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Perfect World – Perfect World

Projet sans véritables lendemains comme il en fourmille depuis quelque peu dans le monde de l'AOR (voir celui de Joseph Williams), Perfect world est cette fois la chose de Kelly Hansen (Hurricane et Unruly Child), épaulé (ou chapeauté ?) par Fabrizio V. Zee Grossi, loup-cervier de la composition, aux références s'étendant de Steve Vai à George Clinton. Et le « passif » de Zee Grossi est en fait si présent ici, que l'on aura quelque peu de peine à reconnaître sur la musique que nous propose Perfect world, la fougue qui caractérisait Kelly Hansen au temps d'Hurricane par exemple. Dans sa besace, Grossi détenait quelques morceaux originellement conçus pour Nathalie Imbruglia et consorts et c'est vraisemblablement pourquoi nous avons donc affaire à un produit très sage et s'assumant parfaitement comme tel, sans complexe : chacun des morceaux s'enchaîne sans témoigner de la moindre étincelle d'une quelconque hargne un tant soit peu échevelée. Les angles sont ici rabotés et les aspérités soigneusement limées. 

Aucun disque ne mérite un procès en sorcellerie, mais il faut bien reconnaître que les orientations de Perfect World semblent ici trop évidentes pour être entièrement sincères. Sinon, pourquoi s'être livré à cette reprise de Pink « Just Like Pill », évidemment plus rock que l'original, mais sans vrai relief pour autant ? Dès le départ, on pouvait imaginer qu'il ne pouvait s'agir d'une contribution essentielle au panorama musical mondial. Cette optique musicale dégrade de la sorte le contenu de Perfect world, qui pouvait compter sur pas mal de talent et de métier (manifestes sur ce « Leaving Lonely » aux mélodies soignées). La voix d'Hansen reste toujours d'une ampleur impressionnante bien que sous-employée, mais toujours apte à relever un morceau comme « I Believe in You » . Quand le groupe choisit de rocker, les choses s'emballent un peu (« You'll Be Gone », qui se rapproche le plus de ce qui pourrait ressembler à du Hard rock), mais les titres lents s'éternisent par trop sur la fin. 

À la défense du disque, on pourrait arguer de sa piètre production, mais il nous semble qu'il s'agisse là d'un argument à double tranchant. Il n'est pas décent de la part de tels musiciens de présenter une réalisation à la production si approximative : la batterie souvent électronique est fort malvenue et le son de guitare est particulièrement froid et daté ; les soli sont souvent inaudibles (c'est très significatif sur « Just a Pill »). En somme un tableau qui n'a pour lui au final aucun grand atout pour captiver les foules. Seuls quelques connaisseurs ou collectionneurs devraient jeter leur dévolu sur ce Perfect world au nom si inapproprié.

 
Baptiste (04/10)
 
Frontiers – M10 / 2003
 
Track listing : 1. Here With Me 2. Leaving Lonely 3. Just Like a Pill 4. I Believe In You 5. Between You And Me 6. Out Of Bounds 7. You ll Be Gone 8. Someday Soon 9. Do You Love 10. I Need You 11. Overnight Sensation 12. Broken 

 

Sayit – Louder

Sayit est un guitariste suédois à la renommée jusqu'ici très confidentielle hors de son pays, ses deux premiers albums étant passé totalement inaperçus au-delà de la Mer du Nord et de la Baltique. Proche ami de Tommy Denander, qu'il remplaça à une époque pour l'unique prestation scénique de Prisoner, il marche ostensiblement sur les traces de ce dernier avec la réalisation de ce Louder

Tout d'abord, car c'est Tommy Denander et au collaborateur habituel de celui-ci, Anders Theander, qui ont pris en charge la production, dotant Louder d'un son très léché et dynamique, justement dans la lignée du dernier du Radioactive, tout en conservant une touche plus aérienne et légère à la musique de Sayit. Denander a par

Mais aussi car Sayit a fait appel à un des chanteurs attitrés de Denander, une des plus belles voix de la FM contemporaine, à savoir Geir Rönning ; un choix au-dessus de toute critique. Notre homme est lumineux et impressionnant d'émotion d'un bout à l'autre du disque, à chaque fois présent pour le meilleur, que ce soit sur des refrains rapides (« The Queen », tellement réussi qu'il aurait dû ouvrir le disque) ou lents. À ce propos, sa performance sur la balade « Longing for Someone to Hold » devrait l'inscrire au palmarès du genre, déclenchant un torrent d'émotion déployé avec une intensité conjuguant âme et maîtrise vocale d'une envergure hors pair. 

