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Dimmu Borgir – Grand Serpent Rising

Il fut un temps où Dimmu Borgir était un gros poisson dans l’aquarium du Black Metawl. De 1997 à 2004, le groupe aligne 4 albums, un EP, un petit live et un DVD chez Nuclear Blast, une participation à l’Ozzfest, une grande frite, un milkshake banane et tutti quanti. La bande à Shagrath pèse dans le game, la maison Donzdorf est contente, les fans aussi, tout va bien dans le meilleur des mondes. Six ans plus tard, l’édifice présente les premières fissures, Abrahadabra vient briser la tradition des noms d’albums en trois mots (et le petit cœur de toute une cohorte de fans) et le groupe entame une longue « traversée du désert » ponctuée d’une sortie en 2018 (Eonian, pour celles et ceux qui n’ont pas suivi l’actu du groupe) et du départ de Galder en 2024 (ce dernier ayant décidé de relancer Old Man’s Child).

En 2026, donc, Dimmu Borgir, c’est plutôt Shagrath & Silenoz + friends. Mais quand le duo annonce un nouvel album avec une flopée de guests (des membres passés ou actuels d’Entombed, The Crown, The Kovenant, Chrome Division, Vader, Vesania, etc.), le retour du titre en trois mots et une allusion phallique à peine voilée, mon rythme cardiaque s’emballe. Et si, par une magie inexplicable, Dimmu était parvenu à mettre à profit cette longue pause pour revenir à son niveau d’antan ?

Disons qu’il y a du mieux, mais le patient Dimmu est encore convalescent.

Commençons par les reproches.

Grand Serpent Rising est long. Très long. Trop long. 69 minutes et 18 secondes d’après Metal-Archives. Même Death Cult Armageddon n’était pas si long (et quand bien même, on le lui aurait pardonné parce que Death Cult Armageddon, lui, est homogène). Pour le coup, nos compères auraient pu 1. raccourcir certains morceaux pour les rendre percutants ou 2. écrémer la setlist pour concentrer l’énergie de l’album. Ok, après 8 ans d’absence, on a beaucoup de choses à se dire, Shagrath, mais pour citer un influenceur : abrège, frère. Prenons l’intro, « Tridentium » : presque 4 minutes de build-up, pas un frisson et ces quelques petites secondes de silence avant « Ascent », la vraie entrée en matière. Vous direz que je chipote, mais quand on fait le parallèle avec l’enchaînement « Fear and Wonder » (moins de 3 minutes, montre en main) – « Blessings Upon the Throne of Tyranny » sur Puritanical Euphoric Misanthropia, la différence saute aux oreilles ! Ça, c’était du gauche-droite intro-premier morceau ! Mais ça, c’était il y a 25 ans. Et il y a 25 ans, bah, même moi j’étais encore fringant.

Grand Serpent Rising est lent. Enfin, non, je reformule. Il y a 25 ans, Dimmu Borgir, quand Nick Barker se mettait à blaster, ÇA POUSSAIT. Ici, même quand le compteur grimpe dans les tours, le groupe semble adopter un train de sénateur. Mais là aussi, peut-être que le temps à fait son œuvre. Ajoutons à cela la cruelle absence d’ICS Vortex (oui, je sais, son départ remonte à 2009, mais certaines blessures se referment moins vite que d’autres) et vous avez les principaux défauts de ce nouvel opus. Comme je le disais il y a huit ans : « Les Norvégiens ont perdu de leur mordant et mettent désormais en avant le côté épico-théâtral de leur musique. » (1)

Et pourtant, dans l’ensemble, je trouve un côté sympa à ce Grand Serpent Rising. Cet album est un instantané de la musique des Norvégiens en 2026 et je mentirais si je disais que je me suis fait chier tout au long de l’album. Si on parvient à faire cette petite gymnastique cérébrale consistant à accepter le fait qu’un groupe évolue et que, non, il ne sortira pas un Enthrone Darkness Triumphant 2.0, la pilule passe tout de suite mieux. Comme son prédécesseur, Grand Serpent Rising a suffisamment de qualités pour faire passer un bon moment, quitte peut-être à skipper, selon vos envies, certaines pistes que vous jugerez plus faiblardes. (2)

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Nuclear Blast Records / 2026
Tracklist (69:18) 1. Tridentium 2. Ascent 3. As Seen in the Unseen 4. The Qryptfarer 5. Ulvgjeld & blodsodel 6. Repository of Divine Transmutation 7. Slik minnes en alkymist 8. Phantom of the Nemesis 9. The Exonerated 10. Recognizant 11. At the Precipice of Convergence 12. Shadows of a Thousand Perceptions 13. Gjǫll

(1) J’avais également dit : « Remplacez Shagrath par une chanteuse lambda et vous avez un groupe de Pouffe Metal (et c’est peut-être justement la présence de Shagrath qui me rend si indulgent avec le groupe) », mais je m’égare.

(2) Ce qui, à mes yeux, est une hérésie, un album étant logiquement un tout indissociable.

