Avec ce premier album de Sapphire Eyes nous sommes en plein dans l'underground de l'AOR. À une époque, il aurait semblé totalement étrange d'associer les deux termes tant les groupes relevant de ce genre caracolaient en tête des charts et ne relevaient en rien de l'« underground ». Depuis les choses sont retombées et le genre est maintenu en vie par certaines gloires d'antan qui sont surtout devenus des machine à gros concerts (Journey, Styx, Foreigner et Toto) et par quelques jeunes musiciens sans aucune ambition commerciale mais franchement passionnés par le style (Work Of Art, Lionville etc.). Les musiciens de Sapphire Eyes ne sont peut-être pas des nouveaux venus mais ce sont des passionnés. En fait le groupe ressemble surtout à un projet mené par le claviériste d'Alyson Avenue, Niclas Olsson. Alyson Avenue est surtout connu car Anette Olzon y a chanté avant d'intégrer Nightwish. Avant cela son AOR était resté très confidentiel. Confidentiel mais de qualité.
Voulant proposer de la musique écrite pour un chanteur et non une chanteuse, Niclas Olsson s'est tourné vers Thomas Bursell (Second Heat) qui interprète sur ce Sapphire Eyes les compositions du claviériste. Ajoutez à cela une pléiade d'invités plus ou moins prestigieux (on remarquera notamment l'ex-Street Talk, Sven Larsson mais aussi… Anette Olzon sur deux chansons) et nous obtenons une musique tout à fait agréable, jouée avec un vrai savoir-faire. Après un démarrage un peu tendre, l'album atteint une certaine vitesse de croisière aux alentours de « Only Feel Love » ou « Change Of Heart ».
Il n'y a bien que la pochette assez repoussante pour constituer un défaut très saillant. Tout juste déplorera-t-on la créativité malgré tout limitée. Mais les amateurs de belles mélodies et de refrains immédiats (« When Love Comes Alive », « This Love This Time ») y trouveront leur compte. Assurément.
Baptiste (7/10)
GerMusica – Avenue Of Allies / 2012
Tracklist (48 09) : 1. You’re My Wings (4:39) 2. I Want You To See Me (5:07) 3. Only Feel Love (5:32) 4. This Love This Time (4:09) 5. Change Of Heart (5:07) 6. Can’t Find The Words (5:23) 7. When Love Comes Alive (4:21) 8. A Man The World Can Do Without (4:26) 9. Someone Like You (4:22) 10. Lay Down In My Arms (4:39)
Je n'ai jamais été un aficionnado affolé de Steve Vai. Pourtant quand j'ai commencé à me pencher sur la guitare instrumental, son rayonnement était à son zénith : il venait d'enregistrer les parties guitare de Whitesnake pour Slip On The Tongue et de faire paraître son plus important album solo, le très acclamé Passion and Warfare (1990). J'avoue ne jamais avoir rafolé de ce dernier malgré ces qualités évidentes. Peut-être est-ce le son de guitare « Ibanez » de Vai qui m'a alors en partie détourné du guitariste ? Dans les faits, je n'ai jamais trop apprécié son vibrato, son phrasé, sa guitare sept cordes et le pullulement d'effets qu'il affectionne tant. Et ce, sans parler de son mysticisme qui m'avait toujours fait doucement rigoler…
Toutefois, il faut reconnaître que le bonhomme a des choses à dire, et ce malgré une certaine mégalomanie qui – à la différence de celle de Malmsteen – est féconde chez lui. Ce fort réussi, Story Of Light peut en témoigner. Après une fort belle entrée en matière constituée par le décalé titre éponyme qui alterne flamboyance guitaristique et narration féminine en langue russe, Vai va dérouler un propos à la fois varié et balisé par tout ce qu'il a pu produire auparavant. Les amateurs ne seront pas trop dépaysés mais Vai conserve toujours assez de créativité pour ne jamais être plat et redondant. On goûtera les lourdeurs rythmiques d'un « Gravity Storm » bien balancé, la légèreté cristalline de « Mullach a' tSi » (sic). Et l'on rechignera pas sur les vocalistes très correctes du maestro sur la longue pièce « The Moon And I » dont le long solo virtuose est à remarquer.
Voilà donc du beau travail qui me réconcilie finalement avec Steve Vai et qui démontre qu'à cinquante ans passés un guitariste peut toujours se renouveler et se montrer créatif dans le genre instrumental sans devoir jouer les troubadours à la mandoline (Richie Blackmore) ou sombrer dans le néant (Yngwie Malmsteen).
Baptiste (7,5/10)
Site officiel
Favored Nations – Replica / 2012
Tracklist : 1. The Story of Light 2. Velorum 3. John the Revelator 4. Book of the Seven Seals 5. Creamsicle Sunset 6. Gravity Storm 7. Mullach a’ tSí 8. The Moon and I 9. Weeping China Doll 10. Racing The World 11. No More Amsterdam 12. Sunshine Electric Raindrops
Il est des disques qu'on critique avec une certaine gêne. Ce sera le cas de ce Burning On The Wings Of Desire, quatrième disque du semi-projet Blood Of The Sun, projet articulé autour de Henry Vasquez (batterie) et Dave Gryder (Claviers / orgue hammond). Il faut insister sur le fait qu'il s'agit bien là du quatrième essai de Blood Of The Sun pour bien montrer que le groupe n'est pas un projet opportuniste visant à revisiter le hard seventies comme on le voit de plus en plus par les temps qui courent.
Toutefois comme The Answer, Witchcraft, Rival Sons et tutti quanti, Blood Of The Sun pratique un revival seventies total : les musiciens ont semblé avoir fait abstraction de tout ce qui a pu sortir à partir de Van Halen I (1978). D'où un orgue hammond très bavard et nécessairement très rétro. D'où une production brute et dépouillée qui permet de mettre en avant la voix gouailleuse des deux chanteurs apparaissant ici : John O'Daniel (Point Blank) et de Scott Scott « Wino » Weinrich (The Obsessed et Saint Vitus). Le tout est rythmé, remuant et nerveux. On ne roupille pas sur « Let It Roll » ou sur « The Snitch » et l'on tapera bien volontier du pied sur ces riffs endiablés et ces vocalises bien balancées.
On remarquera que la touche d'orgue hammond imposera une référence à Deep Purple même si la musique du groupe – assez primitive et peu variée – nous renvoie bien plus à Grand Funk Railroad ou à Bad Company (la touche bluesy en moins). Tout ceci est donc bien peu renversant et sera sans doute vite oublié. C'est sans doute la loi du genre.
Pas mauvais, voire plutôt réussi, Burning On The Wings Of Desire n'arrive pas à me convaincre totalement. La sincérité des musiciens est réelle, mais est-ce suffisant ? D'où la gêne évoquée plus haut.
Baptiste (6/10)
Listenable Record / 2012
Tracklist (37:59) : 01. Let It Roll 02. Burning On the Wings of Desire 03. Can't Stop My Heart 04. Brings Me Down 05. Rock Your Station 06. Good Feeling 07. The Snitch 08. Good and Evil