est-ce que vous à nouveau mis ce type de chanson dans ces deux nouveaux albums?
T. S.: Eh bien je ne sais pas… Les ballades définitivement, comme « Dying For an Angel » qui est une des chansons les plus gentilles, à savoir que la ballade va être la première vidéo : certaines personnes vont probablement s’énerver à cause de ça, un peu, à nouveau. Mais il faut respecter une certaine constance, un certain modèle, alors ça me va si ça arrive à nouveau.

M.: On dirait que vous adorez énerver les gens!
T. S.: (rires) Non, c’est un mensonge! Vous faites plein de choses pour obtenir une réaction, mais j’ai quitté l’âge où l’on fait des choses uniquement dans le but d’obtenir une réaction. Cependant, si ça arrive, je ne me plains pas !

M.: J’ai lu que, pour vous, être « purement metal » revient exactement à être « purement raciste », pourtant sur les albums d’Avantasia il n’y a que des musiciens ou des chanteurs de metal…
T. S.: Non! Je veux dire… oui, ça dépend de ce que vous considérez être du hard-rock. Je pense couvrir un éventail assez large. Il y a Cloudy Yang, une chanteuse que vous n’avez pas entendue aujourd’hui, elle sonne comme Kate Bush. Ou Bob Catley, qui est un chanteur de rock. Ou Bruce Kulick, un guitariste de southern rock. Bien sûr il est très, très logique et naturel que j’invite des musiciens de cet univers, disons « rock » qui inclut le hard-rock et le heavy-metal, puisque c’est la musique que je préfère personnellement. Je n’accuse personne de faire autre chose mais c’est évidemment les personnes avec lesquelles j’ai grandi, alors il est évident que je demande à ces gens de rejoindre ma famille. Mais par exemple si Tom Petty voulait faire partie de mon album… allons-y !

M.: Autrement dit vous êtes ouvert… tant que c’est du rock !
T. S.: Je suis ouvert à tout.

M.: Oh ? Alors pourquoi pas un truc de rap ou que sais-je ? Ou bien vous n’êtes pas ouvert d’esprit à ce point ?
T. S.: Ca n’a rien à voir avec l’ouverture d’esprit, c’est juste que je n’aime pas le rap ! (rires) Je n’aime pas la plupart de ce genre, personnellement. J’aime bien Falco par contre, vous connaissez Falco ? Il est autrichien…

M.: Je crois que oui… (note: le pire c’est que c’est vrai, son nom a dû être cité lors d’un quelconque documentaire sur le rap ou NTM… car oui, je m’instruis toujours avant de critiquer, même concernant le rap !)
T. S.: « Der Kommisssar », des chansons comme ça. Il est mort hélas, mais il est absolument certain que je l’aurais invité. J’ai aussi pensé inviter une chanteuse allemande, une chanteuse allemande de pop, mais elle n’était pas disponible. Elle est tout sauf metal, peut-être pop ou… enfin, absolument pas « rock ». Je crois qu’elle n’a jamais fait d’album avec des guitares jusqu’à maintenant : on ne peut vraiment pas appeler ça « du rock ». Pourtant c’est une très bonne chanteuse ! Je n’ai pas peur d’inviter des gens comme ça, je ne suis contre rien en particulier, c’est juste qu’il est naturel que j’invite des gens qui viennent des racines avec lesquelles j’ai grandi. C’est la seule raison pour laquelle j’ai ces musiciens sur ces albums. Falco par exemple, s’il était en vie et s’il avait été d’accord pour être sur mon album, je l’aurais accueilli à bras ouverts !

