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Évoquer cette nouvelle version du fameux Concerto For Group And Orchestra de feu Jon Lord peut paraître un peu compliqué. En effet sa parution est posthume, car Jon Lord nous a quitté il y quelques mois de cela à la suite des complications dues à un cancer du pancréas. Il pourrait paraître malvenu de dire du mal de cette ultime réalisation, et ce d'autant plus que Lord tenait énormément à ce disque.

Par ailleurs, ce « Concert pour groupe et orchestre » souffre d'une réputation très contrastée : le concerto fut composé en 1969 et interprété par le groupe d'alors de Jon Lord, Deep Purple. Autant l'ambition et les qualités musicales et orchestrales furent louées à l'époque, autant la réalisation définitive laissa songeur. D'ailleurs, Deep Purple ne frailla pas un chemin dans cette direction musical, puisque In Rock (1970) durcit tout à fait le ton, ne laissant les influences classiques qu'aux solos de Blackmore et Lord.

Une nouvelle version enregistrée en 1999 avec un nouvel orchestre (In Concerto With The London Symphonic Orchestra)  laissait toutefois apparaître plus nettement les qualités de cette improbable fusion du rock et de la musique classique. Après avoir quitté Deep Purple pour des raisons liées à son âge, Lord put faire interpréter son concerto plusieurs dizaines de fois, notamment grace à la persévérance d'un compositeur et musicologue hollandais, Marco de Goeji, qui s'est atelé à la tâche de tout retranscrire, les partitions originelles ayant été perdues. Toutefois, Lord a encore remis son ouvrage sur le tapis en 2011 en modifiant certaines parties du concerto dont il n'était pas satisfait et en contactant de nouveaux musiciens et un nouveau chef d'orchestre. De Deep Purple, il n'y a plus que Steve Morse pour jouer sur ce concerto. La direction de l'orchestre a été confiée à Paul Mann avec lequel des liens d'amitié avaient été tissés par Lord. Au final, cette nouvelle version correspond parfaitement à la vision du concerto que pouvait avoir Lord. 

On peut dire que la mémoire de Lord se trouve parfaitement honorée par cette réalisation posthume. Cette version est clairement supérieure aux deux précédentes. Elle manque peut-être un peu du grain de folie présente sur la version de 1969, un grain de folie apportée par un groupe de jeunes chiens fous ayant tout à prouver. Mais elle y a énormément gagné en maîtrise, notamment par le racourcissement des trop nombreux solos. Le son est cette fois bien meilleur, dévoilant toutes les nuances des différentes parties instrumentales et gagnant énormément en dynamique. La finesse de la composition et la richesse de l'orchestration bondissent dorénavant à l'oreille. Lord apparaît vraiment comme un compositeur de grande classe autant qu'un technicien au dessus de tout reproche. 

Les amateurs du Pourpre profond s'intéresseront avant tout à l'interaction entre les musiciens rock et l'orchestre, une interaction que Lord jugeait décisive pour comprendre son propos musical. L'arrivée sur le premier mouvement du guitariste bulgare Darin Vasilev, puis son interaction avec Lord sont une très grande réussite, ne serait-ce que du fait de fluidité de l'ensemble. Sur le deuxième mouvement qui propose non plus un duel entre groupe et orchestre mais une fusion entre les deux, l'intervention de Joe Bonamassa est parfaite. Et l'on rugira de plaisir à entendre Bruce Dickinson chanter dans un contexte totalement surprenant. L'homme s'en tire toutefois très bien. Steve Morse, sur le troisième mouvement, le « Vivace Presto », s'insère dans un cadre musical plus dynamique et surtout plus harmonieux, groupe et orchestre jouant fréquemment à l'unisson.

Au final, au delà du plaisir à goûter un disque aussi riche et captivant qu'exigeant, on ne pourra que regretter qu'il ait fallu attendre tant de temps pour jouir enfin de la plus parfaite combinaison entre rock et musique classique. Oubliez au plus vite les Moments of Glory, S & M et autre Alive IV produits récemment et tournez vous vers ce qu'a fait il y a quarante ans Jon Lord, tout simplement. 

