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Entrails – Obliteration

En fait, j’ai déjà tout dit sur Entrails, sur sa propension à rendre un hommage appuyé à ses ancêtres et compatriotes, quitte à verser presque dans la caricature ou à utiliser la même police de caractères pour son nom qu’Entombed. Je suis donc purement en train de perdre mon temps pour toi, cher lecteur, simplement parce qu’Entrails a une « actualité » sous la forme d’Obliteration, une nouvelle ode au Swedish Death Metal à l’ancienne, avec sa dose salutaire de groove, ses guitares grésillantes, sa section rythmique qui bûcheronne et son ours en rut au micro.

Et que dire de plus ? Rien. Strictement rien. Entrails a trouvé une recette (enfin, a piqué une recette) et l’applique religieusement depuis maintenant des années. Passé l’effet de surprise, on tombe dans la satisfaction, avant de froncer le sourcil droit (ou le gauche) devant cette désagréable impression de tourner en rond. Là où certains groupes parviennent, sans révolution, à évoluer quelque peu, d’autres s’enferment dans un carcan. Quand on est un meneur comme Cannibal Corpse ou Grave, pour ne citer qu’eux, on appelle ça une identité musicale. Dans le cas d’une formation qui a sauté au bon moment dans le train du revival suédois, j’aurais tendance à être moins indulgent et à parler d’opportunisme.

Obliteration n’est pas un mauvais album, loin de là. Il renferme quelques brûlots à la gloire du Metal de la Mort qui endommage les cervicales et  fait voler les tignasses. Mais tout ça a déjà été dit et fait il y a des années. On peut tromper mille fois mille fans de Metal mais on ne peut pas… non. On peut tromper une fois un fan de Metal… non… enfin, vous voyez ce que je veux dire. Entrails est à classer dans la catégorie des hommages lourdingues aux anciens. Dommage pour eux, contrairement à d’autres groupes qui reprennent le flambeau parce que leurs aînés déclinent franchement, Entrails – et tous ces autres projets – auront bien du mal à s’imposer face à leurs sources d’inspiration (Grave en tête) qui maintiennent tant bien que mal leur cap, contre vents et marées.

Mister Porn (Entombed was already taken, so we called ourselves Entrails. Close enough/10)

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Metal Blade Records / 2015
Tracklist (41:46) 1. No Cross Left Unturned 2. Epitome of Death 3. Beyond the Flesh 4. The Grotesque 5. Obliterate 6. Skulls 7. Midnight Coffin 8. Bonestorm 9. Abyss of Corpses 10. Re-Animation of the Dead

Kraanium – Chronicles Of Perversion

Voilà une constante qui m’irrite au plus haut point : celle des groupes qui clament haut et fort que leur prochain album sera le plus abouti / heavy / extrême / (insérer ici un adjectif positif). Enfonçons allègrement une porte ouverte, bombons le torse et flattons-nous avec cette affirmation aussi creuse qu’un album de Metalcore. Ce lieu commun, au fil du temps, devient de plus en plus exaspérant, et Kraanium n’a pas échappé à cette tendance dans sa fiche promo qui accompagne Chronicles Of Perversion.

Mais dans le cas présent, on est loin de la promesse vide de sens.

En effet, les frangins norvégiens et leurs acolytes semblent bien décidés à frapper un grand coup et à assommer toute concurrence avec un album pachydermique à souhait. Dès « Rock Filled Orifice », on est frappé par le son, downtuné au possible, gras comme une tartine de saindoux. Les moshparts sont ridiculement lourdes, les riffs s’abattent comme un couperet émoussé sur l’échine d’une vache agonisante. Et ce chant. Ha, ce chant, inhumain au possible, inintelligible, il dégouline des enceintes comme une carcasse restée trop longtemps au soleil. En onze titres et une bonne quarantaine de minutes, Kraanium livre un album efficace, avec juste ce qu’il faut de samples pour ajouter une petite touche dérangée à l’ensemble sans tomber dans l’excès. Du break lourdaud à l’accélération fatale, le groupe dévoile l’étendue de son talent et de sa maîtrise sans tomber un seul instant dans la facilité, se permettant même le luxe d’intégrer en milieu d’album un titre éponyme instrumental agrémenté d’un superbe solo (la preuve qu’on peut faire autre chose que du slam death bas de plafond chez Kraanium).