M.: Et une question un peu idiote pour terminer cette interview : Préféreriez-vous mourir comme un artiste qui a fait tout ce qu’il a jamais voulu faire en tant qu’artiste, rien de plus rien de moins, ou comme un artiste célèbre qui a accepté quelques compromis ici et là parce que ça pouvait lui apporter plus de succès ?
T. S.: Tout le monde doit accepter des compromis. Tout dépend de la distance que l’on veut vous faire prendre par rapport à ce que vous croyez sincèrement. Mais nous devons tous faire des sacrifices, il faut marchander dès le tout départ, dans tout type de relation ou de situation : c’est quelque chose de très naturel, je dois faire des compromis, assurément. Ca fait cool de dire « oh, je ne fais absolument aucun compromis », mais quand la maison de disques dit : « ok, on veut que tu sortes cette chanson en single, on te donnera tant de milliers d’euros en support promotionnel pour ça, si tu ne le fais pas tu n’auras aucun argent, » que faites-vous ? Est-ce que vous vous lancez avec la chanson dans laquelle vous croyez, ou est-ce que vous vous lancez avec la chanson pour laquelle la maison de disques vous paie ? A partir du moment où vous acceptez toutes les chansons, celle dont ils parlent comprise… Il m’arrive d’écrire dix chansons pour un album et de dire : « C’est avec cette chanson que j’aimerais faire la campagne principale ». Mais ils répondent : « Non, ça ne nous parle pas, celle-là nous parle. » C’est une chanson que vous avez écrit aussi ! Alors vous ne pouvez pas dire que vous ne la prendrez pas, vous les avez toutes écrites : vous pouvez essayer de les convaincre ou vous vous pliez à ce qu’ils disent. Il faut faire des petits compromis comme ça, par contre vous ne devez pas faire ce que vous ne voulez pas faire. Et il est certain que je voudrais avoir du succès avec de petits compromis, je pense qu’il est complètement idiot de ne faire – aucun – compromis. Mais je ne changerais pas à 180° pour ça, je ne ferais pas de virage radical. Et tous ceux qui vous ont répondu qu’ils ne feraient aucune sorte de compromis, c’est juste un gimmick du heavy-metal, c’est complètement idiot. Si la famille Lapin ne fait aucun compromis quand la grosse machine coupe, s’ils ne disent pas : « oh, et si on allait à 500m sur la gauche ? sinon on va mourir ! », ce sont juste de courageux lapins morts.

(note: calme Tobias, calme, tu es le premier et sans doute le dernier à qui je pose cette question, puisque son unique but était de te permettre de répondre à tous ceux qui aiment à dire « ah, laisse tomber, c’est un vendu »… pas mordre moi, moi vouloir être gentil lapin vivant !)

– Interviewé par Polochon, le 8 mars 2010. –

Gamma Ray – Kai Hansen (2010)

Les deux représentants de Metalchroniques pour cet entretien détestent improviser une interview : apprendre à 21h qu’il vont en faire une le lendemain à 14 n’est pas vraiment un rêve devenu réalité. Particulièrement quand le dernier album du groupe concerné est sorti la veille, qu’ils l’ont acheté dans l’après-midi… et qu’ils doivent l’écouter et regarder ce cher dvd bonus en une nuit, dans l’espoir d’y trouver de l’inspiration pour des questions. Mais ça fait aussi du charme d’un webzine, et dans le fond si vraiment nous n’aimions pas cette improvisation généralisée nous arrêterions. Tout comme attendre que le musicien que nous devons interviewer se réveille peut avoir son charme… c’est que le manager a visiblement peur de la réaction de Kai Hansen s’il ne se réveille pas tout seul ! Finalement, pour cet entretien, nous avons décidé de ne pas trop nous focaliser sur To the Metal, le fameux album sorti deux jours avant l'interview, puisque nous n’avons pas pu l’écouter suffisamment pour trouver des questions intéressantes (ou supposées l’être). A la place, voici une conversation de 30 minutes avec Kai Hansen, principalement axée sur la manière avec laquelle le groupe travaille et sur ce que Kai pense du business musical d’aujourd’hui… et de demain.

