
Voilà un tour de passe passe impressionnant : James Christian, chanteur d'origine (c'était il y a 20 ans) du groupe fondé par Gregg Giuffria, House Of Lords, seul aux commandes du navire, qui revient au style original sans un seul autre musicien des albums précédents…
Ce qui ne l'empêche pas de pondre de superbes titres, avec des refrains de rêve et des accompagnements subtils et accrocheurs. Si c'est pas du talent, messieurs dames… La contrepartie de cette excellence fortement balisée, c'est l'absence totale d'audace, d'originalité. Mais à un tel niveau de savoir-faire, ne faisons pas trop la fine bouche…
Tout de même, on se demande ce qui est arrivé aux autres, et pourquoi Christian a abandonné ses intéressantes tentatives d'émancipation de l'orthodoxie AOR. Le départ du batteur Ken Mary ? (Recyclé aujourd'hui dans la production et le mixage…). L'abandon du virtuose Lanny Cordola ? En parlant de guitare, le remplaçant Jimi Bell n'a pas pris de risques : aucun solo mémorable, juste quelques lignes mélodiques bien senties. Pas fou le gars : pas envie de se faire rétamer par la comparaison…
Avis donc à tous les fans de la première heure, de Sahara ou de Demon's Down : c'est du très bon House of Lords. Quelques concerts sont annoncés cette année, comme d'habitude, partout en Europe, sauf en France. La routine.
David Taugis [8/10]
Frontiers / 2008
Track listing (57:42) : 1. Purgatorio Overture No. 2 2. Come To My Kingdom 3. I Need To Fly 4. I Don't Wanna Wait All Night 5. Another Day From Heaven 6. In A Perfect World 7. The Dream 8. One Foot In The Dark 9. Your Every Move 10. I Believe 11. One Touch 12. Even Love Can't Save Us 13. In The Light

Escape se montre bien plus parcimonieux que Frontiers dans ses signatures mais on conviendra qu'avec les signatures d'Airtime ou de Gary Barden, le label anglais a manifesté à chaque fois une perspicacité musicale indéniable. Et la réalisation de ce troisième disque d'Alliance sera loin de fournir un contre-exemple au constat qu'il « vaut parfois moins mais mieux » (Lénine). Il est vrai que constitué de vieux briscards très affûtés du genre AOR, ayant frayé au sein de Boston, d'Ambrosia ou de Nightranger, on pouvait attendre pire. Toutefois, on sait que dans l'AOR contemporaine les déceptions sont légion.
Ce ne sera pas le cas ici tant l'AOR élégante et racée du groupe évite toute platitude et miévrerie. Dotée d'un soupçon de souffle rock'n roll, d'une production impeccable et d'une interprétation sans la moindre faille, on ne voit pas comment la musique d'Alliance se devrait de rester confidentielle. Du punchy « Like Me Like That » aux lyriques « Anything Goes » et « Nothin' Else I Can Do » en passant par les perles mélodiques que sont « I Can Breathe » ou « We Don't Talk », la jubilation sera présente aux quatre coins de l'architecture musicale de ce bien nommé Road To Heaven. Par ailleurs, la longueur du disque et le nombre de titres proposé ne nuit pour une fois pas la qualité globale indéniable : c'est assez rare pour être remarqué.
Une classe et une claque ébourriffantes !
Baptiste (8,5/10)
Escape – Underclass / 2008
Tracklist : 1. Road To Heaven 2. I Can Breathe 3. Make A Stand 4. Anything Goes 5. Like Me Like That 6. Broken Glass 7. We Don't Talk 8. Comin' Home 9. Nothing Else I Can Do 10. Walkin' Away 11. Remember Those Days 12. Not Done 'Til It's Gone 13. Much More Innocent
Je vais me faire provocateur : selon moi, Blackmore, jusqu'à ce qu'il eût fondé avec sa femme Blackmore's Night, n'avait pas aussi bien joué depuis, disons, 1984. L'homme, outre un travail sur de nouveaux instruments à vrai dire rare à un tel point d'une carrière, a trouvé une sérénité et une plénitude qui lui permettent de réaliser des interventions inimaginables dans le cadre du dernier Deep Purple. Il suffira aux amateurs de guitares électriques d'écouter ses parties sur ce nouvel opus, lors de « Locked Within The Crystal Ball » ou de la reprise de Rainbow, « Rainbow Eyes » pour constater l'incontestable.
C'est cette simplicité assumée et revendiquée dans les interviews par le maître qui explique sans doute la fécondité de Blackmore's Night : à ce jour le duo entame son septième disque. Il est vrai que la formule tissée par les instruments de Ritchie et par la voix finalement tout à fait adaptée de Candice Night fait quasiment toujours mouche. Ce sera encore une fois le cas ici : des influences d'Europe de l'Est (« Toast To Tomorrow ») en passant par les ballades elfiques proprement envoûtantes (« Sister Gypsy »), aux touches celtiques (« Peasants Promise » qui fera taper du pied et s'entrechoquer les chopes dans les tavernes), tout est parfaitement réussi.
Si la reprise de Rainbow est bien une touche en-deçà de l'original, le groupe réalise un pièce maîtresse à travers le titre d'ouverture, « Locked Within The Crystal Ball », longue épopée croisant rock et musique médiévale et s'affirmant comme un des meilleurs morceaux du groupe. Il est d'ailleurs fâcheux que le groupe n'explore pas plus cette voie énergique tant elle lui réussit bien. Pour l'équilibre du disque un autre morceau du même acabit aurait remplacé avantageusement une ballade un peu bleuette comme « Far Away ». Quant à la reprise d'Elvis (« Can't Help Falling In Love »), elle n'est pas assez ambitieuse pour faire de l'ombre aux autres chansons dans l'ensemble exemplaires.
Il s'agit de petites ombres à un tableau globalement plus lumineux que jamais, malgré une pochette étrangement plutôt sombre. Car le navire de nos deux ménestrels n'est pas prêt de couler.
Baptiste (8/10)
SPV / 2008
Tracklist : 1. God Save The Keg 2. Locked Within The Crystal Ball 3. Gilded Cage 4. Toast To Tomorrow 5. Prince Waldeck Gaillard 6. Rainbow Eyes 7. The Circle 9. Can't Help Falling In Love 8. Sister Gypsy 11. Far Away 12. Empty Words 10. Peasants Promise