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Power Quest – Neverworld

Power Quest porte assez bien son nom : grandiloquence et pompe sont au rendez-vous sur ce Neverworld. Et ici avec plus de mauvais goût qu'avec la majesté qui peut caractériser un Rhapsody ou un Vision Divine par exemple. L'influence de ces vénérables prédécesseurs est pourtant bien patente dans la musique de Powerquest qui assène tempos speedés, chant aigu, synthé virevoltant et thèmes d'heroic fantasy peu novateurs (« Temple of Fire » etc.). 

Le fait est qu'à force de prudence voire de conformisme Power Quest, a renversé tous ces ingrédients en défauts vite horripilants : la musique rapide et en fait souvent assez linéaire n'est pas mise en valeur par une production moyenne, la voix se fait rapidement criarde, les refrains banals ou éculés, les thèmes se révèlent souvent mille fois entendus (voir le thème médiocre sur le titre éponyme « Neverworld »). Au sortir, le tableau est sombre. 

En prêtant une oreille bien attentive au disque, on n'arrivera bien à dénicher quelque petites saillies musicales dignes d'attention, comme ce « Edge of Time » aux relents FM et au préchorus accrocheur, qui brise un peu la linéarité de l'ensemble. Cela semble au final assez insuffisant pour un disque complet. 

Il faut dire à la décharge du groupe que celui-ci arrive sur une scène musicale, très surchargée, ou le niveau de qualité se fait très élevé et où les expériences de renouvellement se font rares. Mais cette concurrence risque bien de le desservir. Les amateurs se dirigeront donc plutôt vers le nouveau Last Tribe par exemple qui tient un niveau un très bon niveau de qualité malgré tout, et ils oublieront vite sans doute Power Quest.

Baptiste (03/10)

 
 
 
Frontiers – M10 / 2004
 
Track listing : 1. NeverWorld (Power Quest II) 2. Temple Of Fire 3. Edge of Time 4. Sacred Land 5. When I’m Gone 6. For Evermore 7. Well of Souls 8. Into The Light 9. Lost Without You.

 

Scorpions – Unbreakable

album-unbreakableScorpions avait tant à racheter depuis quelques temps, le contentieux le plus lourd entre ses fans métalleux et le groupe ne résidant sans doute pas tant dans la qualité musicale des disques proposée que dans une attitude velléitaire qui avait aussitôt annulé les avancées par exemple d’un Face the Heat. Scorpions ne semblait pas pouvoir choisir entre ses fans et cette orientation radio si importante depuis bientôt deux décennies. Au risque de mécontenter chaque partie. La dégradation d’un groupe passant de Bercy à l’Olympia en France en l’espace de quelques années manifestait outrageusement le hiatus en passe de s’installer entre le groupe et un public qu’il avait pourtant réussi à considérablement fidéliser au cours des années. Et la longue résistance bon gré mal gré, au-delà des fluctuations et les errements de nos Allemands, d’une fraction encore conséquente de ce dernier témoigne de la profondeur de cet attachement. Mais, il est vraisemblable qu’un désastre se profilait si les Scorpions se révélaient incapable de redresser un tant soit peu la barre d’un navire prenant l’eau de toute part.

Une réconciliation avec les fans de la première heure

Au final, c’est par cet Unbreakable que Scorpions tente une réconciliation définitive, ayant déjà posé sur certains points les bases du processus par un enregistrement philharmonique de très bonne tenue ou d’un Acoustica remettant à l’honneur quelques vieilles compositions jusque-là par trop délaissées. Mais proposer du neuf était incontournable, et c’est ce que se devait de proposer ici Scorpions.