Chronicles Of Perversion, l’album le plus abouti de Kraanium ? J’aurais tendance à dire que oui. Sans entrer dans la course de « l’album le plus extrême au monde », il propose tout ce que les fans du genre apprécient, avec brio et un son massif qui rend justice aux compos. Chaudement recommandé !

Mister Porn (8,5/10)

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Comatose Records / 2015
Tracklist (41 :13) 1. Rock Filled Orifice 2. Human Skin Fuck Doll 3. Hung By Your Entrails 4. Destined for Surgical Defilement 5. Evisceration of Pre-Teen Cadavers 6. Chronicles of Perversion 7. Acid Cumbustion 8. Rusty Knife Defloration 9. Fermented Uteral Mastication 10. Sodomize Her Headless Corpse 11. Revisitate to Mutilate

 

Cattle_Decapitation_-_The_Anthropocene_ExtinctionCattle Decapitation n’est pas un groupe comme les autres. Ainsi, de l’aveu de son leader Travis Ryan, le temps qui passe permet au groupe d’avancer avec de moins en moins de pression, car il a de moins en moins à perdre. Le résultat de cet esprit : une audace peu commune. Là où trop de groupes s’enferment dans un carcan réducteur, Cattle Decapitation a choisi la voie inverse, celle de l’expérimentation, où rien n’est exclu a priori, du moment que ces nouveaux éléments apportent un plus au propos.

Dès l’opener, Cattle Decapitation se montre ainsi sous un jour différent, posé, à la fois monolithique et mélodique, presque épique. Rien que sur le plan musical, ce morceau est captivant de par sa complexité, mais il prend tout son sens, toute son ampleur grâce au(x) chant(s) de Travis Ryan. Certes, il n’en est pas à son coup d’essai (et ses passages chez Murder Construct et Nader Sadek sont, eux aussi, d’une efficacité rare), mais l’impression que me donne cet album est que le seul chanteur qui convient pour ce groupe est Travis Ryan : la musique est renforcée par le chant, le chant est magnifié par la musique.

Tout au long de l’album, Cattle Decapitation prend un malin plaisir à brouiller les pistes, à nous mener par le bout du nez. Les cassures de rythme sont légion, certains morceaux passant ainsi d’un presque mid-tempo à une accélération radicale pour mieux lever le pied et asséner un rythme ravageur qui fera céder toute résistance. Flirtant tantôt avec le grindcore, tantôt avec le Black Metal (dans certains riffings, certaines ambiances), sans oublier une petite dose de mélodie qui vient « alléger » l’album, The Anthropocene Extinction est un album coup de poing, un réquisitoire sabre au clair contre le virus humain qui tue la Terre à petit feu. Au niveau des textes (et toujours selon Travis Ryan), il s’agit là de l’album le plus déprimant de Cattle Decapitation. Il n’y a pas d’espoir, pas de happy ending. La bande son de la fin du monde, c’est maintenant, et Travis Ryan en est la voix.

À la fois terriblement familier et pourtant si différent : Cattle Decapitation a de nouveau réussi la prouesse de sortir un album qui suscite des sentiments opposés. Les fans de l’opus précédent apprécieront. Les détracteurs de l’opus précédent pourraient aussi apprécier. Tout fan de Metal brutal qui se respecte devrait apprécier.

Mister Porn (9,5/10)

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Metal Blade Records / 2015
Tracklist (46:09) 1. Manufactured Extinct 2. The Prophets of Loss 3. Plagueborne 4. Clandestine Ways (Krokodil Rot) 5. Circo Inhumanitas 6. The Burden of Seven Billion 7. Mammals in Babylon 8. Mutual Assured Destruction 9. Not Suitable For Life 10. Apex Blasphemy 11. Ave Exitium 12. Pacific Grim