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Alestorm – Black Sails at Midnight

alestorm09Je pensais avoir tout vu, tout entendu… Je pensais que ces colleurs d’étiquettes, qui parvenaient toujours à dénicher l’appellation saugrenue pour décrire le genre de musique proposé par un nouveau groupe étaient arrivés à un point où leur imagination fertile leur faisait défaut… Hélas, j’étais loin du compte, car un nouveau genre (encore un, me direz-vous) pointe le bout de son nez depuis quelque temps et semble même creuser son trou : le PIRATE METAL ! Jambes de bois, mousquets, perroquets, bandeaux noirs, vérifiez vos attirails, moussaillons, car nous partons au large ! Du pirate, Alestorm tient le costume et le thème des chansons (« nous sommes des pirates, yohoyoho, et une bouteille de rhum »)…

C’est un bon début, certes, mais toutes ces caractéristiques sont secondaires. Musicalement, Alestorm pourrait se rapprocher de cette vague folk festive et haute en couleurs venant des pays scandinaves (Korpiklaani, Turisas, Finntroll), mais dont on aurait remplacé les instruments typiques par d’autres instruments qui « sonnent plus pirate » (l’accordéon, notamment). Et c’est bel et bien là que le bât blesse…

Pour se forger une identité propre (et encore, depuis que ces Écossais ont été rejoint par les Ricains de Swashbuckle, ils ne sont plus les seuls à voguer fièrement sur cette nouvelle vague), Alestorm a tout misé sur l’image, en oubliant, par la même occasion, d’être originaux sur le plan musical (un morceau comme Keelhauled, par exemple, débute sur un rythme et une combinaison batterie-accordéon comparable à un bon vieux Finntroll). Certes, les refrains sont bigrement efficaces et s’impriment presque instantanément dans les méninges, ce qui devrait permettre de les reprendre à tue-tête avec un taux d’alcoolémie peu raisonnable dans les veines, mais c’est bien le seul point fort de l’album.

En résumé, nous nous trouvons devant un album idéal pour faire une bonne petite fête entre amis, histoire d’avoir une bonne raison de ressortir ces costumes de carnaval de l’armoire et de siffler du rhum pendant toute la nuit (pour rester dans le thème pirate, bien sûr)… mais, aussitôt la fête terminée, cet album risque bien de rejoindre les costumes et de prendre la poussière.

Mister Patate (03.5/10)

 

 www.alestorm.net 

 www.myspace.com/alestorm

Napalm Records – 2009

Tracklist : 01. The Quest 02. Leviathan 03. That Famous Ol' Spiced 04. Keelhauled 05. To the End of Our Days 06. Black Sails at Midnight 07. No Quarter 08. Pirate Song 09. Chronicles of Vengeance 10. Wolves of the Sea (Pirates of the Sea cover).

 

Asphyx – Death… The Brutal Way

asphyx-brutal-wayLe constat est alarmant : malgré les vagues successives de nouveaux groupes censés représenter l’avenir du metal, les fans du genre acclament systématiquement l’annonce du retour des pionniers, de ces grands groupes qui ont écrit les chapitres les plus glorieux de l’« Histoire du Metal »… 

Et pourtant, doit-on véritablement se réjouir d’une telle tendance ? Que ce soit aux États-Unis (avec Obituary il y a quelque temps), en Suède (Seance, qui a fait un retour plus ou moins remarqué sur le devant de la scène) ou aux Pays-Bas (et Pestilence), ces come-backs tenaient plus souvent du pétard mouillé que de la claque supersonique, à tel point que cela en devenait presque gênant de voir ces anciennes gloires essayer, en vain, de nous faire vibrer « comme au bon vieux temps ». Seance, Obituary, Pestilence, autant de « résurrections » échouées, de réanimations inutiles…

Je craignais dès lors le pire lorsque j’ai appris, l’année passée, qu’Asphyx reviendrait également avec un nouvel opus sous le bras. Certes, le premier morceau proposé sur leur ep sorti l’année passée augurait un résultat plus alléchant, et la présence de Martin Van Drunen et de sa voix caractéristique au sein du groupe était certainement un atout indéniable mais, l’espace d’un instant, j’ai tout de même douté…

Cependant, pour toute règle, il doit y avoir une exception qui la confirme. Avec Death… The Brutal Way, Asphyx nous prouve avec une aisance presque insolente qu’un come-back peut en effet être parfaitement réussi. Tout semble couler de source, comme s’il était évident que ce groupe ne pouvait pas faire le moindre faux pas et que, non content de revenir à son niveau d’antan, il avait profité de ce long break pour mûrir, évoluer quelque peu… Que ce soit avec des morceaux plein de hargne (Scorbutics, qui déboule sans crier gare) ou en optant pour une voie plus pesante (Asphyx II (They Died As They Marched), lourd, doomesque, pachydermique même, avec ce riff que n’aurait pas renié un Celtic Frost époque Monotheist, ou Cape Horn, qui débute de façon envoûtante), Asphyx étale son talent sans pour autant donner l’impression de forcer. Chaque morceau est captivant, à tel point que les 50 minutes du disque semblent défiler à une vitesse incroyable… et on s’empresse à repasser à la première piste pour pouvoir à nouveau en profiter pleinement. 

