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Hangman’s Chair – Hope///Dope///Rope

Hope///Dope///Rope : une idée fulgurante, trois mots, une sonorité, trois étapes d’une lente et douloureuse descente aux enfers. Le malaise est là, rampant, insidieux, coulant dans les veines, se frayant un chemin jusqu’aux plus profonds recoins de l’être. Le froid te saisit, comme une averse d’une fine bruine qui rend le pavé parisien graisseux et reflète la lumière blafarde des néons. Le propos ? Une biographie, un récit triste. En 52 minutes, le stoner de Hangman’s Chair relate le moment précis entre le baiser du chanvre autour du cou et la chute s’interrompant par un craquement de cervicales et quelques soubresauts. Les souvenirs défilent, les images se succèdent, les textes sont autant de flashbacks. Et pour un tel récit, seul un genre peut convenir : le stoner doom, lancinant, presque apaisé. Aucune poussée de violence, aucune rébellion, mais cette tristesse, ce flot de rancœur trop longtemps contenu et auquel on donne libre une cours une seule fois, une dernière fois avant que le rideau ne tombe. It’s not a time to give birth. It’s a time to die. Cette lumière au bout du tunnel n’est pas l’espoir. C’est l’express de la vie qui se rapproche de toi à du 200 à l’heure, toutes sirènes hurlantes.

Avec ce troisième album, Hangman’s Chair a frappé fort, en parvenant à saisir et à retranscrire en musique tout le désespoir. S’il était une couleur, Hangman’s Chair ne serait pas le noir. Il serait le gris, un noir délavé par les larmes. Un grand chef-d’œuvre.

Mister Patate (9/10)

Myspace officiel

Bones Brigade Records – 2012
Tracklist (52:26) 1. The Saddest Call 2. Open Veins 3. Ain't Living Long Like That 4. December 5. A Scar To Remember 6. Alley's End 7. Hope///Dope///Rope  

 

Digisleeve Deluxe édition​ 2016

A l’image de sa musique, il semble que ce troisième opus de nos compatriotes ait été particulièrement difficile à concevoir et à accoucher. Deux ans après Leaving Paris (2010), les parisiens remettent le couvert et nous replonge la tête la première dans leur Stoner / Doom Metal lumineux et rieur. Amis des drogues, de l’addiction, de la dépression et de l’amour, bienvenue chez vous. Il suffit de voir la pochette pour se rendre compte nous sommes ici loin de l’univers coloré et chatoyant du Moulin Rouge de Baz Luhrmann et que les franciliens s’intéressent plutôt au côté le plus sombre et dégradant de la vie parisienne. L'album ressort cette année sous la forme d'un bel objet, un digisleeve avec trois titres bonus pour séduire les fans.  

Et le voyage sera tout sauf une sinécure, pendant plus de soixante-dix minutes, les plus bas instincts de l’être humain vont revenir à la surface. Le titre du disque annonce tout de suite la couleur, comme la promesse d’un destin brisé en trois actes. La plongée se fera par pallier, de plus en plus sombre et violent. HANGMAN’S CHAIR a décidé de ne rien épargner à son auditeur, sept chansons principales plus trois bonus vous enfonceront la tête sous l’eau encore et encore. Le ton est donné au bout de vingt secondes avec le premier riff qui émerge après une courte chanson d’enfants. Les franciliens manipulent une matière noire et visqueuse d’une lourdeur écrasante. Les rythmes sont tout aussi pesants et viennent contrebalancer le chant tantôt susurré tantôt hurlé de Cedric Toufouti. Ce cocktail détonne et ne pourra plonger l’auditeur quand dans le tourment. Plus c’est long plus c’est bon dirait certains mais avec Hope///Dope///Rope, cette maxime trouve ses limites. Les aprisiens varient avec talent les rythmes et les intensités, ils peuvent alterner des passages atmosphériques et coup de massue quasi funeral-doom en quelques minutes. Il faut être prêt à tout affronter, toute la gamme chromatique entre le noir et le blanc même si la balance penche très nettement du côté du premier.

Ce disque offre un sacré défi, il faut un certain courage et des tripes bien accrochés pour supporter ce traitement. Et pourtant on y revient, toute cette noirceur et cette violence fascine et séduise. L’être humain aime se faire mal et il va être servi avec ce disque. Pour terminer, citons Dante Alighieri et sa Divine Comédie : « Vous qui entrez ici, perdez toute espérance ».

Oshyrya (7,5/10) 


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Music Fear Satan Records / 2012
Tracklist (70:10 mn) 01. The Saddest Call 02. Open Veins 03. Ain't Living Long Like That 04. December 05. A Scar To Remember 06. Alley's End 07. HOPE///DOPE///ROPE Bonus 08. I am the Problem 09. The Rest is Silence… 10. Gallow’s Dance

Feastem – World Delirium

À l’approche du Bloodshed Fest, la grand-messe hollandaise du grind et du bourrin, il est grand temps de me pencher sur le dernier effort d’un des groupes figurant à l’affiche et qui, au moment de sa sortie, était passé inaperçu chez votre serviteur : World Delirium, par les furieux finlandais de Feastem.