Metalchroniques : Après Land of the Free Part II, quelle a été votre approche pour ce nouvel album ?
Kai Hansen : Pas de direction ou de ligne particulières, si ce n’est peut-être deux choses : nous voulions que les chansons redeviennent plus courtes, et qu’elles ne soient pas trop confuses. Des titres plus simples en fait, réduits au strict nécessaire. C’est tout ce que nous avions en tête, à partir de là chacun était libre de faire tout ce qui lui passait par la tête.

M. : Cet album a été enregistré dans votre nouveau studio d’enregistrement : comment vous y sentez-vous jusqu’à présent ?
K. : En fait c’est presque chez nous [ndlr : à Hambourg] : bien entendu c’est très pratique de ne pas avoir à aller ailleurs et économiquement c’est plus intéressant pour nous d’avoir notre propre studio. Nous aimons vraiment cet endroit, cela n’a rien à voir avec notre ancien studio. Nous sommes directement au bord de l’eau, le long d’une petite rivière, un affluent de l’Elbe. Nous avons une grande baie vitrée qui donne directement sur l’eau ainsi que les régies : il est agréable d’y passer du temps.
 

M. : Il y a quelques années, à l’occasion de la sortie du premier Avantasia, Tobias Sammet avait évoqué la manière avec laquelle Henjo travaille en studio… qui pourrait se résumer par « très chaotique » : s’agissait-il d’une période particulière ou…
K. : Non (rires). En réalité, il s’est amélioré depuis ! Normalement, c’est le genre de personne qui fournit toujours son travail à la dernière minute. Pendant un certain temps vous n’avez plus de nouvelles, même par téléphone, et vous ne savez pas ce qu’il peut bien faire. Mais au dernier moment il réapparait et vous envoie des fichiers. Ceci-dit parfois nous devons travailler dans l’urgence : nous lui demandons de nous envoyer son travail un peu plus tôt, de manière à ce que, si certaines choses doivent être modifiées, nous puissions avoir le temps de le faire.

M. : J’ai lu quelques chroniques de To the Metal et la plupart du temps, le chroniqueur adore ou déteste, pas de juste milieu. Comment expliquez-vous que cet album puisse créer des réactions si extrêmes ? 
Eh bien c’est génial, car comme disait Gene Simmons « adoré ou détesté mais jamais ignoré ». Ca s’applique à cet album, ça nous va. J’ai lu certaines chroniques qui étaient plus équilibrées, les gens n’aimaient pas certains titres mais affirmaient qu’il s’agit d’un bon album dans l’ensemble mais pas meilleur que… Et c’est ça qui est amusant avec Gamma Ray, ça n’est pas comme si les gens arrivaient à se mettre d’accord pour désigner -l’album-. Bien sûr Land of the Free (part 1) est peut-être préféré par une majorité. Mais en dehors de cet album, les avis sont très différents : cela peut-être Somewhere Out in Space, même Sigh No More etc…
Nous en sommes donc venus à la conclusion que nous ne devions pas donner trop d’importance à tout cela, c’est juste une histoire de goûts… Un nouvel album pour un groupe qui en a déjà sorti tellement est quelque chose de très épineux, très effrayant. Il ne faut pas faire trop attention à ce que disent les gens, ce sont plutôt vos valeurs et vos tripes qui vous disent si l’album est bon.
Ce que je peux dire c’est que nous sommes très heureux de cet album, nous l’aimons vraiment beaucoup. La production a été longue, le mixage et le mastering n’ont pas été sans douleurs, avec par exemple un premier mastering complètement raté, etc… A la fin de tout ce processus, quand nous avons fourni le produit fini, je me disais vraiment : « je ne peux plus l’entendre, je ne veux plus l’entendre ». Et puis, un ou deux jours plus tard, je l’ai écouté dans ma voiture et je l’ai laissé tourner. Ca, parce que c’est inhabituel, c’est quelque chose qui me fait dire que je le sens bien et que je l’aime sincèrement. Je pense aussi que nous avons eu de bons retours jusqu’à maintenant.

