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Toby Hitchcock – Mercury Down

Mine de rien, cela fait quelque temps que l'on n'entend plus vraiment parler de Pride Of Lions, et notamment de son fabuleux jeune chanteur Toby Hitchcock. Alors que Jim Peterik semble préparer un album pour 2012, succédant à l'excellent The Roaring Of Dreams, Hitchcock fait une escapade solo, chapeauté par Stefano Perugino de Frontiers. Ce dernier lui a trouvé un nouveau mentor apte à mettre en valeur son talent : le guitariste d'Eclipse et de W.E.T., le brillant Erik Martensson, qui s'est chargé de l'écriture des morceaux, de tous les instruments (!) et de la production. 

Au final, nous avons sans doute là une des productions « haut du panier » de Frontiers et non un vieux ragoton poussif comme parfois le label napolitain a l'outrecuidance de nous proposer. Erik Martensson est quelqu'un de très affûté et plus que compétent et a établi des compositions seyant parfaitement à la voix majestueuse de Toby Hitchcok, toujours impressionnante. Ainsi nous avons droit à un hard rock mélodique mâtiné d'AOR mais aussi de pomp rock un peu à la manière de Pride Of Lions évidemment. Toutefois la musique proposée est ici un peu plus « nerveuse » et l'influence de Survivor, inévitable dans Pride Of Lions, n'est pas présente. 

L'homogénéité qualitative fait qu'il est difficile de dégager un titre plus que l'autre même si quelques hymnes méritent une attention plus soutenue : « This Is The Moment », « Strong Enough » à la perfomance somptueuse de Hitchcock, mais aussi « Let Got » ou « I Should Havec Said ». Le tout est si recommandable qu'on apprécierait que Hitchcock défende son projet sur scène avec son acolyte. Cela participerait d'une reconnaissance qui tarde un peu à venir tant le chanteur détient un organe assez unique.

Baptiste (8/10)

 

Frontiers / 2011

Tracklist (54:49) : 01. This Is The Moment 02. Strong Enough 03. How To Stop 04. Let Go 05. One Day I'll Stop Loving You 06. I Should Have Said 07. If It's To Be (It's Up To Me) 08. Just Say Goodbye 09. Summer Nights In Cabo 10. Tear Down The Barricades 11. A Different Drum 12. Mercury's Down

Uriah Heep – Into The Wild

Uriah Heep jouit à ce jour d'un statut inconfortable : il s'agit d'un vieux groupe – voire d'un groupe culte doté d'une solide base d'aficionados – mais en rien d'un groupe légendaire. La faute sans doute à un style musicale contesté, assez hybride – un mix de hard rock vitaminé, de pomp rock aux chœurs très marqués, et d'éléments de progressif – mais aussi à des albums trop nombreux et parfois inégaux et à des changements de line up en fait problématiques.

À ce jour Uriah Heep est maintenu en vie par son guitariste, Mick Box, et produit sporadiquement des disques avec Bernie Shaw au chant depuis tout de même plus de vingt ans. Comme Bernie Shaw est un chanteur bien plus limité que le légendaire David Byron et que Mick Box n'était pas le principal compositeur du groupe lors de son époque bénie – entre Look At Yourself (1971) et Return To Fantasy (1975) – mais Ken Hensley, fameux claviériste parti vers d'autres cieux il y a plus trente ans, on pouvait douter de la capacité du groupe à proposer quelque chose de réellement convaincant. Le dernier album du groupe, Celebration, était en fait un réenregistrement avec le line up actuel de grands classiques du groupe mais le titre d'ouverture – l'excellent « Only Human » – rappelait la qualité de jadis. Ce regain d'inspiration allait-il être durable ?

Ici il faut reconnaître que les promesses sont tenues car ce Into The Wild est surprenant de qualité. Du puissant « Nail On The Head », à l'épique « Trail Of Diamonds » et ses chœurs si identifiables, Uriah Heep, après quarante ans de carrière, arrive encore à fournir une musique d'excellente qualité. Le groupe a modernisé sa production, mais sans excès, et a choisi clairement de s'inspirer de sa première époque, logée entre le culte Demons & Wizards et le presque aussi bon The Magician's Birthday, avec un poil d'agressivité en plus et des guitares plus présentes, même si aux claviers (et surtout à l'orgue hammond en fait), Phil Lanzon, a l'occasion de proposer quelques parties bien fichues. 

