Archive for août, 2014

oshy_03082014_Re_MourniDans le monde actuel où nous sommes tous submerges par les sorties quotidiennes de groupes tous plus formatés et prémâchés les uns que les autres, les démarches originales et inhabituelle sont à saluer et encourager. Cela tombe bien c’est le cas de l’album qui nous occupe aujourd’hui, Where Stone and Water Meet, le troisième opus de nos compatriotes de RED MOURNING. Le groupe naît à Paris, fin 2003 et a su année après année se construire progressivement une identité originale en mélangeant des influences irréconciliables sur le papier. En effet, RED MORNING mélange consciencieusement punk-hardcore, Chicago-blues, grunge, death-métal old- et new-school. Ils expérimentent encore et encore et progressent à chaque nouvelle sortie : une première démo éponyme en 2004, un maxi Six Four Six en 2006 et deux albums Time to Go (2008) et Pregnant With Promise en 2011. Après trois années de travail, voici la suite de leurs aventures.

Comme ils l’écrivent eux-mêmes, RED MOURNING… ou la couleur du deuil des esclaves du Mississippi. Cette thématique et la dénonciation des maux de notre société présents ou passés reste présente au cœur du travail des parisiens. Après des dizaines de dates en Belgique et en France (dont le HELLFEST) les quatre musiciens ont encore progressé pour ciseler encore plus finement chaque riff, chaque rythmique et chaque ligne de chant. Dès les premières notes de « The Sound Of Flies » le ton est donné entre riffs agressifs, batterie endiablée et chant survolté de Hoog. Les marques de fabrique du groupe sont encore une fois bien présentes, l’approche hardcore côtoie et alterne avec le chant mélodique, la slide-guitar Blues n’est jamais très loin… Le groupe reste agressif et puissant tout en laissant une belle place à la mélodie pour rendre son propos lumineux et attractif pour un large public. Le niveau technique est plus que respectable sans jamais être prétentieux. Le feeling, le groove est toujours favorisé par à la démonstration technique stérile. Encore une fois, RED MOURNING a confié aux bons soins de Francis Caste (BUKOWSKI, THE ARRS…) la production de cet album. Un pari gagnant tant la mise en son proposée ici rend hommage à la force et aux convictions affichées tout au long de ces treize nouvelles chansons.

RED MOURNING a su mettre tous les atouts dans son jeu pour frapper un grand coup avec Where Stone and Water Meet. Belle pochette, bonnes chansons, démarche artistique originale et solide production, que demandez de plus ? Ce hardcore moderne sorti du bayou devrait s’incruster durablement sur votre platine.

Oshyrya (7,5/10)

 

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Bad Reputation / 2014

Tracklist (43:36 mn) 01. Intro, 02. The Sound Of Flies, 03. Gun Blue, 04. Rabid Dogs & Twisted Bitches, 05. Emily, 06. White Line, 07. The Simple Truth, 08. Work Song, 09. Over The Rail, 10. Candlelight, 11. Touched By Grace, 12. There Goes The Chair, 13. Where Stone & Water Meet

Arcania – Dreams Are Dead

oshy_03082014_ArcaniBeaucoup pensent que la musique possède des vertus cathartiques puissantes pour ceux qui la pratique en tant que musicien ou simple auditeur. Ainsi, composer de la musique et l’interpréter sur scène, collectivement, au sein d’un groupe, en osmose avec le public peut aider à se libérer de ses chaînes intérieures et peut avoir des effets thérapeutiques. Difficile de ne pas penser à cette réalité en lisant la biographie du groupe français ARCANIA.

