Archive for juillet, 2012

Comment définir le « classic rock » ? Peut-être par une certaine inspiration stylistique : une musique au croisement du rock, du blues, du hard rock, avec quelques autres influences parfois présentes (le boogie, le progressif, l'AOR ou la west coast). Mais par une époque aussi : les seventies, notamment dans leur deuxième partie, constituent l'âge d'or du genre. Voici bien les principaux points communs qui permettent de regrouper sous une même étiquette : Bad Company, Deep Purple, Lynyrd Skynyrd, Heart, .38 Special, Kansas ou les Eagles, voire Steely Dan.

Mais pourquoi cette introduction rétrospective ? Car le projet de Björn Strid (Soilwork évidemment) et de Sharlee D’Angelo (Arch Enemy et Spiritual Beggars) dénommé The Night Flight Orchestra a pour objectif de rendre un hommage à toute cette époque extrêmement créative musicalement. Entouré de David Anderson (guitares), de Jonas Källsbäck (batterie) et de Richard Larsson (claviers), le duo, avec ce Internal Affairs, propose une plongée artistique rétrospective dans le classic rock qui est une vraie immersion musicale totale. 

À écouter ce premier essai de The Night Flight Orchestra qui invoque les manes de Bad Company, de Creedence Clearwater et de Lynyrd Skynyrd avec succès, il n'y a bien que la date de sortie du disque qui nous ramène à notre triste quotidien. C'est dire qu'ici le son n'est en rien métal mais franchement rock avec de nombreuses ouvertures sur le hard rock des 70's toutefois. La voix de Strid s'adapte parfaitement à ce nouveau contexte musical. Plus : il semble complètement habité par cette orientation stylistique truffant le disque de refrain mélodieux et de couplets accrocheurs (« Siberian Queen », « California Morning », « Stella Ain't No Dove »). Ce n'est pas une vraie nouveauté tant on connait la diversité des goûts du vocaliste de Soilwork ainsi que son talent, mais il faut admettre qu'une telle réussite n'était pas attendue. On sent chez lui une vraie osmose avec la démarche adoptée, osmose liée vraisemblablement à un attachement fort envers une époque et un pays – l'Amérique du Nord. À lire ses paroles consacrées à des lieux marquants de l'espace américain (« California Morning », « Miami 5:02 » ou « Transatlantic Blues »), on perçoit toute son affection pour un pays et un peuple qui ne se résume pas à quelques traders cyniques et à des porteurs d'armes obscurantistes. 

Les autres musiciens sont évidemment au diapason : l'orgue hammond claque, la batterie est organique au possible et la guitare alterne les riffs à la saturation toute en nuance et les solo simples et lyriques. Tirons tout particulièrement notre chapeau au guitariste David Anderson qui, à son instrument comme à la composition, joue un rôle décisif dans le succès patent de l'album. Cerise sur le gâteau : la production, claire et dépouillée, est nimbée d'une réverbération qui participe d'une ambiance à la fois rétro et très prenante.

On comprend donc que ce premier essai m'ait totalement transporté : ce Internal Affairs de The Night Flight Orchestra n'est pas qu'une bonne surprise, c'est une réussite totale. Faire revivre avec  tant sincérité un style musical maintenu en vie à ce jour par des combos vieililissants étaient une gageure qui n'a pas effrayé Björn Strid et les siens. Bravo à eux.   

Baptiste (8/10)

 

Myspace du projet

Coroner Records / 2012

Tracklist (61:02) : 1.  Siberian Queen 2. California Morning 3. Glowing City Madness 4. West Ruth Ave 5. Transatlantic Blues 6. Miami 5:02 7. Internal Affairs 8. 1998 9. Stella Ain't No Dove 10. Montreal Midnight Supply 11. Green Hills Of Gumslöv 12. American High

Rhapsody est maintenant séparé en deux entités: "Turilli, les français + quelques autres" d'un côté, "Staropoli, Lione + quelques autres" de l'autre. Il y a quelques mois, nous avons pu voir en concert ce qu'allait donner la version Staropoli & Co., certes sans aucun titre nouveau: nous voici maintenant face à la mouture Turilli & Co., version album.

