Author Archive

Il y a peu, je vous parlais de Nordjevel, ce combo sorti de nulle part et qui avait, contre toute attente, proposé un album qui avait toutes les caractéristiques d'un bon vieux Dark Funeral. J'osais même dire que j'étais curieux de voir si Dark Funeral serait capable de faire un meilleur album de Dark Funeral que Nordjevel. C'est dire. Nous voici donc quelques semaines plus tard, à la veille de la sortie de Where Shadows Forever Reign, le nouveau brûlot de Dark Funeral. Alors, le maître aura-t-il raison de l'ambition de son élève ?

Difficile à dire. En effet, Where Shadows Forever Reign respecte tous les codes du Black Metal de Dark Funeral. Les riffs tronçonnent, la section rythmique tabasse comme pas permis, le chanteur excelle dans un registre certes limité mais efficace (et pourtant, on note ici un changement de beugleur, Emperor Magus Caligula ayant laissé sa place à Heljarmadr, un clone parfait)… La checklist a été suivie à la lettre en studio, et il y a fort à parier que les fans apprécieront fortement cette nouvelle offrande à la gloire de Satan.

Et pourtant, il manque à cet album un zeste de folie. Il manque de l'envie. À force de répéter cette même recette à l'envi depuis des années, Dark Funeral semble avoir un peu perdu le feu sacré. Oh, rien de vraiment grave, l'album se laisse parfaitement écouter avec un certain plaisir, mais c'est un peu émoussé. Un peu "fonctionnaire du Black Metal". Là où Nordjevel enfonce la porte de votre baraque pour pisser sur les murs en hurlant HAIL SATAN et en dessinant des croix à l'envers, Dark Funeral vient poser ses miches bien calmement dans votre divan. 

Sans la sortie de Nordjevel, j'aurais peut-être été un peu plus indulgent. Ici, avec ces petits nouveaux qui m'ont donné mon fix de Black haineux et ultravitaminé, Dark Funeral arrive en retard et avec des arguments bien moins solides qu'avant.

Mister Brute Porn (7,5/10)

Facebook officiel

Century Media Records / 2016
Tracklist (45:38) 1. Unchain My Soul 2. As One We Shall Conquer 3. Beast Above Man 4. As I Ascend 5. Temple of Ahriman 6. The Eternal Eclipse 7. To Carve Another Wound 8. Nail Them to the Cross 9. Where Shadows Forever Reign

Aborted – Retrogore

Après un Termination Redux très prometteur, j’avoue que j’attendais le nouvel opus d’Aborted de pied ferme. Comme chaque sortie d’Aborted, en fait, mais les annonces faites par le groupe, le « buzz » savamment orchestré avec ici un clip, là une vidéo playthrough, ou encore les noms des guests (Julien Truchan, Jason Keyser, Travis Ryan et David Davidson) rendaient l’attente encore plus longue que pour The Necrotic Manifesto, par exemple.

Et le voilà donc, Retrogore, avec un artwork qui fleure bon les films d’horreur gore. Rien que sur le plan visuel, cet album marque des points mais, il faut l’avouer, c’est un détail. Un détail qui a son importance, certes, mais un détail tout de même. Ce qui nous intéresse le plus, c’est la musique, et là, Aborted nous propose du neuf dans un esprit de continuité.

Parce que bon, Retrogore a cette touche Aborted qui ne quitte plus le groupe depuis des années déjà. Que ce soit sur le plan du chant ou des compos, il y a des sonorités qui ne trompent pas, des riffs et des ambiances familiers. Le fan de base se retrouve donc en terrain connu. Les réfractaires à l’évolution musicale seront donc heureux de pouvoir se coincer un album « sans surprises » dans les oreilles.

Et pourtant, Retrogore a tout de même su ajouter, ici et là, quelques éléments neufs qui viennent apporter une valeur ajoutée aux compos : le riff plus mélodique en arrière-plan sur « Whoremaggedon », par exemple ou, et c’est plus flagrant, l’ambiance sombre et pesante de « Divine Impediment ». Ici, le groupe s’est écarté de sa zone de confort et propose un morceau taillé sur mesure pour Travis Ryan, et le résultat est magistral. 

