Archive for janvier, 2016

I Machine – L’origine

oshy_03012016_i_machiVu par le petit bout de la petite lorgnette, l’univers rock/métal européen se cristallise principalement en Grande-Bretagne, en Scandinavie (+ Finlande) et en Allemagne. Et pourtant d’autres pays tirent leur épingle du jeu comme l’Italie, la Suisse ou encore l’Espagne. Et notre hexagone dans tout cela ? Pendant bien longtemps assez moribonde, la scène underground française regorge de groupes ambitieux et de qualité. Il suffit de voir les sollicitations nombreuses que nous recevons à la rédaction. La majorité de ces groupes sont réalistes et agissent avant tout par passion, laissant la célébrité et l’argent au soin de leur bonne étoile. I MACHINE fait partie de ces groupes qui immergent et commencent à se faire connaître des plus curieux d’entre nous. Né en 2008 sous un autre nom, le quintet inaugure sa carrière discographique en 2010 avec un premier EP 5 titres puis se lance en 2015 dans le grand bain et publie un premier album, l’origine.

Le premier contact avec cet album risque d’en surprendre plus. « Carpe Diem » s’apparente de prime abord comme un mariage entre grosses guitares et sonorités électro, la rencontre entre TRUST et SKRILLEX. Un peu à l’image de ce que fait un SIDILARSEN ou un MASS HYSTERIA, I MACHINE se plait à enrichir son gros son hard rock de touches électro histoire de fixer les ambiances et distiller une dose supplémentaire d’énergie. Un « Que le meilleur s’exprime » penche quant à lui vers du RAMMSTEIN pour son côté martial et direct. La patte, la spécificité des provençaux, alpins et azuréens tient au chant de Fred qui s’exprime en chant uniquement clair avec énormément de conviction. Il varie énormément son approche d’une chanson à l’autre et parvient à distiller beaucoup de sentiments, d’émotions. Cela contraste d’autant plus avec la musique très massive qui s’anime derrière lui. Nos compatriotes ne tombent dans le piège de la démonstration stérile de leur savoir-faire, chaque titre se voit calibré pour générer le maximum d’impact. En moyenne, les compositions tournent autour des quatre minutes. Dommage que les titres sont presque systématiquement structurés de la même façon, une intro électro ouvre les débats avant que ne se déploie la partie hard-rock / indus. Parfois le thème électro est repris au milieu de la compo avant que les guitares ne reprennent la main et terminent les débats. Cette routine finit par amoindrir le plaisir d’écoute.

L’origine ne manque pas de titres forts et attrayants à même de vous accrocher l’oreille et vous rentrer dans la tête pour plusieurs semaines. I MACHINE possède un vrai talent pour pondre à la chaine des refrains séduisants. Sur la forme ce disque tient la route, la production s’avère parfois un peu brut de décoffrage, râpeuse, mais chacun comprendra que le groupe fait avec des moyens limités. L’origine mérite en tout cas pleinement votre intérêt pour la qualité du travail ainsi que la conviction, la motivation affichée par les membres d’I MACHINE. Respect.

Oshyrya (6,5/10)

 

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Autoproduction / 2015

Tracklist (50:51 mn) 01. Carpe Diem 02. Que le meilleur s’exprime 03. Welcome 04. Criminel 05. L’origine 06. Crazy 07. La crise 08. This Something 09. Lire en toi 10. Ni dieu ni maître 11. Big brother 12. La mission

 

https://www.youtube.com/watch?v=1d9v6cb7vak

 