En l’espace de 10 morceaux, Asphyx renvoie une grande partie des jeunes groupes à leurs chères études, en leur délivrant une leçon de death metal à l’ancienne, ce qui est à la fois réjouissant et inquiétant. Réjouissant parce que nous assistons enfin à un come-back réussi, mais inquiétant parce qu’un tel album laisse la furieuse impression que la relève n’est pas encore prête à reprendre le flambeau…

Mister Patate (08.5/10)

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Century Media / 2009

Tracklist (49:27) 1. Scorbutics 2. The Herald 3. Bloodswamp 4. Death The Brutal Way 5. Asphyx II (They Died As They Marched) 6. Eisenbahnmörser 7. Black Hole Storm 8. Riflegun Redeemer 9. Cape Horn 10. The Saw, The Torture, The Pain

 

Behemoth – Evangelion

Behemoth-evangelionIl y a deux ans, presque jour pour jour, alors que les dernières notes de "Christgrinding Avenue" s’égrenaient et que le calme revenait autour de moi, j’étais tiraillé entre une satisfaction indéniable et une certaine crainte. En effet, malgré l’enthousiasme suscité par The Apostasy, je craignais que Behemoth n’en soit arrivé à un niveau tel qu’il ne serait plus en mesure d’encore évoluer. Tout au plus parviendrait-il une nouvelle fois à réitérer une telle prouesse, mais je voyais mal comment Behemoth pourrait encore faire mieux que The Apostasy.

Mais c’était mal connaître Nergal qui, perfectionniste jusqu’au bout des ongles, ne comptait certainement pas se contenter de faire aussi bien. Malgré un rythme de sortie effréné (Evangelion est en effet le 6e album du groupe en 10 ans), Behemoth n’a toujours eu de cesse de toujours repousser ses limites, et ce nouvel album ne déroge pas à la règle. Dès les premières écoutes, les choses se clarifient immédiatement : oui, Nergal est parvenu, une fois de plus, à propulser son groupe à un niveau supérieur. Que ce soit par des morceaux directs et surpuissants, tels que Shemaforash et ses influences orientales, ou par des morceaux plus pesants (Alas, Lord Is Upon Me, débutant sur un mid-tempo lourd avant une montée en puissance imparable), Nergal nous dévoile une nouvelle fois son talent, plus particulièrement sur Lucifer, l’un des morceaux majeurs d’Evangelion. Ici, point de blast beats effrénés, mais un morceau « posé », maîtrisé de bout en bout par un groupe au sommet de son art. 

Cependant, il serait injuste de réduire Behemoth à l’œuvre d’un seul homme. En effet, si Nergal est la tête pensante du groupe, Inferno en est le cœur, véritable métronome infernal qui dicte son rythme sans relâche… Sa réputation de batteur d’exception n’est certes plus à faire, mais son jeu a encore gagné en finesse, notamment sur les parties de cymbales de "He Who Breed Pestilence". Ses détracteurs lui reprochaient sa tendance à trop facilement opter pour le blast ininterrompu, ils devraient, cette fois, être satisfaits par l’évolution de son jeu : tout en restant un monstre de brutalité et de précision, Inferno est, lui aussi, parvenu à nous surprendre.

Mais un album de Behemoth ne se limite pas à la musique. En effet, le titre de l’album et l’artwork reflètent également une recherche approfondie. Ainsi, le thème de la couverture, la Grande Prostituée de Babylone, évoque la relation conflictuelle du groupe avec la religion (la Grande Prostituée chevauchant la Bête à 7 têtes étant le symbole, pour certains, des opposants au catholicisme). À l’évidence, Nergal et ses compères n’auront rien laissé au hasard…

Deux ans après la sortie de The Apostasy, presque jour pour jour, je ressens, une fois de plus, ces sentiments contraires qui m’avaient étreint à l’époque… Une nouvelle fois, Behemoth semble intouchable. Une nouvelle fois, il semble avoir atteint son apogée, mais peut-on vraiment en être sûr ? Evangelion peut être considéré comme l’opus magnum du groupe, l’apothéose d’une carrière déjà bien remplie. Cependant, étant donné l’évolution constante du groupe au fil des ans, tout porte à croire que cet excellent album ne sera qu’une simple étape de plus dans l’ascension irrésistible d’un groupe qui est appelé à devenir une légende.

Mister Patate (09.5/10)

www.behemoth.pl

myspace.com/behemoth

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Nuclear Blast Records / 2009

Tracklist (41:54) 1. Daimonos 2. Shemaforash 3. Ov Fire And The Void 4. Transmigrating Beyond Realms Ov Amenti 5. He Who Breeds Pestilence 6. The Seed Ov I 7. Alas, Lord Is Upon Me 8. Defiling Morality Ov Black God 9. Lucifer