Feastem ne recherche pas la difficulté : 18 plages expédiées en à peine 27 minutes, nos amis finlandais nous gratifient d’urgence grindiloquente dans toute sa splendeur. Aucun temps mort. Aucun répit. Un sentiment d’agression continu. Pour les influences, tournez-vous vers le Napalm Death des débuts, les regrettés Nasum ou leurs compatriotes de Rotten Sound. Pour le son et la prod’, là aussi, on est très proches des Nasum et autres Rotten Sound : gros son, une guitare qui grésille un peu, une batterie impitoyable et un beugleur qui s’égosille tout du long. Un seul ton, aucune variation, mais le bougre s’y connaît pour transmettre ce sentiment de hargne à la face de ses auditeurs.

Feastem ? Fist Them, plutôt ! World Delirium fait mal par où il passé. Sale, méchant, rugueux, cet album ravira les oreilles les moins chastes et égaiera les dîners en famille. Ou pas. À (re)voir en tournée cet automne avec Kill The Client !

Mister Patate (8/10)

Myspace officiel

Obscene Productions – 2011
Tracklist (26:45) 1. Redeemer 2. The New Practice 3. Nalka 4. Dead Eyes 5. I Create 6. Lighter 7. Pohjalta Kuuluu 8. Kahdella Haulilla 9. Fucktory 10. The Lie 11. Rahateuras 12. Working Man Blues 13. Momentary 14. Trapped 15. God's Perfect Creation 16. Squeal 17. Riot 18. One More

 

Le papier, juste bon pour se torcher ?

 
Un titre accrocheur, certes, un brin provocateur, reconnaissons-le. J’en vois qui sortent déjà le popcorn et s’attendent à une diatribe anti-presse papier de la part de votre cher serviteur, une attaque sabre au clair face aux Rock Hard, Hard Rock et autres Rard Hock (ouais, ils ont tous le même nom, avec juste une petite variante)… Que nenni ! Aujourd’hui, dans un grand fracas, j’ai découvert une nouvelle utilité au papier : il permet aux organisateurs de festival de séparer le bon grain de l’ivraie, le magazine papier du vulgaire webzine.
 
Le contexte ? La Belgique. Un pays plat, terne, dont les habitants sont assez cons pour se laisser monter le bourrichon les uns face aux autres pour une histoire linguistique. Retirez-leur les bières et le chocolat et il ne leur reste rien, si ce n’est une justice défaillante et une cohorte de ministres. Dans ce pays, un festival où la femme est mise à l’honneur. Une édition anniversaire regroupant la fine fleur du Metal à chanteuse. Un rendez-vous incontournable. Et la réponse, lapidaire, à notre demande de pass photo : « On ne donne pas de pass photo aux webzines, c'est marqué dans les formulaires ».
 
Je suis assez déçu. Je pensais que les organisateurs de festivals, avec le temps, auraient compris que les webzines peuvent aussi faire un boulot aussi pro que les magazines papier. Mieux encore : de par son format, le webzine est plus réactif et ne dépend pas des impératifs liés à l’impression. Soulignons aussi sa gratuité et son « pressage » virtuellement illimité (toute personne ayant Internet pouvant accéder aux photos, aux archives, aux articles pour pas un cent). Et pourtant, certains s’obstinent à considérer tous les webzines comme une équipe de bras cassés amateurs. Reconnaissons-le : nous ne sommes pas des pros. Nous ne gagnons pas un euro avec nos sites, au contraire : frais d’hébergement, essence pour se rendre aux nombreux festivals, tickets de concerts (car toutes les orgas ne nous laissent pas entrer aux frais de la princesse, quoi qu’on en pense)… Nous sommes des passionnés. Nous sommes comme vous, à la différence près que nous donnons notre avis sur le net alors que vous, vous lisez nos articles et écoutez des albums sans en faire part sur la toile. Nous sommes des fans qui ont la chance, l’espace de trois morceaux, de photographier nos groupes favoris, voire de les interviewer avant le show. Et malgré tout, certains nous considèrent encore avec dédain et nous excluent d’office, sans même prendre la peine de jeter un œil à notre travail. Tant pis pour eux. Nous ne mettrons pas un pied à leur festival et nous jugerons arbitrairement que leur organisation n’est pas à la hauteur d’autres fests plus « webzine-friendly ». Un raisonnement stupide, mais qui vaut le leur.
 
Qu’à cela ne tienne, attendez-vous encore à quelques photos d’ici la fin de l’année, la majorité des organisateurs étant, heureusement, moins intransigeants que ces quelques irréductibles qui ne jurent que par 50 pages de papier glacé…