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Gruesome – Dimensions Of Horror

Après un Savage Land qui rendait un hommage appuyé à Leprosy, Gruesome se livre désormais à un nouvel hommage à Death, et plus particulièrement à Scream Bloody Gore. Un petit retour en arrière, donc, mais aussi et surtout une galette qui fleure bon la nostalgie et le death metal de papa, basique, rugueux et terriblement efficace.

Comme pour Savage Land, Dimensions Of Horror ne peut s’apprécier qu’à une seule condition : que l’on accepte la démarche du groupe, cette volonté de faire vivre Death au-delà du décès de Chuck sans pour autant se contenter de reprendre le registre existant (ce qu’a fait Death To All pendant quelques années lors de nombreuses tournées). D’aucuns crient au plagiat, et on peut en quelque sorte les comprendre, tant Dimensions Of Horror a su saisir l’esprit Scream Bloody Gore, mais pour en avoir discuté avec Matt Harvey fin février, on sent surtout que ce groupe est, avant tout, une bande de musiciens qui ont tous leur propre projet et s’offrent ici du bon temps en repensant aux premiers albums de Death, des albums qu’ils apprécient particulièrement.

Dimensions Of Horror est en quelque sorte un Scream Bloody Gore 2.0, tout comme Savage Land était un Leprosy 2.0. Étant un grand fan des premiers albums de la bande à Chuck, je dois avouer que les sorties proposées par Gruesome me plaisent beaucoup. C’est sincère, c’est efficace, c’est efficace en diable et, surtout, ça assume totalement son statut, contrairement à d’autres groupes qui se posent en nouveau héraut d’un genre alors qu’ils se contentent de pomper leurs aînés. Vous aimez Death ? Vous aimerez Gruesome. Vous aimez le Death old school ? Vous aimerez Gruesome. Dimensions Of Horror a un petit goût de madeleine de Proust, la tignasse qui vole en plus. Reste maintenant quelle sera la prochaine étape dans la discographie de Gruesome : suivront-ils la même évolution que Death à l’époque ou resteront-ils ancrés dans les premiers efforts ? Seul l’avenir nous le dira.

Mister Patate (8,5/10)

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Relapse Records / 2016
Tracklist (19:36) 1. Forces Of Death 2. Raped By Darkness 3. Amputation 4. Hellbound 5. Seven Doors 6. Dimensions Of Horror

Nails – You Will Never Be One Of Us

Une fois n’est pas coutume, Nuclear Blast ne nous sort pas un lapin de son chapeau. Non, cette fois, Donzdorf a ouvert la cage aux fauves et nous balance dans les ratiches sa nouvelle recrue, Nails, un petit poucet dans l’écurie Nuclear Blast mais avec de la patate à revendre. Putain, depuis quand Nuclear Blast signe à nouveau des groupes d’un calibre pareil ? Ça doit être fun, les journées de team building à Donzdorf, avec Epica et Sabaton qui discutent chiffons et headlining devant un bol de punch et les gars de Nails dans un coin, en train de balancer leurs gobelets de bière à la gueule des filles d’Indica tout en se foutant de la gueule de Robb « anti-Phil » Flynn !

You Will Never One Of Us, plus qu’un nom, tout un programme. Ouais, on est pas comme eux, et on le sera jamais. Ces gars chient la haine par tous les pores, sans le moindre temps mort. Remarquez, avec un album qui frôle les 22 minutes, ils ne risquaient pas de se perdre en chemin, mais la déferlante grind/punk/crust/powerviolence/(insérer tout autre genre qui se caractérise par des morceaux courts et une haine du feu de Dieu) est là, bien burnée, avec une dose supplémentaire de misanthropie.

Comment appréhender cet « album » (oui, j’utilise les guillemets vu la durée particulièrement courte de cette sortie) ? Personnellement, je ressens une pointe de frustration. Parce que bon, les gars ont maintenant une grosse écurie derrière eux, on aurait pu espérer plus (en termes de durée, bien entendu… parce qu’en intensité, ils font figure de poids lourd). Mais d’un autre côté, je devrais saluer leur orthodoxie. Quel que soit le label, le propos reste inchangé, rugueux, sans le moindre répit. Dans la droite ligne d’Abandon All Life, You Will Never Be One Of Us fait partie des galettes « pied au plancher » qui font mon bonheur. Court et intense comme une ratonnade dans une ruelle mal éclairée, cette nouvelle galette de Nails fait très mal. Chaudement recommandé !

