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Reality Grey – Define Redemption

403658Au fil des semaines, je commençais tout doucement à m’inquiéter de l’état de la scène Metal italienne, étant donné que la plupart des albums qui nous arrivaient de chez les Ritals étaient de bien piètre qualité. Même Fleshgod Apocalypse y était allé de son petit album décevant. Heureusement, un des seconds couteaux de la scène Death italienne vient remettre quelque peu les pendules à l’heure, j’ai nommé Reality Grey.

Avec ce deuxième album en 10 ans de carrière, on ne peut pas dire que Reality Grey va révolutionner le monde du Death mélodique, loin de là. Les Transalpins restent gentiment dans les balises du genre, sans vraiment se mouiller et en optant pour une approche somme toute classique. Gros son qui met bien en valeur les facettes mélodiques du groupe, morceaux suffisamment travaillés pour capter l’attention sans coller la migraine et surtout des musiciens qui se donnent à 100 % dans leurs compos : Reality Grey compense son manque d’originalité par une envie et un enthousiasme flagrants… et vu que les cadors du genre ont parfois des difficultés à être aussi convaincants qu’avant, on peut voir en Reality Grey un plan B, un groupe qui n’a pas la carrure de ses modèles mais qui se débrouille suffisamment bien pour contenter les fans du genre.

Mister Patate (7/10)

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Bakerteam Records / 2014
Tracklist (40:14) 1. Ascension Lapse 2. Deadlock 3. Rot of Nation 4. I Despise 5. Equilibrium 6. Departed Designs 7. Burn the Sky 8. Hypocrisy Breeds Hatred 9. Define Redemption

 

On l’avait déjà constaté par le passé, mais cette tendance se confirme et se généralise avec le temps : pour survivre dans la jungle du monde du Metal, les groupes, petits et grands, ont besoin d’exposition médiatique. Si personne ne parle de ton groupe, tu n’existes pas. Tu te fais monter sur la gueule par les centaines, voire milliers d’autres groupes qui essaient de se faire une place au soleil. Tu restes dans l’ombre et tu crèves. Aujourd’hui, pour percer, il ne faut donc plus forcément être le meilleur groupe sur le plan musical. Il suffit d’avoir la meilleure équipe de comm’ et compter sur quelques articles racoleurs pour attirer l’attention de l’auditeur moyen.

Cette tendance a un effet pervers. Aujourd’hui, quand un groupe ne reçoit pas une brouette d’éloges, il est presque choqué. Ses fans, eux, crient au scandale. « Jaloux », « il est passé à côté de l’album », « il ferait mieux d’écouter NRJ » : ces exemples ne sont pas fictifs, ils ont été postés au cours des 24 dernières heures en réaction à ma chronique du dernier album d’Akroma, qui avait récolté un beau 15/20. Dans le cas présent, j’apprécie toutefois l’attitude du groupe, qui a partagé la chronique et lancé le débat. En effet, dans de nombreux autres cas, ni les labels, ni les groupes ne prennent pas la peine de relayer une chronique en-dessous du 18/20. Parce qu’une note inférieure à 18, c’est un désaveu. Une publicité négative, qui risque de leur coûter des ventes… Mais s’ils lisaient les chroniques plutôt que de se focaliser sur la note, ils verraient peut-être les compliments. Ils comprendraient peut-être le point de vue exposé dans nos articles. Ils se remettraient peut-être en question, le cas échéant.

Cette attitude des groupes et des labels aussi a une répercussion fâcheuse. Les zines, à l’instar des groupes, se multiplient sur la toile, et la chasse au clic semble aussi acharnée que la chasse aux fans. Résultat des courses : la surenchère. Le sens critique sur OFF. Le léchage de boules généralisé. Quand je lis certaines chroniques d’albums que j’ai pourtant appréciés et auxquels j’ai moi aussi donné de bonnes notes, j’ai l’impression d’être sur Youporn. Quand je lis certains chroniqueurs, je me demande s’ils sont vraiment critiques ou s’ils sont plutôt dans une optique « marketing à outrance », tant leurs articles s’apparentent systématiquement à de la prose publicitaire qu’aurait pu pondre le label lui-même. Personnellement, je ne suis pas là pour faire plaisir aux groupes ou aux labels. On me demande mon avis, et je le donne, au revoir et merci, quitte à faire grincer des dents, quitte à voir systématiquement mes mails destinés aux labels finir dans leur corbeille parce que la note n’est pas « juste » à leurs yeux, n’est pas assez vendeuse. Dommage pour eux, cela ne nous fera pas changer notre fusil d'épaule.

