J’ai toujours apprécié les productions dans lesquelles Miss Cadaveria était impliquée. Que ce soit au sein d'Opera IX ou au sein de sa propre formation montée en 2001 à la suite de son départ de Opera IX avec le batteur Flegias qui y officiait lui aussi. Dès l’année qui a suivi avec la sortie de son premier album The Shadows' Madame (2002), Cadaveria jetait les bases d’une musique qu’il pratique encore aujourd’hui. A savoir: un Dark Metal empruntant autant au Black/Death qu’au Heavy Metal ou au Gothic Metal et au Postpunk. Le line-up n’a quasiment pas changé depuis 2001 tout comme la fidélité à son label Scarlet Records et c’est peut-être ce qui explique une régularité dans son parcourt ainsi qu’une certaine stabilité dans la qualité de sa musique. J’avoue avoir zappé à l’époque Far Away from Conformity (2004) et In Your Blood (2007) mais Horror Metal sortit en 2012 m’a redonné goût à leur musique et je les ai écoutés à ce moment-là.
Pour ce qui est de ce Silence, Cadaveria reprend les mêmes ingrédients et remet le couvert à une différence près avec leurs précédentes réalisations: il va à l’essentiel en nous proposant des compositions plus ramassées d’une durée moyenne plus courte. Ça n’a peut-être l’air de rien dit comme ça mais ça s’entend croyez-moi ! Cadaveria se fait plus direct et ça rend Silence bien plus accrocheur ! Je ne vais pas me lancer dans une analyse détaillée de chaque titre et je vais faire comme le groupe: aller à l’essentiel. J’ai particulièrement aimé: le frontal "Velo (The Other Side of Hate)" et son envolée remplie de lyrisme Dark sur les chorus et à la fin, le heavy dissonant sur "Death, Again" et "The Soul That Doesn't Sleep" ou "Carnival of Doom" qui me fait penser au riffing du groupe finnois Soulgrind (certains apprécieront), le postpunk accrocheur de "Free Spirit", le majestueux "Existence", les punchy "Out Loud" et "Exercise1" ainsi que les nombreux rebondissements des Doomy "Almost Ghostly" et "Loneliness". La palme étant attribuée à "Strangled Idols" titre clôturant l’album de manière magistrale avec son piano classique rock !
Miss Cadaveria s’est très bien entourée dès le début de son aventure et ceux qui suivent le groupe connaissent la qualité technique indéniable des membres composant l’effectif de Cadaveria. Chaque musicien se met au service de l’élément structurant l’identité musicale du groupe de manière cohérente: la voix de la Miss ! Il faut dire qu’elle manie toujours avec talent la dualité chant extrême / chant clair. Elle sait se faire percutante et maitrise l’art de la locution sans en faire des tonnes. Elle met à la ramasse un paquet de ses rivaux masculins ou féminins au sein de la scène Metal Extrême ! Croyez-moi ! Ce n’est plus le chroniqueur qui parle sur ces dernières lignes mais l’ancien vocaliste ! Sa voix est toujours aussi suave sans donner dans la surenchère ! Je la rapproche de certains vocalistes issus de la scène Metal Extrême des 90s ayant été fortement marqués par les chanteurs Postpunk des 80s/90s comme Fernando Ribeiro, Aaron Stainthorpe ou Johan Edlund. Vous voyez ce que je veux dire ? Tout le savoir-faire du Dark Metal made in 90s ! La production est excellente ce qui ne gâche rien au plaisir que l’on a à écouter Silence.
On peut résumer Silence en trois mots : sobriété, justesse et efficacité ! C’est simple si vous avez un album à acheter en cette fin d’année et que vous appréciez le Dark Metal 90s cet album est pour vous ! A bon entendeur !
