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Meshuggah – Koloss

Meshuggah n’est pas de l’étoffe des suiveurs. Plutôt que de se placer gentiment dans une des cases créées par ses prédécesseurs, les gars de Meshuggah se sont retroussé les manches et sont sortis du cadre, explorant ainsi de nouveaux horizons et se démarquant du reste de la scène Metal. Évidemment, qui dit originalité dit, dans son sillage, une nuée de clones plus ou moins efficaces. En quelque sorte, et pour oser une image que ne renierait pas Éric Cantona (que j’ai croisé ce matin à Bruxelles en allant au bureau, vrai de vrai) : Meshuggah est le chalutier suivi par des mouettes qui se disputent les déchets rejetés par-dessus-bord. Alors, l’annonce d’un nouvel album de Meshuggah fait toujours l’effet d’une sensation, d’un petit séisme, tout le monde attend avec impatience la nouvelle déflagration, et une seule question brûle les lèvres : jusqu’où iront-ils cette fois ?

Meshuggah a réussi à faire monter la pression, petit à petit, distillant ici et là quelques infos et deux morceaux qui, s’ils étaient indéniablement intéressants, ne me semblaient pas pour autant de grandes claques. Bon, il y a la touche Meshuggah, omniprésente, étouffante, mais le tout sonnait convenu, facile presque. Là où le groupe arrivait, sur ses efforts précédents, à créer en moi une sensation de tension, il me semblait ici en roue libre, accessible. Cependant, cela renforçait encore mon impatience : était-ce là l’annonce du déclin du Colosse ou au contraire un moyen, pour le groupe, de mieux nous prendre par surprise avec un album complet plus « orthodoxe » ?

Au final, je dirais : ni l’un, ni l’autre. Koloss est un album solide, et la majorité de la scène « Djent » (il faut bien utiliser ce qualificatif, faute de mieux), voire même son intégralité, est loin de ce niveau de maîtrise. Mais Meshuggah n’est pas n’importe quel membre de cette  scène, il en est le géniteur, le père fondateur, en constante évolution vers le haut depuis des années, et on pouvait donc attendre mieux, bien mieux. Or, nous avons ici un album qui, tout solide qu’il est, n’apporte aucune avancée par rapport à Obzen. Pis encore : le groupe semble s’être contenté de faire plus simple, plus dépouillé, plus accessible. Un Meshuggah light, en quelque sorte.

Doit-on leur reprocher cette évolution ou, au contraire, l’applaudir ? Tout dépendra de votre relation avec le groupe. Personnellement, mon cœur balance entre satisfaction et déception. Sans atteindre le niveau d’opus précédents, Koloss reste tout de même un, voire deux crans au-dessus de la concurrence. 

[8/10] Mister Patate

Site officiel : www.meshuggah.net
Myspace officiel : www.myspace.com/meshuggah

Nuclear Blast Records – 2012
Tracklist 1. I Am Colossus  2. The Demon's Name Is Surveillance 3. Do Not Look Down 4. Behind the Sun 5. The Hurt That Finds You First 6. Marrow 7. Break Those Bones Whose Sinews Gave It Motion 8. Swarm 9. Demiurge 10. The Last Vigil

 

Hour Of Penance – Sedition

Depuis l’avènement de Fleshgod Apocalypse, le Death italien est sous les feux de la rampe. Enfin, surtout Fleshgod Apocalypse, admettons-le. Et pourtant, cette scène italienne ne se limite pas à eux, loin s’en faut. Que ce soit Blasphemer, Putridity, Septycal Gorge ou Hour Of Penance (dont il sera question dans cette chronique), les Transalpins disposent d’une scène florissante et à laquelle nous devrions nous intéresser. Au menu ce soir : Hour Of Penance dont le cinquième album, Sedition, tombe dans les bacs d’ici quelques jours.

Bon, avouons-le, ils avaient déjà frappé fort avec Paradogma, mais ce tourbillon qui vient de me frapper en plein visage dépasse de loin mes attentes. L’album démarre par une minute d’intro montre en main avant la déferlante, le mur sonore dans toute sa splendeur. Imaginez la puissance d’un Fleshgod Apocalypse, mais sans cette touche symphonique qui fait pourtant tout le charme d’Agony, et vous obtiendrez une bonne idée de ce que Sedition vous réserve. Ici, le blast a le champ libre, la guitare s’exprime librement sans devoir côtoyer le violon et le groupe n’a qu’un seul objectif : nous en coller plein les esgourdes. Niveau chant, notre ami Paolo n’a, quant à lui, rien à envier à Tommaso (son homologue chez Fleshgod Apocalypse), et il nous délivre une prestation plus que convaincante. 

Avec ce cinquième opus, Hour Of Penance frappe fort, très fort, et ce nouveau brûlot anti-religion ravira plus d’un fan de brutal death. Simple, sans fioritures et terriblement efficace, Sedition s’impose comme un des indispensables de l’année 2012 en matière de Death.
 
[8,5/10] Mister Patate
 
Site officiel : www.hourofpenance.net
 
Prosthetic Records – 2012
Tracklist 1. Transubstantiatio (intro) 2. Enlightened Submission 3. Decimate the Ancestry of The Only God 4. Fall of the Servants 5. Ascension 6. The Cannibal Gods 7. Sedition Through Scorn 8. Deprave to Redeem 9. Blind Obedience
 

Emmure – Slave To The Game

Emmure, un nom qui suscite des sentiments contraires et radicalement opposés. Adulé par les uns, violemment décrié par les autres (j’ai presque envie de dire par la majorité), ce groupe ne laisse pas indifférent de par son genre et son utilisation fréquente (qui a dit « abus » ?) de breakdowns. Mine de rien, malgré les critiques, ils persistent et signe depuis 9 ans et reviennent maintenant avec un 5e album, Slave To The Game. Après plusieurs écoutes attentives, ce nouvel opus Emmure pour une chronique (1).

Alors d’accord, « ça envoie grave le pâté » comme se plaisent à dire les jeunes. Apparemment, le Metalcore/Deathcore à breakdowns, ça rapporte des brouzoufs qui permettent de se payer une prod’ en titane. Pour peu que l’on pousse un peu le son, le sol et le plafond se mettent à trembler. Cependant, le son a beau être puissant et clair au possible, il renforce justement la vacuité de l’album. Ca mouline pendant une demi-heure, sans véritable relâche ni originalité. On aligne du riff, on colle un breakdown à gauche et à droite, on alterne ours en rut et chant presque parlé… Ca déplace certes beaucoup de poussière, mais ma femme de ménage peut en faire autant tout en faisant moins de bruit.

Vous l’aurez compris, Emmure persiste et signe dans la voie que le groupe a empruntée. Les fans de Deathcore-breakdown-mes-couilles auront un sourire jusqu’aux oreilles, les autres secoueront à nouveau la tête de gauche à droite en cherchant un sens à cet album… C’est beau de s’en tenir à ses idées, ses goûts, son style, mais à trop vouloir en faire, ces petits gars finiront droit dans l’Emmure (2).

[2/10] Mister Patate

Site officiel : xxx
Myspace officiel : www.myspace.com/emmure

Victory Recordings – 2012
Tracklist 1. Insert Coin 2. Protoman 3. She Gave Her Heart to Deadpool 4. I Am Onslaught 5. Bison Diaries 6. Poltergeist 7. Cross Over Attack 8. Umar Dumps Dormammu 9. Blackheart Reigns 10. MDMA 11. War Begins With You 12. A.I.  

(1) oh le joli jeu de mots pourri que voilà
(2) le coupable de cette conclusion foireuse sera châtié. Ou pas.