La vie musicale de chroniqueur est parfois faite de bonnes surprises au milieu d'un océan de choses mille fois entendues. Voyez Casablanca : à moitié inconnu dans nos contrées, le groupe suédois de « classic hard rock » vient de sortir un deuxième disque aussi revigorant qu'inattendu – Riding A Black Swan. À la croisée du glam des années 70, du premier Def Leppard ou de Thin Lizzy (notamment du fait d'un gros travail au niveau des guitares), la musique de Casablanca est définitivement rétro jusqu'à son son que n'aurait pas renié Martin Birch en 1982. Voici un cahier des charges assez lourd à endosser, mais il faut reconnaître qu'il est rempli à la perfection : Riding A Black Swan est tout bonnement capiteux.
Certes Anders Ljung n'est pas le meilleur des chanteurs mais sa personnalité, son savoir-faire et ses mélodies vocales constituent un apport essentiel aux chansons telles que « Riding A Black Swan », l'excellent titre d'ouverture « The Giant Dreamless Sleep », « Hail The Liberation » ou le tout en nuance « Just For The Nite ». Ryan Roxie (guitariste d'Alice Cooper) constitue le deuxième point fort de Casablanca. Associé à Erik Stenemo, le guitariste assène riffs et thèmes, souvent à l'unisson, avec une créativité étonnante dans un style quand même tout sauf neuf. Il n'y a pas lieu de citer un titre à l'appui : tous les morceaux confortent ce constat. Si on peut dire qu'un disque est un disque de guitares au bon sens du terme, c'est bien ce Riding A Black Swan.
Ici pas de batterie triggée ou de basse slappée : Josephine Forsman à la batterie et Mats Rubarth à la basse se placent plutôt dans le sillage de la section rythmique du UFO de la période Strangers In The Night (1979). C'est tout à fait à propos tant ils participent d'une cohérence musicale exemplaire et jouissive.
Un régal.
Baptiste (8,5/10)
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Gain Music / 2013
Tracklist : 1. The Giant Dreamless Sleep (4:01) 2. Hail the Liberation (3:42) 3. Dead End Street Revisited (3:21) 4. It’s Alright (4:10) 5. Barriers (4:06) 6. Riding a Black Swan (3:29) 7. Some Misty Morning (3:25) 8. Heartbreak City (2:29) 9. No Devil In Me (3:37) 10. Just For the Nite (4:16)
On n'apprendra rien à personne en disant que l'AOR est un gnere qui s'est voulu d'emblée « commercial ». Las : cela fait bien des années qu'aucun groupe récent n'a réussi à obtenir autre chose qu'un succès d'estime, saut peut-être dans les pays nordiques où un H.E.A.T. a un certain succès. Il existe toujours toutefois encore des projets AOR « commerciaux » non dans le sens d'un succès obtenu mais plutôt dans la démarche. Voyez Angelica, album solo d'Angelica Rylin, la chanteuse de Murder Of My Sweet, groupe mélodico-symphonique à la démarche déjà tout sauf authentique. Frontiers a proposé à la chanteuse d'enregistrer ce disque solo intitulé Thrive, un album d'AOR concocté avec les habitués du label italien aux compositions : Harry Hess (Harem Scarem), Robert Salls (Work Art) ou Magnus Karlsson (Primal Fear) et évidemment Daniel Flores de… Murder Of My Sweet.
Angelica Ryn clame haut et fort qu'elle est une amatrice d'Ann Wilson (Heart) et de Robin Beck, des valeurs sûres dans le genre. Toutefois il en faut plus pour faire ce essai très artificiel, autre chose qu'un disque de plus sans âme. Si le premier single, « Breaking My Heart », fait illusion en entame le disque, le reste est constitué d'une AOR très conventionnelle aux mélodies faciles et vite oubliées. Angelica Rylin étant par ailleurs une chanteuse compétente mais en rien originale, ce n'est pas pour son timbre de voix qu'on se retournera sur le chemin pour elle. Il est vrai que la production bien clinique ne l'aide pas.
Manifestement un disque « contractuel », plus qu'autre chose. Plutôt agréable mais, sur le fond, « commercial » au mauvais sens du thème.
Baptiste (4/10)
Frontiers / 2013
Tracklist : (49:00) : 01. Breaking My Heart 02. I Am Strong 03. To Your Rescue 04. Can't Stop Love 05. Nothing Else You Can Break 06. Riding Out The Storm 07. Rain On My Parade 08. Losers In Paradise 09. You Will Never Win 10. This Kiss Is Just For You 11. I'm Not Waiting 12. Take Me To Your Heart
Les disques d'AOR en 2013 ne se réduisent pas à quelques tentatives de vieux groupes totalement usés, à l'image du dernier disque de Boston. On trouve des groupes et des projets de qualité, évitant le passéisme outrancier sans renier les racines mélodiques du genre. Ainsi ce Revolution Road, projet formé de toutes pièces par le claviériste et producteur expérimenté Alessandro Del Vecchio (Hardline, Lionville…) et par le chanteur Stefan Berggren (Company of Snakes…) à la suite d'une conversation entre Del Vecchio et le directeur d'Avenue Of Allies, Gregor Klee. Il s'agissait de mettre en valeur la voix superbe d'un Stefan Berggren un peu désœuvré depuis la mise sous le boisseau du projet de Mick Moody, M3.
Pourtant nous sommes très loin d'un hard bluesy ici, puisque c'est la patte de Del Vecchio que nous retrouvons ici partout. Revolution Road œuvre dans le rock mélodique extrêmement bien léché, grâce notamment à une production rutilante mais aussi du fait d'une interprétation de première ordre. Une mention doit être faite pour les deux excellents guitaristes, Carmine Martone et Francesco Marrasaussi, aussi virtuoses qu'inspirés pour leurs solos irréprochables. Chanteur versalite et doué, Berggren œuvre ici dans un registre empruntant plus à Lou Gramm ou à Joseph Williams qu'à David Coverdale. Il n'y a bien que sur les couplets de la ballade « Ain't Gonna Give My Heart Away », qu'il rappelle nettement le chanteur du Serpent blanc. Quoiqu'il en soit, il chante parfaitement, avec une chaleur et une aisance sans faille.
Les titres défilent pour le plus grande plaisir : « Wings of Hope », « Revolution Road », « Hold On » garantissent une joie d'écoute quasiment instantanée. On pense à Foreigner, au Toto de l'époque Isolation ou aux plus récents Work Of Art. Le choix d'un son d'orgue (discret) par Alessandro Del Vecchio évite toutefois de trop sombrer dans les ornières du genre. Tout comme la décision de muscler fréquemment les parties guitares (« Losing You » ou « Take Your Love To Town » franchement hard rock).
Évidemment, Revolution Road ne révolutionne rien et le classicisme est très marqué. C'est que le projet est avant tout un support pour permettre de mettre en valeur un chanteur trop confidentiel. Et il réussit parfaitement cela.
Baptiste (7,5/10)
GerMusica – Avenue Of Allies / 2012
Tracklist (49:00) : 01. Wings Of Hope 02. Shooting Star 03. Revolution Road 04. Hold On 05. Ain’t Gonna Give My Heart Away 06. Love’s Got A Hold On Me 07. Losing You 08. Take Your Love To Town 09. Pretending Hearts 10. Balloon