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Watain – The Wild Hunt

379207Après un Lawless Darkness de qualité supérieure, les Suédois de Watain étaient attendus au tournant. « Fatalement », me direz-vous, tout groupe qui parvient à repousser ses limites sur chaque sortie s’expose inévitablement à une pression supplémentaire, celle des fans qui en veulent toujours plus. En trois ans, le groupe a travaillé dur pour nous proposer un digne successeur à son dernier effort et le résultat est pour le moins… surprenant.

Watain, qui vient de changer de label, aurait pu opter pour la solution de facilité et sortir un album dans la lignée de son prédécesseur – et encore, peut-on parler de solution de facilité quand on voit à quel point Lawless Darkness était détaillé ? Il semble cependant bien que Watain ne soit pas un groupe comme les autres. The Wild Hunt marque ainsi une rupture – certes partielle, mais tout de même – avec les efforts précédents du groupe, mais le groupe a-t-il su digérer ces nouvelles influences pour les intégrer à son style propre ?

J’avoue être assez mitigé. Quand Watain reste enfermé dans ses gimmicks Black Metal, il reste assurément un des groupes les plus efficaces dans le genre. Le timbre d’Erik colle parfaitement à la musique, leur Black teinté d’une touche de groove, voire même d’une étincelle punk, fait mouche à chaque écoute… à ce niveau, la bande à Erik ne déçoit pas. Quand il s’en écarte, par contre, le résultat n’est pas toujours aussi efficace. Le propos devient alors plus poussif, moins captivant, presque ennuyeux. C’est bien beau de vouloir révolutionner son style, encore faut-il en être capable… Ici, à l’exception notable de « They Rode On » (le morceau en rupture totale avec le passé de Watain, l’ajout improbable du chant clair, l’ambiance presque mélancolique, le morceau où le groupe frise le génie pendant près de neuf minutes), Watain me fait l’effet d’un groupe en pleine mue, un peu comme la cigale qui vient de se défaire de son ancienne peau et est là, encore vulnérable, avant que sa carapace durcisse à nouveau.

Sans être foncièrement mauvais, The Wild Hunt suscite pas mal d’interrogations et de déception, tout en dévoilant un potentiel certain. Watain semble en pleine transition, et il y a fort à parier que cet album, d’ici quelques années, constituera un tournant dans la carrière du groupe, une étape transitoire entre un Black brut et quelque chose de plus grand, de plus ambitieux. Une déception, certes, mais c’est peut-être justement maintenant que j’attends Watain de pied ferme, car la suite s’annonce certainement bien plus passionnante que ce Wild Hunt en demi-teinte.

Mister Patate (6/10)

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Century Media Records / 2013
Tracklist (62:49) 1. Night Vision 2. De Profundis 3. Black Flames March 4. All That May Bleed 5. The Child Must Die 6. They Rode On 7. Sleepless Evil 8. The Wild Hunt 9. Outlaw 10. Ignem Veni Mittere 11. Holocaust Dawn    

WBTBWB_Goldkinder1Au commencement, il y avait un groupe foutraque, avec un nom stupide, des sonorités bizarres, une imagerie très colorée, le tout avec des textes en allemand. Imaginez Rammstein qui aurait copulé avec un DJ mainstream et le générique des Pokémon. Le pire dans l'histoire, c'est que j'avais plutôt accroché. Dans l'océan de médiocrité du Metalcore/Deathcore, WBTBWB était le canard de bain jaune fluo taille XXL. Mais ça, c'était avant.

Aujourd'hui, WBTBWB a mis de côté tout ce qui faisait de ce groupe une formation unique pour rentrer gentiment dans le rang. "Alles Was Ich Will", l'opener de ce nouvel opus, sonne tristement convenu : riffs en béton, section rythmique pachydermique, chant tantôt hurlé, tantôt growlé, choeurs clairs, clavier… la parfaite panoplie du Deathcore "sérieux", de la bouillie standard et sans relief qu'on nous sert tous les jours dans les esgourdes, de gré ou de force. Pour un groupe qui avait fait du fun sa marque de fabrique, voilà une évolution plutôt regrettable.

Certes, il reste encore quelques morceaux sympathiques, comme "Meine Brille" qui garde cette touche catchy et un poil fun, mais on sent une volonté du groupe de se remettre en question et de passer à quelque chose de plus sérieux… et ce faisant, ils ont cassé quelque chose. Goldkinder est en quelque sorte le passage du groupe à l'âge adulte, après une adolescence bruyante et foutraque. WBTBWB a beau avoir gagné en cohérence, il perd en originalité. Le canard de bain prend l'eau de toute part.

Mister Patate (3/10)

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Heartwork – Pirate Smile GbR / 2013
Tracklist (xx:xx) 1. Alles Was Ich Will 2. Meine Brille 3. Pyroman & Astronaut 4. Ohne Herz 5. Super Heiß Ins Trommelfell (S.H.I.T.) 6. Viva Mariposa 7. Fall 8. Mayday Mayday 9. Makellos 10. Das Uhrwerk 11. Krieg aus Gold 12. Psycho 13. Kind im Brunnen

Devildriver – Winter Kills

379094Qu’on le veuille ou non, Dez Fafara est devenu un pilier de la scène Metal, dans un premier temps avec Coal Chamber qui masquait son manque d’originalité par une efficacité sans faille (l’album Dark Days, touchant de simplicité avec ses riffs à deux balles et ses rythmiques connes comme une table) et ensuite avec Devildriver, le frangin énervé de la Chambre à Charbon, la machine à torgnoles qui fait voler les chicots avec une solide dose de groove. En 6 albums, Devildriver est devenu une valeur sûre, et c’est donc avec une pointe de surprise que je retrouve la bande à Dez chez Napalm Records (la Division 2 derrière Nuclear Blast, Metal Blade et les autres grosses écuries). Enfin, qu’importe le label, pourvu que la musique soit à la hauteur des attentes… et une fois de plus, c’est le cas.

Ne vous attendez pas à une évolution radicale par rapport aux efforts précédents du groupe : le son Devildriver, le groove, la puissance des rythmiques, la hargne du chant… tous les ingrédients habituels d’un album de la bande à Dez sont bien présents. Les évolutions sont subtiles (les mauvaises langues diront même que rien n’a changé), mais la force de frappe reste intacte. La machine à claques se met en route un poil plus lentement que sur les efforts précédents, mais on sent que le groupe en garde sous le pied et monte en puissance au fil des compos. Ça cogne fort, ça cogne juste, avec juste ce qu’il faut de mélodie et de groove pour faire passer la pilule.

En quelque sorte, Devildriver a su reprendre l’efficacité enfantine d’un Coal Chamber et la retransposer dans un groupe bien plus hargneux et plus doué musicalement. Winter Kills ne séduira pas les détracteurs du groupe, c’est pour ainsi dire acquis. Les fans, par contre, risquent fort d’à nouveau passer un bon moment. 

Mister Patate (8/10)

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Napalm Records / 2013
Tracklist (49:19) 1. Oath of the Abyss 2. Ruthless 3. Desperate Times 4. Winter Kills 5. The Appetite 6. Gutted 7. Curses and Epitaphs 8. Carings Overkill 9. Haunting Refrain 10. Tripping Over Tombstones 11. Sail