L'on évoque d'emblée Geir Rönning, car il s'avère que Sayit, guitariste certes plus qu'honnête, n'est pas vraiment un guitar-hero (aucun solo ne se distingue vraiment de l'ensemble) et adopte plutôt la démarche de compositeur de morceaux. Et sur ce point, l'on sent une grande application, toujours bienheureuse, à trouver le riff captant aussitôt l'oreille (pêle-mêle : « John Doe », « My Lonely Heart ») ou la rythmique adéquate pour soutenir versets et refrain. Pour tout dire, on se ravit à constater une telle fluidité dans les enchaînements et à déceler les efforts de rationalité ayant présidé à l'élaboration de chaque morceau (sur ce point la balade « Longing for Someone to Hold » est très caractéristique). 

Ayant orienté son disque dans un sens plus hard rock que ses opus précédents (on ne dénombre et cela en accord avec le titre de l'album, qu'une seule balade au final), Sayit a cherché tout de même à varier ses compositions. Celles-ci qui vont du rapide « Stand Up » qui ouvre l'album et surtout le tonitruant « The Queen » qui lui succède aussitôt, en passant par des titres plus rythmés, mid-tempo, du format de l'entêtant « My Lonely Heart », bigrement réussi, ou le franchement plus lourd « I Am King ». On remarquera une certaine propension à renverser les us et coutumes du genre, les titres les plus rapides se voyant attribués des refrains plutôt mélodiques – à l'image « Waiting for My Love » qui clôt à merveille le disque -, alors que les titres lents se montrent plus sur ce point plus vigoureux.

En somme Louder  est un joli exemple d'intelligence musicale qui escamote bien mal un travail attentif et constant vieux de plusieurs années. Sans doute pas un chef-d'œuvre intemporel mais une belle preuve de maturité artistique à l'écoute très agréable.

Baptiste (07.5/10)

 

www.sayit-guitar.com

MTM records – M10 / 2003

Track listing : 1. Stand Up 2. The Queen 3. That Aint Me 4. A Love I Can't Handle 5. Come Please Me, Completely 6. I Am King 7. Longing For Someone To Hold 8. John Doe 9. Love Without Reason 10. My Lonely Heart 11. I May Be Hurt, But I'm Free 12. Waiting For My Love

 

Saga – Marathon

Le quinzième album studio de Saga ne devrait pas faire date. On savait que depuis quelques années, le groupe balisait des sentiers qu’il avait auparavant bien arpentés, mais cela se faisait toujours avec un certain bonheur, comme en témoignait la livraison précédente (le réussi House of Cards).

Encore une fois ici, on retrouve, les traits caractéristiques de Saga : des riffs complexes et syncopés (« Streets of Gold »), une grande capacité à faire « respirer » leur métal progressif (« How Are You »), l’élégance dans la combinaison de la guitare et du claviers (« Hands Up »), des morceaux mémorisables qui se veulent accrocheurs, et évidem-ment la voix unique de Michael Sadler.

Pourtant, si l’interprétation est au-dessus de toute critique, et si le travail d’Ian Crichton à la guitare est encore une fois remarquable (on retiendra notamment les bons passages solo de « Return to forever »), l’ensemble ne marque pas la mémoire. Le premier morceau « Marathon » s’écoule sans déclencher l’intérêt. Les crescendos couplet-prérefrain-refrain sur lesquels sont généralement basées les structures des morceaux manquent de puissance et de refrains convaincants. Finalement les titres s’égrènent sans retenir l’attention.

On peut certes trouver des choses intéressantes sur Marathon comme ce joli thème sur le break réussi de « Streets of gold », de bons riffs parsèment de bout en bout en le disque et la fin de l’album se révélant plus enlevée (« You know, I Know » et « World Apart »). Les inconditionnels apprécieront. Mais surtout, trois morceaux se détachent largement du lot : il s’agit de trois chansons lentes (« Breathing Lessons », « Blind Side Of The Heat » et « Rise and Shine ») où la voix envoûtante de Sadler se fait d’une grand expressivité, là où sur le reste de l’album elle pêchait par manque d’inventivité. Ces titres valent absolument le détour et d’une certaine manière démontrent assurément que Saga a encore des choses à dire, s’il daigne peut-être se remettre un peu en question…

Baptiste (5,5/10)

 

SPV / 2003

Tracklist : 1. Marathon (4:59) 2. How Are You? (5:22) 3. Breathing Lessons (4:25) 4. Hands Up (3:44) 5. Streets Of Gold (Chapter 14) (5:11) 6. Blind Side Of The Heart (4:35) 7. Return To Forever (4:26) 8. You Know I Know (Chapter 12) (4:36) 9. Too Deep (4:21) 10. Rise & Shine (3:32) 11. Worlds Apart (Chapter 16) (6:10)