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Luley – Today’s Tomorrow

« Qui se souvient de Klaus Luley ? » A priori, personne… On pourrait fournir une piste en reformulant la question : « Qui se souvient de Tokyo et de Craaft ? » Je vois quelques mains timides qui se lèvent au fond là… Oui Tokyo et Craaft étaient bien les premiers groupes de Luley, des combos logés entre le Hard FM classieux et l'AOR – ce qui n'on trouvait communément dans les années 80 – et germanique – ce qui était plus rare. Klaus Luley officiait alors comme guitariste et chanteur et surtout leader des deux groupes sus-cités. Malgré la production de chansons voire de singles d'une qualité incontestable et quelques tournées très réussies, notamment en première partie du Queen de l'époque de A Kind Of Magic, on ne peut pas dire que les groupes de Luley aient plus que cela percé. Après trois albums, Craaft se sépara et on perdit la trace de Klaus Luley, qui continua à œuvrer de manière plus confidentiel comme compositeur indépendant. Alors que le label Yesterrock vient de rééditer les disques de Tokyo et de Craaft, revoici réapparaître Luley avec un album solo sous le bras. 

Il n'est pas question à un vieux routard du hard mélodique comme Luley de bousculer avec la cinquantaine ses habitudes musicales. Ce Today's Tomorrow lorgne totalement vers la musique de Craaft, la voix et les parties de guitares de Luley restant tel quel. Cela déplaira à beaucoup car le hard mélodique teinté d'AOR de Luley apparaîtra comme totalement suranné, la production – correcte sans plus – ne jouant absolument pas la carte de la modernisation. Cerise sur le gateau : Luley a repris ici un des hits de Tokyo. Certes cette version est musclée, mais elle fleure plus la nostalgie que l'innovation. 

Il n'empêche : les compositions de Luley tiennent fichtrement la route. Entre le puissant titre d'ouverture, « Can't Live Without You », la ballade « Livin' In The Night », ou le fougueux « Still Got A Long Way To Go », il n'y a pas grand chose à jeter ici. L'écoute de ce Today's Tomorrow est en fait très agréable, à l'image des très AOR « Mountain Of Love » ou « Higher » qui m'ont beaucoup plu. Malgré mes réticences initiales, j'en suis finalement arrivé à la conclusion qui s'impose : voici bien là le quatrième disque de Craaft. Étant donné la qualité des disques du combo germanique, c'est un bon compliment. Évidemment, si Craaft vous donne de l'urticaire il vous faudra passer son chemin. 

Baptiste (7,510)

 

Germusica – AOR Heaven / 2012

Tracklist (48:21) : 01. Can't Live Without You 02. Mountain Of Love 03. Slippin' Away,04. Livin' In The Night 05. Tokyo 06. Don't Wanna See Your Face 07.Higher – 3:38, 08. Here In My Arms 09. Still Got A Long Way To Go 10. Take Me Today 11. When The Night Comes Down

Asia – XXX

La fécondité d’Asia commencerait-elle à nuire à sa créativité ? C’est bien la question qui me vient à l’esprit au moment de faire la chronique de ce XXX. Après avoir enregistré coup sur coup un Phoenix satisfaisant et un Omega de très bonne facture, la machine à composer formée par le tandem John Wetton / Geoff Downes semble tourner à vide. Et ce malgré les bonnes intentions affichées : après trente ans d’une carrière bien chaotique, ce XXX prétend retrouver l’inspiration du premier album selon Steve Howe lui-même. Une écoute rapide puis des écoutes répétées balaieront tout espoir : il n’y a aucun « Soul Survivor », « Only Time Will Tell » ou « Heat Of The Moment » à l’horizon. À vrai dire aucun titre ne sera sans doute interprété après la la tournée de promotion du disque.

Monotonie à tous les étages

Rarement Asia fut aussi plat et peu inspiré. La monotonie du morceau d’ouverture « Tomorrow The World » donne un aperçu très net du contenu de l’album : un disque poussif, peu accrocheur et peu ambitieux au niveau des parties musicales, lorgnant vers une rock/pop peu stimulante. L’écoute du très médiocre single « Face On The Bridge » achèvera de se faire un avis : nos musiciens semblent complètement en roue libre, à l’image des parties rythmiques de Steve Howe, tout à fait indigentes et des lignes de chant ultra-téléphonées de John Wetton (que dire des refrains des « Tomorrow The World » ou de « No Religion » sinon que le père Wetton répète ad nauseam ce qu’il fait depuis des années).

Le plus contestable est constitué sans doute par les chœurs qui frôlent le risible (écouter notamment le refrain de « Face On The Bridge ») ; il est vrai que sur ce terrain ils font concurrence aux sons de claviers kitschissimes de Downes. Il n’y a bien que le toujours excellent Carl Palmer à faire honnêtement son office ici. Mais comme les structures de composition, malgré quelques durées de chanson un peu plus longues que les formats classiques, sont exemptes d’éléments progressifs et techniques, il n’a pas un cadre pour franchement briller.