Baptiste (8,5/10)

 

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Ear Music / 2012

1. Movement One : Moderato Allegrato 2. Movement Two : Andante 3. Movement Three : Vivace Presto

« Plus dur sera la chute… » Après les succès incontestables de la saga des Keeper Of The Seven Keys et le départ surprenant à l’époque de Kai Hansen, Helloween a connu une période noire qui a mené le groupe proche de la disparition. Pink Bubbles Go Ape, sorti tardi-vement après Keeper Of The Seven Keys part II du fait d’un conflit juridique du groupe allemand avec son ancien label Noise, marqua le premier moment de la chute, le fond n’étant atteint qu’avec Chameleon. Les trois années d’attente furent plus ou moins « meublées » de polé-miques pas bien agréables des musiciens envers leur ancien comparse, Kai Hansen, accusé de « stagner » en proposant avec Gamma Ray un resucé des Keepers. Michael Kiske – depuis très rabiboché avec Hansen – en profita pour attaquer les parties solo lentes du titre éponyme d’Heading For Tomorrow, pour mieux vanter les mérites du remplaçant Roland Grapow. Pour bien marquer la rupture avec Hansen, le groupe – sous l’impulsion d’un Weikath rancunier – extirpa de ses set-lists tous les titres de son ancien leader sauf « Future World ». Ce règlement de comptes effectué notamment au détriment des fans n’était pas bien classieux. C’est dire que l’on pouvait être assez vigilant voire échaudé lorsqu’arriva finalement dans les bacs Pink Bubbles Go Ape.

Des critiques au vitriol

L’album fut copieusement assassiné par les critiques lors de sa sortie et il y eut bien peu de personnes pour le défendre. À ce jour, Helloween ne joue plus aucune de ses compositions en concert. Pourtant, rétrospectivement Pink Bubbles Go Ape n’est pas si mauvais. Il contient même de bonnes choses mais globalement les défauts du disque sont trop nombreux pour en faire un album ne serait-ce qu’« assez bon ».

Commençons par les griefs les plus secondaires : un titre obscur associé à un artwork pour le moins étrange qui vit toutes les citrouilles remplacées par des bulles. On poussait trop loin le principe de l’humour décalé. Par ailleurs, le disque souffre d’une production de Christ Tsangarides totalement aseptisée. Il semble que le courant ne soit absolument pas passé entre les Allemands et le producteur. Ce dernier leur a fait un son très propre mais manquant de puissance, le son des guitares étant tout à fait rachitique et la voix de Kiske trop en avant. Cela ne fait que renforcer une tendance « pop metal » déjà légèrement perceptible sur le disque précédent. Mais comme les compositions du disque sont très largement inférieures à celle des Keeper, le hiatus apparaît nettement.

Kiske et Weikath ont beaucoup reproché à Tsangarides de ne pas les avoir bien conseillé dans le choix des morceaux lors de l’enregistrement de l’album. Le peu de motivation du producteur semble indéniable mais il n’aurait sans doute pas pu faire grand chose tant la panne sèche en terme d’inspiration est palpable ici. Et l’écoute des médiocres faces B de singles proposées sur l’édition remasterisée indique bien que les problèmes de créativité n’étaient pas ponctuels. La faute en partie à un Weikath qui semble avoir été totalement anesthésié par le départ de Hansen et qui ne propose que deux chansons. Tout d’abord un titre assez typé hard FM comme l’insolite « Number One », plutôt agréable mais qui ne devrait pas avoir sa place sur un disque d’Helloween. Puis une niaiserie plus pathétique que drôle : « Heavy Metal Hamster » qui n’aurait jamais dû apparaître que sur un single destiné au marché japonais (c’était l’avis de Tsangarides par ailleurs). Grosskopf fera toutefois pire en insérant sa première chanson dans Helloween. À l’écoute du catastrophique « I’m Doin’ Fine Crazy Man », on comprend pourquoi le groupe s’était dispensé jusqu’alors de ses services de compositeur.

Kiske en leader inattendu et Grapow en bonne surprise

De manière inattendue, c’est Michael Kiske qui s’impose comme le leader du groupe, composant ou co-composant une majorité de titres. Contrairement à une légende tenace, le chanteur n’est pas un mauvais compositeur et il a réussi à produire un single de qualité – « Kids Of The Century » – succédant à une introduction sous la forme d’une comptine plutôt rigolote, « Pink Bubbles Go Ape ». Il chante d’ailleurs particulièrement bien sur cette chanson qui aurait sans doute pu tout à fait trouver sa place sur Keeper Of The Seven Keys part II. La qualité retombe d’un cran sur un de ses autres titres « Goin’ Home », certes bien chanté mais aux mélodies et autres refrains trop faciles. Sa ballade en clôture d’album, « The Turn », est plutôt agréable sans être renversante.

