Author Archive

Trespasser – Αποκάλυψισ

Il fut un temps où j’attendais religieusement les mails des grands labels spécialisés. Nuclear Blast, Metal Blade, Century Media, Relapse… Les promos tombaient dans la mailbox quelques semaines avant la sortie, les grands noms côtoyaient des jeunes groupes prometteurs.

« Un nouveau Entombed ? Génial ! »

« Boss, boss, j’peux faire le nouvel Amon Amarth, promis, ma chro sera sur ton bureau d’ici une semaine ! »

Parce que oui, à l’époque, avant d’être le vieux connard que je suis, j’étais un jeune con impressionnable. Puis vinrent l’âge, la décrépitude des idoles et une furieuse faim de plus. Plus de groupes, plus de riffs, plus d’albums. Et aujourd’hui, ce n’est plus vers ces grands labels qui courent après leur gloire d’antan que je me tourne, mais vers Bandcamp, la mine d’or 2.0 pour les fans de musique.

Et c’est justement sur Bandcamp que j’ai découvert Trespasser, duo suédois qui a sorti une poignée de démos et un album (Чому не вийшло? pour les curieux) en 2018 sur une base indépendante avant de revenir aujourd’hui sur le devant de la scène avec ni plus ni moins qu’un solide prétendant au titre d’album de l’année. Rien que ça.

La recette de leur succès : un savant dosage de hargne et de mélodie. Pendant presque 40 minutes, Trespasser reste parfaitement sur le fil du rasoir. Le duo sait enfoncer l’accélérateur et balancer un barrage sonore et, quelques instants plus tard, lever le pied et apporter une pause plus mélodique sans que la transition ne soit abrupte. Tout se fait naturellement, sans la moindre impression de cassure ni le moindre temps mort. À ce niveau, ce n’est plus de la maîtrise, c’est du génie !

Prenez le meilleur de Dissection, d’Immortal, de Marduk, ajoutez-y une pointe de Ketzer époque Satan’s Boundaries Unchained pour le chant, un esprit anarchiste et un sentiment de révolte permanent. Voilà, vous avez une description certes réductrice mais tout à fait pertinente de ce que nous propose Trespasser. Αποκάλυψισ est un appel à la révolte, avec des textes recherchés, un artwork superbe et un sentiment d’urgence permanent. Avec ce deuxième album mené d’une main de maître et à nouveau sorti sur une base indépendante avant d’être distribué en formats physiques par Red Nebula, Pest Productions et Santa Diabla, Trespasser se propulse très haut dans le classement 2023. Et aucun grand label n’a aujourd’hui dans son écurie un groupe capable de rivaliser avec ce chef-d’œuvre.

(9/10)

Facebook officiel

(Autoproduction – 2023)

Tracklist (38:54) 1. Forward Into the Light! 2. The Great Debt-Strike I: A Pillar of Smoke 3. The Honourable Thrall, or the Last Remnants of Peter’s Second Epistle Shrugged Off 4. Flakes of Ash 5. Holókaustos, or the Justification and Affirmation of Hierarchical Order by the Symbolism of Immolations 6. Hand in Hand Towards Har-Megiddo 7. The Great Debt-Strike II: יובל

Räum – Cursed By The Crown

La scène belge regorge de talents cachés blah blah blah, non, je ne commencerais pas cette chronique par ce lieu commun éculé qui finit toujours invariablement par 1. du namedropping de Channel Zero ou Aborted et 2. une référence à la frite ou à la bière. Venons-en directement à Räum, un quatuor liégeois qui vient de sortir son premier album chez LADLO et qui n’aurait probablement pas attiré mon attention si deux de mes amis n’avaient pas LOURDEMENT insisté pour que j’y jette une oreille.

Au menu, 4 morceaux et une grosse demi-heure de « Post-Black Metal » d’après l’étiquette, de « Black Metal pas chiant » d’après mon ressenti. Enfin, quand je dis « pas chiant », je dois tout de même avouer que la première écoute de l’opener « Andromeda » ne m’a pas marqué. Et les suivantes non plus. Le morceau n’est pas mauvais, loin de là, mais il pèche par sa linéarité relative par rapport aux autres pistes qui sont, elles, plus variées. Perso, j’ai un faible pour les openers qui m’en mettent plein les yeux et les oreilles en mode « voilà ma carte de visite, coco, on se rappelle sans faute la semaine prochaine ». Si « Andromeda » avait fait 3:30, ce sentiment de « machine à laver en mode essorage avec une vieille paire de baskets dans le tambour » n’aurait pas été aussi marqué.