FalculA (9/10)
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Scarlet Records / 2014
Tracklist (47:14) 1. Velo (The Other Side of Hate) 2. Carnival of Doom 3. Free Spirit 4. The Soul That Doesn't Sleep 5. Existence 6. Out Loud 7. Death, Again 8. Exercise1 9. Almost Ghostly 10. Loneliness 11. Strangled Idols
J’avais déjà entendu parler de Skálmöld puisque le sextette Islandais en est déjà à son quatrième album en comptant l’excellent live Skálmöld og Sinfóníuhljómsveit Íslands sorti l’année dernière. En 17 ans, croyez-moi, j’en ai écouté du Viking / Folk Metal, énormément même. Je vénère depuis longtemps des groupes qui sont devenus des références du genre tels que le mighty Skyclad, Bathory, Enslaved, Einherjer, Vintersorg, Otyg ou Solefald. Je suis donc devenu très exigeant avec le temps ! Skálmöld évolue dans une veine similaire aux pères fondateurs de Skyclad ou à leurs voisins norvégiens de Einherjer à savoir un Metal Folk virile qui emprunte beaucoup au Heavy, au Thrash et au Black Metal (ce dernier dans une moindre mesure). Un registre qui a donc été labouré depuis les 90s en long, en large et en travers.
Je vais me débarrasser tout de suite du truc qui m’a vraiment dérangé voire carrément agacé en écoutant Með vættum, c’est qu’il n’y a rien de bien nouveau et on ressent même comme un air de déjà entendu. Je me suis un peu fait chier par moments ! Il est vrai que le groupe multiplie, comme sur leurs autres réalisations, les clins d’œil à leurs ainés tout au long de ses treize morceaux mais il ne s’agit plus là de leur première réalisation tout de même. Ca faisait un peu sourire et soupirer de manière nostalgique et on leurs pardonnait car c’était un jeune groupe alors. Mais à partir du troisième album studio on est en attente d’un peu plus de la part de Skálmöld ! Le groupe fait du sur-place et je trouve ça dommage !
Bon il faut lui reconnaitre un sens de la composition épique et maitrisé: là où d’autres font du vulgaire plagiat lui le fait avec un certain brio. Ils ne tombent pas non plus dans certains pièges liés au genre comme avoir recourt à des claviers « pouette pouette ». L’utilisation de claviers sobres et de Hautbois comme sur le très dansant Að hausti s’avère même opportune et donne un titre sympathique. Ils nous ont aussi épargné les vocaux Heavy Metal ou les chants féminins qui ont tendance à me foutre des boutons et que je ne supporte plus. Leur chanteur préfère scander voire éructer des actes de bravoure de manière bien virile quand les chorus ne sont pas repris en cœurs. J’ai par contre adoré quand le groupe lève un peu le pied en se faisant plus lourd ou contemplatif comme sur "Með jötnum" et à partir de la troisième minute de "Með drekum" où il se fait groovy avec un riffing proche du vieux Enslaved. J’ai encore pensé à Enslaved mais au récent cette fois aux alentours de la troisième minute (décidément!) de Að vetri avec son break psychédélique et une envolée lyrique digne d’un Solefald sur la fin. Le dernier morceau "Með griðungum" aurait pu d’ailleurs figurer sur un album de Solefald même s’il évolue de manière inattendue en se faisant pesant et heavy ! Comme je le disais plus haut on a presque à faire à du plagiat mais c’est brillant alors…
Au final nous avons un disque de Viking / Folk Metal qui respecte tous les codes et donc ne révolutionne en rien le genre mais qui le pratique avec conviction et un certain brio. Les vieux de la vielle passeront certainement leur chemin. Tandis que le jeune metalhead va certainement adorer et ce n’est pas plus mal dans un sens, si ça lui permet d’écouter autre chose que la soupe de Amon Amarth qu’il croit naïvement être du Viking / Folk Metal. Pour ma part, il m’en faut vraiment plus pour me séduire et l’album passe tout juste la moyenne ! La prochaine fois je serais encore plus exigeant avec Skálmöld car je sais qu’il peut mieux faire ! Je vous l’avais dit en préambule qu’avec l’âge j’étais devenu très exigeant en la matière !
FalculA (6,5 /10)
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Napalm Records 2014
Tracklist (50:26) 1. Að vori 2. Með fuglum 3. Að sumri 4. Með drekum 5. Að hausti 6. Með jötnum 7. Að vetri 8. Með griðungum
Je ne vais pas vous mentir ou vous faire languir très longtemps. Je suis passionné depuis plus d’un an par la musique de Grorr. Leur précédent album Anthill (2012) m’avait littéralement scotché ! Ces palois mettaient déjà énormément de cœur à l’ouvrage en nous concoctant un Metal versatile, expérimental et très intense aux effluves folkloriques, ethniques et progressives. Un fait notable : leur musique restait très accrocheuse malgré leur démarche conceptuelle très marquée puisque Anthill était un album concept à la musique et au propos « storyboardés » évoquant la vie d’une fourmilière. C’était la grande force de Anthill de rester cohérent mais très fouillé ! J’attendais donc énormément de ce nouvel album surtout quand j’ai réalisé que le label suédois ViciSolum Productions qui les a récemment signés était le label d’autres pointures comme Persefone ou Diabolical (swe).