M. : Comment travaillez-vous avec Hervé Monjeaud qui a realisé toutes vos pochettes depuis des années? Lui fournissez-vous une idée précise, juste un titre… ?
K. : Ca peut-être les deux. Je le contacte toujours en premier, bien sûr je lui donne le titre de l’album, je lui donne aussi un résumé des idées du groupe sur le visuel, à quoi cela pourrait ressembler et toutes ces choses. Parfois, je lui envoie même quelques chansons en démo pour qu’il ait une première impression sur la musique : je pense que ça aide toujours à faire émerger des idées, des visions d’une certaine manière.

M. : Et cette fois vous lui avez demandé trois dessins ?
K. : Non, c’est s’est simplement avéré comme ça au final, nous ne lui en avons demandé qu’un au départ. Il a fait quelques ébauches, quelques essais et il nous les a envoyés. Au départ nous avions simplement cette idée avec les motards qui aurait dû devenir la pochette principale. Sa première réalisation a été la pochette finale de l’album, un simple croquis à ce moment-là [ndlr : à voir sur le site d’Hervé : http://www.hervemonjeaud.com/artwork/News/index.html]. Ca avait l’air génial mais nous l’avons mis de côté pour creuser l’idée des motards qui correspondait mieux aux idées que nous lui avions soumises pour symboliser To the Metal : « cheers to the metal » [« gloire au métal »] « pedal to the metal » [ndlr : expression de biker signifiant « rouler à fond / pied au plancher »] et une direction « to the metal » [« vers le métal »]. Tous ces éléments se retrouvent dans cette pochette.
Mais alors que tout était terminé, nous nous sommes dits : « c’est un très bon dessin mais, d’un autre côté, cet autre dessin est beaucoup plus puissant ». Nous lui avons donc demandé de terminer sa première proposition. Il l’a fait, si bien que nous nous retrouvions avec deux dessins. Enfin, il y avait ce Fangface en train de boire parmi les premières ébauches d’Hervé : nous l’aimions tellement que nous lui avons demandé de le terminer lui aussi afin de pouvoir l’utiliser au moins sur des T-Shirts. Au final, tous les dessins étaient si bons que nous avons décidé avec notre label de les utiliser tous les trois pour les différentes versions de l’album, pourquoi pas après tout ?

M. : Mais Henjo est aussi graphiste, pourquoi ne réalise-t-il pas vos pochettes plus souvent ?
K. : En réalité, dans le passé et comme vous le savez peut-être, il a beaucoup travaillé sur le graphisme de nos albums. Mais il n’est pas du genre à dessiner des pochettes, il est plutôt celui qui va rassembler toutes les pièces. D’habitude il s’investissait beaucoup dans ce domaine, mais la dernière fois, sur Land of the Free Part 2, il n’ pas été en mesure de le faire à cause d’une infection aux yeux qui lui interdisait de travailler sur un ordinateur. Cette fois-ci, nous avons convenu qu’il n’y travaillerait pas car il fallait déjà qu’il s’occupe de ce qu’il avait à faire à la guitare. Sinon il s’en serait chargé aussi…. et cela se serait avéré impossible : l’album ne serait pas encore disponible, nous serions en plein chaos (rires).