Mais je pinaille. La preuve ? J’ai acheté l’album pendant le dernier Bandcamp Friday alors que je n’aime pas 1/4 de l’album. Les trois morceaux suivants sont, à mes yeux, clairement supérieurs, avec une mention spéciale pour le titre éponyme qui combine habilement les passages furieux et les pauses plus lumineuses en un peu moins de 10 minutes. Sur un morceau comme celui-là, Räum n’a absolument rien à envier à bien des groupes « connus » et signés sur de bien plus gros labels. Les mauvaises langues diront qu’on a un morceau qui suit parfaitement la checklist du Post-Black (du furieux, une pause lumineuse, un build-up, un petit spoken word, un final hypnotique), mais ça reste diablement efficace.

Est-ce que tout est parfait dans le royaume de Räum ? Non. L’opener est un peu faible (il serait probablement mieux passé s’il n’ouvrait pas l’album) et j’ai l’impression qu’il manque un petit quelque chose au niveau du chant pour faire passer le groupe à un niveau supérieur. Pas au niveau de la qualité, certainement pas (y’a une petite vibe So Hideous / Emperor qui me fait vibrer), mais au niveau de la variation. L’ajout d’un deuxième chant plus grave, par exemple, serait peut-être une piste à explorer… Mais bon, c’est purement subjectif et ça lorgnerait fortement vers les voisins de Ultha.

Au final, ce premier effort de Räum est prometteur. Le groupe reste pour l’heure un petit poisson dans l’océan des sorties Metal (7.289 albums, démos, EP et splits depuis le 1er janvier 2023 d’après Metal-Archives), mais il serait dommage de passer à côté. Là où certains grands noms se reposent sur leurs lauriers, les Liégeois sortent une première plaque intéressante.

(7/10)

Facebook officiel

(Les Acteurs de L’Ombre Productions – 2023)
Tracklist (36:50) 1. Andromeda 2. Cursed By The Crown 3. Fallen Empire 4. Beyond The Black Shades Of The Sun

Behemoth – Opvs Contra Natvram

Depuis maintenant 8 ans et un The Satanist loin de faire l’unanimité, même au sein de la rédaction, Nergal s’est engouffré dans une direction artistique que bien peu de personnes auraient pu anticiper au vu de ses albums précédents. Après la fuite en avant amorcée dès Satanica en 99 et le pinacle de brutalité qu’était Evangelion en 2009, le groupe avait radicalement changé de ton, et bien malin aurait été celui qui aurait pu prédire la teneur de ce 12e album des Polonais.

Il y a quatre ans, je concluais ma chronique de I Loved You At Your Darkest par ces mots : Sans parvenir à s’affranchir de ses origines, Behemoth livre un album plutôt décousu et faussement brutal. (…) Espérons que le groupe parviendra un jour à vraiment franchir le pas et à redevenir une entité cohérente… Hélas, force est de constater que le patchwork proposé ici est, une fois de plus, loin d’être cohérent, et les quelques fulgurances rappelant l’époque où Behemoth était une machine de guerre bien huilée côtoient d’autres morceaux bien moins efficaces, où le groupe peine à poser ses ambiances.

Ici et là, Opvs Contra Natvram propose quelques clins d’œil au passé, des easter eggs en quelque sorte : une ligne de guitare qui n’aurait pas dénoté sur Evangelion (au début de « The Deathless Sun »), une rythmique tout droit recyclée de The Satanist (l’intro de « Neo-Spartacvs » qui reprend un pattern de « O Father, O Satan, O Sun »)… Et c’est peut-être justement cela qui rend cette impression de patchwork encore plus marquée que sur la galette précédente. Pour un groupe toujours en recherche d’évolution, Behemoth reste maladroitement accroché à son passé.

Est-ce que tout est autant à jeter ? Non, pas vraiment. L’espace de quelques morceaux (je pense surtout à « Malaria Vvlgata » et à « Disinheritance », qui font paradoxalement partie des morceaux les moins mis en avant depuis la sortie de l’album), Nergal et ses comparses nous rappellent que Behemoth n’a pas toujours été la bête de foire que le groupe est devenu aujourd’hui. À vouloir trop en faire, le groupe semble se dissiper. À quoi bon sortir un clip pour presque chaque morceau si la musique (ce qui devrait être l’élément central) en est réduite à devenir une bande-son pour un court métrage ?

De fer de lance d’un genre, Behemoth est devenu une machine qui, grâce à toute la structure qui l’entoure et une tonne de paillettes et d’artifices, domine artificiellement la scène Metal, un colosse aux pieds d’argile.

3/10

Facebook officiel

Nuclear Blast – 2022
Tracklist (43:15) 1. Post-God Nirvana 2. Malaria Vvlgata 3. The Deathless Sun 4. Ov My Herculean Exile 5. Neo-Spartacvs 6. Disinheritance 7. Off to War! 8. Once upon a Pale Horse 9. Thy Becoming Eternal 10. Versvs Christvs