Comme pour Antill donc, The Unknown Citizens suit une trame où tous les morceaux sont liés les uns aux autres et forment un tout. Je vous invite d’ailleurs à lire l’interview sur notre site pour en savoir plus sur le thème et l’histoire développés sur ce nouvel opus. Cependant, Grorr arrive encore à nous surprendre avec une nouvelle corde à son arc ! Le groupe met en exergue une volonté symphonique et ce dès l’entame du premier morceau ! Boum ! Une réussite de plus ! On ne l’attendait pas celle-là ! Sur les 3 premiers morceaux Pandemonium, Facing Myself et le terrorisant mais entêtant Oblivion on navigue entre ambiance martiale et lyrisme symphonique. Ça donne des morceaux puissants avec beaucoup de caractère et toujours ce Metal extrême aux structures rythmiques complexes et riches. La musique est toujours fortement alimentée de polyrythmies et des riffs de guitares massifs et saccadés. J’ai souvent pensé à l’Indus Metal ou à Meshuggah mais contrairement à ces derniers, Grorr ne tombe jamais dans des plans chiants à mourir, prolixes et trop démonstratifs.
On peut aussi retrouver dans la musique de Grorr l’intensité et la puissance de frappe d’un Gojira au meilleur de sa forme. Quand la musique ne se fait pas martiale et symphonique elle nous invite au voyage avec une multitude d’instrumentations folkloriques voire carrément tribales et ethniques. Dès le quatrième morceau Don't Try To Fight…. et jusque à la fin, Grorr nous hypnotise sournoisement ! Je peux dire tranquillement qu’il va devenir un fer de lance du Metal Progressif et Folk/Ethnic à l’instar d’un Orphaned Land et des regrettés Betray My Secrets ou Gigandhi. J’ai même pensé à la puissance tellurique et onirique de [Ex-uvies] l’album le plus avant-gardiste de Stille Volk. C’est vous dire si c’est le pied ! Un dernier élément m’a énormément plu et il est remarquable tout au long de l’album : c’est le chant qui est aussi diversifié que la musique ! Il va de vocalises hurlées aux Death growls profonds en passant par un timbre proche de ceux de certains chanteurs stoner comme le chant puissant et mélodique de Zakk Wylde . La production est en béton armé et ne néglige aucunes des composantes de la musique de Grorr.
Chapeau bas les mecs ! Vous m’avez une nouvelle fois chopé par le colbac et emmené là ou vous le souhaitiez ! Il vous faut à tout prix découvrir la musique que nous offre si généreusement Grorr. Je parle au publique Metal au sens large ! Rarement un groupe ne m’a autant transporté et fait vibrer ! Pour moi, avec la confirmation qu’est The Unknown Citizens, Grorr mérite largement sa place au panthéon du Metal contemporain aux côtés des S.U.P/Supuration, Gojira, Hypno5e, Trepalium ou Orphaned Land. Son avant-gardisme, son catchy et sa puissance de frappe peuvent même en faire un leader au niveau international ! Oui je me mouille ! La seule incertitude que j’ai est de savoir si vous allez lui laisser une chance de vous convaincre. La balle est dans votre camp. Quant à moi j’attends avec impatience de pouvoir les voir sur les planches car s’ ils abordent les lives avec autant de rigueur que leurs albums, cela devrait être un spectacle d’une grande intensité.
FalculA (09,5/10)
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ViciSolum Productions / 2014
Tracklist (47 minutes) 1. The Fighter – Pandemonium 2. The Fighter – Facing Myself The 3. Fighter – Oblivion 4. The Worker – Don’t try to fight… 5. The Worker – You Know You’re Trapped… 6. The Worker – But Still Hope… 7. The Dreamer – Unique 8. The Dreamer – A New Circle 9. The Dreamer – Alone At Last