Au final, nous sommes tous perdants : les labels vivent dans leur monde artificiel où les seuls chroniqueurs tolérés sont les Bisounours qui les flattent et les caressent dans le sens du poil, les autres chroniqueurs voient leur travail ignoré s’il est trop critique, les groupes sont survendus et l’auditeur moyen, s’il se laisse uniquement guider par ces avis unanimes glanés via les canaux « officiels » du groupe, risque bien de tomber de haut lorsqu’il aura la galette entre les mains, car l’écart entre ce qui est dit au sujet de l’album et l’album lui-même est parfois abyssal.

Akroma – La Cène

oshy_news_AkromPour son troisième album, Akroma a décidé de mettre les petits plats dans les grands en nous proposant un concept-album débordant d’audace. Jugez-en par vous-même : outre le groupe lui-même, on retrouve sur La Cène pas moins de trois musiciens et 12 chanteurs (chacun endossant le rôle d’un apôtre) invités. Ajoutez à cela un abbé appelé en renfort en tant que consultant théologien et vous comprenez rapidement qu’Akroma a voulu aller dans le détail et nous livrer un produit aussi pointu que possible. Sur le papier, on tient peut-être le projet le plus ambitieux et potentiellement le plus intéressant depuis un bon bout de temps au niveau de la scène française, mais j’ai appris à me méfier de ces patchworks de talent qui, au final, laissaient l’auditeur sur sa faim.

Sur un plan purement musical, La Cène met la barre extrêmement haut. À vrai dire, le dernier album qui m’avait autant impressionné par sa complexité et sa recherche était The Cadaverous Retaliation Agenda de The Project Hate MCMXCIX. Mis à part un ou deux points minimes (une orchestration un peu moins réussie sur « Matthieu », par exemple), Akroma nous livre une prestation époustouflante, et ce tant sur le plan purement Metal (guitare, batterie, basses) que sur les arrangements symphoniques. Les morceaux ont beau être longs, ils parviennent bel et bien à capter toute l’attention de bout en bout. C’est complexe, c’est bourré de détails, c’est cohérent… Ça fait plaisir de voir des musiciens en mesure d’atteindre un tel niveau de symbiose et de maîtrise. Si cet album avait été un instrumental, il se serait hissé sans peine sur la première marche de mon Top 2014.

Cette dernière phrase devrait donc vous mettre la puce à l’oreille. En effet, à vouloir être si ambitieux, le groupe a commis – à mes yeux – une erreur. En effet, en prenant l’initiative d’inviter douze chanteurs (un par morceau), Akroma a aussi pris le risque de placer son chanteur face à autant de « concurrents », et il était presque évident qu’au moins un de ces guests fasse de l’ombre au frontman. Malheureusement, dans le cas présent, plus d’un tiers des guests relèguent le chanteur principal à l’arrière-plan, à tel point qu’on en vient à se poser la question qui fâche : cet album n’aurait-il pas mérité un autre chanteur principal ? Assistons-nous à une « erreur de casting », où les seconds rôles éclipsent la performance de celui qui aurait dû attirer tous les regards ? Selon moi, ces deux questions n’appellent qu’une seule réponse : oui. Oui, cet album aurait pu prendre une dimension encore plus impressionnante avec un « meilleur » chanteur, et oui, certains guests avaient clairement la carrure pour endosser ce rôle, Black Messiah (Seth) en tête.

Je me répète : d’un point de vue musical, cet album est un chef-d’œuvre. La déception est donc d’autant plus marquée au fil des écoutes, tant le chant de Bob s’avère irritant sur la longueur. De tout bonnement génial, La Cène dégringole au niveau d’album de qualité auquel il manque un petit quelque chose pour véritablement se démarquer. Si Akroma doit truster une première place pour l’année 2014, ce sera plutôt, chez moi, du côté des déceptions…

Mister Patate (7,5/10)

Site officiel

Fantai’zic Productions / 2014
Tracklist (74:14) 1. Pierre 2. Thomas 3. Jacques 4. Barthélémy 5. Matthieu 6. Jude 7. Simon 8. André 9. Jean 10. Philippe 11. Jacques, fils d'Alphée 12. Judas