Incry – Pandore

oshy_03012016_IncrLes parisiens d’INCRY semblent fonctionner par cycle de trois/quatre ans. Après des débuts en 2001 et une longue phase de travail pour trouver un son et une identité musicale, le quatuor franchit le Rubicon en 2008 en enregistrant un premier album, Face au mur puis un second, Rock.Fr (chronique ici) en octobre 2012. Ils ne chôment pas entre les périodes de transition, saisissant toutes les opportunités possibles de se produire sur scène pour défendre fièrement leurs chansons. Ces centaines de concerts dans toute la France et les pays limitrophes ont marqué les esprits et forgé le son du groupe. Entretemps, un changement de line-up est intervenu. En mai 2012, le batteur historique Tatoo quitte ses camarades pour des raisons personnelles et se voit remplacé par Chris Splatter. Mais cela ne freine pas le groupe qui continue d’avancer. Les voici de retour plus en forme, plus ambitieux que jamais, un troisième opus sous le bras, Pandore.

Depuis ses débuts, INCRY se sent comme un poisson dans l’eau, immergé dans son rock français hargneux et accrocheur. Pandore prend la forme de douze chansons comme autant de coups de poings, rapides, tranchants et très compacts. En trois minutes à chaque fois, tout est dit, pas besoin de fioritures ou de guimauve inutile. La guitare de Noug de mène les débats et tisse sa toile sur les fondations précises et carrées de Did et Chris Splatter. L’alchimie finale se fait à l’arrivée de la voix de Kourros, ce dernier apporte sa patte, un supplément d’âme qui donne son lustre à chacune des compositions. Il tient une grosse responsabilité sur ces épaules, impulsant une grosse énergie par la conviction et les émotions qu’il transmet dans sa voix chaude et puissante. Pandore s’ouvre sur de très bons auspices avec un « Oxygène » efficace, à même de provoquer naturellement chez chacun un trépignement incontrôlable. INCRY continue d’osciller entre sérieux et deuxième degré, ce qui prouve encore une fois qu’ils travaillent sérieusement, avec application, sans se prendre trop au sérieux. Assez direct et sans concession dans l’ensemble, Pandore sait aussi varier les plaisirs et n’hésite pas à varier les registres, entre le calme d’un « Sans visage », le groove d’un « Monde virtuel » et enfin l’explosivité d’un « Rouge ». Les titres s’enchainent à vive allure, avec naturel à l’exception de quelques titres plus convenus (« Laissez faire » et « Copboy ») où une certaine lassitude finit par s’installer.

Sur le fond comme sur la forme, Pandore est un disque solide et bien réalisé. L’investissement et le travail accompli forcent le respect. Ce troisième album confirme le potentiel du groupe et tout le bien que nous pensons de lui depuis Face au mur. Il ne manque pas grand-chose à INCRY pour passer à un niveau supérieur, une meilleure exposition dans les média généralistes (RTL2 ou RFM) serait mériter afin que les parisiens touchent un plus large public.

Oshyrya (07/10)

 

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Balance Production – Autoproduction / 2015

Tracklist (41:53 mn) 01. Oxygène 02. Rouge 03. Monde virtuel 04. Cannibale 05. Pandore 06. Copboy 07. Sans visage 08. Laissez-faire 09. Tigresse 10. Maldonne 11. Le bonheur en prime 12. Rock’N Roll

Melted Space – The Great Lie

oshy_02012016_Melt_SpaPour reprendre un titre célèbre des DAFT PUNK, depuis les débuts de l’aventure MELTED SPACE en 2007, Pierre Le Pape, capitaine de ce navire, applique la philosophie suivante : Harder, Better, Faster, Stronger. Album après album, il progresse, son projet prend de l’ampleur et atteint de nouveau sommet. Après From the Past (chronique ici) puis l’EP Between (chronique ), voici le troyens de retour avec un nouvel opus, toujours sous la forme d’un opéra métal, The Great Lie.

