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Wigelius – Reinventions

Wigelius ne dira pas grand chose à la majorité d'entre vous. Et pour cause : le groupe structuré autour des deux frères Anders (chant) et Erik Wigelius (batterie) est aussi jeune que l'âge des deux leaders qui n'ont pas encore atteint la trentaine. Cette jeunesse ne surprendra pas à l'écoute du timbre d'Anders : son chant bien que très assuré est rempli d'une vigueur et d'une fraîcheur que disperse généralement le poids des ans. La chose est d'autant plus intéressante à remarquer que le genre adopté par Wigelius n'a rien de bien contermporain : œuvrant dans une AOR à la Journey ou à la Toto, Wigelius propose une musique tout de suite identifiable et totalement hors des modes actuelles. Tout juste remarque-t-on qu'âge et origine scandinave oblige, la musique du groupe se rapproche souvent de celle de Work Of Art (c'est très patent sur le titre d'ouverture, « Angeline »).  Tout cela n'est quand même pas trop trendy… Il est souvent plaisant de constater que les jeunes générations ne sombrent pas toutes dans le « jeunisme » et savent apprécier la musique de leurs aînés. 

Et ce d'autant plus quand la musique composée et enregistrée tient autant la route : ce Reinventions est fichtrement efficace, recelant son lot de chansons accrocheuses et de refrains rutilants (au passage, citons le single « Angeline », « Next To Me », « My Cassandra » et j'en passe). Peut-être moins brillants que Work Of Art ou W.E.T. – sans doute du fait d'une expérience moindre –, les quatre musiciens de Wigelius sont quand même sacrément doués. Il est dommage que leur producteur, Daniel Flores, leur ait fourni un son aussi daté, avec trop de compression et de réverbération, ce qui ôte franchement de la spontanéité à la musique du combo. Au final, malgré des défauts de jeunesse et notamment le poids un peu lourd de l'influence des patriarches du genre, on conclura que le premiier essai de Wigelius, outre proposer un excellent moment de musique aux amateurs, s'avère très prometteur pour la suite qui est à venir. Un premier essai très encourageant. 

Baptiste [7/10]

 

Frontiers / 2012

Tracklist (45:55) : 01. Angeline 02. Talking About Love 03. Do You Really Know 04. Next To Me 05. My Cassandra 06. Piece Of The Action 07. Too Young To Fall In Love 08. Right Here, Right Now 09. Love Can Be That Much 10. Hold On To Love 11. There Is No Me Without You 12. I Reach Out

Comment définir le « classic rock » ? Peut-être par une certaine inspiration stylistique : une musique au croisement du rock, du blues, du hard rock, avec quelques autres influences parfois présentes (le boogie, le progressif, l'AOR ou la west coast). Mais par une époque aussi : les seventies, notamment dans leur deuxième partie, constituent l'âge d'or du genre. Voici bien les principaux points communs qui permettent de regrouper sous une même étiquette : Bad Company, Deep Purple, Lynyrd Skynyrd, Heart, .38 Special, Kansas ou les Eagles, voire Steely Dan.

Mais pourquoi cette introduction rétrospective ? Car le projet de Björn Strid (Soilwork évidemment) et de Sharlee D’Angelo (Arch Enemy et Spiritual Beggars) dénommé The Night Flight Orchestra a pour objectif de rendre un hommage à toute cette époque extrêmement créative musicalement. Entouré de David Anderson (guitares), de Jonas Källsbäck (batterie) et de Richard Larsson (claviers), le duo, avec ce Internal Affairs, propose une plongée artistique rétrospective dans le classic rock qui est une vraie immersion musicale totale. 