Le projet est né en 1999 de l’envie de Cyril, Gabriel et Guillaume. Une première démo apparait rapidement et permet au groupe de progresser en multipliant les concerts. Tout s’arrête alors tragiquement suite à la disparition de Gabriel. Il faudra alors du temps pour qu’ARCANIA se relève et entame sa renaissance par la publication en 2004 d’un premier EP enregistré au Bud Records Studio par Mat (GOROD). Patiemment, le groupe enchaine les différentes étapes et renforce ses rangs par l’arrivée en 2008 d’un nouveau guitariste. Revigoré par ce sang neuf, ARCANIA enregistre en 2009 un premier album, Sweet Angel Dust, sous la houlette de David Potvin pour la production au Dome Studio et de Peter de Betou pour le mastering. S’en suit d’innombrables concerts partout en France comme par exemple lors du Hellfest 2012. Après un petit changement de personnel à l’automne 2012, voici les angevins prêts à entamer un nouveau chapitre avec ce deuxième album, Dreams Are Dead.

Le groupe semble prendre un malin plaisir à brouiller les cartes à travers les visuels de ses albums. Le visuel très coloré de Sweet Angel Dust ou celui presque enfantin de ce second opus reflète assez mal le thrash métal asséné composition après composition par ARCANIA. N’attendez pas ici de jolies ritournelles accessibles et attrayantes, le groupe n’est pas là pour amuser la galerie et dégaine rapidement, une fois l’intro passée, des riffs et une rythmique bien couillus. Le propos est loin d’être doux et apaisé, suffit de voir le titre de l’album et des différentes chansons pour s’en convaincre. Quand je vous palais d’effet cathartique en début de chronique, nous sommes en plein dedans… L’approche trash des angevins est résolument modernes mais les racines « old school » ne sont pas oubliées. Cyril Peglion assure une partie des guitares mais aussi le chant et il faut bien constater qu’il s’en sort très bien. Il exprime énormément d’émotions et met dans sa prestation l’énergie et les convictions nécessaires. Des compositions comme « Watch Us Dying » et « Rise and Never Fall» renversent tout sur leur passage et devrait en séduire plus d’un. Les soli assénés en particulier sur cette deuxième chanson forcent quand même le respect.

L’auditeur ne pourra s’empêcher de conserver une impression très positive à l’issue de l’écoute de cet album même si une certaine lassitude ne manquera pas de poindre ici et là. Le titre fleuve « Dreams End All Days » et ses presque onze minutes au compteur démontre de quoi le groupe est capable dans différents registres mais laissent également des regrets car ARCANIA tombe parfois dans la facilité à travers des titres qui finissent pas se ressembler. L’instrumental « Days End All Dream » qui conclue ce disque enfonce même le clou. Dommage. Rien à dire par contre du côté de la production, le groupe a, une fois de plus, su s’entourer de personnes de confiance aux compétences indiscutables. La thérapie de groupe continue et fera du bien à tous ceux qui voudront bien d’y soumettre.

Oshyrya (7,5/10)

 

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Great Dane Records / 2014

Tracklist (57:06 mn) 01. Intro 02. Watch Us Dying 03. Rise and Never Fall 04. Face in a Mirror 05. Dreams Are Dead 06. Inside the Crowd 07. Dreams End All Days 08. Suffering for an Answer 09. A Scar in Our Mind 10. Days End All Dream

Kreator – Extreme Aggression

Kreator_Extreme_AggressionExtreme Aggression est à mon avis un des disques les plus mésestimés dans le thrash metal. Ainsi parmi les incontournables du genre on trouve généralement cités un The Legacy de Testament, un Bonded By Blood  d'Exodus ou un Reign In Blood de Slayer voire, pour les plus puristes, Darkness Descends de Dark Angel ou Survive de Nuclear Assault. J'ai tout ces disques que j'aime beaucoup mais j'ai toujours été surpris qu'on ne loge parmi eux (voire au dessus d'eux) Extreme Aggression de Kreator, le quatrième disque du combo d'Essen. Certes, on lui reconnaît des qualités et on note les progrès faits par les musiciens allemands mais on ne va pas au-delà dans l'appréciation.