« Neuf » n’est sans doute pas le terme le plus approprié tant Scorpions a tenté sciemment et ouvertement de renouer avec la musique et l’inspiration de jadis, celle de l’époque des grands hits du groupe, des majestueux et incontournables Blackout et Love à First Sting. Faire revivre une époque si faste, vingt après les faits est cependant une tâche improbable et l’auditeur n’aura pas à s’étonner que l’éclat de cet Unbreakable n’atteigne en rien celui des joyaux sus-cités. Il chercherait en vain ici un nouveau « Lovedrive », un nouveau « Dynamite », ou un hit comme « Rock You Like A Hurricane », ni encore moins une ballade émotive de la tenue de « Where The Smoke Is Going Down ». La démarche est sur de nombreux points la même, mais l’inspiration est sans commune mesure. Il semblerait que Scorpions ait perdu pendant Savage amusement la magie qu’il maîtrisait auparavant, cette alchimie si rare qui faisait d’un riff a priori simple voire facile, combiné à une ligne de chant appropriée et à quelques interventions solo bien ajustées, un titre imparable et inoubliable (« Can’t Live Without you », « Blackout », « Make It Real » et j’en passe…). Mais que le groupe s’essaye de nouveau au style qui fit tant pour sa réussite, ne pourra que réjouir les vieux amateurs.

Et ce d’autant plus que le groupe jouit toujours d’un son excellent, très moderne, mais néanmoins respectueux des années et ne dénaturant en rien la patte du combo teuton. Klaus Meine reste un chanteur de grande classe, étonnant de maîtrise et d’aisance, malgré les années : il si est rare d’entendre des chanteurs conservant la pureté de leur voix après trois décennies de bons et loyaux services sur les planches. Ici il est toujours aussi impeccable, que ce soit sur l’envoûtant « Deep and Dark » ou sur la fort belle ballade « May Be I Maybe You ». Sur le puissant « Blood Too Hot », il pousse encore avec beaucoup de facilité sur le refrain sans nullement souffrir. Il reste un des points forts du groupe, incontestablement.

Le reste du groupe affiche cependant lui aussi une forme qu’on lui connaissait plus depuis quelque temps. Matthias Jabs retrouve d’un bout à l’autre de l’album une inspiration absente peut-être depuis Savage Amusement. Chacun de ses soli capte d’emblée l’attention et le retour de la talk box sur le très hard « Can You Feel It » a des résonances heureuses. Rudolf Schenker a, lui, récupéré un peu de sa superbe : la rythmique de « Border Line » est un très bon cru du guitariste et celle ouvrant « New Generation » porte l’empreinte des grands morceaux d’antan. Cependant, on ne trouvera pas pour autant la géniale simplicité d’un « Bad Boys Running Wild » ni la finesse dépouillée d’un « Rythm Of Love ». Mais c’est peut-être beaucoup en demander à Scorpions tant l’on sait que les stars de jadis ont le plus grand mal à procéder à la résurrection de leur talent. La contre-performance de Maiden sur son Dance of Death montre que les regains de créativité sont, une fois un âge vénérable atteint, généralement fugaces.

Un album « bon » et juste « bon »

On ne trouvera donc pas de morceaux mémorables ici. Et c’est peut-être là le plus inquiétant : je ne vois pas de single se détachant clairement de l’ensemble et pouvant dynamiser le succès de Unbreakable. Peut-être qu’un morceau comme « Through My Eyes », dans la lignée d’un « No One Like You » pourrait se tailler une certaine place sur les ondes mais je doute qu’il atteigne le succès de son prédécesseur. « Someday Is Now » est de très bonne facture, entraînant, mais trop endiablé pour toucher un large public. Les titres s’enchaînent toutefois avec aisance et plaisir, lorgnant de temps à autre vers un hard rock léger (« Remember The Good Times » ou « My City My Town »), retrouvant alors la démarche, en plus vigoureuse, d’un Pure Instinct. Par contre, la disposition des chansons est assez malheureuse, l’album s’ouvrant sur des morceaux un peu faibles (« Love ‘em Or Leave ’em ») ou mal choisi (le pourtant bon « New Generation » en ouverture alors que le titre est marqué par tempo heavy, lent et lancinant, renvoyant plus à la lourdeur d’un « China White » qu’à la vivacité d’un « Blackout »).

