Je ne connaissais pas Torche, de nom seulement. A la suite d’une brève recherche avant de me lancer dans l’écoute de ce dernier album, j’ai réalisé que le groupe était en activité depuis 2004 et que Restarter était le quatrième album des floridiens. Ils ont décroché un deal assez récemment avec Relapse Records qui a publié le single Minions en décembre de l’année dernière et que l’on retrouve sur Restarter. Je m’excuse par avance envers les personnes qui connaissent et suivent le groupe de longue date car je vais me borner ici à décrire la musique présenté par le groupe en 2015 sans aucune prise en compte de leur passif. C’est une démarche volontaire de ma part et en aucun cas une poussée de désinvolture ou un excès de fumisterie. Je pense au contraire que cela permet de voir les choses de manière différente et permet d’éclairer la musique que Torche propose sous un autre angle.
Déjà rien que le fait d’avoir effectué cette recherche avant d’avoir écouté l’album a tordu ma perception et m’a vraiment induit en erreur. En effet vu que la musique du groupe est décrite par bon nombre d’observateurs comme étant Sludge et Stoner Rock, je m’attendais à avoir un truc bien groovy et poisseux. Hors le rendu des dix morceaux présentés sur Restarter par Torche est tout autre ! Ça m’a tellement déstabilisé lors des premières écoutes que le premier jet de cette chronique était assez négatif envers le groupe. Oui je suis comme ça quand j’ai l’impression d’avoir été floué ou trompé je deviens méchant et hargneux comme une teigne.
J’ai alors décidé de tout balancer à la corbeille et de ré écouter l’album en faisant abstraction de tout le reste ! Et j’ai bien fait car ce que je percevais comme des faiblesses de Restarter me sont alors apparues comme un mixe assez intéressant et audacieux. Comme je le disais plus haut je m’attendais à un groove direct, du genre de celui qui vous attrape et vous tire par le bas avec des résurgences 70s.
Dès le premier titre « Annihilation Affair » on peut remarquer un mur de guitares assez impressionnant mais les riffs y sont distillés de manière répétitive et lancinante. Musicalement on est bien plus proche de ce qu’a pu faire un Ministry sur le génial Filthpigs que de Kyuss. Vous voyez ce que je veux dire ? Même si on sent quelques gimmicks Stoner elles sont noyées sous un riffing monolithique au son colossal qui m’évoque plus le Metal Industriel qu’autre chose. Sans compter que le côté très clean et presque Pop du chant apporte une touche Coldwave à l’ensemble. C’est très prégnant sur des morceaux comme « Restarter », « Minions » ou « No Servants » dont les riffings m’ont instantanément évoqué ce que peut faire nos français de S.U.P par exemple.
Vous voyez on est assez loin des références Stoner & Sludge. J’ai adoré la touche chaotique de « Undone » et « Barrier Hammer » des morceaux que je trouve les plus ultimes de l’album ! Là encore on a à faire à des rythmiques implacables Metal Industriel voire Noise qui auraient infecté un Stoner Rock et toujours ce chant mélodieux mais désincarné et assez froid. Avec « Bishop in Arms » c’est un peu comme si Killing Joke était venu s’invité à la fête ! Le très efficace « Blasted » au Pop Rock sur vitaminé mais toujours avec ce léger côté Coldwave surtout sur la fin.
Bref ! Tout ceci s’avère très plaisant à l’arrivé et assez surprenant ! Torche pratique un style assez hybride de Metal Industriel, Stoner Rock, de Noise et de chose plus Pop et légère souvent au rendu Coldwave. Encore une fois j’insiste sur le fait que cet album s’est révélé à moi au bout de la troisième écoute. Comme le disait le philosophe Sarkoziste dont j’ai perdu le nom « Il faut laisser le temps au temps » ! Mon jugement de Restater aura subi un vrai revirement de situation ! Et ça se traduit par une bonne note à l’arrivée !
FalculA (8/10)
Facebook Officiel
Bandcamp Officiel ou Restater est en écoute intégrale ici
Relapse Records / 2015
Tracklist (38:11) : 1. Annihilation Affair 2. Bishop in Arms 3. Minions 4. Loose Men 5. Undone 6. Blasted 7. No Servants 8. Believe It 9. Barrier Hammer 10. Restarter
Comme je l’avais pressenti lors de la chronique de leur Ep Norrønasongen. Kosmopolis Nord (chronique ici) en fin d’année dernière, Solefald nous revient armé d’un album World Metal. Kosmopolis Sud toujours aussi perché s’inscrivant dans une démarche plus Metal et teinté d’éléments extrêmes. Leurs titres laissent sous-entendre que ces deux sorties fonctionnent ensemble et c'est en effet bien le cas. Je suis très satisfait du rendu du tout (Ep+album) en fait ! Tout me plait de l’artwork au traitement sonore en passant par les pérégrinations et autres expérimentations musicales chevaleresques développées par le Solefald post Norrøn livskunst. Les écoutes se succèdent et ma première impression se renforce un peu plus à chaque fois. Je ne vais pas me répandre une nouvelle fois en vous répétant tout le bien que je pense du duo norvégien car je l’ai déjà fait lors de la chronique de Norrønasongen. Kosmopolis Nord. Je vous encourage donc à la lire avant de poursuivre cette chronique-ci.