Retrogore a su capter l’essence-même d’Aborted et créer une synthèse parfaite du groupe, un mix équilibré de mélodie et de brutalité, avec un Sven qui dirige ses troupes d’une main de maître et des guests qui apportent une vraie plus-value. Une fois de plus, Aborted propose un album féroce, maîtrisé de bout en bout. Court et percutant, Retrogore squattera probablement le haut de mon Top 10 cette année et devrait, sauf surprise, être le meilleur album de Death Metal de l’année. La barre a été mise très haut, les concurrents sont prévenus, ils devront redoubler d’efforts pour faire mieux…

Mister Brute Porn (9,5/10)

 

Facebook officiel

Century Media Records / 2016
Tracklist (43:16) 1. Dellamorte Dellamore 2. Retrogore 3. Cadaverous Banquet 4. Whoremageddon 5. Termination Redux (Alternate version) 6. Bit by Bit 7. Divine Impediment 8. Coven of Ignorance 9. The Mephitic Conundrum 10. Forged for Decrepitude 11. From Beyond (The Grave) 12. In Avernus

Babymetal – Metal Resistance

Babymetal avait collé un bon gros coup de pied dans la fourmilière du Metal avec un premier album qui semblait sortir de nulle part et un arsenal médiatique XXL dont l’objectif premier était de nous faire bouffer de l’Asiat’ à toutes les sauces et à tous les repas. Ça a marché, le public est tombé dans le panneau et s’est laissé séduire par le minois de trois petites japonaises habillées en écolières et accompagnées par des musiciens doués. Et maintenant, il était temps de marquer le coup, de sortir l’album de la confirmation, en s’adjoignant notamment les services d’un des gratteux de Dragonforce pour un solo supersonique et en reprenant la même recette que sur l’album éponyme.

Oui mais.

Ce qui avait fait la force de Babymetal était l’effet de surprise. Babymetal (l’album), c’était un peu une Blitzkrieg musicale à la japonaise, avec un joyeux foutoir et des idées loufoques dans tous les sens. Tout le monde était pris de cours. Maintenant que Babymetal est devenu un nom « renommé » (mais pas forcément pour des raisons musicales), l’atout premier du groupe – à savoir l’effet de surprise – s’est estompé. Pis encore : si on le compare à son prédécesseur, Metal Resistance est plus « orthodoxe », moins fou. J’avais d’ailleurs reproché à l’opus précédent cette propension à tout oser, quitte à ne pas savoir digérer certaines sonorités et à ne pas pouvoir intégrer une ou deux expérimentations qui retombaient à plat (le petit interlude rap, par exemple). Metal Resistance tombe dans l’excès inverse et semble beaucoup moins oser. Alors ok, ça donne l’impression d’un album bien plus maîtrisé, mais il perd aussi une sacrée dose de fraîcheur qui faisait justement le charme du groupe.

Avec Metal Resistance, Babymetal rentre quelque peu dans le rang, et ce n’est pas l’ajout d’un morceau en anglais (« The One ») qui viendra me contredire. Volonté de contenter un public encore plus large ? C’est fort probable… mais quoi qu’il en soit, l’audace s’est envolée, l’originalité aussi. Il ne reste plus qu’un produit marketing bien propre, bien aseptisé. Dommage.

Mister Brute Porn (3/10)

Facebook officiel ​

Toy's Factory – Sony Music – earMUSIC / 2016
Tracklist (xx:xx) 1. Road Of Resistance 2. KARATE 3. Awadama Fever 4. YAVA! 5. Amore 6. Meta Taro 7. From Dusk Till Dawn 8. GJ! 9. Sis. Anger 10. No Rain, No Rainbow 11. Tales Of The Destinies 12. THE ONE (English version)