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On connaissait déjà « les anomalies » Frédéric Slama et Silence. Il faudra maintant compter avec celle constituée par Chasing Violets. Je m'explique : avec AOR de Frédéric Slama et Silence de Bruno Levesque et Ben Venet, la France s'est montrée pour la première fois dotée de deux projets typé AOR/Rock mélodique de haute qualité. Le groupe des sœurs Mélissa et Sarah Fontaine au nom de raffiné de Chasing Violets complète ce duo parfaitement avec ce très recommandable premier essai : Outside Heaven. Avec trois « anomalies » on peut dire que la malédiction est presque levée et que la France n'a plus beaucoup à envier aux anglosaxons et aux scandinaves dans ce genre musical.

La musique des deux sœurs se veut ainsi à l'image du nom du groupe, œuvrant dans une AOR élégante teintée de touches de West Coast. Le chant très mélodique de Sarah et Mélissa alterne des lignes vocales fines et prenantes qui transportent des chansons aussi réussies que « No Margin For Error », le superbe « The Price To Pay », la très romantique « Voices In The Wind » ou la tubesque « No One's Gonna Hurt Me Anymore ». 

Les timbres de voix des sœurs étant assez proches, la présence de duos avec des intervenants extérieurs était sans doute une nécessité pour diversifier ce Outside Heaven. Et il faut reconnaître qu'ils constituent des points fort de l'album, notammant quand Göran Edman (Street Talk, Yngwie Malmsteen, Crossfade) donne la réplique sur « Price To Pay » ou « Above Suspicion » (sur lequel on peut dire sans euphémisme que le refrain fait mouche). Selon la même démarche on retrouve Philip Bardowell sur un titre du même niveau : « A Hole In Paradise ». Le duo avec Jerry Hludzik, bien que plaisant, est par contre un peu deça des chansons citées précédemment. Celui avec Dane Donohue intitulé « Voices In The Wind » s'avère par contre, lui, haut de gamme et très classieux.

Il y a tout lieu de penser que l'association de noms aussi fameux au premier disque de Sarah et Mélissa Fontaine tient au compositeur et « mentor » de Chasing Violets : Frédéric Slama qui a décidé de prendre les deux jeunes françaises sous son aile. Il est en effet l'auteur de la majorité des morceaux et de la production de telle sorte que l'on peut rapprocher sur certains points la musique du duo de celle d'AOR, le projet personnel de Slama. Tous les amateurs de Slama savent que son implication est toujours synonyme – si l'on est friant du style – d'une production irréprochable, de compositions très léchées et de mélodies vocales accrocheuses. On a sans doute ici une partie des clés du succès de ce Outside Heaven, l'autre partie étant évidemment constituée par le talent des deux sœurs. Frédéric Slama travaillant toujours avec la crème du milieu du rock mélodique, il n'y a pas à s'étonner de retrouver ici aux guitares un Tommy Denander, un Paul Sabu ou un Michael Landau. Cela donne lieu à de forts belles parties de guitare et indique qu'une orientation un peu plus « hard » est par la suite envisageable, ce qu'on peut déjà entrevoir sur « Just Wanna Be Your Heroin ».

Au final, malgré quelques faiblesse sur certains titres, dont un « Ceasing Fire » un peu longuet ou un « When The Darkness Falls » au refrain trop plat, on tient un premier essai non seulement très prometteur mais extrêmement agréable, souvent à la lisière de l'ensorcelant. La mise en contact du talent de Sarah et Mélissa et du professionalisme inspiré de Slama est plus qu'une bonne surprise : une franche réussite.

Baptiste (7,5/10)

 

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Perris Records / 2012

Tracklist (68:03) : 1. I Can't Love No More 2. No Margin For Error 3. The Price To Pay  4. When The Darkness Falls  5. Voices In The Wind  6. Above Suspicion  7. Outside Heaven  8. Hold Back The Dawn  9. No One's Gonna Hurt Me Anymore 10. A Hole In Paradise 11. You're My Obsession 12. Cease Fire 13. Just Wanna Be Your Heroin

Magnum – On The 13th Day

Attention ! Voici une pochette à laquelle il ne faut pas se fier. Car si Magnum pour son nouvel a fait appel à son fidèle dessinateur Rodney Matthews, l'illustration affichée rompt quelque peu avec l'onirisime habituel de l'artwork de Magnum. Le farfadet plus proche du diablotin que du lutin jovial nous renverrait à un univers un peu plus décalé et sarcastique que les fééries habituelles. La musique suivrait-elle le dessin et une inflexion musicale est-elle à l'horizon sur ce On The 13th Day

