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Marrow Of Kaladrius – To Elysium

Je pourrais être en train de m’extasier comme un glandu sur une énième bouse encensée par la concurrence / le label / le manager. Je pourrais perdre mon temps à disséquer la énième offrande d’un groupe archi-connu et à vous expliquer pourquoi elle n’atteint aucunement le niveau des efforts précédents du groupe en question, mais j’ai décidé aujourd’hui d’accorder mon attention au premier effort d’un nouveau projet de Brieuc De Groof (qui officie notamment au sein de Sekhmet et d’Aktarum) récemment sorti sur une base indépendante. En raison de sa promo assez confidentielle (on sent l’absence d’une machine promotionnelle qui driverait la comm’ du groupe), ce projet aurait pu m’échapper si je ne l’avais pas vu passer sur mon mur Facebook, grâce notamment à un ami qui a participé à cette galette. Et au vu de la qualité de ces douze morceaux, j’aurais raté un album solide.

Au menu, de l’Extreme Epic Metal. Une étiquette un peu fourre-tout, si vous voulez mon avis, mais il suffit de citer une des influences du groupe, à savoir Keep Of Kalessin, pour savoir vers quoi on se dirige. Oui, on sent l’influence de KoK sur cette galette, mais cela ne signifie pas pour autant que Marrow Of Kaladrius se contente de singer ce groupe, loin de là. Grâce à quelques ajouts intelligents, To Elysium s’avère particulièrement attrayant. Au rayon des petits plus, j’aurais envie de citer le chant clair, qui vient faire office de contrepoids au chant plus typé extrême sans pour autant devenir envahissant. À cet égard, je ferais même un parallèle avec Enslaved, autre groupe passé maître dans l’art d’allier deux chants opposés pour en faire un tout efficace. Au niveau purement musical, on soulignera la qualité de chaque intervenant, avec une mention spéciale au batteur (qui martyrise aussi les fûts chez Cocyte et Aktarum) au jeu précis et efficace. On regrettera juste parfois quelques passages où le mix aurait pu être mieux équilibré, notamment sur « Sky Emperor » où certaines parties de guitare sont « mangées » par la batterie un peu trop en avant à mon goût, mais je pinaille.

Au final, et malgré quelques petits défauts (dont cette question du mix, mais qui ne choquera peut-être pas d’autres auditeurs), To Elysium s’impose comme un premier album plus que recommandable, qui domine de la tête et des épaules pas mal d’autres sorties bien moins ambitieuses de cette année… qui elles, sont signées par des labels de premier rang. Comprenne qui pourra. 

Mister Patate (8,5/10)

Facebook officiel 

Autoproduction / 2014
Tracklist (49:23) 1. Cosmic Reign 2. Sky Emperor 3. Kalandria 4. As the Constellation Falls 5. To Elysium 6. When Daylight Rises… 7. Serpent and Eagle 8. King of Kings 9. Stellar Icon 10. March of the Kaladrius 11. Song for the Free 12. …and Night Time Falls…

 

Belphegor – Conjuring The Dead

Trois ans et demi après un Blood Magick Necromance particulièrement réussi, on attendait Belphegor de pied ferme, certainement après les ennuis de santé d'Helmuth. Je me souviens de leur retour sur scène lors de l'Extremefest et d'un Helmuth sans voix remplacé par un guest, à tel point que je m'étais alors demandé si c'était uniquement dû à sa convalescence ou s'il n'était tout simplement plus en mesure de chanter, ce qui aurait pu signifier la mort du groupe (du moins sous sa forme avec Helmuth au chant). Heureusement, avec le temps, Helmuth a su retrouver ses capacités vocales et nous livre un nouvel album en légère rupture avec les précédents.

En effet, là où Blood Magick Necromance avait cette production superbe (on dit merci qui ? Merci Peter Tägtgren !), Conjuring The Dead affiche un son plus brut, plus rugueux, et je dois avouer que je n'aurais pas parié un kopeck sur Erik Rutan si on m'avait demandé qui était derrière les manettes. On pourrait parler de régression au niveau purement sonore, mais cette petite touche de "crasse", au contraire, colle bien au propos et me convient parfaitement. Ceux qui avaient apprécié le côté poli des derniers efforts, par contre, en seront pour leurs frais…

Et au niveau de la compo ? Là, Helmuth nous montre en dix morceaux qu'il n'a pas perdu la main, au contraire ! C'est varié, original, certains morceaux sont presque étonnants pour un groupe comme Belphegor ("In Death " et sa rythmique presque minimaliste par rapport à d'autres morceaux sur les plaques précédentes ou l'interlude "The Eyes" qui vient calmer le jeu quelques insants avant un morceau plus traditionnel), mais on conserve tout de même cette touche autrichienne, ce petit truc qui fait de Belphegor un groupe qu'on aime. 

