Malgré l'absence de notoriété qui caractérise le nom de Crystal blue, c'est pourtant d'un vieux groupe qu'il s'agit là puisque, le combo fit ses premières armes en 1989, avant de produire de manière erratique trois albums, dont le dernier s'intitule "Detour ". Cette expérience se constate d'ailleurs aisément à l'écoute de l'opus, tant l'ensemble semble cohérent et solide musicalement.
Les premières secondes et le thème à la guitare de " Damage " font tout d'abord penser à un album de progressif tant par la recherche mélodique que par une légèreté qui seront omniprésentes sur le reste de l'album.
Cette impression se dissipe assez vite, mais hante tout de même un peu le reste de " Detour " (" Why " et ses belles parties de clavier un peu mélancoliques). Le grain de saturation et la voix de Thomas Lassar se font systématiquement douces et jamais Crystal blue se songe à se montrer agressif. Même le riff typiquement hard de " Back on track " est interprété tout en retenue.
C'est peut-être une défaillance de la production qui évacue toute âpreté à " Detour ", mais l'ensemble propose finalement un album d'AOR homogène, tout en douceur et en élégance. On conçoit ainsi que les titres les plus légers, parfois dotés de passages acoustiques bienvenus (" Second chance "), ou les ballades (l'émotionnelle " Sylvia " par exemple) se combinent avec aisance et sans rupture à des titres rock comme " Back on track " ou le très AOR " Believe me ".
La voix, souvent haut perchée, de Thomas Lassar est particulièrement agréable voire parfois un peu enchanteresse (" Believe me ") et notre homme met ses idées et ses capacités vocales au service de refrains qui ici se retiennent ici très vite (" Someone " et évidemment " Believe me "). Il est à chaque fois épaulé par son guitariste Ove Lundqvist qui, malgré des soli sous-mixés, dévoile dans ses parties un sens mélodique non hors du commun, mais encore une fois très agréable.
Il n'y a sans doute pas là la prétention à bouleverser quoique ce soit, mais assurément en aboutissement un disque plus que plaisant ; une réussite.
Baptiste (08/10)
MTM – M10 / 2003
Track listing (….) 01. Damage 02. Back on track 03. Someone 04. Move on 05. Second Chance 06. Believe me 07. You and I 08. Never say surrender 09. Why 10. This is the time 11. Sylvia

Après les live de Harem Scarem, puis celui de Jeff Scott Soto, tout deux fort bons au demeurant, Frontiers poursuit l'édition des prestations musicales des Gods de 2002. On commence donc à flairer là la décision d'exploiter un filon commercial qui nous éloignerait de toute optique artistique. Or ce pressentiment est très vite confirmé par l'écoute de ce premier live d'Hardline, intervenu peu après leur reformation si réussie. Si l'on disait pourtant tonitruant le passage scénique du groupe des frères Gioeli ce jour-là, force est de reconnaître que les moyens déployées ne rendent pas justice à leur prestation de l'heure.
Tout d'abord la production générale est médiocre : la voix de Johnny Gioeli est placée trop en avant, les guitares, elles, trop en retrait, dotées de plus d'un son peu soignée, et la batterie se révèle inexistante (le passage ouvrant le morceau « Life's Bitch » donne un aperçu de ce manque de puissance). Si la setlist est judicieusement construite en priorité autour de leur premier album Double Eclipse – sans doute le dernier grand album de FM qui avait clos un certain âge d'or du style – avec quelques détours prudents par leur dernier album II (« Face the Night »), on se prend très vite à regretter le soucis de perfection qui caractérisait jusqu'ici Hardline.
Même Johnny Gioeli est loin d'être irréprochable et son chant se fait parfois bien éraillé, voire braillard. Il faut dire que le bougre n'est pas soutenu par des choristes à la hauteur des refrains du combo : outre les autres musiciens, deux choristes féminines ont été « greffées » ici (c'est bien là malheureusement l'expression la plus congrue) et le résultat est pour le moins désastreux. Le tout est très mal accordé en terme de registre et de hauteur de notes et le somptueux « Everything » devient de la sorte un parfait massacre. Attristant. On se prête très facilement à songer que le public partageait cette constatation puisqu'il est, de manière significative, complètement absent de l'enregistrement.
Le DVD du concert mérite peut-être un peu plus d'attention que sa contre-partie audio. La dimension visuelle capte bien plus l'attention et l'on peut constater que Johnny Gioeli détient une grande présence scénique, arborant le regard d'un possédé entièrement immergé dans son art. Les choristes semblent un peu moins incongrues et l'on se prend à apprécier quelques passages musicaux plutôt enlevés (parmi lesquels le solo de fin de morceau de « Life's Bitch »). En quelque sorte, les fans qui désireront acquérir l'intégral de l'œuvre d'Hardline (et ce n'est en rien une tâche herculéenne) devraient se tourner en priorité vers cette version, tout en conservant fermement en tête l'idée que de toute façon, Hardline vient, dans sa carrière, de lourdement trébucher sur l'étape du live.
Baptiste [04/10]
Frontiers / 2003
Track listing : 1. Hot Cherie 2. Life s A Bitch 3. Everything 4. Face The Night 5. Takin Me Down 6. Weight 7. In The Hands Of Time 8. Only A Night 9. I ll Be There 10. Drums Solo 11. Rhythm From A Red Car 12. Keyboards Solo 13. Dr. Love 14. Hypnotized (bonus studio tracks available on cd version only) 15. Only A Night (acoustic bonus studio tracks available on cd version only) 16. Mercy (bonus studio tracks available on cd version only)
Derrière une pochette, pour le moins insolite voire mystérieuse, se cache le dix-septième album studio du Pourpre profond réalisé par ce qui est devenu le Mark VII, avec le départ d'un Jon Lord, ayant finalement choisi d'opter pour la retraite. Avec trente-cinq années au compteur – mais composées de haut et de bas –, le groupe affiche toujours la forme gaillarde à laquelle il nous avait habitué depuis la séparation d'avec Ritchie Blackmore, au profit du maintenant incontournable Steve Morse.
Une telle capacité à proposer dans ce contexte une musique de qualité et, sur certains points, fraîche et inspirée, relève largement de la gageure. C'est pourtant le constat qui s'impose sans réticence, à l'écoute de ce Bananas. Il n'y a sur ce disque rien à écarter. Que ce soit le tonitruant « House of Pain » en ouverture, la ballade classique mais touchante « Haunted » (avec Beth Hart) ou un morceau plus ambitieux comme « Bananas », les exigences sont plus que satisfaites.
À chaque fois les riffs de Morse touchent au but (« Razzle Dazzle » ou le bluesy « Silver Tongue »), les harmonies des deux instruments lead sont parfaites (« Picture of Innocence » qui nous autorise à employer ce qualificatif), et la voix d' Ian Gillan bien posée, au service de lignes vocales solides.
Mais il y a dans tout cela exposés un peu plus que du métier ou de la technique éprouvée : on retrouve sur Bananas cette combinaison si particulière au Pourpre Profond entre une démarche hard rock d'essence plutôt directe et une virtuosité mélodique plus sophistiquée. Et avoir réussi à entretenir cette alchimie au cours des décennies n'est pas une des plus minces causes de l'admiration que ce groupe fondamental mérite aujourd'hui.
Baptiste (7/10)
Emi / 2003
Tracklist : 1. House of Pain 2. Sun Goes Down 3. Haunted 4. Razzle Dazzle 5. Silver Tongue 6. Walk On 7. Picture of Innocence 8. I Got Your Number 9. Never a Word 10. Bananas 11. Doing It Tonight 12. Contact Lost