Après un départ en fanfare avec ses deux premiers albums, Rhapsody (devenu Of Fire) a du mal à convaincre depuis quelques années, les gens lui reprochant généralement un manque de renouvellement, pour résumer. Parallèlement, Luca Turilli sortait des albums solo reprenant à peu près les mêmes recettes, mais avec beaucoup plus d'éléments modernes… et très peu de fantasy. Il faut dire que le côté heroic-fantasy à l'extrême était devenu assez cliché, à tel point que deux camps ont fini par se former: ceux qui voulaient de la fantasy dans le metal, et ceux qui y étaient allergiques par principe. Comme si la musique de Rhapsody se limitait à une question de dragons et chevaliers sauvant la contrée au bord du chaos… Que ceux qui craignent une double ration d'heroic-fantasy dragonesque soient rassurés: il n'y a pas de chevalier s'apprêtant à aller occir du dragon tout au long de cet Ascending To Infinity. Accessoirement, pour rappel: l'heroic-fantasy ne se limite pas à des histoires de dragons,  allez donc demander à Corwin! En fait… ça continue d'être de l'heroic-fantasy, si si, c'est juste qu'il n'y a plus (enfin?) le schéma que Rhapsody utilisait depuis son premier album, et surtout il n'y a pas d'histoire continue: un fil musical qui se tient oui, mais rien de plus. Parce que Luca et ses acolytes auront beau clamer qu'il s'agit de science-fiction ici, pour moi il n'y a pas plus « heroic-fantasy » dans l'esprit que Dante, Atlantis (et sa chute), les titans même au sens figuré, ou une vision modernisante de Michael et Lucifer. Que voulez-vous, on ne refait pas une mentalité, et au moins le preux chevalier est-il rangé au placard.
(Et puis l'heroic-fantasy c'est le bien. Dans sa diversité, mais le bien quand même!)

Musicalement, Luca mélange le côté classicisant de Rhapsody et le côté plus moderne de ses albums solo. A savoir que l'on marche complètement en territoire connu harmoniquement, en même temps il y a plein de passages assez complexes sur lesquels mes oreilles se délectent (n'écoutez surtout pas « Dante's Inferno » superficiellement, vous y perdriez énormément!), que ce soit pour s'amuser de la rythmique ou pour détailler chaque instrument, des références musicales auxquelles Rhapsody ne nous avait pas habitués (orientales notamment). D'un autre côté, je m'amuse beaucoup moins sur « Dark Fate Of Atlantis », dans laquelle Luca a l'air de beaucoup croire… mais elle est assez simple par rapport au reste de l'album: tout au long de la chanson, selon les air, un instrument principal prend le dessus et le reste suit autour, d'où une écoute moins palpitante. Et alors que je passe les 3/4 de l'album à faire des chorégraphies (débiles) des mains, celle-ci m'inspire juste un petit mouvement des épaules et du cou. D'un autre côté, Oshyrya (avec qui j'ai réalisé l'interview de Luca en lien ci-dessous) m'a confié avoir du mal avec « Luna » et « Tormente E Passione », qu'il trouve trop molles pour résumer: j'admets que la deuxième a un côté pop qui peut lasser, mais j'adore ce qu'ils ont fait de « Luna », en fait une reprise, avec un très bon mélange de voix, et Alessandro qui fait une parfaite démonstration de ce que ses cordes vocales peuvent faire.

