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Street Talk – Destination

Il semble bien que ce best of marque le dernier tournant dans la carrière de Street Talk, puisque le leader et claviériste Fredrik Bergh tient des propos assez pessimistes sur l'avenir d'un groupe dont, c'est le moins qu'on puisse, le talent des musiciens s'est avéré incapable de briser la chape de plomb de l'anonymat. Nous avons donc sans doute là le meilleur support pour découvrir la FM sophistiquée et élégante de Street Talk.

Souvent soft et raffinée (quel délice que le morceau phare de Restoration, « Tables Turning » ici reproduit judicieusement), la musique de Street Talk n'est pas rangeable pour autant dans la catégorie West Coast, du fait sans doute d'une mélancolie et d'une touche légèrement progressive, mais aussi des flamboyances guitaristiques souvent ahurissantes de Steve Larson (qui officie aussi dans le groupe de progressif Galleon), très bien représentées ici (« Ye Gods And Little Fishes » mais surtout sur « Hare And Hounds »). La grande majorité des morceaux est chantée logiquement par Goran Edman, mais les quelques titres interprétés par Hugo sur le dernier opus sont présents sans que la succession des timbres de voix (assez dissemblables) ne jure en rien à l'écoute (« My Heart Beats for You »). 

En outre, ont été ajoutés en bonus, outre quelques instrumentaux présents sur les pressages japonais (dont « After the Years » intéressant mais sans plus), deux récents inédits de très haute volée : « Astray » qui ouvre avec brio l'album et surtout le majestueux « Made for Paradise », qui voit un Göran Edman en tout point irréprochable. Dans une veine plus hard rock, ces deux morceaux ouvraient des perspectives d'élargissement d'audience à Street Talk qu'il est bien triste de voir en fait tuées dans l'œuf. Une fort belle épitaphe.

Baptiste 
 
 
MTM / 2004
 
Tracklist : 1. Astray (unreleased : new 2003 Recording) 2. Tables Turning 3. Ye Gods And Little Fishes 4. Dancer In The Rain 5. Made For Paradise (unreleased : new 2003 recording) 6. Hare And Hounds 7. Need Someone 8. Language Of Love 9. If You Say It’s Over 10. Someday (I’ll Get Over You) 11. After The Tears (unreleased : japanese bonus track from Transition) 12. Walk Away From Love 13. My Heart Beats For You 14. Could You Be The Only One 15. If Anybody Breaks Your Heart 16. Standing In The Rain 17. Why Is My Heart Feeling Lonely Tonight 18. I’ll Always Remember (unreleased: Japanese Bonus Track from Transition)

The Darkness – Permission to land

La communauté métallique commence à s'agiter autour du phénomène The Darkness, discernant sous les traits du combo anglais les contours du renouveau d'un style sensiblement écrasé sous les productions américaines. Au premier abord il me semblait que le succès et l'accueil accordé à The Darkness en disaient plus sur la situation du heavy métal que sur la musique du groupe lui-même. Pourtant, derrière une attitude fun voire potache, l'exhibition de toute une suite caractéristiques jugées il y a peu complètement dépassées (chant haut perché, soli abondants, bonne humeur exubérante, voire autodérision), The Darkness me semble un peu plus qu'un témoignage nostalgique. Il y a là une vraie identité qui explique la persévérance du groupe à continuer par vents et marées durant des années.
Plus qu'un improbable croisement entre Thin Lizzy, AC/DC, Motley Crue ou Queen, The Darkness réussit à se construire une identité alors que le groupe n'a en rien injecté des influences récentes à l'apport de ces figures historiques. Ce qui frappe, c'est à quel point The Darkness s'est révélé complètement imperméable aux réalisations des années 90'. Plus : qu'ils en prennent outrageusement le contre-pied le plus flagrant. En témoignent, la ribambelle de soli sur le single « I Believe in a Thing Called Love » ou la bouffonnerie des paroles, mises en scène pour le plus grand bonheur lors des clips mémorables. Quant au son général du disque, il est très loin des productions américaines et parfois la saturation des guitares paraît tout droit sortie des premières réalisations d'AC/DC (« Givin' Up »). 

