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Voilà donc un nouveau DVD de Journey à la suite du Journey 2001 qui témoignait ders premières prestations scéniques de Steve Auguri. Ici, c'est un parfait contre-pied qui est pris puisque ce  Greatest Hits DVD se concentre exclusivement sur la période Steve Perry (1978-1996), s'achevant sur le clip de « When You Love a Woman », extrait de l'album si controversé de la reformation, Trial by Fire. Il est d'ailleurs très significatif que dans la discographie présentée sur le DVD, les deux nouvelles productions du groupe, à savoir le si réussi Arrival et le EP Red 13 soient oubliés de manière si patente. De manière symétrique, la première période de Journey, avant le recrutement de Perry est elle aussi passé complètement sous silence. On aurait sans doute apprécié quelques extraits live de cette époque pourtant pas inintéressante. 

À mon sens, ces escamotages ne sont pas vraiment liés au choix – parfaitement admissible – de se concentrer sur l'époque la plus faste de l'existence du groupe américain, mais plutôt à une paresse très manifeste qui a présidé à l'élaboration de ce DVD. Composé comme un fourre-tout de morceaux en concert et de clips, il pêche manifestement par manque d'inspiration : les clips correspondent aux grands succès de Journey, et aucune rareté n'a été dénichée pour l'occasion (la vidéo de « Chain Reaction » aurait pu attirer l'attention par exemple). Par ailleurs, ils ont terriblement vieilli et on constatera que sur certains points ils desservent plus qu'autre chose les morceaux (la palme revient peut-être à « Separate Ways » tourné dans une zone industrielle, dont à l'humour je reste tout à fait réfractaire). En outre, on retrouve présentes ce qu'il faut bien qualifier de « ragotons », c'est-à-dire les trois vidéos live tournées à défaut de clips pour Raised on Radio. Le son n'a été en rien remasterisé et on constate que la guitare reste toujours particulièrement étouffée par la basse sur « I'll Be Alright without You » ; c'est très dommageable. À tout faire, il aurait sans doute été plus stimulant de trouver une version de « Only The Young », titre qui ouvrit chacun des shows toute la tournée, que de recycler ces vieilles bandes. 

Le principal argument de ce DVD, qui pourrait en faire autre chose qu'un objet en destination des collectionneurs réside dans les autres vidéos live. Même si elles demeurent avant tout tirées de la tournée Escape et donc sur ce point doublent largement le Greatest hit live, elles sont à l'image de ce dernier d'une très grande qualité. On y retrouve un groupe à son sommet, étourdissant d'aisance, de cohésion voire de complicité, dans de très bonnes conditions sonores. Et Steve Perry y est proprement impressionnant de facilité, de charisme et d'élégance. Sa présence si magique accentuera vraisemblablement la nostalgie de certains. 

À titre plus anecdotique, quelques vidéos issues de la période de Gregg Rolie feront sourire à plus d'uns, sans qu'il n'y ait pour autant d'accablement à observer avec amusement la tignasse en boule de Neal Schon sur « Wheel in the Sky » ou les longues moustaches de Rolie. On s'imprègne ainsi un peu de toute l'ambiance encore très 70' qui caractérisait le premier Journey. 
Si Journey n'est pas vraiment servi ici par un produit loin d'être irréprochable et sans doute marqué du sceau de la précipitation, c'est tout à son honneur d'arriver à traverser de sa flamme à de nombreuses reprises les interstices de ce Greatest Hits DVD.

Baptiste [6,5/10]

 

Sony / 2003

Tracklist : 1. Don't Stop Believing (1981 Escape tour) 2. Wheel in the Sky (1978 music video) 3. Faithfully (1983 music video) 4. Any Way You Want It (1981 Escape tour) 5. Separate Ways (Worlds Apart) (1983 music video) 6. Lights (1978 music video) 7. Lovin' Touchin' Squeezin' (1979 music video) 8. Be Good to Yourself (1986 Raised on Radio tour) 9. When You Love a Woman (1996 music video) 10. Who's Crying Now (1981 Escape tour) 11. Send Her My Love (1983 music video) 12. Girl Can't Help It (1986 Raised on Radio tour) 13. Open Arms (1981 Escape tour) 14. Just the Same Way (1980 music video) 15. Stone in Love (1981 Escape tour) 16. Feeling That Way (1978 music video) 17. After the Fall (1983 music video) 18. I'll Be Alright Without You (1986 Raised on Radio tour)

Talisman – Cats And Dogs

Avec ce Cats And Dogs, c'est un peu le retour d'un des groupes phares du hard rock mélodique des années 90 après la dispersion des principaux membres dans des projets divers, des albums solo de Jeff Scot Soto à Humanimal, mis sur pied par les deux piliers du groupe, Marcel Jacob et Soto lui-même. Avec le retour du guitariste originel, Frederik Akesson, il semble bien que Talisman soit relancé pour de bon. 

Pourtant bien vite quelques écoutes suffisent à déchanter car Cats and Dogs ne décolle jamais réellement. Certes, on retrouve toujours les composantes habituelles du groupe c'est-à-dire les vocalises toujours si puissantes de Soto (les backings vocals bien travaillés sur « Skin On Skin » font des merveilles), et la basse mise en avant de Jacob. On sent bien que les musiciens ont cherché à se faire plaisir en libérant leur spontanéité musicale. Ainsi sur « Outta My Way », où une grosse place est laissée à la basse de Marcel Jacob pour un duel de soli plutôt bien senti. De plus, outre les compositions heavy-rock habituelles (« Break It down » ou le plus hargneux « Lost in Wasteland »), on peut remarquer quelques riffs groovy bienvenus (« In Make Believe ») voir une franche réussite teintée FM (« Sorry »). 