Aussi avant d’aller un peu plus loin dans l’analyse de cet album, je tiens à vous dire qu’il serait vain d’en attendre un plaisir immédiat. Ne perdez pas votre temps car si vous ne prenez pas sur vous un tant soit peu lors de l’écoute d’une œuvre de Solefald afin de vous en imprégner, vous passerez éternellement à côté. En effet s’il y a bien un groupe qui mérite de voir accolé aux noms de ses productions les termes Progressif et Avant-gardiste, ces termes trop souvent galvaudés de nos jours, il s’agit bien de Solefald. En conséquence de quoi si vous souhaitez du fastfood Metal, passez votre chemin tout de suite car il n’y aura absolument rien pour vous ici ! Le dernier Moonspell par exemple vous contentera amplement dans ce domaine !
Ce qu’il y a de passionnant avec Solefald et c’est une nouvelle fois le cas avec cet album, c’est qu’on a l’impression qu’il n’a aucune limite en terme de compositions. Il prend un malin plaisir à aller là où on ne l’attend pas. Le morceau qui ouvre l’album est un exemple parfait de la gymnastique stylistique que le groupe n’aura de cesse de pratiquer tout au long des huit pièces qui composent World Metal. Kosmopolis Sud. Sur une base de Metal Folk viennent s’agglomérer des percussions africaines, de l’Euro Dance 90s et des partie de Metal Progressif ou traditionnel. Un morceau imposant mais toujours digeste et paradoxalement ultra catchy ! Putain ils se paient même le luxe de sonner aussi kitsch que les finnois de Turmion Kätilöt ou le mighty Waltari ! Solefald a le swag qui coule dans ses veines ! J’ai pensé au Arcturus de La Masquerade Infernale sur certains passages de « String the Bow of Sorrow » qui comme sur « 2011, or a Knight of the Fail » développe des tonalités orientales et progressives.
Je ne sais pas si c’est dû aux couleurs très Electro de cet album ou si c’est l’esprit de ses textes mais j’ai un peu pensé à l’album de Laibach Volk (un album concept sur les nations). Je n’arrive pas trop à l’expliquer en fait mais quand j’écoute un titre comme « Future Universal Histories » ce sentiment ne me lâche pas. J’ai adoré la seconde moitié du morceau avec son mélange New Wave, Metal Symphonique allié à de superbes chœurs harmoniques et Folk comme seul Solefald ou peut être Vintersorg et Thy Catafalque savent le faire. Le magnifique « Le Soleil » avec des parties chantées en français comme ils l’avaient fait par le passé sur Neonism leur second album. Ce titre a aussi des parties avec des riffs très Black Metal comme sur un autre morceau de l’album « Bububu Bad Beuys » où ils côtoient des percussions brésiliennes et des beats Electro tonitruants !
Solefald est pareil à ces gosses turbulents qui montent sur la table alors qu’on aura eu de cesse de leur dire qu’il y a une chaise et que c’est fait pour s’assoir. Anticonformisme quand tu nous tiens ! En tout cas ce n’est pas votre serviteur qui s’en plaindra car il adore ça. D’autant que les deux instigateurs sont assez habiles pour ne jamais se perdre en cour de route et se prendre les pieds dans le tapis de leurs audacieux assemblages musicaux. Pour se faire Solefald se sert de la forte identité qu’il a su construire peu à peu durant des années. Ce sont les fondations et le ciment qui tiennent le tout et lui permettent d’élaborer d’improbables et imposants édifices musicaux. Il ne tombe jamais dans la caricature. A ce sujet certains groupes se revendiquant Nawak Metal devraient prendre exemple sur eux car faire du fourretout Metal c’est bien mais ça peut très vite s’avérer un plan hasardeux voire casse-gueule quand on perd le fil conducteur ou pire que l’on n'en a pas du tout. Pour ceux que ça intéressent cette réflexion je l’approfondirai lors de ma prochaine chronique du dernier album de 6h33 (chronique ici)
La seule ombre au tableau serait peut-être le manque d’explosivité par le biais d’accélérations rythmiques par exemple comme l’utilisation de blastbeat. Ce sera bien le seul élément manquant au tableau final et ce qui lui aurait valu une note pleine de ma part. En espérant que cela sera le cas la prochaine fois. Malgré cette remarque un tantinet négative ce World Metal. Kosmopolis Sud est tout de même bien au-dessus de tout ce qui peut se faire en termes de Metal Fusion Progressive et Avant-gardiste. J’attends déjà la suite de leurs aventures surréalistes avec une grande impatience ! C’est ce qui m’arrive après chacune de leur sortie en fait !