Par ailleurs ce Permission to Land a maints atouts pour représenter autre chose qu'une énième déclinaison d'un héritage glorieux. Énumérons-les :

– Un sens du riff accrocheur, indéniable et qui fait mouche régulièrement, mais aussi celui de la mélodie en solo (atout fort bienvenu car ces derniers fourmillent un peu partout) ;

– Une capacité à varier les morceaux tout en conservant une estampille propre de bout en bout du disque ; 

– Le sens du tube très présent (on peut présumer que les très FM « Friday Night » et son très joli solo harmonisé, ou « Love Is Only a Feeling » puissent se faire aisément une place au soleil dans les charts) ;

– Et puis surtout ce chanteur Justin Hawkins, dont le chant recèle de trouvailles, notamment par ses poussées vocales avec des intonations de fausset (maîtrisées), qui cassent toute linéarité et évidence aux lignes de chant. Ces montées dans les aigus donnent à chaque fois un cachet propre au morceau et font décoller les refrains (« Love On The Rocks with No Ice »). 

Même en admettant que The Darkness prospère au milieu d'un désert musical (ce qui est mon point de vue), il faut leur accorder que la bouffée d'air est d'une fraîcheur, non seulement inattendue, mais très prometteuse. Maintenant croisons les doigts pour que le genre retrouve une nouvelle vigueur et que nous ne soyons pas écrasés sous les clones soporifiques qui ont tué le métal des années 80 !

Baptiste (8,5/10)

 

Must Destroy Music – Warner Atlantic / 2004

Track listing : 1. Black shuck 2. Get your hands off my woman 3. Growing on me 4. I believe in a thing called love 5. Love is only a feeling 6. Givin' up 7. Stuck in a rut 8. Friday night 9. Love on the rocks with no ice 10. Holding my own

On peut s'interroger sur le choix effectué par les membres de House of Lords de rappeler à vie un groupe privé de son leader et claviériste, Greg Giuffra, vite parti vers d'autres horizons après la reformation de 2001. Il n'y avait nulle raison de ternir la flamme d'un des groupes de hard rock les plus respectés de sa génération, tant House of lords avait su, notamment sur le brillant Sahara (1990) prouver sa valeur.

On ne peut nier que les éléments clés de la musique de House of Lords aient périclité avec les années et l'on retrouvera bien sur de The Power and the Myth, la technicité habituelle du groupe (bien représenté sur le titre instrumental éponyme) et son goût de l'élégance et de la sophistication.

Cependant la musique de ce nouvel opus est noyée dans une accumulation de travers et de défauts vite exaspérants. Le choix d'insister sur les ambiances orientalisantes, pas forcément inspirées systématiquement, se remarque de suite. Mais aussi un manque de dynamique qui tend à faire s'éterniser l'écoute et étaye, par forcément à raison par ailleurs, le sentiment que les morceaux sont d'une longueur excessive. En outre, on constatera vite que James Christian n'est pas à son meilleur sur ce disque, son chant manquant de relief et affichant un déficit manifeste de conviction. Le bilan est moins sombre du côté instrumental et l'on trouve quelques belles prouesses du côté du claviériste et du guitariste (les beaux thèmes de « The Power and the myth » ou les prouesses musicales de « Mind Trip »). Et puis on repère quelques morceaux de bon aloi comme les deux titres chantés ouvrant le disque : « All is Gone » ou « Am I The Only One ».

C'est cependant assez peu : « The Rapture » est l'exemple du morceau type qui assoupit l'audition avec son influences orientalisante envahissante, son chant lancinant et sa guitare émoussée. « Bitter Sweet Euphoria » est strictement du même tonneau. L'ensemble se révèle donc très vite ennuyeux et la fin du disque sonne un peu comme même une libération même si la ballade finale « Child of Rage » rehausse un peu l'intérêt et extirpe l'auditeur de sa langueur.

Un sombre tableau que voilà qui ternit clairement la réputation du combo.

Baptiste [04/10]

 

Site web

Frontiers records – M10 / 2004

Track listing : 1. Today 2. All is gone 3. Am I the only one 4. Living in silence 5. The power and the myth 6. The rapture 7. Man who I am 8. Bitter sweet euphoria 9. Mind trip 10. Child of rage