Un groupe qui défend mal son chef d'œuvre

Toutefois, Extreme Aggression est assurément le meilleur disque de Kreator, clairement devant l'immédiat mais encore mal dégrossi Pleasure to Kill (1986) ou le trop prévisible Coma Of Souls, voire l'habile synthèse à laquelle correspond Violent Revolution. Il y a encore une fraîcheur dans la musique de Kreator qui se perdra rapidement et que cherchera à retrouver Mille Petrozza à partir de Renewal, via des expérimentations, à mon avis légitimes mais rejetées par des fans globalement conservateurs. Il est vrai que le groupe défend mal son chef d'œuvre ne jouant en live que deux classiques, certes incontournables, « Extreme Aggression » et « Betrayer », mais ne s'aventurant pas au-delà.

Lorsque Kreator enregistre en 1989 aux États-Unis ce Extreme Aggresion avec Randy Burns aux manettes de producteur, le groupe est encore plein d'assurance, une assurance qui transparaît sur la pochette qui pour une fois délaisse l'habituel démon pour afficher une photo de quatre jeunes musiciens au regard bien présomptueux. Il est vrai qu'il n'y avait pas lieu d'être modeste : la popularité des Allemands allait croissant, le niveau technique des quatre musiciens avait énormémement progressé et grâce à Randy Burns, Extreme Aggression allait enfin être doté d'un son de qualité. Bien un son u peu sec, la puissance et la clarté de la production d'Extreme Aggression jouent inconstablement un rôle dans le succès du groupe, tout comme les progrès techniques qui permettent au groupe de varier plus nettement les tempos, entre les chansons mais aussi au sein des chansons, tout comme à s'adonner à des solos enfin de qualité (« Extreme Aggression », « Fatal Energy »…) loin des horreurs produites par Kerry King et feu Jeff Hanneman.

Homogénéité qualitative surprenante

Et pourtant Extreme Aggresion reste incontestablement un album de thrash très peu mâtiné d'éléments heavy : les morceaux déboulent à tout vitesse (« Bringer Of Torture », « Betrayer », « Extreme Aggression »). Et les paroles regorgent d'une violence qui délaisse totalement les références démoniaques ou dark fantasy pour prendre une connotation personnelle bien plus suggestive (le nihilisme de « No Reason To Exist », « Love Us Or Hate Us »). Le recours à des chœurs nerveux sur un « Don't Trust », par exemple, outre son côté naturellement fédérateur, souligne le caractère collectif de l'agressivité exprimée, même s'il faut insister sur la hargne que portent les vocalises très maîtrisées de Mille Petrozza.

Le plus patent est toutefois ce qui fait la caractéristique des grands disques : la qualité et l'homogénéité de l'inspiration. Il n'y a aucune titre à jeter ici. De l'entame fulgurante qu'est « Extreme Aggression » jusqu'à la clôture un poil plus sophistiquée qu'organise « Fatal Energy », on ne trouve pas de faille. Pour avoir produit le riff d'« Extreme Agression », le break de « Love Us Or Hate Us » ou les harmonisations à la guitare de « Some Pain Will Last », Mille Petrozza doit assurément être classé parmi les meilleurs compositeurs de thrash aux côtés de Dave Mustaine ou de Jeff Hanneman. 

Kreator a une carrière longue, fournie en nombreux disques, dont la majorité est incontestablement de qualité, voire excellente. Il est donc parfois difficile d'y déceler le meilleur, à la manière des disques d'Iron Maiden des années quatre-vingt. À mon avis, bien qu'un peu caché, le joyau est là et rayonne encore. Il serait temps que Petrozza et les siens le ressortent de son écrin plutôt que de nous asséner encore et toujours « Tormentor » et « Flag Of Hate ». 

Baptiste (10/10)

 

Noise / 1989

Tracklist (37:32)  : 1. Extreme Aggresion 2. No Reason To Exist 3. Love Us Or Hate Us 4. Stream Of Consciousness 5.Some Pain Will Last 6. Betrayer 7 Don't Trust 8. Bringer Of Torture 9. Fatal Energy