Car le chanteur était le deuxième point d'interrogation de cet album: il s'agit de prendre la suite de Fabio Lione, excusez du peu. Quand ils ont annoncé leur choix, Alessandro Conti, j'avoue avoir été un peu inquiète: oui je l'avais remarqué en tant que "oh! un chanteur italien qui chante juste! rare!" (quand il était passé avec Secret Sphere puis Trick Or Treat), mais de là à avoir le coffre nécessaire? Mais finalement il remplit parfaitement bien son rôle. Fabio reste immensément plus technique / a toujours énormément plus de facilités (que le commun des mortels, de toute manière), mais Alessandro joue parfaitement bien de ses armes. Par exemple, alors que je vénère Fabio en tant que chanteur, j'ai toujours regretté qu'il ait -soit- sa grosse voix lyrique, -soit- sa « voix metal », sans véritable intermédiaire. Et si Alessandro a une « grosse voix » moins impressionante que celle de Fabio, il joue énormément avec « les intermédiaires »: au final son chant est peut-être même plus intéressant que celui de Fabio.
Ceci étant dit, il faut quand même noter une petite astuce de son: vous remarquerez peut-être que parfois, « étrangement », la voix d'Alessandro est mise en retrait. Si vous faites bien attention, vous remarquerez que, comme que de par hasard, c'est toujours quand il va dans les aiguës en ouvrant (trop) la voyelle… ce qui est la porte ouverte à la note un poil fausse si on laisse le micro à fond. Donc, pour préserver nos oreilles, la personne chargée du mixage a un peu couvert la voix d'Alessandro sur ces passages, pour que les fréquences des instruments masquent ce qui part un peu en cacahuètes dans sa voix… c'est gentil! Reste à voir comment il gèrera ça en concert, mais il a encore quelques mois pour mettre ça en place (en espérant que ça ne soit pas (trop?) samplé, mais bon…)
Petite note amusante sur sa voix: Aux 2/3 de « Clash Of The Titans », on a l'impression très étrange d'entendre Kai Hansen… un peu modifié peut-être, mais c'est immensément proche… et dans la deuxième phrase on entend clairement Alessandro passer à sa voix habituelle? Peut-être un clin d'oeil à Trick Or Treat, son groupe d'origine, qui a commencé comme copy-band de Helloween… ou un tic devenu tellement automatique qu'il n'y fait même plus attention, tout simplement.

Pour conclure, je dois avouer que je n'attendais pas énormément de cet album, mais au final il m'a beaucoup plu. Les deux premiers albums du groupe font partie de mon panthéon personnel, j'aime beaucoup Symphony Of Enchanted Lands Part 2 aussi même s'il ne se hisse pas à ce niveau (parce que trop proche dans l'esprit du Part 1, il a les inconvénients de ses avantages en gros), mais je dois avouer que la dernière fois que j'avais fait autant de chorégraphies des mains en écoutant un album de Rhapsody remonte au premier Symphony… Les arrangements orchestraux sont moins ciselés, mais n'oublions pas qu'ils sont plus la spécialité d'Alex Staropoli. Surtout, Luca a su pallier à ces petits manques en portant plus de soin aux petits détails harmoniques ou de rythme. D'où ce côté plus moderne, peut-être. D'un autre côté, ça oblige à une écoute vraiment attentive de l'album, sinon on passe à côté de la moitié des choses qui font l'intérêt de ces chansons… et il faut avouer que l'on a un peu perdu l'habitude de se poser tranquillement à côté de sa chaine hi-fi pour apprécier un album, le soir au coin du feu (ou presque). Je suis à peu près persuadée que ces morceaux passeront très bien en concert justement grâce à ça, mais on va dire que c'est une nouvelle preuve de l'inspiration classique de Turilli, en général: cette musique est faite pour être écoutée, attentivement, pas entendue de loin pendant que vous faites autre chose.

Site officiel: http://www.ltrhapsody.com/
Chaine Youtube officielle: http://www.youtube.com/ltrhapsody

[8,5/10] Polochon

Nuclear Blast – 2012
Tracklist (57:30) : 01. Quantum X (intro) 02. Ascending To Infinity 03. Dante's Inferno 04. Excalibur 05. Tormento E Passione 06. Dark Fate Of Atlantis 07. Luna 08. Clash Of The Titans 09. Of Michael The Archangel And Lucifers Fall

On avait quelque peu perdu de vue Silence depuis plusieurs années, depuis Open Road (2008) à vrai dire. Et c'est donc après quatre ans de « silence » (le jeu de mot est facile) que le groupe se rappelle à nous avec ce City qui nous fera regretter de n'entendre que trop rarement parler de Silence. À la décharge des deux membres du groupe, le multi-instrumentiste Bruno Levesque et le chanteur Ben Venet, il y a d'abord le fait que le genre qu'ils ont adopté ne jouit pas d'un soutien médiatique important. Il faut donc beaucoup de courage et de passion, de nos jours, pour avoir comme style musical l'AOR, celle des années 80, celle qui vit l'heure de gloire des Journey, Boston et consorts. Par ailleurs, ce long délai a été mis à profit pour effectuer une gros travail de composition, de tel sorte que Silence accouche finalement de deux disques : ce City se décline en deux CDs, un intitulé Days et l'autre naturellement Nights

À l'écouté répétée et attentive de ces deux opus en un, on conclura que ces quatre années n'ont pas du tout été stériles pour le groupe loin de là. Le temps passé a permis à Levesque et à Venet de créer une musique de grande classe, créant une ambiance tout à fait envoûtante, que retransmet bien le bel artwork très soigné de ce City. Les paroles sont à l'avenant et en évoquant des personnes (« Jenny »), des sentiments (« Drifting Away ») ou des situations (« Insomnia »), elles arrivent parfaitement à retranscrire les nombreux aspects de la vie urbaine d'aujourd'hui. 