Il n'en est rien et  la musique de Magnum reste toujours globalement inchangée depuis la reformation ayant donné lieu aux fort réussis Brand New Morning et Princess Alice & The Broken Arrow. Rappelons les contours de la musique actuelle du groupe : ayant abandonné toute véléité de succès radio, Magnum a définitivement tourné la page de Goodnight LA (1990) ou de Wings of Heaven (1988) pour s'inspirer de la musique plus ambitieuse et heavy abordée sur Chase The Dragon ou On A Storyteller's Night. Les accents AOR et FM ont donc disparu au profit de chansons plus épiques, voire presque progressives n'était la faiblesse en solo de Tony Clarkin qui empêche tout sophistication du propos trop poussée.

On pourrait faire un parallèle avec l'orientation actuelle d'Iron Maiden : sans doute conscient que la fougue et la fraîcheur sont bel et bien parties, les deux groupes choisissent de proposer des composition très travaillées et en conséquence plus longues. Pourquoi pas ? Si on ne recherche pas trop de nouveaux « Vigilante » ou « Start Talking Love », on ne sera pas donc déçu par ce On The 13th Day très réussi et sans doute supérieur à ses deux prédécesseurs, The Visitation ou In The Valley Of The Moonking. Les compositions sont très bien structurées et regorgent de très bonnes idées. Le chant de Bob Catley, lui, ne souffre toujours pas les années. Le groupe se permet deux titres plus accrocheurs auxquels il ne nous avait plus habitué depuis quelques temps : « Let It Rain » ou « Shadow Town », à l'inspiration très mélodique. Les chansons plus heavy ne dépareillent pas pour autant : « Blood Red Laughter » ou « On The 13th Day » le heavy « See How They Fall » sont assurément du bel ouvrage. Tout juste pourra-t-on déplorer une certaine homogénéité des tempos et l'on aimerait que Magnum accélère parfois le rythme pour atteindre de nouveau l'intensité des « Kingdom of Madness » ou « Just An Arrow » de jadis. Mais est-ce vraiment à l'ordre du jour ? 

Baptiste (7,5/10)

 

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SPV – Replica / 2012

Tracklist (57:16) : 01. All The Dreamers 02. Blood Red Laughter 03. Didn’t Like You Anyway 04. On The 13th Day 05. So Let It Rain 06. Dance Of The Black Tattoo 07. Shadow Town 08. Putting Things In Place 09. Broken Promises 10. See How They Fall 11. From Within

Si Keeper Of The Seven Keys Part I est assurément le chef d'œuvre de Helloween, sa suite, Keeper Of The Seven Keys Part II, correspond à son pic de popularité et à son plus grand succès commercial. Grâce notamment à deux singies imparables, « Dr Stein » et « I Want Out », le  disque se vendit à plus d'1 700 000 exemplaires et donna lieu à une tournée triomphale dont le point d'orgue fut une apparition aux Monsters of Rock de Donington. Beaucoup prédisaient alors à Helloween la stature d'un Iron Maiden ou d'un Judas Priest. Bien mal leur en a pris car l'on sait que la Roche tarpéienne est toujours proche du Capitole : à la fin de cette tournée Kai Hansen quitta le groupe et Helloween fut fauché en pleine gloire, le groupe connaissant un déclin brutal dont il ne s'est jamais vraiment totalement remis. Quoiqu'il en soit Keeper Of The Seven Keys Part II reste l'album préféré des fans et la plupart de ses chansons des classiques des concerts. 

Le chef d'œuvre de Michael Weikath

Outre être l'album le plus vendu et le plus vendeur de Helloween, Keeper Of The Seven Keys Part II est aussi l'album de l'effacement de Kai Hansen qui ne signe que deux titres ici (trois si on inclut le bonus track présent systématiquement sur tous les pressages CD, « Save Us »). C'est son comparse et semi-rival, Michael Weikath qui se taille la part du lion, intrégrant cinq titres de son cru. Et en tenant compte de la durée des compositions, on réalise encore mieux l'apport de Weikath puisque ce dernier a écrit les treize minutes de la monumentale « Keeper Of The Seven Keys », suite du fameux morceau « Halloween » et dernier épisode de la sage du Gardien des sept clés. En intégrant deux de ses compositions (« You Always Walk Alone » et le beau mi-tempo « We Got The Right »), Kiske commençait à occuper une place de plus en plus importante dans le processus créatif du groupe. Mais heureusement pour cette album, il n'est pas aux commandes. 

