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Queensrÿche – American Soldier

Il y a de quoi être dérouté par la carrière de Queensrÿche : voici un groupe qui – selon l'assentiment général – accumule depuis plus de quinze ans les disques à la qualité douteuse et qui conserve non seulement son obstination à produire de nouveaux enregistrements mais aussi le soutien des fans et un certain respect. Si son dernier essai avait tenté de redonner un peu d'éclat à un image assombrie à la suite du départ du guitariste/compositeur Chris de Garmo, cette tentative de donner une suite à Operation Mindcrime fut un échec, certes très relatif, mais réel. Car, malgré la qualité des paroles et les efforts de composition, cette seconde partie ne faisait que révéler les failles nombreuses du Queensryche mark II.

Surprenant de qualité

Témoignage des difficultés à remplacer De Garmo, le guitariste, Mike Stone, se fit vite évincer. À ce jour Wilton est le seul guitariste officiel du combo de Seattle ce qui ne semble pas l'inciter à prendre en charge la destinée du groupe puisqu'il n'a strictement rien composé sur ce disque, se contentant d'un excellent travail d'interprétation ; ses parties de guitare sont à vrai dire les meilleures de Queensrÿche depuis des lustres. Le maître d'œuvre est donc bel et bien ici Geoff Tate, dorénavant véritable leader. Soutenu à la composition par le producteur Jason Slater, c'est le chanteur qui a donné une direction à ce nouveau disque en choisissant d'en faire un concept-album. Mais la à la différence d'Operation Mindcrime, il ne s'agit ici pas tant d'un récit que de récits, à savoir de témoignages recueillis et enregistrés par Tate lui-même autour du vécu de soldat. Le père de Tate était lui-même militaire de carrière et cela explique sans doute l'empathie en rien militariste développée ici envers la vie et les épreuves subies par les soldats américains. 

À la surprise de l'auditeur un peu désabusé l'ensemble est surprenant de qualité. Certes le groupe a abandonné une certaine vigueur et les tempos rapides sont absents ici mais le propos reste toujours aussi lyrique et heavy. L'accordage des guitares se fait plus bas, la voix de Geoff Tate (parfois) plus grave et les mid-tempos abondent mais ce « tournant », que l'on pouvait déjà voir s'esquisser dès Tribe voire Promised Land, sied parfaitement à un groupe que l'on sait dorénavant incapable de à renouveler les tours de force qu'étaient The Warning et Operation Mindcrime en leur temps.

Poignant par le thème et l'inspiration

Si les pièces longues et directement ambitieuses manquent, on retrouve ici dispersée une somme de tentatives et d'expérimentations qui font la qualité du disque : les rythmiques syncopées et les voix samplées sur « Unafraid », le phrasé rappé de Tate sur « Sliver », le très beau duo avec la fille du chanteur sur « Home Again », touchant par la maladresse des vocalises de l'adolescente. La magie est tout particulièrement palpable sur les titres lents, comme « At 30.000 feet » ou « Remember Me » tout à fait poignants par leurs thèmes comme par leur inspiration. Si cette magie s'efface un peu au milieu du disque, aux alentours de « Middle of Hell », elle est particulièrement présente sur sa fin : entendre Geoff Tate monter dans les aigus comme on ne l'en croyait plus capable filera quelques frisson sur le morceau de clôture, significativement dénommé « The Voice ». 

La résurrection de la dernière heure de Queensrÿche après une décennie noire à tout lieu d'étonner. Elle est en partie l'œuvre de quelqu'un qui a encore manifestement encore beaucoup à apporter à la musique. Qu'il en soit remercié.

Baptiste (8/10)

 

Rhino / 2009

Tracklist (60:01) : 01. Sliver 02. Unafraid 03. Hundred Mile Stare 04. At 30,000 ft. 05. A Dead Man's Words 06. The Killer 07. Middle Of Hell 08. If I Were King 09. Man Down ! 10. Remember Me 11. Home Again 12. The Voice

Gotthard – Made In Switzerland

Gotthard est bien à ce jour une sorte de miraculé : œuvrant dans un hard rock mêlant influences des années 70 et des années 80, le groupe s'est établi au milieu des années 90', à l'encontre de toutes les modes. Au prix, cependant, d'un certain repli sur le « pré carré » que représente la Suisse pour lui : après la réalisation d'un premier live acoustique somptueux, D-Frosted, le combo est devenu une institution dans son pays natal. Conscient de l'émergence d'un marché conséquent pour lui, Gotthard a, l'espace de deux disques, réorienté sa musique dans un sens plus rock que hard, mettant en valeur des ballades très calibrées radio. 