FalculA (9/10)
Facbook Officiel
World Music with Black Edges en streaming ici
Indie Recordings / 2015
Tracklist (50:15) 1. World Music with Black Edges 2. The Germanic Entity 3. Bububu Bad Beuys 4. Future Universal Histories 5. Le Soleil 6. 2011, or a Knight of the Fail 7. String the Bow of Sorrow 8. Oslo Melancholy
Tiens ça fait un petit moment que je n’avais pas cité le terme Crust dans une de mes chroniques. Je pense que ça doit remonter à celle de Anarkökvlt (chronique ici) ou Downfall Of Gaia (chronique ici) et encore c’était pour des musiques où le Crust y était métissé avec d’autres genres ou sous genres. A bien y réfléchir je n’ai jamais parlé de Crust pur et dur en fait ! On ne débouchera pas le Champomy cette fois-ci car il s’agit avec Call Of The Void encore d’un Crust hybride comme nous allons le voir plus bas. Allez ! On s’y jette !
Call Of The Void est une formation récente puisque Ageless est leur seconde offrande. Elle fait suite à un premier effort Dragged Down a Dead End Path sorti en 2013. On peut dire que tout roule comme sur des roulettes pour le groupe puisque durant les deux années séparant leurs productions ils ont joué en première partie de références tels que Today is the Day, Eyehategod, Code Orange, Ringworm et Brutal Truth. Comme sur des roulettes je vous dit et ce n’est pas fini car fort d’une signature chez le renommé Relapse Records cette dernière sortie est réalisé dans l’antre de Andy Patterson qui a notamment bossé sur les albums de Subrosa, Eagle Twin ou Gaza. Le son est parfait d’ailleurs et il faut saluer le résultat d’une puissance jouissive !
Comme je le disais en introduction Call Of The Void tape dans le Hardcore Crust méchamment burné au Grindcore et au Sludge ! La vache, leur cocktail Molotov est simple et très efficace : sur une base Hardcore/Crust ils alternent accélérations Grindcore dignes d’un Napalm Death et des passages Sludge ou Noisecore dont certaines émanations rappellent fortement Converge (oui je sais je les cite souvent ceux-là mais qu’est-ce que j’y peux si nombreux sont les groupes piochant dans leur répertoire). Les vocaux ont un phrasé très percutant et des tonalités entre les parties agressives d’un Phil Anselmo ou les grognements d’un Mark Greenway.
L’alchimie que le groupe arrive à trouver sur certains morceaux est vraiment intéressante car on retrouve de manière homogène tous les éléments que je cite plus haut et que le tout sonne de manière diablement efficace ! Je pense notamment à « Ageless », « Old Hate », « The Hive » qui ont un équilibre parfait, ultime et ravageur entre bestialité Grindcore et un certain groove poisseux ou « The Sun Chaser » dont la fin est un véritable champ de bataille rangée et « Cold Hand » avec des attaques typiques du Hardcore New-Yorkais qui m’ont bien séduit. Tout est très agressif et bien viril tout du long et les petits intermèdes que sont « I » et « II » sont les bienvenues et permettent d’aérer la charge qui est résolument massive !
Pour finir l’artwork est simple, sobre mais intrigant et fort accrocheur, c’est un peu l’allégorie de la musique que Call Of The Void développe sur Ageless ! On peut tranquillement dire que le groupe passe sans encombre le cap délicat du second album et qu’en plus d’une confirmation Ageless installe Call Of The Void armé d’un style particulier qui lui est bien propre ! Chez moi on appelle ça un sans-faute et sa se récompense indubitablement!
FalculA (8,5/10)
Facebook Officiel
Bandcamp où l'album est en streaming
Relapse records / 2015
Tracklist (34 minutes) 1. Old Hate 2. Truth in Bone 3. The Sun Chaser 4. R.I.S. 5. Black Ice 6. I 7. The Hive 8. Cold Hands 9. Long Knives 10. Honor Among Thieves 11. II 12. Ageless