Voici donc un disque proprement inespéré et aussi inattendu qu'une tournée d'Uriah Heep en tête d'affiche dans nos contrées. Quel sortilège permettrait-il à ce vœu de se réaliser ? 

Baptiste (7,5/10)

 

Frontiers / 2011

Tracklist (52:54) : 1. Nail On The Head 02. I Can See You 03. Into The Wild 04. Money Talk 05. Trail Of Diamonds 06. Lost 07. Believe 08. Southern Star 09. I'm Ready 10. T-bird Angel 11. Kiss Of Freedom

Steve Hackett n'a pas peut-être pas une discographie solo à la hauteur de son talent immense. Car, à vrai dire, à part son premier disque, l'essentiel Voyage Of The Acolyte et peut-être Spectral Mornings, il a toujours eu tendance à alterner les meilleurs choses et les titres les plus quelconques, voire à s'égarer complètement sur certains disques (Cured). Durant les deux dernières décennies, le guitariste de Genesis a beaucoup écrit mais la plupart de ses albums souffraient, à l'image de Wild Orchids, d'une absence d'homogénéité, tant au niveau des styles suivis que de la qualité globale. La séparation d'avec sa femme (et illustratrice) Kim Poor et la rupture avec ce qui était pourtant son label personnel, Camino Records, a eu paradoxalement un effet plutôt positif puisque Out The Tunnel's Mouth s'avérait franchement enthousiasmant, tout en rompant avec l'art work traditionnel de Hackett, jusqu'alors assuré généralement par son ex-femme. 

Ce nouveau disque, Beyond The Shrouded Horizon, enfonce le clou. Car si Hackett réussissait généralement ses morceaux d'ouverture – ce qui encore le cas ici avec l'impressionnant « Loch Lomond » – il se fourvoyait rapidement par la suite. Or, ce n'est plus le cas : « The Phoenix Flown » est un instrumental qui se montre une parfaite extension du premier morceau, puis « Wanderlust » s'affiche comme un apparté accoustique comme sait si bien les faire Hackett, un Hackett dont la maîtrise de la guitare classique n'est plus à signaler.

Mais, les choses n'en restent pas là puisque le chant du guitariste – si souvent décrié à raison – fait merveille sur le très sensible « Til These Eyes », au refrain de toute beauté. On pourrait continuer longtemps ainsi l'énumération des qualités de tous les morceaux du disque, chantés ou instrumentaux. Marqué d'une teinte mélancolique et parfois éthérée, extrêmement riche en passages différents, Beyond The Shrouded Horizon est un des tout meilleurs disques de Hackett. Il y a beaucoup de raisons à cela : la production impeccable ; l'apport des autres musiciens (dont Chris Squire sur trois morceaux et Simon Philipps sur deux) ; et le jeu époustouflant de Hackett qui signe parmi ses plus beaux solos (« A Place Called Freedom »). Même son chant s'est largement amélioré (notamment grâce à l'utilisation d'effets mais pas uniquement) au point de ne plus du tout constituer un handicap. 

Les contempteurs remarqueront bien quelque faux pas, comme ce « Waking To Life » qui, avec sa batterie électronique nous renvoie à l'époque de Cured, ou un « Looking For Fantasy » beau mais un peu lassant. Les thuriféraires vanteront le long dernier titre « Turn This Island Earth » (11 minutes 50), avec sa construction à tiroir, ses parties acoustiques haut de gamme, ses changements de rythme et ses solos brûlants. Généralement Hackett affectionne les formats plus courts, mais là, la longueur lui va parfaitement. Ce morceau justifie, par lui-même, l'achat du disque. Mais il y a toute une autre foule de raisons dont cette chronique a cherché à donner un aperçu. Il est aussi intriguant que réjouissant de constater à quel point l'âge réussit à celui qui est bien évidemment bien plus que l'ex-guitariste de Genesis.

Baptiste (8,5/10)

Site officiel

 

Inside Out / 2011

Tracklist (57:53) : 1. Loch Lomond 2. The Phoenix Flown 3. Wanderlust 4. Til These Eyes5. Prairie Angel 6. A Place Called Freedom 7. Between The Sunset And The Coconut Palms 8. Waking To Life 9. Two Faces Of Cairo 10. Looking For Fantasy 11. Summer's Breath 12. Catwalk 13. Turn This Island Earth