À écouter ce premier essai de The Night Flight Orchestra qui invoque les manes de Bad Company, de Creedence Clearwater et de Lynyrd Skynyrd avec succès, il n'y a bien que la date de sortie du disque qui nous ramène à notre triste quotidien. C'est dire qu'ici le son n'est en rien métal mais franchement rock avec de nombreuses ouvertures sur le hard rock des 70's toutefois. La voix de Strid s'adapte parfaitement à ce nouveau contexte musical. Plus : il semble complètement habité par cette orientation stylistique truffant le disque de refrain mélodieux et de couplets accrocheurs (« Siberian Queen », « California Morning », « Stella Ain't No Dove »). Ce n'est pas une vraie nouveauté tant on connait la diversité des goûts du vocaliste de Soilwork ainsi que son talent, mais il faut admettre qu'une telle réussite n'était pas attendue. On sent chez lui une vraie osmose avec la démarche adoptée, osmose liée vraisemblablement à un attachement fort envers une époque et un pays – l'Amérique du Nord. À lire ses paroles consacrées à des lieux marquants de l'espace américain (« California Morning », « Miami 5:02 » ou « Transatlantic Blues »), on perçoit toute son affection pour un pays et un peuple qui ne se résume pas à quelques traders cyniques et à des porteurs d'armes obscurantistes. 

Les autres musiciens sont évidemment au diapason : l'orgue hammond claque, la batterie est organique au possible et la guitare alterne les riffs à la saturation toute en nuance et les solo simples et lyriques. Tirons tout particulièrement notre chapeau au guitariste David Anderson qui, à son instrument comme à la composition, joue un rôle décisif dans le succès patent de l'album. Cerise sur le gâteau : la production, claire et dépouillée, est nimbée d'une réverbération qui participe d'une ambiance à la fois rétro et très prenante.

On comprend donc que ce premier essai m'ait totalement transporté : ce Internal Affairs de The Night Flight Orchestra n'est pas qu'une bonne surprise, c'est une réussite totale. Faire revivre avec  tant sincérité un style musical maintenu en vie à ce jour par des combos vieililissants étaient une gageure qui n'a pas effrayé Björn Strid et les siens. Bravo à eux.   

Baptiste (8/10)

 

Myspace du projet

Coroner Records / 2012

Tracklist (61:02) : 1.  Siberian Queen 2. California Morning 3. Glowing City Madness 4. West Ruth Ave 5. Transatlantic Blues 6. Miami 5:02 7. Internal Affairs 8. 1998 9. Stella Ain't No Dove 10. Montreal Midnight Supply 11. Green Hills Of Gumslöv 12. American High

On avait quelque peu perdu de vue Silence depuis plusieurs années, depuis Open Road (2008) à vrai dire. Et c'est donc après quatre ans de « silence » (le jeu de mot est facile) que le groupe se rappelle à nous avec ce City qui nous fera regretter de n'entendre que trop rarement parler de Silence. À la décharge des deux membres du groupe, le multi-instrumentiste Bruno Levesque et le chanteur Ben Venet, il y a d'abord le fait que le genre qu'ils ont adopté ne jouit pas d'un soutien médiatique important. Il faut donc beaucoup de courage et de passion, de nos jours, pour avoir comme style musical l'AOR, celle des années 80, celle qui vit l'heure de gloire des Journey, Boston et consorts. Par ailleurs, ce long délai a été mis à profit pour effectuer une gros travail de composition, de tel sorte que Silence accouche finalement de deux disques : ce City se décline en deux CDs, un intitulé Days et l'autre naturellement Nights

À l'écouté répétée et attentive de ces deux opus en un, on conclura que ces quatre années n'ont pas du tout été stériles pour le groupe loin de là. Le temps passé a permis à Levesque et à Venet de créer une musique de grande classe, créant une ambiance tout à fait envoûtante, que retransmet bien le bel artwork très soigné de ce City. Les paroles sont à l'avenant et en évoquant des personnes (« Jenny »), des sentiments (« Drifting Away ») ou des situations (« Insomnia »), elles arrivent parfaitement à retranscrire les nombreux aspects de la vie urbaine d'aujourd'hui. 

