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AirRace – Back To The Start

Airrace_backStefano Perugino de Frontiers est un grand nécromant puisqu'il a réussi à faire revenir à la vie AirRace, un combo de AOR auteur en 1984 d'un seul et unique album (récemment réédité chez Candy Rock). Le groupe avait en effet très vite splitté à la suite d'une tournée désastreuse en première partie d'AC/DC (les bougres avaient eu le malheur de remplacer au pied levé Motley Crüe au plus grand mécontentement des fans qui le leur ont fait payer). Vingt-cinq ans après, les mages de Frontiers ont réussi leur rite de rappel à la vie puisque regroupé autour du guitariste Laurie Mansworth et du chanteur Keith Murrell, le groupe est de nouveau sur pied, même si cette fois Jason Bonham n'est pas de la partie.

Passer vingt-cinq ans sous terre ne donne que rarement une perspective novatrice, notamment artistique ; AirRace ne déroge pas à la règle. En effet à grand renfort d'influences glanées chez Journey (« Keep On Going »), Foreigner (« Two Of A Kind ») voire chez Trillion période Clear Approach (« Call Me Anytime »), le groupe assène une musique à la croisée de l'AOR et du Hard mélodique. Toutefois, une petite inflexion est sensible par rapport à leur premier disque, Shaft Of Light, le ton s'est durci et les guitares sont cette fois plus présentes que les claviers. On pouvait déplorer le son trop cotonneux du premier album : ici le reproche n'est pas de mise. Au niveau des compositions, l'ensemble reste très agréable, avec quelques titres forts (notamment les sus-cités), même si l'originalité est hors propos. Après vingt-cinq ans d'hibernation AirRace n'allait sans doute pas proposer du free jazz ! Cela eût été bien étonnant.

Baptiste (07/10)

 myspace.com/airraceband

Frontiers / 2011

Tracklist (43:24) :
01. Keep On Going 02. Two Of A Kind 03. When Baby 04. Call Me Anytime 05. So Long 06. Back to The Start 07. Just One Kiss 08. Wrong Way Out 09. One Step Ahead 10. Enough Of You Lovin 11. You Better Believe It 12. What More Do You Want From Me

 

Satan Jokers – Addictions

Satan Jokers mark II est donc un groupe stable, qui signe avec ce Addictions, son troisième opus en trois ans. SJ 2009 avait déjà posé les bases de cette nouvelle mouture dont – rappelons-le – Renaud Hantson est le seul membre originel : un hard rock chanté en français toujours très technique, mais dont les éléments de technicité s'étaient déplacés vers les parties lead et les harmonisations virtuoses, plus que vers les complexités rythmiques (malgré la présence d'un Pascal Mulot au rôle croissant). La fin du chant double, puisque Hantson se charge de toutes les parties vocales, instaurait une césure sur un autre point. Pour finir le son avait été clairement modernisé et s'avérait beaucoup plus puissant, faisant de Satan Jokers un groupe plus heavy que jadis. 

Le meilleur Satan Jokers ? 

Addictions ne change pas vraiment la donne, même si on remarquera cette fois que la basse de Mulot est bien plus mise en avant. Bondissante et tourbillonnante, elle participae plus nettement au son du disque (« Substance récompense » ou le très rapide « Appétit pour l'autodestruction »). Quant à Michel Zurita, sa technicité qui reste toutefois très mélodique, est un des autres points forts du disque. Si Renaud Hantson se charge de toutes les parties vocales et délaisse la batterie, on ne peut que constater que ce choix – peut-être douloureux – a été payant : ses lignes vocales sont ici franchement excellentes, le disque proposant un cocktail de refrains très très (j'insiste) accrocheurs, notamment sur « Euphorie », « Substance récompense » ou « Lune de Miel ». Globalement Addictions est un excellent disque de hard rock chanté en français et sans doute le meilleur de Satan Jokers toute époque confondue, notamment car il connaît très peu de moments faibles, tout en se montrant varié. 

