
Je n'avais pas été franchement enthousiasmé par le dernier album solo de David Reece : le disque témoignait d'un vieillissement rapide des capacités vocales du chanteur « intérimaire » d'Accept et d'un manque patent d'idées. Je ne m'attendais pas à grand chose quant à une éventuelle reformation de son groupe ultérieur, Bangalore Choir, plus de quinze ans après un pourtant très bon premier album, On Target, qui n'eut comme défaut que sa date de parution (1992). Il faut bien reconnaître que mes pressentiments ne m'ont pas trompé. Les reformations telles que celle de Bangolore Choir sont totalement superfétatoires et ce Metaphor en témoigne bien.
D'abord car il faut rappeler encore une fois que Reece a perdu beaucoup de puissance et il ressemble plus à un vieux rocker enroué qu'au chanteur survitaminé de jadis. Les autres musiciens de Bangalore Choir en sont conscients et ont abandonné le heavy US à sonorité FM de jadis pour un hard rock à tendance bluesy (« Scandinavian Rose ») voire country (« Never Face Ole Joe Alone »). L'ensemble n'est pas désagréable et s'écoute très bien en papotant autour d'une bière fraîche. Le savoir-faire est réel et si l'on admet que Reece n'a plus la voix de jadis, ses refrains sont plutôt plaisants.
Le problème est l'on n'a pas envie d'arrêter la conversation pour écouter plus en profondeur ce Metaphor. Et une fois les 41 minutes passées, on aurait facilement tendance à se tourner vers autre chose. Tout le problème est là : Bangalore Choir fait dorénavant de la musique pour bar US un peu enfumé. Si on n'aime pas la budweiser plus que ça, on passe son chemin.
Baptiste [6/10]
AOR Heaven – Bad Reputation / 2012
Tracklist (41:06) : 1. All The Damage Done 2. Trojan Horses 3. Silhouettes On The Shade 4. Metaphor 5. Don't Act Surprised 6. Never Face Ole Joe Alone 7. Scandinavian Rose 8. Catch An Angel Fallin' 9. Civilized Evil 10. Fools Gold 11. Always Be My Angel
La carrière de Europe depuis la reformation de 2004 me met quelque peu mal à l'aise. Europe était un groupe que j'aimais beaucoup, des débuts heavy et balbutiants de 1982 jusqu'à la consécration orientée Hard FM de The Final Countdown (1986) ou Out Of This World (1988). Son parcours contenait une vraie cohérence même si certains pouvaient regretter le caractère de plus en plus lisse du groupe qui devient manifeste sur Prisoners In Paradise (1991). Le Europe reformé en 2004 a manifestement tourné une page musicale en cherchant à la fois à moderniser sa musique et à retrouver des origines musicales seventies présentes sur ses deux premiers disques. Parallèlement, John Norum s'est bien plus implqué dans la composition qu'il ne le faisait auparavant et son influence est devenue très patente.
Une forte discontinuité musicale
Une chatte n'y retrouverait pas ses petits et ce dès Start From The Dark (2004) : le groupe avait adopté un heavy rock assez sombre délaissant tous les motifs musicaux qu'il avait adoptés depuis The Final Countdown. Malgré la qualité musicale indéniable, la discontinuité était très forte, voire trop pour certains. Or il ne s'agissait pas d'un « écart » mais d'un vrai tournant et ce malgré une optique légèrement plus accrocheuse sur le très bon Last Look In Eden (2009) qui donnera lieu à un single excellent. Les fans peuvent se languir mais il est dorénavant clair que Europe ne réenregistrera plus aucune disque de Hard mélodique.
Un disque attachant
The Bag Of Bones à la belle pochette à la fois romantique et mystérieuse va encore plus loin que ses prédécesseurs dans la remise au premier plan des influences du groupe : Deep Purple, Thin Lizzy, UFO et Whitesnake. La dimension bluesy très marquée sur le dernier disque solo de Norum est plus présente que jamais et explique sans doute le choix de guitares accordées très graves, au son assez sale. Elles se mêlent aux claviers d'un Mic Michaeli qui a judicieusement opté pour un son d'orgue hammond très significatif des choix musicaux effectués. Seule la voix de Joey Tempest reste ce qu'elle est – et c'est un compliment tant on l'on peut remarquer que les années l'ont épargnée –, même si le chanteur et leader a exclu toute mélodie vocale trop facile et les choeurs trop évidents. Son sens de la mélodie est bien intact comme en témoigne la sensuelle ballade « Bring It All Home » au chant poignant, mais une certaine accroche immédiate a totalement disparu. Ce qui explique qu'il faut un peu de temps pour rentrer dans Bag Of Bones. Mais chaque nouvelle écoute est plus gratifiante que la précédente.
