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Caliban – Gravity

Le monde est injuste. Je dirais même plus : la vie est une sale pute. Sinon, comment expliquer que certains groupes galèrent, voire mettent la clé sous le paillasson après des années d’efforts pour quelques miettes et une ou deux tournées en première partie de groupes de seconde zone pendant que de gros labels continuent de soutenir des groupes qui, au fil du temps, ne sont devenus qu’une triste caricature d’eux-mêmes, quand ils étaient encore un second couteau de leur genre respectif, loin d’un Heaven Shall Burn. Oui, je vise Caliban en particulier, son metalcore qui manque cruellement d’ambition et de mordant, sa succession d’albums loin d’être indispensables, sa lente décrépitude habilement dissimulée sous un habillage médiatique bien rôdé. On nous vend Caliban comme un des fers de lance du Metalcore européen. Au moins auront-ils eu la décence, chez Century Media, de ne pas mentionner le nom d’Heaven Shall Burn dans la même phrase. Je pense que je me serais alors étouffé dans un mélange de sang et de vomi. 

Gravity respecte à la lettre le cahier de charges que s’impose le groupe depuis quelques sorties maintenant : gros riffs qu’on a déjà entendus des centaines de fois, grosse prod’ cache-misère, refrain en chant clair (hurlé), un morceau en allemand, un autre qui lorgne vers la pop core ballad qui a mal à la vie (« brOKen » et son I wish I was dead… Si tu savais à quel point je le souhaite aussi, mein Schatz)… Aucune surprise, aucune prise de risque, à croire qu’il existe vraiment un générateur automatique de morceaux de Metalcore !

Caliban, fer de lance du Metalcore européen ? Ça en dit long sur l’état de cette scène. Gravity est tellement banal que j’ai envie de lancer un Kickstarter pour payer la retraite de Caliban et faire revenir Maroon à leur place. Allez, mettez-tous un putain d’euro. 

Mister Brute Porn (Gravity is what makes you hit the ground when you jump off a cliff/10)

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Century Media Records / 2016
Tracklist (45:46) 1. Paralyzed 2. Mein schwarzes Herz 3. Who I Am 4. Left for Dead 5. Crystal Skies 6. Walk Alone 7. The Ocean’s Heart 8. brOKen 9. For We Are Forever 10. Inferno 11. No Dream Without a Sacrifice 12. Hurricane

 

Nordjevel – Nordjevel

« On en avait marre d’attendre le prochain Dark Funeral, alors on l’a fait »

Je devrais créer un nouveau concept, le « slogan-chronique », une phrase accrocheuse qui résume parfaitement l’album. Après, tout dépend de l’album abordé, mais ici, l’occasion était tellement belle, le slogan tellement facile à trouver que je n’ai pas pu m’en empêcher. Oui, Nordjevel fait du Dark Funeral, mais putain il le fait bien.

Tout d’abord, cette section rythmique, ou plutôt devrais-je dire ce batteur (parce que la basse, on s’en fout, elle est noyée dans le tas) : que ce soit dans les (rares) passages posés ou dans ses envolées blastbeatesques, il domine les débats avec une affolante régularité. Bordel, ces enfilades de toms ! Foutredieu, ces blasts venus de nulle part ! Et ces avalanches de double-pédale accompagnées d’une caisse claire un poil ralentie…  Tout le manuel du petit cogneur black metalleux y passe, et le bougre le connait sur le bout des doigts.

Puis, il y a le chant, bien haineux, qui n’est pas sans rappeler celui d’un Emperor Magus Caligula (Dark Funeral, bien entendu). À ce niveau-là aussi, rares sont les petites folies ou les expérimentations. Le frontman connaît son taf et a su trouver le timbre qui colle parfaitement au propos. Rien d’audacieux, donc, mais efficace en diable.

Et enfin, la guitare. Nordjevel est une vraie usine à riffs. Et vas-y que je te balance un bon riff qui tronçonne, et pan la petite ligne de gratte un poil mélodico-vicieuse dans les dents, et boum le riff entrainant as fuck qui vient se loger dans ton cortex et n’en décolle plus. Toujours rien de vraiment audacieux, ça titille le subconscient « mais j’ai déjà entendu ça quelque part… non, je me trompe, c’est du neuf… mais si bordel, j’ai le morceau sur le bout de la langue… ».

La performance de Nordjevel est impressionnante, parce que Nordjevel vient de sortir le meilleur album de Dark Funeral depuis 10 ans. Pis encore : Dark Funeral s’apprête à sortir son nouvel opus d’ici quelques semaines / mois, et j’oserais parier que Nordjevel sera un cran au-dessus, tant il a su s’approprier le son de Dark Funeral pour en faire quelque chose d’à la fois neuf et de familier. On appelle ça « l’élève qui dépasse le maître ».

Mister Brute Porn (8,5/10)

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Osmose Productions / 2016
Tracklist (45:46) 1. The Shadows of Morbid Hunger 2. Sing for Devastation 3. Djevelen i Nord 4. The Funeral Smell 5. Denne tidløse krigsdom 6. Blood Horns 7. Det ror og ror 8. Når noen andre dør… 9. Norges sorte himmel

 

Agoraphobic Nosebleed – Arc

À quoi reconnaît-on un grand groupe ? Pour beaucoup d’entre vous, la réponse à cette question se concentrera sur des données purement objectives et quantifiables : nombre de followers, taille du public, chiffres de vente…

Mais tout ça, c’est du vent. Vous devriez le savoir. Certains petits groupes proposent des albums grandioses qui, faute de moyens, restent dans l’ombre, tandis que des groupes médiocres parviennent, grâce à une machine marketing bien huilée, à se faire une place au soleil. Pour moi, la meilleure indication du talent du groupe, c’est sa capacité à sortir de sa zone de confort, à se transcender, à faire tout autre chose. Et c’est précisément ce qu’Agoraphobic Nosebleed vient de faire en se lançant dans une entreprise peu commune : 4 EP, chacun étant dirigé par un membre du groupe selon ses goûts. Pour ce premier effort de la quadrilogie, c’est Kat (ex-Salome) qui a pris les commandes. On oublie le cybergrind d’Altered States Of America ou la brutalité d’Agorapocalypse. ANB se hasarde sur un terrain tout à fait différent, celui du doom, du sludge, du stoner, des riffs groovy as fuck, des rythmiques écrasantes, le tout sublimé par les hurlements déchirants de Kat.

Et c’est énorme (et je pèse mes mots). L’opener « Not A Daughter » vaut déjà son pesant de cacahuètes, mais « Deathbed » en rajoute une couche, avec une noirceur et une lourdeur à couper le souffle avant de se relancer vers la 5e minute avec un riff et une rythmique plus légers, presque bluesy. Ça, du ANB ? En s’écartant à des lieues de son terrain de jeu habituel, le groupe aurait pu s’égarer ou montrer ses limites. C’était mal les connaître. ANB fait du doom sludgy comme s’il en avait fait depuis des années, avec une facilité insolente. À tel point que je regrette que cet ep soit un one-shot et non la nouvelle orientation musicale permanente du groupe.

Kat nous a livré « son » EP. J’ai hâte de voir ce que ses compères nous réservent, mais une chose est sûre : nous ne sommes pas au bout de nos surprises.

Mister Brute Porn (9/10)

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Relapse Records / 2016
Tracklist (xx:xx) 1. Not A Daughter 2. Deathbed 3. Gnaw