Restent pour toucher le grand public les ballades si discutées. Elles sont déjà peu nombreuses – au nombre de deux –, ce qui est très bien venu. La dernière est un peu insignifiante, mais par contre « Maybe I, Maybe You » est assurément une chanson de qualité, le titre étant construit sur une dichotomie un peu à la « Holiday », avec un partie heavy et étrange sur laquelle Meine pose une ligne vocale toute d’harmonie. L’effet de distorsion est bien venu là. On peut compter à ce qu’elle fonctionne sur les ondes et nous voilà donc renvoyé ainsi à notre point de départ.

Il y aura cependant tout lieu de penser que l’album attirera avant tout l’intérêt des vieux briscards auxquels il semble destiné. Ils auront assurément un vrai moment de plaisir à retrouver du mordant et de la conviction chez Scorpions. On sent clairement ici le groupe sur des voies solides et dans son élément. Pusse-t-il ne plus s’égarer dorénavant…

Baptiste (7/10)

 

BMG / 2004

Tracklist (56:30) : 1. New generation 2. Love ‘em Or Leave ‘em 3. Deep and dark 4. Borderline 5. Blood Too Hot 6. May Be I May Be You 7. Someday Is Now 8. My City My Town 9. Through My Eyes 10. Can You Feel It 11. This Time 12. She Said 13. Remember The Good Time

Jack Blades – Jack Blades

Avec Bon Jovi, Eric Martin, Joey Tempest et tant d'autres, Jack Blades fait partie de ces musiciens de Hard FM qui réorientent leur carrière dans un sens résolument mainstream, cherchant sans doute à épouser les contours du marché musical actuel mais peut-être bien aussi à trouver une expression musicale plus adéquate à un âge mûr.

C'est dire qu'ici, l'orientation de Jack Blades, le chanteur et bassiste de Night Ranger et de Damn Yankees, est plus rock-pop qu'endiablée. Pour atténuer ce sentiment d'assagissement, Jack Blades a fait appel à quelques pointures du milieu : Neal Schon (Journey), Tommy Shaw (Styx), Warren De Martini (Ratt), à ses compères de Night Ranger, voire à son fils sur titre.

Cette avalanche de noms prestigieux ne doit pas induire en erreur l'amateur : l'apport s'est limité à la pose de soli (satisfaisants dans leur majorité, on l'imagine), et la tonalité générale du disque reste homogène. Jack Blades reste un grand professionnel et un compositeur de talent et sur ce plan, on ne peut reprocher grand chose à son disque solo : ni manque de cohérence et d'hétérogénéité ou ni une interprétation défaillante et des compositions médiocres. Rien de cela ne caractérise le disque.

La barre est placée à un bon niveau : Blades est en voix sur « Sea of Emotions », morceau aux quelques relents FM. Il a déniché quelques bons riffs qui traversent de bout en bout son disque (citons celui de « Touch the Sky », ou le thème mélodique en son clair du couplet de « Someday »). On trouve même une composition franchement de réussie : « Top of the World », plutôt hard-rock. C'est que là, Jack Blades retrouve un grain de folie et d'enthousiasme qui fait défaut au reste, à cette tentative solo. Le rock de Blades est définitivement consensuel voire convenu. « Shine On » se veut un single, mais ne pourra connaître un vrai succès tant il manque d'éclat et de fougue. On frôle un peu plus loin même la niaiserie avec ce « Sometimes You Gotta Have Faith » proprement insupportable. La liste pourrait s'allonger. À forcer son naturel, on en vient à se dénaturer ; c'est un adage qu'aurait dû retenir Jack Blades qui ne sera pas plus « dans le coup » au sortir de cette expérience qu'auparavant.

Baptiste (05/10)

 

www.jackblades.net/

Frontiers / M10 / 2003

Track listing : 1. Sea of Emotions 2. Shine On 3. We Are The Ones 4. Don’t Want To be Alone Tonights 5. Sometimes You Gotta Have Faith 6. To Touch The Sky 7. Who You Want To Be 8. Someday 9. Breaking It Down 10. On Top of The World 11. Nature’s Way.