Malgré ma réticence constante envers le Europe du nouveau millénaire, je dois admettre que Bag Of Bones est à la fois très attachant et très réussi. « Attachant » car il se dégage de lui une ambiance sombre et mélancolique qui ne fait pas douter de la sincérité du groupe. La production très vintage assurée par Kevin Shirley fait beaucoup pour cela et il faut encore rendre hommage à ce producteur talentueux, compétent mais jamais envahissant. « Très bon » car il faut reconnaître que les compositions sont de très belle facture : du single « Not Supposed To Sing The Blues », au superbe titre éponyme jusqu'à « Requiem / My Woman My Friend », nous sommes devant des chansons de première ordre. Le groupe s'autorise même une allusion à Led Zeppelin sur « Drink A Smile » du meilleur effet. Quant à John Norum, même s'il n'a composé que deux titres cette fois, il démontre bien encore une fois par ses solos (« Riches To Rag » ou le duo bluesy en diable avec Joe Bonamassa sur le fulgurant « Dog House »), qu'il est un élément décisif du groupe.
Il faudra l'admettre : Europe s'est reconstruit une nouvelle identité, très loin des rivages de jadis. Il la justifie toutefois à chaque nouvel album par une qualité musicale à laquelle je dois me rendre une fois encore. Chapeau !
Baptiste (8/10)
earMUSIC / 2012
Tracklist (44:46) : 01. Riches To Rags 02. Not supposed To Sing The Blues 03. Firebox 04. Bag Of Bones 05. Requiem (instrumental) 06. My Woman My Friend 07. Demon Head 08. Drink And A Smile 09. Doghouse 10. Mercy You Mercy Me 11. Bring It All Home 12. Beautiful Disaster
Le nom de Lita Ford peut évoquer deux choses à l'amateur de hard rock quelque peu renseigné : la guitariste soliste d'un groupe de hard rock féminin à la carrière courte mais intense, les Runaways auxquelles un film a rendu récemment hommage ; et l'artiste solo de Hard FM qui a proposé dans les années 80, avec le succès que l'on sait, quelques disques qui ont marqué le genre. Alors que son succès a connu dans les années 90 un gros fléchissement commercial dès Dangerous Curve et surtout Black (1995), Lita Ford a totalement disparu de la circulation, se consacrant à la famille qu'elle venait de fonder avec Jim Gillette (ex Nitro). Il fallut attendre 2008 pour entendre de nouveau un disque de Lita Ford qui ne soit pas un best of live ou une compilation de vidéo clips. Las, cet album du retour, intitulé Wicked Wonderland, fut un échec musical complet, les influences « modernisantes » apportées par Jim Gillette déplaisant aux fans et aux critiques.
Depuis, Lita s'est séparée de son mari et a repris sa carrière en main en sortant ce Living Like A Runaway, épaulé par le producteur et guitariste, Gary Hoey. Bien lui en plu car la chanteuse et guitariste a remis les pendules à l'heure en enregistrant un disque franchement bon. Il n'y a pas de temps mort sur ce disque somme tout très varié, très bien interprété et d'une inspiration réelle. Les amateurs de Hard mélodique tel que l'affectionnait Lita dans les années 80 seront forcément un peu déçus car le propos a été modernisé par rapport à Lita (1988) ou Stletto (1990) en témoignent l'influence à la Nine Inch Nail sur « The Mask » ou les parties de batterie électronique sur « Relentless ».
On remarquera aussi un « A Song To Slit Your Wrists By » dont les guitares ont été quelque peu trafiquées. Modernisé, le propos de Lita a été aussi surtout durci. Le gros riff d'ouverture de « Branded » avec un refrain plus puissant que sensuel ou la grosse basse vibrante sur « Hate » donnent le « la » : les années 90 sont passées par là. Même une ballade comme « Mother » connaît une accélération et l'apparition de grosses guitares que Lita ne s'autorisait plus depuis Dancin' On The Edge (1986). Pour suivre ce mouvement, les paroles prennent une tonalité plus grave et mâture que les « Kiss Me Deadly » et « Larger Than Life » de jadis.
Attention toutefois ! Nous ne sommes ni en plein power metal ni plein grunge : la variété qu'établit Lita Ford sur son disque tout comme certaines intonations vocales moins âpres (« Asylum ») inscrivent bien ce disque dans la catégorie du hard rock mélodique. On goûtera ainsi tout particulièrement avec plaisir le duo vocale avec Gary Hoey sur « Love 2 Hate U », qui témoigne bien d'ailleurs de l'apport positif de l'homme sur le disque. Somme toute Lita Ford a réussi un mélange très équilibré des différents aspects de sa carrière. Elle montre ici qu'elle n'a rien perdu de sa verve et ses qualités d'interprétation. Espérons que ce Living Like A Runaway lui permette de retrouver un place de premier plan dont elle a été privée depuis bien longtemps.
Baptiste (7,5/10)
Site Officiel
Steamhammer – SPV / 2012
Tracklist (40:56) : 01. Branded 02. Hate 03. The Mask 04. Living Like A Runaway 05. Relentless 06. Mother 07. Devil In My Head 08. Asylum 09. Love 2 Hate U 10. A Song To Slit Your Wrists By