
C'est entendu : Joe Lynn Turner restera comme le chanteur de Rainbow et à la limite de Malmsten ou de Deep Purple. Et sa carrière serait d'une monotonie significative, juste couronnée par un petit succès de mérite expliquant son récent compagnonnage avec Glenn Hughes (HTP) pour sortir de l'ornière. Ce jugement pourrait s'avérer définitif et convaincant n'était le premier disque solo du chanteur américain, le fameux Rescue You. Dans une veine AOR ancrée dans son époque – la moitié des années 80 –, Turner excellait là avant de transcender le disque de Malmsteen, Odyssey. Pour le plus grand dépit des amateurs, Turner se réorienta musicalement dans les années 90 vers un hard rock classique plus proche du Rainbow des débuts que de ses amours FM.
Il n'est ainsi pas fortuit que Frontiers ait fait appel au chanteur pour son projet Sunstorm, lancé l'année dernière : outre rappeler Turner à ses goûts antérieurs, il s'agissait aussi d'une opportunité de proposer enfin au public certains titres prévus pour un album jamais réalisé. Le succès musical global de Sunstorm explique peut-être les efforts du label pour présenter ce nouveau disque solo comme un mix entre l'AOR de jadis et le hard rock actuel de l'américain.
À l'écoute on observera que si les touches FM sont bien présentes et notamment en fin de disque (« Sweet Obsession », « Cruel » et surtout le réussi « Two Lights » au beau et simple refrain), l'ensemble reste cependant plus proche des réalisations habituelles de notre homme. Ainsi certains titres, parfois maladroits, lorgnent fortement vers Rainbow – les touches orientales sur « Blood Red Sky » – voire le Deep Purple des mauvais jours – « Stroke Of Midnight » dont un des riffs rappelle furieusement un de ceux de The Battle Rages On. Il ne s'agit pas là d'une critique rédhibitoire et les parties plombées d'un « Over The Top » s'avère au final tout à fait réussies. Le problème gît plutôt dans le caractère déjà trop entendu d'une telle musique, qu'elle soit pratiquée par Turner ou par d'autres. Cela se révèle particulièrement caractéristique sur le début du disques qui se montre dans l'ensemble assez plat malgré les mérites du morceau éponyme.
Peut-être Joe Lynn Turner devrait-il avoir le courage de ses options musicales, ou dans tous les cas tenter de se ressourcer un peu plus artistiquement, notamment en sortant un peu moins de disque ? Un peu de nouveauté et d'inspiration feraient du bien à ses réalisations.
Baptiste (7/10)
Frontiers / 2007
Tracklist : 01. Love Is Life 02. Got Me Where You Want Me 03. Second Hand Life 04. In Your Eyes 05. Blood Red Sky 06. Stroke Of Midnight 07. Over The Top 08. Cruel 09. Sweet Obsession 10. Love In On Our Side 11. Two Lights [bonus]
David Readman me fait souvent l'effet d'un chanteur improbable ; voire inattendu et jamais tout à fait congru au sein de Pink Cream 69 alors qu'il s'est montré plus à son aise au sein d'Adagio qu'il a pourtant quitté depuis plusieurs années. L'emphase chaleureuse de son chant semble souvent sous-employée au sein de Pink Cream 69 et, alors qu'elle pouvait se montrer mieux mise en valeur par la musique de Stéphane Forté, l'association ne s'est pas poursuivie avec ce dernier. On pourrait imaginer ces apories musicales réglées par ce nouveau disque : chanté, en partie interprété et surtout composé par le chanteur britannique, le matériau musical ne pouvait, a priori, que lui seoir.
D'emblée on ne pourra apprécier que l'aisance de Readman, qui survole de son puissant organe vocal des chansons orientées nettement au profit des mélodies chantées, malgré certains passages musicaux légers et lumineux (l'introduction de « Long Way To Heaven »). Le chant est évidemment excellemment mise en valeur par la très bonne production du compère Denis Ward et les chœurs se montrent à la fois discrets et bienvenus (écouter leur rôle sur l'efficace « Prisoner Of Shame »). Les titres de format court, assez orientés hard mélodique, se prêtent bien à une telle orientation musicale. De manière un peu inattendu, c'est dans le registre nouveau pour lui de l'AOR, que David Readman s'avère le plus convaincant, s'exprimant avec beaucoup de facilité sur les très réussis « Don't Let It Slip Away » et « Long Way To Heaven », voire le majestueux « Gentle Touch ». Les chansons plus puissantes sont moins marquantes, plus convenues, malgré les bonnes volontés évidentes (le vigoureux « Wild In The City »). Elles participent du bilan somme toute mitigé de ce disque. Par rapport aux espoirs fourbis à l'origine s'entend, car nul ne peut nier la qualité réelle de la musique proposée ici.
Baptiste (07,5/10)
www.davidreadman.com
Frontiers / 2007
Tracklist 1. Without You 2. Evil Combinaison 3. Take These Tears 4. Don't Let It Sleep Away 5. No Peace For The Wicked 6. Long Way To Heaven 7. Wild In The City 8. Gentle Touch 9. Prisoner Of Shame 10. New Messia 11. Over The Ocean 12. Love In Vain

Il semblerait qu'Action soit la résurrection d'un projet datant des années 80. J'utilise cette formule conditionnelle car Action m'est complètement méconnu, bien que le groupe officie dans un genre qui m'est cher : l'AOR typé année 80. Par ailleurs les animateurs du projet me sont tout aussi inconnus : le guitariste David « Chip » Ramos – très compétent il faut le signaler – et le chanteur Jack Marques – une voix très agréable. Le groupe après une longue interruption s'est reformé finalement en ce nouveau millénaire pour… enregistrer un lot de vieilles compositions évidemment totalement datées. Ce n'est évidemment pas pour déplaire à Frontiers qui, outre quelques excursions dans le heavy metal mélodique, s'accroche toujours au vieux filon d'une AOR/FM (parfois délicieusement) surannée.
Les amateurs d'archaïsme seront comblés : la production, les jolies mélodies vocales (écouter celles de « Someday » ou de l'excellent « Here In My Heart »), les guitares chatoyantes, vigoureuses et dotés de bon soli rutilent ici sous un soleil qu'on imagine californien. Ou plutôt de la Nouvelle Angleterre tant la musique du combo peut, par sa fraîcheur, rappeler un Boston en plus musclé évidemment. Mais lorsque la musique se fait plus hard, elle lorgne alors plutôt un Bad English (« Don't Leave Me Lonely » ou « Heaven Tonight »). Des références tout sauf infamantes.
J'avoue qu'après quelques légères réticences initiales, je me suis finalement totalement abandonné à une musique dont l'absence de prétention absolument assumée constitue finalement un des point forts de cet opus bienvenu.
Baptiste [8/10]
Frontiers / 2007
Tracklist : 1. Without Your Love 2. Someday 3. Here In My Heart 4. Destiny 5. Forever 6. Loveless 7. Don't Leave Me Lonely 8. Heaven Tonight 9. Cinderella 10. Feel The Fire 11. Is It Love