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Khymera – Khymera

Khymera est un essai à la fois ambitieux et sans prétention. Ambitieux car Daniele Liverani (membre d'Empty Tremor et guitariste et animateur de l'opera rock Genius) a réuni, outre le batteur de Genius, son acolyte Dario Ciccioni, deux membres de Kansas Bill Greer et surtout Steve Walsh.
Sans prétention car mis à part le court instrumental « Khymera » ouvrant l'album, les membres de Khymera n'ont pas composé de morceaux ici et ont choisi de reprendre exclusivement des morceaux d'AOR des années 80-90. Il s'agit dans la majorité des cas de titres un peu obscurs comme ces deux morceaux composés pour Mr Big qui se succèdent aussitôt après l'ouverture de l'album (« Strike Like Lightning » et « Shadows »). Ou ces deux chansons composées par Mark Spiro, et Kip Winger pour le groupe du même nom et finalement abandonnés (« Written in the Wind » et « Without Warning », ce dernier avec Red Beach).
Les compositions sont dans l'ensemble d'un bon niveau, sans toucher au transcendant ; certains riffs sonnent par ailleurs de manière datée voire éculée. Daniel Liverani a tenté de palier à ce problème en choisissant un son de guitare plutôt massif, mais malheureusement la production nuit fréquemment à ses parties de guitare et ses soli de guitare ne sont que mal mis en valeur.
On sait en outre que le poids des ans se fait lourd depuis quelque temps sur les cordes vocales de Steve Walsh. Force est de reconnaître, qu'il arrive encore à se transcender et que l'émotion coule en flot généreux sur certains des titres comme l'accrocheur « Living with a Memory » ou la belle ballade « Bless a New Angel ». Malgré la production très moyenne, desservant tout particulièrement la batterie mais aussi en fait l'ensemble du groupe, la voix de Walsh survole avec bonheur tout l'album. C'est largement sa prestation qui vaut le détour et qui donne sa qualité à Khymera. C'est patent sur « Say it With Love » qui prend ainsi de l'envergure et l'on remarquera que la fin de l'album est particulièrement enlevée, notamment « Love Leads the Way » d'Hardline qui se montre bien réussie.
Un opus donc somme toute pas indispensable, mais assurément plaisant.

Baptiste [07/10]

 

Frontiers – M10 / 2003

Track listing : 1. Khymera (instrumental) 2. Strike Like Lightning 3. Shadows 4. Who’s Gonna Love You Tonight 5. Living With A Memory 6. Bless A Brand New Angel 7. Written In The Wind 8. Without Warning 9. How You Gonna Live Without Love 10. Say It With Love 11. Love Leads The Way 12. Tears On The Pages

XYZ – Letter To God

XYZ fait lui aussi partie de ces revenants issus des années 80 qui n'avaient pas bien longtemps survécu à l'arrivée des années 90. Pourtant, à la différence de beaucoup de ces derniers, on sent quelque chose d'autre que les dures obligations financières du quotidien, animer Terry Ilous et les siens sur Letter to God. Car on assiste là à un retour de premier plan dont l'inspiration sonne d'un bout à l'autre de cette nouvelle réalisation, douze ans après Hungry, dernier opus en date et disque d'or aux States. 

Un travail important a tout d'abord été effectué aux manettes de la production, tout particulièrement par Terry Ilous qui a produit ce nouvel opus. Le groupe a choisi un son lourd et souvent martelant (« Letter To God » ou sur le break de « Tell Me »), soutenu par des guitares acérées, à la saturation tranchante et insistante, qui s'autorisent quelquefois quelques nuances orientalisantes (« Letter To God » encore). Mais l'ensemble n'est jamais rébarbatif ni assommant car Jeff Northrup sait parfaitement alterner les riffs pesants et la légèreté de sonorités cristallines en son clair (« Touch The Sky »). Il prend à merveille la relève de Marc Diglio sans pourtant se contenter de marcher sur les traces du talentueux premier guitariste d'XYZ : contrairement à Marc Diglio au jeu brillant et démonstratif, il affectionne souvent les soli torturés et un poil dissonants (spécialement sur « What's On Your Mind »). Cette prédilection se matérialise aussi dans le choix d'un son propre mais pas trop léché ni surproduit. 

Il y a aussi dans la démarche d'XYZ la tentative de l'actualisation d'une musique que l'on peut juger – hâtivement – « passée ». En témoignent de manière flagrante les nouvelles versions des deux principaux tubes de leur premier album éponyme, « Inside Out » et « What Keeps Me Loving You », qui restent tout à fait reconnaissables tout en subissant une petite cure de jouvence bienvenue.

J'estime toutefois que c'est bien le chant de Terry qui constitue une des plus grandes qualités de Letter to God. De fait, Terry chante mieux que jamais. La souffrance entraînée par des pertes importantes dans sa famille s'expose avec sincérité sur « Letter To God » ; elle touche juste. Mais sa voix sait aussi se faire lyrique et déchirante lorsqu'elle s'élève sur l'émouvante ballade « Deny ». On perçoit à quel point Terry a alors ici mis un peu de son âme. Peut-être est-ce lié à la carrière d'acteur que mène Terry à côté de ses projets musicaux, mais on sent comme la volonté de s'imprégner des textes chantés au point d'en transmettre les émotions jetées sur papier, ainsi sur « Tango » qui évoque la souffrance du junky en manque. L'auditeur constatera là la richesse et la maîtrise musicales acquises par Terry Ilous au cours des années. 