M. : Concentrons-nous maintenant sur la tournée en cours : aujourd’hui aura lieu le quatrième concert, comment cela se déroule-t-il jusqu’à présent ? Pourriez-vous également nous en dire plus sur la première date de la tournée : il devait y avoir beaucoup d’excitation pour ce premier concert, chez vous, à Hambourg ?
K. : Eh bien nous n’étions pas très fiers à l’approche de ce premier concert… Je n’aime vraiment pas commencer une tournée chez nous, dans notre ville. Si cette date est calée à la fin d’une tournée, tout est bien en place, il n’y a pas d’erreurs, les automatismes sont là et nous nous comprenons instantanément.
Nous savions que ce show à Hambourg allait rassembler beaucoup de monde : des amis, des fans etc.. C’est pour ça que je n’étais pas vraiment rassuré, avec la première utilisation du décor et de tout le matériel. Mais cela s’est bien, très bien déroulé. Nous avons pris beaucoup de plaisir, notamment grâce à toutes les personnes qui nous entourent, l’équipe pour la tournée : tout le monde a fait du bon travail. Bien sûr nous n’avons pas eu beaucoup de temps pour répéter, deux semaines à vrai dire. Nous avons beaucoup de nouvelles chansons et… quand la production vient juste d’être terminée, le groupe n’est pas forcément capable de reproduire les différents titres de manière immédiate. Chacun à joué ses parties pendant l’enregistrement, bien sûr nous avons répété autour de ces chansons avant de commencer à enregistrer mais après… Par exemple je joue un solo pour l'enregistrement mais après je l’oublie. Je le mets de côté et je m’attaque au suivant. Alors il faut tout réapprendre, et pour que les choses soient bien claires, bien posées il faut du temps. Mais comme je l’ai dit ces concerts se sont très bien passés, nous avons fait le plein à Hambourg et c’était la même chose en Belgique où la salle était presque sold-out. Même chose hier, donc nous ne pouvons pas nous plaindre. L’ambiance de tous ces concerts était géniale.

M. : A-t-il été difficile de construire la setlist ?
K. : Ah, c’est un des plus grands paris que l’on puisse imaginer, en particulier pour un groupe qui a tant d’albums derrière lui. Règle numéro un : vous ne pouvez contenter personne, pas « pas tout le monde » mais vraiment personne. Parce que, quoi que vous jouiez, tout le monde dira qu'il lui manquait quelque chose. C'est pour ça qu'il faut prendre des décisions, et cette fois-ci nous avons pris une décision inhabituelle pour nous : nous jouons beaucoup de titres du nouvel album. Nous en avons répété six et il y en a cinq sur la set-list. C’est beaucoup, en particulier pour un album qui vient de sortir : nous ne nous attendons pas à ce que les fans connaissent ces chansons sur le bout des doigts bien sûr. Mais c’est notre choix. Et jusqu’à présent ça passe bien, j’espère que ça continuera comme ça.
En plus de cela, il faut choisir entre les grands classiques, les chansons que nous jouons toujours et que les gens attendent, d’une façon ou d’une autre. Mais d’un autre côté, certains peuvent dire « ah non, pas encore celle-là, ils la font à chaque fois, blah blah blah ». C’est pourquoi, comme je l’ai déjà dit, nous avons tranché et nous nous sentons bien avec le concert tel qu’il est.

M. : Y-a-t-il des chansons dont vous vous êtes lassé à force de les jouer ?
K. : Oui, et… elles sont exclues du show. J’en ai vraiment marre de jouer « Land of the Free » parfois… mais cela dépend de mon humeur du moment aussi. Par exemple cette fois-ci nous avons ajouté « Man on a Mission » : ma première réaction à été « oooh non… ». Mais vu la façon avec laquelle elle est incluse dans le set, je la trouve bien et je l’apprécie vraiment.

M. : Au contraire, y-a-t-il une chanson dont vous ne pourriez sans doute jamais vous lasser, même après l’avoir jouée des millions de fois ?
K. : Je n’en suis pas sûr… Certains titres parviennent toujours à créer une nouvelle magie, d’une certaine manière. « Rebellion in Dreamland » en fait partie, mais ils y en surement d’autres.
Hier nous avons fait quelque chose de très spontané : Il y a quelques temps, pendant que nous étions en train de tourner une vidéo, nous avons joué « Heading for Tomorrow », juste pour le plaisir, pour la première fois depuis… un siècle. Et hier, une personne du public l’a réclamée, nous étions dans les rappels je crois… oui nous revenions sur scène sur scène et nous étions censés jouer « New World Order ». Quelqu’un a crié quelque chose, il y a eu un instant de confusion et une personne a réclamé « Heading for Tomorrow » alors que j’allais annoncer le prochain morceau. Evidemment tout le monde a crié « Yeaahh !!! ». Nous nous sommes regardés les uns et les autres, nous demandant si nous allions la faire, et finalement nous l’avons faite. Du moins nous en avons joué la moitié, ensuite nous nous sommes arrêtés et nous avons enchainé sur « New World Order ». C’était marrant.