Si Keeper of The Seven Keys devait être un double album à l'origine, le refus du label et les défauts des compositions proposées par Weikath l'ont définitivement scindé en deux parties, voire en fait en deux disques. La première partie, plus courte et homogène, est avant tout l'œuvre de Kai Hansen, alors que ce Keeper Of The Seven Keys Part II comprend de manière dominante les chansons de Weikath qui n'étaient restées qu'à l'état de démo. De facto, les deux parties diffèrent sur de nombreux points. La partie II est nettement plus longue : avec 54 minutes de musique contre les 37 de la première partie, Helloween propose beaucoup plus de choses aux fans cette fois. La contre-partie en est que la qualité est moins systématique.

Quelques signes d'inconstance

Alors que de bout en bout, Keeper Of The Seven Keys Part I, ne connaissait aucun fléchissement, ici l'inspiration varie quelque peu. Voyez : après un brulôt de speed mélodique aussi majestueux que « Eagle Fly Free » au refrain légendaire, l'auditeur découvre une bonne composition de Michael Kiske, « You Always Walk Alone », mais déjà en deçà du titre précédent. Il tombera de haut sur le fort pénible « Rise And Fall » et son refrain tartignole, dans un style « happy metal » puéril. Et l'on pourrait continuer… « Dr Stein » dans un genre assez similaire mais mieux composé raccroche l'auditeur qui lui trouvera toutefois une certaine incohérence dans la structure, puisque à un refrain guilleret succède une embardée speed, certes de qualité, mais un peu incongrue. « We Got The Right » fait quelque peu retomber l'attention malgré les qualités du chant de Kiske qui éclate à l'oreille ici. La fin du disque est bien meilleure et l'on peut se poser la question du choix de placer le sublime « March Of Time » et le single catchy « I Want Out » en septième et en huitième place. L'album se clot en majesté sur le somptueux « Keeper Of The Seven Keys », qui démontre tout le savoir de composition de Weikath, dans une alternance de moments doux, de montées en puissance et de climax majestueux à l'image du refrain inoubliable. Il est difficile de comparer la qualité de cette pièce épique au « Halloween » du disque précédent car elle se montre au final assez différente. À mon avis le niveau d'excellence est quasiment le même. Le bon titre « Save Us » n'est lui qu'un bonus track d'ailleurs mal placé, tellement sa vigueur agressive digne du premier Keeper contraste avec ce qu'on a pu entendre plus tôt sur cette deuxième partie. 

Car on remarquera aussi qu'il y a moins de cohérence stylistique ici que sur les deux disques précédents d'Helloween : comment faire voisiner les bruits d'animaux qui clôturent « Rise And Fall » avec le message plus grave de « March Of Time » ou la tonalité épique de « Keeper Of The Seven Keys » ? Je m'interroge. On remarque toutefois que globalement cette deuxième partie de la saga du Gardien des sept clés est plus apaisée que la première, le speed énervé étant de plus en plus remplacé par une orientation plus strictement heavy « classique ». La production de la paire Hansen / Newton fait beaucoup pour cela : plus claire et maîtrisée que celle du disque précédent dont Newton et Hansen étaient déjà les auteurs, elle est aussi plus « clinique ». Par ailleurs, elle met beaucoup en valeur le chant de Kiske au détriment des guitares, un peu plus en retrait et manquant légèrement de tranchant. Si la voix fabuleuse d'un Kiske toujours aussi impérial en profite, cela nuit quand même à la puissance du tout. On sait par ailleurs que Weikath préfère de beaucoup la production de la première partie et qu'il a en conséquence remixé certains des titres de Keeper… part II pour la compilation Treasure Chest. L'écoute de ces remixes, certes brouillons mais plus puissants, donne une idée de la manière dont le disque aurait pu sonner si le groupe avait totalement contrôlé la production. 

Ces réserves ne doivent pas obérer l'essentiel toutefois : Keeper Of The Seven Keys Part II est certes légèrement imparfait mais de très haute tenue. Et si on tient compte de sa durée assez longue pour l'époque, on ne peut que qualifier ce disque de « majeur », largement du niveau d'un Seventh Son of A Seventh Son ou d'un Screaming For Vengeance de qui vous savez. C'est dire !

Baptiste (9/10)

 

Noise / 1988

Tracklist (54:50) : 1. Invitation (intro) 2. Eagle Fly Free 3. You Always Walk Alone 4. Rise And Fall 5. Dr Stein 6. We Got The Night 7. March Of Time 8. I Want Out 9. Keeper Of The Seven Keys 10. Save Us