 

2025. Conflits, pauvreté, montée des extrêmes… Le monde va mal. Et alors que certains groupes puisent dans l’adversité pour en sortir des hymnes, des brûlots, des appels à la révolution (oui, cette intro me sert uniquement à citer Trespasser qui sortira un nouvel album en février 2026 et que je ne peux que vous recommander chaudement), d’autres formations prennent le contrepied en se vautrant dans le slam puéril. Et à ce petit jeu, il semblerait que l’on puisse couronner aujourd’hui les rois de la discipline : Infectious Jelqing.

Infectious Jelqing est au slam ce que le brainrot est aux internets : un patchwork insolite, célébrant la stupidité, ne reculant devant rien pour attirer l’attention comme un gamin de 8 ans en pleine montée de sucre. Et comme un gamin de 8 ans, ça peut rapidement courir sur les nerfs.

« Thank God it’s just an EP », lancé en boutade lors d’une des nombreuses spoken parts (feat. la voix de Tetragrammaton des Bataves de The Monolith Deathcult), pourrait presque servir de note. Jonglant avec des riffs d’hommes des cavernes, du hip hop, de l’électro et des monologues moquant ouvertement la qualité du produit, NUCLEAR SLAM DIVISION n’est pas un simple EP : c’est le produit d’une époque, un reflet musical de tout ce qui va mal sur cette Terre et de la légèreté adoptée face à cette période troublée. « Gen Z is making memes while missiles are flying ». Ou du slam, en l’occurrence.

Tellement con qu’il en devient bon.

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Camo Hoodlum Records / 2025
Tracklist (23:31) 1. Rate Your Music Diss Track 2. Fried Out the Game 3. Nuclear Slam Division (Interlude) 4. Dumb & Ignorant 5. Shadow Gang Weed Luv Casting Thuggery 6. Geeked Up Playing Xbox All Day

En 2023, The Acacia Strain (TAS pour les intimes) avait pris de court tout le petit monde du Deathcore en sortant deux albums le même jour. Step Into The Light fleurait la bagarre, Failure Will Follow étouffait par sa noirceur poisseuse. L’exercice de style était réussi, ouvrant même la porte de l’Encyclopaedia Metallum à un groupe jusqu’alors pas assez Metal aux yeux des modos puristes. La question était maintenant de savoir ce que nous réservait la bande à Vincent. Le groupe allait-il poursuivre sur sa lancée doomesque ou, au contraire, revenir aux fondamentaux faits de morceaux courts et percutants ?

Why not both ?

Eh oui, le groupe a choisi de ne pas choisir et livre ici une synthèse presque parfaite de ses deux derniers efforts.

De SITL, The Acacia Strain reprend l’enfilade d’uppercuts : morceaux courts taillés pour le live, cassures de rythme, accélérations tonitruantes, breaks brise-nuques et, surtout, un Vincent Bennett au sommet de son art. Il avait déjà annoncé la couleur sur le premier EP de Stolen Gun sorti plus tôt cette année, mais il nous livre là une prestation XXL.

De FWF, en revanche, il reprend le format du pavé en clôture d’album avec un « Eucharist II: Blood Loss » qui n’aurait pas dénoté sur la plaque précédente. L’ajout de chant féminin rappelle « Pillar Of Salt » et son final presque lumineux, tandis que le riff pesant renvoie davantage à « Bog Walker ».

Mais réduire ce treizième album à un simple mix des deux précédents, c’est aller un peu vite en besogne. On notera en effet aussi l’arrivée de Matt Guglielmo à la batterie (également actif chez END), qui apporte encore plus de variations au niveau rythmique (et pourtant, Kevin était déjà plus qu’efficace à ce poste) et, surtout, CE SON ABSOLUMENT TITANESQUE signé Randy LeBoeuf (qui bosse avec le groupe depuis bientôt 10 ans). Les guitares grésillent « juste comme il faut », ni trop, ni trop peu, et les passages clairs bénéficient, eux, de toute la clarté nécessaire pour saisir chaque détail.

Enfin, et surtout, Vincent n’a jamais semblé aussi vulnérable que sur cet album. Par le passé, TAS jouait sur les punchlines edgy, sur une misanthropie surjouée, fanfaronnante, presque adolescente. Ici, l’ado qui espérait choquer par sa grossièreté est remplacé par un adulte désabusé qui a pris conscience que le meilleur moyen de choquer est, simplement, de parler de la vie, de ses facettes négatives et de sa fin sans fard.

En 37:50 (un clin d’œil à son deuxième album ?), The Acacia Strain sort un album viscéral et sombre. Comme le dit si bien Vincent, TAS fait « de la musique fâchée pour des gens qui voudraient être heureux mais n’y parviennent pas ». Et dans ce monde qui tourne de moins en moins rond, il trouvera certainement son public.

9,5/10

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Rise Records / 2025
Tracklist (37:50) 1. Eucharist I: Burnt Offering 2. A Call Beyond 3. Swamp Mentality 4. The Machine That Bleeds 5. Mourning Star 6. I Don’t Think You Are Going to Make It 7. Acolyte of the One 8. Aeonian Wrath 9. Holy Moonlight 10. Sacred Relic 11. World Gone Cold 12. Eucharist II: Blood Loss