Que dire des chansons elles-mêmes ? Une première remarque rapide tiendra à la qualité globale : malgré l'abondance des titres, ce City ne connaît quasiment aucun temps mort et la qualité est toujours au rendez-vous. Chaque riff, chaque thème à la guitare, chaque refrain, chaque solo a été extrêmement travaillé pour éviter le banal et le secondaire. Il devient ainsi très difficile de faire une liste des compositions franchement réussies. Citons quand même comme point de repère à l'écoute : « Footprints », « Jenny », « Ghosts » ou le somptueux « Promised Land » et son refrain classieux. Mais à vrai dire, pour être équitable, ce seraient les deux disques qu'il faudrait citer in extenso. C'est d'ailleurs pourquoi aucune des deux parties de ce City ne se montre supérieure à l'autre et que l'équilibre musical est totalement respecté. Tout juste remarquera-t-on que Nights est un peu plus agressif – lorgnant plus nettement vers le hard rock sur certains titres comme « Drifting Away » –, et un peu plus sombre, Days se montrant plus calme et mélancolique. Toutefois, il est important d'insister sur le fait que la variété des tempos et des styles se retrouve au sein de chacun des deux disques, Silence sachant opter pour une pop très accrocheuse sur « Lift Me Up » aussitôt après avoir interprété un hard FM à la Bon Jovi sur « Guardian Angels ». 

On constatera au passage, la versalité de Ben Venet sur chacun des morceaux chantés : notre homme alterne aisément les parties apaisées (« Brand New Start » tout en nuance) et un chant plus puissant (« Drifting Away » ou « Business »). On lui juste reprochera parfois un léger accent même si ce n'est pas systématique. (Et puis qui a reproché à Klaus Meine de chanter en anglais avec l'accent qu'on lui connaît ?) Par ailleurs, son duo magique avec sa sœur, Justine Venet, sur un « Lift Me Up » qui adopte le français sur certains passage pour le meilleur effet, nous incite à penser que cette langue pourrait aussi très bien aller à Silence. (Signalons au passage que ce morceau tout à fait prenant devrait obtenir de nombreux passages radio, si le suivisme conformiste n'était pas si généralisé dans les médias francophones).  

Quant à Bruno Levesque, à écouter ses parties guitares et notamment ses superbes solos sur « Someday », « Make My Day » ou « Insomnia », on n'arrive pas à comprendre pourquoi il n'obtient pas plus reconnaissance. Voilà tout simplement un des meilleures guitaristes que l'on ait en France, à la fois très technique, très inspiré et très lyrique. Franchement les solos de « Lift Me Up » ou de « The Good Old Days » témoignent d'un toucher et d'un phrasé assez incroyables. M'est avis qu'ils seraient à même de faire verdir de jalousie un Michael Landau ou un Steve Lukather… Bruno Levesque est assurément une grosse pointure du genre et il est temps qu'il obtienne la notoriété qu'il mérite. 

Slience est donc la réunion de deux personnalités musicales aussi expérimentées qu'inspirées. Mais c'est aussi une association musicale et humaine qui vient de produire un des meilleurs albums du genre de l'année. Même si le groupe ne revendique sans doute pas ce label, il vient de montrer ici qu'il existe dans l'espace francophone, un excellent groupe d'AOR, digne évidemment de rivaliser avec les meilleurs.

Baptiste [8,5/10]

 

Site officiel

Myspace

Perris Record / 2012

City (Days) tracklist (49:53) : 01. Beggars Day 02. Father 03. Footprints 04. Brand New Start 05. Jenny 06. Guardian Angel 07.The End Of The Day 08. Lift Me Up 09. Daydreaming 10. Business 11. Waiting For Dawn 

City (Nights) tracklist (48:44) : 01. Drifting Away 02. Ghosts 03. Taste Of The Past 04. Crashing Down 05. Memory Of Blue Eyes 06. Someday 07. Insomnia 08. Promised Land 09. Just One Kiss On Your Heart 10. Out Of The Dream 11. The Good Old Days