Avec ce dixième album, Belphegor vient se rappeler à notre bon souvenir. Conjuring The Dead marque une certaine évolution au niveau du son Belphegor, certes, mais dans l'ensemble, le fan se sentira certainement rapidement "comme chez lui". Une des valeurs sûres de l'année, à n'en pas douter.

Mister Patate (8/10)

Facebook officiel 

Nuclear Blast Records / 2014
Tracklist (36:39) 1. Gasmask Terror 2. Conjuring the Dead 3. In Death 4. Rex Tremendae Majestatis 5. Black Winged Torment 6. The Eyes 7. Legions of Destruction 8. Flesh, Bones and Blood 9. Lucifer, Take Her! 10. Pactum in Aeternum

Betraying The Martyrs – Phantom

Bon, dans mes deux premières chroniques de nos amis de Betraying The Martyrs, j’avais opté pour un ton léger et une petite touche d’humour pour mettre le doigt sur le manque de qualité criant de leur premier EP et de leur premier album. Mais là, fini de rigoler. Merde, à la fin, arrêtez de nous survendre BTM, ce groupe ne deviendra jamais le fer de lance du Deathcore, même en France.

Pourquoi ?

Tout d’abord, Betraying The Martyrs n’a aucune personnalité. BTM est l’équivalent musical du papier-carbone : bien pratique quand il s’agit de faire une copie bon marché. Dès « Jigsaw », le premier morceau, il suffit d’attendre 37 secondes pour un premier break qui crie « REGARDEZ-MOI, JE N’AI AUCUNE PERSONNALITÉ ! ». Phantom est un album de Deathcore tout ce qu’il y a de plus générique, pas mal exécuté, certes, mais déjà entendu des centaines de fois. On lorgne ici sur le Winds Of Plague du pauvre avec les lignes de clavier, et là sur un Suicide Silence de troisième rang (vous croyez franchement qu’on a pas capté que l’intro de « Legends Never Die » pue la montée en puissance à la « You Only Live Once » ?). Mais bon, si ce n’était que ça, on pourrait s’en contenter. Enfin, les moutons qui bouffent du Deathcore tous les jours auraient pu s’en contenter.

Mais il y a « Let It Go ».

Et là, putain, on touche le fond. Et c’est moche, parce qu’il y avait vraiment un coup à jouer.

Parce que reprendre un morceau tiré d’un dessin animé Disney (Frozen, pour les connaisseurs), il fallait l’oser. Et quand on y pense bien, il y avait moyen d’en faire un truc énorme. Tout ce qu’il aurait fallu faire, c’est dénaturer l’esprit Disney, le « pervertir » en quelque sorte pour en faire une reprise à la fois originale et décalée. Mais non. Ici, BTM a fait le pari de garder l’esprit positivo-infantile de Disney et propose au final du Deathcore pour princesses. Les gars, vous allez vendre des diadèmes à paillettes lors de vos prochains shows ou quoi ?

« Oui, mais le groupe véhicule un message positif ».

Il fallait pas faire du Metal alors. Fallait faire de la pop, un truc radio friendly, et pas essayer de combiner image de tough guy couvert de tatouages et fleurs dans les cheveux.

Faut voir les choses en face : Betraying The Martyrs surfe allègrement sur la vague Deathcore, et mis à part sa Bisounourserie aiguë, rien ne distingue ce groupe de la chiée d’autres formations qui officient dans le même courant. Si j’avais vraiment du temps à perdre, je leur demanderais en quoi leur groupe se distingue de la meute. Qu’ils me donnent ne fût-ce qu’un argument qui devrait me pousser à les préférer eux à tous leurs concurrents. Il n’y en a pas. C’est la même soupe à la fois fade et indigeste, cent fois réchauffée, et redégueulée autant de fois… et ce n’est pas en y ajoutant quelques paillettes et une pincée de sucre qu’elle passera mieux.

Mister Patate (Walt Disney/10)

Facebook officiel

Sumerian Records / 2014
Tracklist (xx:xx) 1. Jigsaw 2. Where The World Ends 3. Walk Away 4. Let It Go 5. L'Abysse des Anges 6. Phantom (Fly Away) 7. What's Left For You 8. Afterlife 9. Legends Never Die 10. Lighthouse 11. Your Throne 12. Our Kingdom 13. Closure Found