Que sauver ? 

On sauvera bien quelques morceaux agréables comme l’élégant « Bury Me In Willow » ou – dans une moindre mesure – « Al Gatto Nero » voire peut-être « Faithful ». Cela reste bien peu. Au final, j’en viendrais presque à regretter le Asia de l’époque John Payne qui, lorsqu’il avait opté pour une musique plus calme, sur Arena ou Aura, avait toujours maintenu un bon standard de qualité malgré tout. Ici ce n’est pas la cas. Il ne reste bien à sauver, au delà de la poignée de titres sus-cités que la couverture de Roger Dean, effectivement très belle. Mais quand on en vient à trop disserter sur le contenant d’un disque, c’est que son contenu n’en vaut pas la peine. Voici selon moi, le plus gros faux pas d’une carrière certes erratique mais jusque ici globalement de qualité.

Baptiste (5,5/10)

Site officiel

Frontiers / 2012

Tracklist (49:43) :  1. Tomorrow The World (6:47) 2. Bury Me In Willow (6:01) 3. No Religion (6:36) 4. Faithful (5:37) 5. I Know How You Feel (4:53) 6. Face On The Bridge (5:59) 7. Al Gatto Nero (4:36) 8. Judas (4:43) 9. Ghost Of A Chance (4:21)

Michael Bolton – The Hunger

Après l’échec cuisant de Everybody’s Crazy (1985), on pouvait s’attendre à ce que Columbia – une major pas vraiment altruiste – débarque Michael Bolton aussi vite que possible. Mais les labels n’étaient pas alors que ce qu’ils sont et Columbia redonna une chance à Bolton tout en lui garantissant des moyens d’accoucher d’un disque qui serait autre chose qu’une simple fin de contrat. Bien leur en prit.

Car The Hunger, sorti en 1987, correspond dans la carrière de Bolton à un double tournant. Tournant en terme strictement musical tout d’abord, puisqu’on y voit Bolton abandonner le Hard FM fougueux de ses deux disques précédents au profit d’une musique plus typiquement AOR, très calibrée radio. Tournant commercial aussi, car, après les deux échecs significatifs de ses derniers albums, Michael Bolton y décrochait pour la première fois de vrais succès radio ; le disque sera rapidement certifié or puis platine.

À l’écoute de la production, très léchée et polie, d’un certain nombre de titres bien plus lents que ce à quoi le chanteur nous avait habitué (« Sittin’ On the Dock of the Bay », « Tha’ts What Love is All About » et le titre final de Diane Warren « Walk Away ») ou des cuivres à la Toto (sur le néanmoins excellent « Wait On Love »), on saisit bien vite le réajustement musical auquel procédait Bolton ici. Il s’agit cependant bien plus d’un constat que d’une critique : le son est excellent (le claviériste de Journey, Jonathan Cain était aux manettes et à la composition sur certains morceaux), les titres plus abordables gorgés de feeling (la reprise d’Ottis Redding, « (Sittin’ On) The Dock of The Bay », fournit un cadre merveilleux pour les épanchements soul de la voix de Bolton) et le sens de la mélodie, de l’accroche musicale de l’auditeur sont imparablable (les superbes « Hot Love », « Gina » ou le plus épique « The Hunger »).

En outre, les interventions impromptues de Neal Schon de Journey sur certaines chansons bousculent ce schéma par trop ordonné, comme l’écoute de son solo incandescent sur « You’re All I Need » qu’il avait co-composé en témoignera. Dans un registre clairement différent de ses réalisations antérieures, Bolton réussissait un disque au-dessus de toute critique. Le succès des deux ballades comme hits paradant finalement dans les charts US correspondit donc bien à la reconnaissance d’un travail et d’une obstination dignes d’admiration.

Malheureusement pour les amateurs du Bolton des années 80′, cet accueil enthousiaste à la facette la plus apaisée de son talent incita le chanteur à changer sensiblement d’optique musicale, son inspiration rock initiale se diluant très sensiblement dans un océan musical très sage sur le successeur Soul Provider. Le succès colossal du disque accentua ce glissement de telle manière qu’aujourd’hui, pour tout un chacun, le nom de Bolton n’évoque plus que des roucoulades insipides avant tout destinées aux ménagères en mal de frissons romantiques. Pourtant le bilan du triptyque de Bolton avant Soul Provider est assez remarquable : si Michael Bolton et Everybody’s Crazy sont parmi les meilleurs disques de Hard FM enregistrés aux côté de 4 de Foreigner ou du premier Bon Jovi, The Hunger est incontestablement un des tous meilleurs disques d’AOR parus, à loger aux côtés de The Seventh One de Toto ou de Escape de Journey. C’est dire !

Baptiste (9/10)

 

Columbia / 1987

Tracklist (37:21) : 1. Hot Love 2. Wait On Love 3. (Sittin’ On) The Dock Of The Bay 4.  Gina 5. That’s What Love Is All About 6. The Hunger 7. You’re All That I Need 8. Take A Look At My Face 9. Walk Away