Que dire des chansons elles-mêmes ? Une première remarque rapide tiendra à la qualité globale : malgré l'abondance des titres, ce City ne connaît quasiment aucun temps mort et la qualité est toujours au rendez-vous. Chaque riff, chaque thème à la guitare, chaque refrain, chaque solo a été extrêmement travaillé pour éviter le banal et le secondaire. Il devient ainsi très difficile de faire une liste des compositions franchement réussies. Citons quand même comme point de repère à l'écoute : « Footprints », « Jenny », « Ghosts » ou le somptueux « Promised Land » et son refrain classieux. Mais à vrai dire, pour être équitable, ce seraient les deux disques qu'il faudrait citer in extenso. C'est d'ailleurs pourquoi aucune des deux parties de ce City ne se montre supérieure à l'autre et que l'équilibre musical est totalement respecté. Tout juste remarquera-t-on que Nights est un peu plus agressif – lorgnant plus nettement vers le hard rock sur certains titres comme « Drifting Away » –, et un peu plus sombre, Days se montrant plus calme et mélancolique. Toutefois, il est important d'insister sur le fait que la variété des tempos et des styles se retrouve au sein de chacun des deux disques, Silence sachant opter pour une pop très accrocheuse sur « Lift Me Up » aussitôt après avoir interprété un hard FM à la Bon Jovi sur « Guardian Angels ». 

On constatera au passage, la versalité de Ben Venet sur chacun des morceaux chantés : notre homme alterne aisément les parties apaisées (« Brand New Start » tout en nuance) et un chant plus puissant (« Drifting Away » ou « Business »). On lui juste reprochera parfois un léger accent même si ce n'est pas systématique. (Et puis qui a reproché à Klaus Meine de chanter en anglais avec l'accent qu'on lui connaît ?) Par ailleurs, son duo magique avec sa sœur, Justine Venet, sur un « Lift Me Up » qui adopte le français sur certains passage pour le meilleur effet, nous incite à penser que cette langue pourrait aussi très bien aller à Silence. (Signalons au passage que ce morceau tout à fait prenant devrait obtenir de nombreux passages radio, si le suivisme conformiste n'était pas si généralisé dans les médias francophones).  

Quant à Bruno Levesque, à écouter ses parties guitares et notamment ses superbes solos sur « Someday », « Make My Day » ou « Insomnia », on n'arrive pas à comprendre pourquoi il n'obtient pas plus reconnaissance. Voilà tout simplement un des meilleures guitaristes que l'on ait en France, à la fois très technique, très inspiré et très lyrique. Franchement les solos de « Lift Me Up » ou de « The Good Old Days » témoignent d'un toucher et d'un phrasé assez incroyables. M'est avis qu'ils seraient à même de faire verdir de jalousie un Michael Landau ou un Steve Lukather… Bruno Levesque est assurément une grosse pointure du genre et il est temps qu'il obtienne la notoriété qu'il mérite. 

Slience est donc la réunion de deux personnalités musicales aussi expérimentées qu'inspirées. Mais c'est aussi une association musicale et humaine qui vient de produire un des meilleurs albums du genre de l'année. Même si le groupe ne revendique sans doute pas ce label, il vient de montrer ici qu'il existe dans l'espace francophone, un excellent groupe d'AOR, digne évidemment de rivaliser avec les meilleurs.

Baptiste [8,5/10]

 

Site officiel

Myspace

Perris Record / 2012

City (Days) tracklist (49:53) : 01. Beggars Day 02. Father 03. Footprints 04. Brand New Start 05. Jenny 06. Guardian Angel 07.The End Of The Day 08. Lift Me Up 09. Daydreaming 10. Business 11. Waiting For Dawn 

City (Nights) tracklist (48:44) : 01. Drifting Away 02. Ghosts 03. Taste Of The Past 04. Crashing Down 05. Memory Of Blue Eyes 06. Someday 07. Insomnia 08. Promised Land 09. Just One Kiss On Your Heart 10. Out Of The Dream 11. The Good Old Days