Ce temps est bien révolu puisque le dernier opus des Suisses, Lipservice, restaurait une vigueur quelque peu oubliée. Il ne semble pas pour autant que le groupe ait perdu en audience par delà les Alpes puisque le disque y fut récemment certifié platine ; très logiquement c'est à Zurich que le premier vrai live électrique du groupe a été enregistré. 

Soutenu par un public présent sans être envahissant, le groupe a axé son set sur son dernier disque, les rappels consistant notamment dans les deux singles extraits de l'album : les très efficaces « Lift U Up » et surtout « Anytime, Anywhere ». La foule réagit alors avec enthousiasme tant ces titres semblent bien avoir marqué les esprits. On reprochera peut-être au groupe d'avoir par trop privilégié son dernier essai (sept titres présents) au détriment notamment de son colossal premier disque ou du très bon Human Zoo peu représenté ici. Et c'est d'autant plus fâcheux que les classiques joués ici, majoritairement issus de « G », recueillent un accueil à la hauteur de la qualité de l'interprétation. 

Car d'un bout à l'autre, le groupe est impressionnant d'assurance : sans vraisemblablement avoir trop overdubé son disque, Gotthard joue avec une puissance et une fougue enfin retrouvée. Ainsi les deux reprises proposées (« Hush » et « Immigrant Song ») sont impressionnantes de classe, de vigueur et de personnalité. Tout comme le traditionnel « Sister Moon » ou le toujours magique « Let It Be ». 

Gotthard, via ce Made In Switzerland, tourne donc définitivement la page de Open et de Homerun, et entérine une bonne fois pour toute son retour dans notre famille de la manière la plus exemplaire qu'il soit. 

Baptiste (8,5/10)

 

Nuclear Blast / 2006

Tracklist : 1. All We Are 2. Dream On 3. Hush 4. Mountain Mama 5. Let It Be 6. Top Of The World 7. I Wonder 8. Said And Done 9. One Life, One Soul 10. Nothing Left At All 11. Sister Moon 12. Mighty Quinn 13. In The Name 14. Heaven 15. Lift U Up 16. Anytime Anywhere 17. Immigrant Song

 

Chroniques de Gotthard sur le site

Gotthard – Made In Switzerland Gotthard – Need To Believe
Gotthard – Homegrown – Alive in Lugano Gotthard – Firebirth

Au milieu des mille obligations contractuelles des membres de Pink Cream 69, le groupe a réussi à produire un nouveau disque – par ailleurs de bonne facture – et finalement ce live en figure d'anthologie. La setlist extrêmement imposante permet d'avoir un récapitulatif d'une carrière qui dépasse aujourd'hui les vingt ans de bons et loyaux services. Évidemment le Pink Cream 69 présenté ici est celui de l'ère Readman et même si un certain nombre de morceaux de l'époque Derris est interprété, la tonalité musicale globale n'est plus au heavy rock teinté d'influences US du début mais est caractéristique d'un heavy metal mélodique très racé en fait assez teutonique. Écouter les anciens titres ici réinterprétés comme « Welcome The Night » ou « Do You Like That » pourra surprendre les vieux fans mais somme toute la réactualisation passe très bien. Il est vrai que les choix de production et notamment la massivité d'un son extrêmement heavy indiquait une voie en fait toute tracée. On savait le bassiste Denis Ward très bon producteur mais manifestement pour son propre groupe il a su se surpasser : que ce soit la guitare, les parties de batterie ou le chant, tout sonne pour le mieux. Seul regret : un public un peu absent.

David Readman et son chant emphatique typiquement heavy metal est évidemment la cheville ouvrière de l'ensemble et il fait beaucoup dans la structuration de la nouvelle identité. Il est assez intéressant de constater que le départ de Derris vers Helloween a finalement signifié un tournant du groupe vers quelque chose de pas si éloigné d'Helloween. Et d'ailleurs l'idée de reprendre en un moment de détente bienvenu un peu de The Police et de Bob Marley (« So Lonely/No Woman, No Cry ») n'est pas si loin d'une telle démarche.

Un excellent cru si vous n'êtes pas trop nostalgique du chant de félin asthmatique de Derris. 

Baptiste (8/10)
 
 
Frontiers / 2009
 
Tracklist (108 mn) :
CD 1 : 1. Children of the Dawn 2. Do You Like It Like That 3. Hell’s Gone Crazy 4. Lost in Illusions 5. The Hour of Freedom 6. I’m Not Afraid 7. Talk to the Moon 8. Carnaby Road 9. Break the Silence 10. One Step Into Paradise 11. That Was Yesterday 12. The Spirit 
CD 2 : 13. Livin’ My Life for You 14. Welcome the Night 15. Seas of Madness 16. Keep Your Eye on the Twisted 17. No Way Out 18. Shame 19. So Lonely / No Woman, No Cry 20. One Step Into Paradise (European Bonus Track) 21. Better Days (European Bonus Track)