M. : Quand vous avez été confrontés aux problèmes financiers de votre label SPV, avez-vous envisagé de vendre votre album et votre musique directement à travers votre site web ? Certains groupes ont désormais franchi ce pas…
K. : Oui, nous nous sommes penchés sur la question bien sûr. En tant que groupe en ce moment, si l’on considère ce qui se passe avec les maisons de disques et les changements induits par Internet, c’est une réflexion que l’on se doit d’avoir. Cependant, les quelques personnes avec qui j’en ai parlé jusqu’à présent m’ont affirmé que pour un groupe de notre calibre, en tenant compte du prix pour réaliser un nouvel album et tous ces coûts normalement pris en charge par une maison de disque… si nous prenons tout ça en main et même si nous en tirons des revenus plus importants avec les ventes etc., le bénéfice réellement réalisé à la fin n’est pas beaucoup plus important. C’est au mieux la même chose, voir moins. Parce que nous n’avons pas les structures nécessaires, dont dispose une maison de disque : il faudrait les construire nous-mêmes ou trouver des gens capables de le faire professionnellement… et les payer ! C’est pourquoi nous avons décidé de nous en tenir au schéma traditionnel, tant qu’il fonctionne.

M. : Après toutes ces années, quelle est la source de votre créativité ? Quel est votre quotidien, d’où vient la magie ?
K. : Je ne sais pas, de quelque part dans les cieux… Il faut toujours croire en soi, croire que l’inspiration va venir… à nouveau. Parfois après une tournée, nous sommes épuisés, vidés, si bien qu’il faut s’éloigner de la musique pour un temps. Il m’arrive même probablement d’avoir des périodes de faible créativité, sans idées, sans inspiration. Puis, après un certains temps, je conduis ma voiture ou quoi que ce soit et des idées émergent, des mélodies jaillissent dans ma tête. Ou bien je joue de la guitare et je me dis « ah, je tiens quelque chose ». Et à partir d’un certain point je me lance et je commence à enregistrer ou à travailler mes idées pour une démo. A ce moment-là je me plonge dedans, c’est juste un processus naturel et ça a été comme ça depuis des années.

M. : Sur le DVD bonus de To the Metal, vous dites que vous écrivez les paroles pendant que vous chantez… Pourriez-vous nous en dire plus ?
K. : Oui, c’est vrai. Je ne construis pas un concept ou une histoire avant. Parfois je peux avoir des « espoirs de vers », si je peux les appeler ainsi. C’est très lié à la phonétique en fait, parce que je pense que les paroles doivent s’accorder avec la musique. Si bien qu’en entendant un accord précis ou selon la façon de le jouer, je sais immédiatement comment les mots devraient sonner. Si cela doit être un [i], un [o] ou un autre. Avec ces bases, je me lance et je commence à chanter sur une démo pre-enregistrée. Et quel que soit le résultat ça a toujours du sens à 80 %, d’une manière ou d’une autre, alors qu’avant de commencer je n’avais absolument aucune idée de ce dont j’allais parler. Bien que le plus souvent ça tourne autour de la liberté. Je crois que je me répète, mais peu importe, c’est simplement parce que c’est ce que j’ai en tête : en théorie ça peut être n’importe quoi.

M. : Avez-vous vu le film/documentaire consacré au groupe Anvil ?
K. : Je l’ai sur mon ordinateur mais je n’ai pas encore eu l’occasion de le voir.