Pourtant il ne semble jamais que disque regorge d'une inspiration incontestable. Ainsi, si on ne peut reprocher grand-chose à Frederik Akesson, qui sait développer de jolis thèmes comme sur « Break It Down », on ne peut parler d'une flamme vibrante qui traverserait l'album sur le plan guitaristique. Peut-être la production, correcte sans plus, nuit-elle à l'album en ne mettant pas en valeur les atouts de Cats and Dogs, mais dans tous les cas il faut reconnaître que l'attention se dissipe un peu à l'écoute.

Un opus donc de bonne facture mais sans jamais emporter la conviction, malgré l'absence de titres vraiment faibles. En fait la déception est peut-être instillée par la hauteur des attentes : on conserve la certitude que les qualités et la créativité du groupe n'ont été employées qu'avec parcimonie. Peut-être les deux animateurs de Talisman devraient-ils moins se disperser musicalement et se recentrer sur le groupe, en lui réservant leurs meilleures compositions ?

Baptiste [7/10]

 
 
Frontiers – M10 / 2003
 
Tracklisting : 1. Skin On Skin 2. Break It Down 3. In Make Believe 4. Love Will Come Again 5. Outta My Way 6. Friends To Stranger 7. Sorry 8. Trapped 9. M.O.M. 10. Wherever, Whenever,… 11. Lost In The Wasteland 12. Hell In Paradise

On The Rise – S/t

Il ne m'était jamais arrivé de prendre au sérieux la publicité orchestrée par les labels autour de leur dernière signature, dans les présentations fournies avec les pressages destinés à la presse. Généralement les superlatifs et les hyperboles s'amoncellent sans ne provoquer d'autre sentiment qu'un amusement un peu détaché. Mais cette fois tous les commentaires louangeurs sont appropriés car c'est une perle rare que vient de signer Frontiers et sans doute une sensation dans le monde de l'AOR. On se sent même portés à envisager que le groupe perce au-delà de ce milieu tant On The Rise fait preuve d'un talent et d'une maturité exceptionnels sur son premier album. 

Énumérer toutes les qualités dont fait preuve le groupe au fur et à mesure des quatorze morceaux qui composent son premier opus toucherait au fastidieux, tant à chaque nouvelle écoute une finesse de composition, d'arrangement ou mélodie vocale se révèle. Je tenterai donc d'en cerner les plus importantes.

Constatons une réelle originalité, qui ne tient pas tant au souhait ou à la propension à sortir des sentiers battus qu'à la capacité à se forger une identité à partir de mille sources dont le groupe sait effacer les traces. On The Rise sonne à sa manière, malgré tous les parallèles que l'on pourra tenter d'établir. Cette originalité tient en partie au son du groupe, mis en valeur par une production impeccable, répondant parfaitement aux standards actuels. On the rise est doté d'un son léger mais non fade, péchu mais pas agressif, pour soutenir des compositions riches mais jamais touffues ni laborieuses. 

Il met parfaitement en valeur le jeu du guitariste Terje Eide, qui produit de bout en bout du disque un travail irréprochable. Travail caractérisé par le choix de la superposition très fréquente de deux parties de guitares, au détriment des claviers peu présents sur l'album. Eide apprécie particulièrement la juxtaposition de parties en saturées et en son clair, pour mieux doser ainsi l'énergie dégagée par les morceaux (le couplet de « Sadness Like A Stone  »). Il dévoile un réel talent pour dénicher les riffs simples mais tout de suite mémorisables (« Pride ») sans pour autant négliger des recherches plus complexes (le riff de couplet du tubesque « Stay Away »). Jamais il ne se montre lassant ou redondant et son phrasé éthéré sied à merveilleux à la légèreté et à l'élégance du groupe (le solo de « Lift You Up »). Sa fluidité et sa dextérité peuvent se faire plus tranchantes, comme sur « World Of Change », mais dans tous les cas chaque intervention se révèle mise au service des chansons. 

Il épaule aussi au chant l'autre pilier du groupe, le chanteur Bennech Lyngboe, et à chaque fois leurs voix se marient parfaitement. Les quatre ballades sont riches d'émotion sans jamais d'accents sirupeux, tant Benech Lyngboe pose parfaitement sa très belle voix, systématiquement secondé par les passages solo d'Eide d'une grande pureté. Les deux amis excellent particulièrement aux harmonisations vocales sur « Keep My Love Alive » mais aussi sur les chœurs de titres plus rock comme « Stranded ». Cette richesse vocale, cette créativité s'expriment en fait sur chacun des refrains qui se révèlent quasiment tous entraînants voire entêtants.

Ainsi au gré de l'écoute, chacun des morceaux prend place sans jamais suggérer l'ennui, tant l'inspiration doublée d'inventivité est présente en permanence. En d'autres temps, la musique d'On the rise aurait saturé les bandes FM de singles et rempli des stades. Il reste à croiser les doigts pour que son talent force les portes du succès devenues à ce jour trop closes pour le rock mélodique.

Baptiste (8,5/10)

 

Frontiers / 2003

Tracklist : 1. Beat Of Your Heart 2. Lift You 3. The World Of Change 4. Memories Forever 5. Pride 6. Leaps & Bounds 7. Running In The Night 8. Keep Our Love Alive 9. Stay Away 10. Sadness Hits Like A Stone 11. Two Young Hearts 12. Could Have Been The Last Time 13. Stranded 14. The Moment