La bonne surprise vient de Roland Grapow : ses morceaux, tout à fait dans la lignée du style classique d’Helloween, sauvent l’album. « Someone’s Crying » est une somptueuse speederie au refrain superbe. « Mankind » et ses six minutes détiennent une dimension épique très classieuse par ailleurs totalement occultée sur le reste du disque. « The Chance » tient aussi parfaitement la route, notamment grâce à un superbe solo démontrant tous les talents de technicien de notre homme. Seul « Back On The Streets » marque le pas. Malheureusement pour Pink Bubbles Go Ape, la répartition des titres est calamiteuse, concentrant la plupart de ces chansons franchement réussies en fin d’album. Peu d’auditeurs seront allés aussi loin. Et beaucoup commenceront à se dire qu’Helloween sans Kai Hansen est en fait un bateau sans capitaine, prenant l’eau de partout. Le disque suivant, Chameleon, les confortera totalement dans cette idée.

Inégal, peu ambitieux, trop « pop », Pink Bubbles Go Ape profite toutefois du chant toujours de haute tenue de Kiske et du savoir-faire du nouveau venu, Roland Grapow, qui signe quand même quelques bonnes compositions et quelques excellents solos. On y sent encore un peu la flamme des Keepers Of The Seven Keys. Mais c’est ici plus une flamèche qu’un brasero. C’est le disque lui succédant qui soufflera la flamèche.

Baptiste (5,5/10)

EMI / 1991

Tracklist (44:03)  : 1. Pink Bubbles Go Ape 2. Kids Of The Century 3. Back On The Streets 4. Number One 5. Heavy Metal Hamsters 6. Goin’ Home 7. Someone’s Crying 8. Mankind 9. I’m Doin’ Fine, Crazy Man 10. The Chance 11. Your Turn

Neal Schon – The Calling

Neal Schon reste avant le guitariste d'un groupe, Journey, dont il est un des membres fondateurs et le seul rescapé du line up originel avec Ross Valory. Même s'il a connu un succès commercial important avec Bad English et un succès artistique avec Hardline, c'est avant tout à Journey que son nom est associé. Pourtant, Neal Schon a toujours maintenu une carrière parallèle à Journey, jouant notamment avec Sammy Hagar (HSAS) ou avec Jan Hammer, voire avec Jeff Scott Soto (Soul Sirkus). Et surtout en enregistrant régulièrement des disques solo plus ou moins confidentiels. Tout ceci n'a jamais obtenu un écho comparable à Journey, mais l'homme n'en a cure, cherchant plutôt à assouvir son besoin d'expérimentations diverses. 

Si le format très établi de la musique de Journey permet assurément à Neal Schon de déployer une bonne partie de son talent, une autre n'a pas sa place dans un groupe aux fans assez conservateurs. Les escapades solo de Neal Schon sur Late Night (1989) ou sur The Voice (2001) n'ont pas été marquantes mais ont au moins permis à Neal Schon de sortir des sentiers battus et rebattus.

The Calling est à ranger dans la même catégorie. Neal Schon n'est jamais aussi bon que lorsqu'il compose pour Journey et là il ne brille pas comme il sut le faire sur Escape ou Frontiers. Dans un style de rock instrumental aux sonorités souvent jazz rock ou bluesy, son album n'est pas dénué cependant d'un travail réel de composition (le bon riff de « Back Smash », du titre éponyme etc.). On penserait de la sorte parfois à Satriani, n'étaient les grosses touches de jazz fusion apportées par le jeu de batterie d'un Steve Smith dont je regrette encore et toujours le départ de Journey après le décevant Trial By Fire. Cerise sur le gâteau : l'apparition de Jan Hammer ici qui place quelque solos aux sonorités, certes datées, mais très plaisantes si on apprécie un tant soit peu ce qu'on fait Al Di Meola ou Larry Carlton au tournant des années 70 et 80. Un titre virtuose comme « Fifty Six » est un bon exemple de cette maîtrise musicale en rien surannée. Au final, ce sont plus les interventions en solo largement improvisées que les parties strictement composées qui marquent l'esprit.

Le principal héros de la pièce est évidemment Neal Schon dont le phrasé toujours aussi somptueux fait toujours mouche (quelle science du tiré !). Le notes extraites de sa guitare sur « True Emotion » sont superbes, le toucher de Schon faisant merveille. Neal Schon est un des rares guitaristes à savoir allier la spontanéité et la maîtrise dans l'univers du rock, pouvant alterner des plans extrêmement propres et nettement articulés à des embardés improvisées totalement échevelés. Si ce disque pouvait permettre à ce qu'il soit reconnu comme un peu plus que le guitariste de Journey, cela ne serait que justice.

Baptiste (6,5/10)

 

Frontiers / 2012

Trackstist (53:50) : 1. The Calling 2. Carnival Jazz 3. Six String Waltz 4. Irish Field 5. Back Smash 6. Fifty Six 7. True Emotion 8. Tumbleweeds 9. Primal Surge 10. Blue Rainbow Sky 11. Transonic Funk 12. Song of the Wind