Mister Brute Porn (9/10)

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Nuclear Blast Records / 2016
Tracklist (21:43) 1. You Will Never Be One of Us 2. Friend to All 3. Made to Make You Fail 4. Life Is a Death Sentence 5. Violence Is Forever 6. Savage Intolerance 7. In Pain 8. Parasite 9. Into Quietus 10. They Come Crawling Back 

Gojira – Magma

Putain j’y ai cru. Vraiment. Après la désillusion massive qu’était (et qu’est toujours) L’Enfant Sauvage, Gojira était parvenu à allumer en moi l’étincelle de l’espoir. Tout d’abord avec leurs déclarations dans les médias, où les frangins Duplantier évoquaient un album plus court (bon, l’explication de cette décision – qui revenait à dire que les fans ont le même pouvoir de concentration d’un gosse de 7 ans privé de Ritaline dans les rayons de Toys‘R’Us – était risible, mais le résultat était là, on éviterait un pavé indigeste). Et puis, après un « Stranded » anecdotique, il y avait « Silvera ». Un clip qui dégueule la classe, un morceau à la fois familier et différent, qui prend aux tripes, avec un chant clair inattendu. OUAIS. PUTAIN OUAIS. C’est couillu, c’est osé, et surtout, c’est bon. Tellement bon. 

La déception est donc d’autant plus amère. Parce qu’au final, « Silvera » est le seul éclair de génie d’un album qui me laisse indifférent. Dès l’opener, la situation s’annonce compliquée. « The Shooting Star » est mou. Exit la hargne, bonjour le chant clair, et cette impression que le groupe n’arrive pas à prendre son envol, comme un avion qui se rapproche dangereusement du bout de la piste de décollage. Putain, tire sur le manche, coco ! 

Et que dire du reste ? « Stranded » souffre à nouveau du syndrome « Metallica » (aussi connu sous le nom de « syndrome Teletubbies »), avec cette propension presque maladive de reprendre un pattern et de le répéter ad nauseam sur un morceau. Alors oui, ce petit gimmick est sympa, mais pourquoi en abuser ? « Yellow Stone », quant à lui, fait office d’interlude qui lorgne vers le Black Sab’ du pauvre avant un morceau éponyme qui, à nouveau, ne décolle pas. Je vois déjà les fanboys au fond, « connard, Patate, tu vois bien que le groupe ne recherche pas la montée en puissance »… Oui, merci, je l’ai bien compris. Magma se veut plus atmo, plus lumineux… Mais justement, cet album devrait m’emmener avec lui, me transporter. Ici, il ne se passe rien, la magie n’opère pas. Ce qui peut signifier deux choses :

  1. Gojira n’arrive pas à s’affranchir suffisamment de ses racines pour vraiment tourner le dos à son passé et prendre une nouvelle orientation
  2. Je suis mort à l’intérieur (mais vu le torrent d’émotions qui m’a traversé lorsque j’ai écouté « Silvera » en boucle, je doute que cette option soit la bonne).

Avec Magma, Gojira a réussi la prouesse de faire un album plus court que L’Enfant Sauvage mais qui, paradoxalement, semble encore plus long, encore plus interminable. Je suis pourtant le premier à dénoncer tous ces groupes paralysés, encroûtés dans leur routine et n’osant pas la moindre évolution, mais encore faut-il que l’évolution soit maîtrisée et qu’elle ne se solde pas par une régression.

Mister Brute Porn (2/10)

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Roadrunner Records / 2016
Tracklist (43:56) 1. The Shooting Star 2. Silvera 3. The Cell 4. Stranded 5. Yellow Stone 6. Magma 7. Pray 8. Only Pain 9. Low Lands 10. Liberation