Si XYZ est ainsi revenu à la vie c'est peut-être avec le désir de se faire plaisir, mais aussi avec plus que ça : avec la volonté de mener une musique issue des années 80 à l'orée du nouveau millénaire sans jamais céder aux sirènes des modes du moment et à la facilité. Et ici la volonté s'est faite réalité. Une question reste sans réponse : sans Pat Fontaine ni Marc Diglio, le groupe, reconstruit autour de son chanteur et leader, est-il toujours le même ?

Baptiste (7,5/10)

 

MTM / 2003

Tracklist : . What's On Your Mind  2. Letter To God  3. Deny  4. Touch The Sky  5. Rainy Day 6. Tango  7. All I’m Asking  8. Burn It Up 3:45 9. Inside Out (2003 version)  10. What Keeps Me Loving You (2003 version) 11. Tell Me 12. United

Stratovarius – Elements Part 1

ELEMENTS FRONTALUne des plus grosses pointures du heavy européen sort un album, l'évenement est de taille, c'est une évidence. Surtout parce que Stratovarius a la lourde responsabilité de donner un successeur digne de ce nom à Infinite (2000) et son succès commercial conséquent. Les remarques générales d'abord. Elements part 1 possède, à ce jour, la meilleur production qu'un groupe de heavy puisse rêver. Le son est puissant et limpide et on entend tout avec clarté, pour une fois la basse de Jari est présente et Jorg (batterie) n'a jamais eu un son aussi énorme. Ajoutons à cela de nombreuses parties symphoniques, enregistrées avec un véritable orchestre, qui trouvent impeccablement leur place dans le mix. 

Détaillons l'album. « Eagleheart », le single sorti en avant-première, est contestable pour un single. C'est un morceau de Stratovarius assez bateau avec un refrain trop facile. C'est tout juste une face B. C'est vraiment avec « Soul Of A Vagabond » que les hostilités commencent. Les cordes symphoniques font leur apparitions sur un morceau lent et heavy. Tout de suite, on ne peut s'empêcher de penser au S & M de Metallica et aussi à Therion. Le refrain est bon et nous rappelle un peu l'ambiance d'un « Infinity » sur l'album Destiny. Le mélange guitares heavy, tempo lourd et envolées symphonique est superbe.

« Find Your Own Voice » est un des morceaux parmi les plus rapides du répertoire des finlandais. C'est un morceau typique de leur style mais vraiment rapide et où la paire rythmique est particulièrement impressionnante et petit Timo chante dans un registre très élevé. Un morceau dans lequel toutes les protagonistes sont allés à leurs limites. En plus de la performance, c'est, en ce qui me concerne, le meilleur morceau de l'album. « Fantasia » est est assez particulier. Sur plus de la moitié du morceau, on baigne dans la soupe la plus totale : cordes et refrains mielleux et même un solo d'accordéon. On se demande si grand Timo s'est remis de son éprouvante aventure solo. Et puis le morceau démarre d'un coup sur un riff bien heavy. Les cordes symphoniques s'envolent sur une rythmique véloce et nous offre le meilleur passage metal symphonique de l'album. On revient alors à un morceau bien heavy et d'inspiration helloweenienne (dont la mélodie me rappelle March of time sur Keeper of the seven keys part II).C'est une chanson très typique du style Stratovarius et qui sans doute va devenir un classique avec un bon refrain, un morceau taillé pour la scène. « Papillon » est une belle power ballade dont Stratovarius a le secret et sur laquelle petit Timo chante merveilleusement bien. « Stratofortress » est le point culminant de cet album. Composé par Jens Johansson, cet instrumental démontre avec une maestria déconcertante la virtuosité des deux solistes qui, sur ce morceau, font des duos claviers/guitares époustouflants.

Vient ensuite le morceau éponyme. On retrouve dans ce morceau l'ambiance typique de Infinite, heavy, épique et grandiloquent avec renforts de guitares acoustiques et de chœurs classiques, un super riff bien heavy avec une évolution fort bien composé. Et puis on retombe de haut avec « Drop In The Ocean », ballade mielleuse sans aucun intérêt, un peu comme si l'album commençant par un morceau pas intéressant devait finir de la sorte. Et pour clore l'album, les finlandais nous gratifie pour notre belle contrée d'une version française de « Papillon ». On les remercie d'ailleurs d'avoir fourni le texte dans le livret car le pauvre Timo est incompréhensible. Ca me rappelle la performance de Sucidal Tendencies avec son « Monopoly On Sorrow » qui a donné un « Monopole du sanglot » tout à fait drôle. Bref, on fera plaisir à Timo et on reprendra en cœur « …Je suis papillon ». 

Quant au CD bonus, on a droit d'abord à un morceau de Jens Johansson « Run Away » avec un riff sympa même si le morceau est aussi peu intéressant que « Eagleheart ». Les deux autres morceaux sont démos et n'ont sans doute que d'intérêt pour les fans harcore car ce sont des premiers jets. Les morceaux sont très proches des versions définitives mais moins bien interprétés par petit Timo et avec un son moins bon. Voilà donc un bon album de Stratovarius même si on sent que grand Timo se laisse parfois aller à la facilité.

Vik (7/10)

 

NTS / 2003

Tracklist : 1. Eagleheart 2. Soul of a Vagabond 3. Find Your Own Voice 4. Fantasia 5. Learning to Fly 6. Papillon 7. Stratofortress 8. Elements. 9. A Drop In The Ocean 10. Papillon (version française) .