M. : Ok, alors seriez-vous d’accord si je disais que le succès vient du travail mais aussi de la chance ? Avez-vous dans votre carrière été confronté à ces carrefours où un chemin peut mener au succès et l’autre à l’échec ? Par exemple quand vous avez décidé de quitter Helloween ?
K. : Je n’ai pas eu de doutes quand j’ai quitté Helloween, parce que je savais que je ne pourrais plus jamais avoir ce genre de succès en partant. C’était très clair pour moi. Même quand j’ai fait Heading for Tomorrow, certaines personnes autour de moi, les maisons de disque par exemple, parlaient d’un album double-platine, ce genre de choses. J’ai dû les ramener sur terre et leur dire : « vous ne pouvez pas espérer cela, Helloween était un gros groupe et je ne suis qu’un des membres. Et il s’agit d’un nouveau projet, comment serait-il possible de surpasser ou même d’égaler Helloween ? Aucune chance ! » J’étais très réaliste à ce sujet.
C’est comme être au bon endroit et persévérer dans ce que l’on fait : si tu fais un bon album et que tu ralentis, cela ne peut plus marcher ensuite. Avec Gamma Ray, je pense que nous avons bien fait les choses. Très bien même. Je suis très heureux de notre situation : après 20 ans de carrière nous sommes toujours là, nous avons toujours du succès, avec de nombreux fans et nous jouons la musique que nous aimons.

M. : Quand vous avez commencé à jouer au début des années 80, avec un groupe appelé Iron Fist (rires face à la mine contrite de Kai, qui ne semble pas très fier à la mention du nom de ce groupe), pouviez-vous vous imaginer en train d’enregistrer des disques et de faire des tournées encore 30 ans plus tard ?
K. : Je ne me suis jamais projeté aussi loin. Et c’est toujours le cas aujourd’hui : je ne pense pas à ce que je ferai dans 2,3,4 ou 5 ans, je ne pense qu’à l’étape suivante. Rien de plus, je ne regarde pas plus loin. Je ne regarde pas non plus en arrière, je ne vis pas à travers mon passé en me disant : « ah, c’était de bons moments, ça aussi c’était aussi de bons moments ». Je sais que j’ai vécu des moments fabuleux et je prends plaisir à me les remémorer mais je ne vis pas à travers eux en me disant qu’il n’y a rien de mieux. Je suis dans le présent et je regarde vers l’étape suivante, rien d’autre.

M. : En dehors d’un problème de santé, quelque chose pourrait-il vous faire arrêter de jouer de la musique, d’enregistrer et de tourner  ?
K. : Je ne sais pas, peut-être la frustration causée par tous ces problèmes liés à Internet. Je veux dire… cela a été très frustrant pour nous : nous avons travaillé pendant un an sur cet album, nous avons fait de notre mieux pour le protéger, le garder derrière des portes fermées et il n’y a pas eu de fuites. Et peut-être 2 semaines avant sa sortie, la maison de disque à chargé l’album sur un serveur pour le mettre à la disposition de certaines personnes du business et des journalistes. Mêmes watermarkés, ils l’ont mis en ligne, un c**nard l’a diffusé et bam ! une ou deux semaines avant la sortie deux brésiliens l’ont mis sur le net. J’aurais pu détruire le monde entier en voyant cela. Vraiment, j’étais très, très énervé. Je ne parle pas en termes de ventes ou du fait que les gens ont pu l’avoir gratuitement et qu’ils n’achètent plus rien désormais. Il s’agit simplement de la déception de voir qu’un c**nard estime avoir les droits sur notre musique et qu’il s’autorise à l’offrir à tout le monde gratuitement. Vous n’iriez pas chez votre voisin pour lui prendre sa voiture et l’offrir à quelqu’un d’autre. Parce que c’est comme la p**ain de voiture de votre voisin. Ca ne se fait pas ! Cette déception, tout l’effet de surprise… Les gens sont curieux, ils se demandent comment l’album va sonner etc. : tout cela disparaît avec Internet. Certains commencent même à demander la setlist avant le début d’une tournée. Où est la surprise ? Je comprends que cela puisse intéresser des gens et que l'on regarde ce qui est disponible sur le net, mais d’un autre côté je trouve vraiment tout cela pourri. Parce que toute la tension, l’excitation que je connais quand on va à un concert, nous demandant « mon Dieu, quel sera le premier titre joué, quelle sera la set-list… » et que l’on en discute. Tout cela a disparu ! « Oh oui, ils jouent “Gardens of the Sinner”, ha ha ha » Ouah, quelle excitation ! Je n’ai même plus besoin d’aller à un concert dans ce cas, puisque je sais tout à l’avance : je peux le regarder depuis chez moi.
Alors oui, si la situation empire encore et continue à nous échapper, je pense que je n’y prêterai même plus attention, un peu comme si je me disais… « pourquoi ? »