Un thème fort

Mais l'essentiel n'est pas là, selon moi. Car le thème du disque qui transparaît à travers toutes chansons par les paroles est non seulement très fort mais le transcende directement pour en faire quelque chose de tout à fait mémorable. Ainsi « Une Semaine en enfer » aurait pu se contenter d'être juste une excellente power ballade mais elle est plus que cela. Le thème de la drogue et de l'addictions qui est à l'origine du disque est un élément essentiel. Il est un reflet de la vie de Renaud Hantson puisque celui-ci a entamé récemment une thérapie pour venir à bout d'une addiction à la cocaïne tenace avec le professeur Laurent Karila, celèbre addictologue.

De manière inattendue c'est de ce dernier – un grand fan de métal devant l'éternel – qui a proposé d'écrire des paroles retravaillées par la suite par Hantson. On y perçoit une très bonne connaissance de l'univers du toxicomane, ce qui nous permet de suivre au fil du disque la plupart des moments clés de l'histoire d'un drogué s'adonnant à la cocaïne. Le ton n'est pourtant pas du tout « clinique » car l'empathie du docteur est assez forte pour qu'il nous fasse réellement entrer dans un univers intime très spécifique – celui du toxicomane – en nous faisant parcourir toute la palette des sentiments éprouvés. Le tout n'est pas pour autant morbide, glauque ou moralisateur, mais se montre très prenant et participe pleinement du succès du disque. À recommander.

Baptiste (8,5/10)

 

XIII bis / 2011

Tracklist (48:15) : 1. Reine Cocaïne 2. Dealer (Docteur Vice) 3. Substance Récompense 4. Appétit pour l'autodestruction 5. Euphorie 6. Une Semaine en Enfer 7. L’Effet Parano 8. Detox 9. Lune de Miel 10. Mephedrone 11. Puzzle Cérébral 12. Chute, Rechute 13. Ma Vie sans

Work Of Art – In Progress

Les attentes étaient fortes à l’endroit de ce nouveau et second disque des espoirs scandinaves de l’AOR. Après un premier album enthousiasmant – Artwork – , il a fallu attendre trois ans pour pouvoir écouter de nouveau Work Of Art, même si les amateurs ont sans doute profité du laps de temps pour s’intéresser à WET, dans lequel Robert Sall de Work Of Art officie à la composition et à la guitare.
Ce second opus porte-t-il bien son titre ? Présente-t-il un réel « progrès » par rapport à son déjà excellent prédécesseur ? Une première écoute pourrait indiquer que non, même si les amateurs d'AOR teintée de West Coast ou de Journey apprécieront instantanément les trois titres ouvrant le disque : « The Rain », le bijou raffinée « The Nature of The Game » et l'instantané « Once Again », avec un solo de clavier à faire rougir de jalousie un Jan Hammer. Ils remarqueront aussitôt  la production remarquable, le chant somptueux de Lars Sarfsund et les solos étincelant de Robert Sall ; tout cela se manifeste de manière presque automatique.

Toutefois, la musique devient moins évidente et rapide d'accroche par la suite, et ce jusqu'au single « The Great Fall » et surtout au tubesque « Castaway ». Il faudra plusieurs écoutes pour apprécier des parties de chant extrêmement fines et les riches parties musicales évidemment influencées par le meilleur Toto pour les claviers et la section rythmique, mais aussi par Journey pour les parties guitares. Tous les nostalgiques de The Seventh One doivent  absolument jeter une oreille à « One Step Away » et à son break réjouissant et les amateurs de Journey se pencher au plus vite sur le rapide « Never Love Again », car on a rarement vu des influences aussi intelligemment et brillamment intégrées dans une musique qui reste personnelle.

Au final il n'y a pas de quoi être déçu : différent du premier disque, ce deuxième essai dévoile un progrès manifeste mais surtout une classe étourdissante. Voilà assurément, dans le genre, le meilleur disque de l'année. Ni plus, ni moins. Avec un disque qui a tout pour enfoncer le clou, il est temps pour Work Of Art de se produire en concert et montrer qu'il s'agit d'autre chose qu'un projet de studio. Il n'y a aucune raison de douter que tout cela passera parfaitement le cap de la scène. 

Baptiste (9/10) 

 

Frontiers / 2011

Tracklist (55:09) : 1. The Rain 02. Nature Of The Game 03. Once Again 04. Never Love Again 05. Eye Of The Storm 06. Until You Believe 07. The Great Fall 08. Call On Me 09. Emelie 10. Fall Down 11. Castaway 12. One Step Away