Le parallèle avec la démarche et la progression d’un AYREON reste frappante. Et après tout, cette approche semble très saine, petit à petit, MELTED SPACE avance, montre de quoi il est capable et intéresse ainsi des artistes de plus en plus reconnu. Et de ce côté-là, The Great Lie fait fait de tout bois avec un line-up de rêve: David Vincent (ex-MORBID ANGEL), Attila Csihar (MAYHEM), Mikael Stanne (DARK TRANQUILLITY), Guillaume Bideau (MNEMIC), Kobi Farhi (ORPHANED LAND), Niklas Kvarforth (SHINING), Ailyn Giménez (SIRENIA), Mariangela Demurtas (TRISTANIA), Arjen Lucassen (AYREON) pour ne citer que les plus connus. Le name dropping c’est bien beau, mais encore faut-il que l’album soit réussi et homogène.

Et pour cela, nous pouvoir faire confiance à Pierre Le Pape qui a déjà démontré son talent à travers ses précédentes réalisations. Au titre des DAFT PUNK, nous pourrions aisément rajouter "Darker". En effet, l’ambiance générale sur ce nouvel opus n’est pas vraiment au beau fixe. Nous vous laisserons découvrir l’intrigue et les personnages mais MELTED SPACE favoriser les ambiances sombres et torturées. Comme à chaque fois, au lieu de se perdre dans de longues digressions symphoniques indigestes, le propos a été resserré et finement ciselé pour donner tout son impact, dévoiler une large palette de sentiments et d’émotions en quatre à cinq minutes à chaque fois (à l’exception de « No Need to Fear » de plus de huit minutes). L’approche métal symphonique n’a jamais aussi bien porté son nom avec à la fois une violence et une agressivité foncièrement métal intelligemment enrichies d’orchestrations tantôt subtiles tantôt imposantes. Le travail de composition a dû être dantesque. Pour obtenir le rendu nécessaire, Le Pape n’a pas hésité à mettre les petits plats dans les grands en faisant appel à l’Orchestre Philarmonique de Prague. Le son est la fois clair et massif, le parfait écrin pour cette œuvre ambitieuse. Les compositions s’enchainent sans temps mort et tiennent l’auditeur en haleine.

La musique de MELTED SPACE a toujours possédée cette force visuelle, cette capacité à évoquer sous les yeux de l’auditeur des mondes et des personnages. Un sacré tour de force. Afin de rassembler un tel casting, il faut faire preuve d’une organisation quasi militaire, organisant les enregistrements à la fois en France et à l’étranger selon les contraintes des uns et des autres. Mais cela ne nuit nullement à la cohérence du projet, The Great Lie tient la route du début à la fin. Saluons pour terminer les collaborations qui ont aussi rendu cet album possible : Pierre Le Pape a fait appel à une fine équipe pour assurer mettre en boite l’enregistrement de l’ossature de chaque chanson : Adrien Grousset (HACRIDE) à la guitare, Mike SACCOMAN (ex-KRONOS) à la batterie et Brice Guillon à la basse. Enfin, comme pour Between, la pochette ainsi que tous les superbes visuels sont l’œuvre du au Strychneen studio.

Comme pour boucler la boucle et faire un joli clin d’œil, la présence d’Arjen A. Lucassen d’AYREON sur « The One Who Lost The Faith » reste très symbolique. Certains pourraient penser qu’il s’agit là d’un passage de témoin. En tout cas, Avec The Great Lie, MELTED SPACE tient son Universal Migrator. Et depuis la sortie de ce disque, les événements semblent d’accélérer dans la bonne direction pour le groupe: après avoir tourné avec LEAVES’EYES, ils prendront la route dans les mois qui viennent avec SYMPHONY X et MYRATH. Le travail accompli porte ses fruits, BRAVO !

Oshyrya (8,5/10)

 

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Totentanz Prod – Sensory Records / 2015

Tracklist (55:47 mn) 01. Listen To The Song Of Despair 02. Called By The Queen 03. No Need To Fear 04. Terrible Fight 05. A God Is Dead 06. Trust And Betrayal 07. Glass Castle’s Beast 08. Hopeless Crime 09. The One Who Lost The Faith 10. Titania 11. Lost Souls From The Other Side