M. : Avez-vous des projets pour un Somewhere Out in Space Part II ?
K. : Pas de projet de ce type à vrai dire. Mais nous avons une idée comme un Skeletons in the Closet Tour Part II, je pense que cela pourrait être intéressant puisque, même pour construire la set-list, nous avons dû écarter énormément de chansons que nous aimons et que nous voudrions ré-enregitsrer ou refaire à notre sauce, tels que nous sommes aujourd’hui. Alors peut-être que nous modifierions tous les arrangements ou que nous les modifierions pour que nous les aimions aujourd’hui.
M. : Soit une démarche proche de celle de Blast from the Past ?
K. : Oui tout à fait, c’est un peu ça. Mais nous l’envisageons plus comme un projet live. Vous savez, jouer ces titres live, les enregistrer live et ensuite les publier. Cela pourrait être quelque chose d’intéressant.
En ce qui concerne Somewhere Out in Space Part II… cela pourrait être intéressant car ce thème est très inspirant, avec des histoires dans l’espace… j’aime la science-fiction de toute manière. Oui, cela pourrait être bien mais ça n’est pas prévu.
M. : Et y-a-t-il une chanson que vous voudriez jouer en concert, mais vous n’en avez pas encore eu l’occasion ou pas si souvent ?
K. : Oui, « The Cave Principle », d’Insanity and Genius. J’aime beaucoup cette chanson mais jusqu’à maintenant elle n’a jamais fait partie des favorites de qui que ce soit. Mais je pense que c’est une des chansons que j’aimerais beaucoup refaire.

M. : Comme d’habitude, le questionnaire Métal Chroniques pour conclure cette interview :
Quelle est votre chanson favorite ?
Mon Dieu ! il y en a tellement… Mais si je dois vraiment n’en mentionner qu’une… ok, allons-y : « Breaking the Law ».

M. : Premier album acheté ?
K. : Kiss – Alive

M. : Dernier album acheté ?
K. : Tenacious D – Pick of Destiny

M. : Votre juron favori ?
K. : [ndlr : cela plonge Kai dans une intense réflexion, pas facile à dire comme cela du but en blanc… avec une fille en face de lui, un gentleman]
Eh bien… Fuck !

M. : Quel son ou bruit aimez-vous le plus ?
K. : Une guitare metal saturée.

M. : Quel son ou bruit détestez-vous ?
K. : Un batteur en train de répéter.
[ndlr : cette interview s’est en partie déroulée pendant la balance de Dan Zimmermann.]

M. : Quelle profession voudriez-vous exercer, si vous n’étiez pas musicien ?
K. : Cela devrait être quelquechose de créatif. J’ai toujours voulu être un inventeur.

M. : Si le paradis existe, qu’aimeriez-vous entendre Dieu dire à votre arrivée ?
K. : « Bienvenue, mon ami ! »

– Interviewé par Oshyrya et Polochon, le 10 février 2010. –
[Compte-rendu du concert au Trabendo, le 10 février 2010.
Chronique de To the Metal.]