En voilà un qui traîne une bonne vieille sale réputation de merde, qui défrise le poil des associations anti-Hellfest et qui, pour pas mal de monde, est plus que peu fréquentable. Bon, un petit aparté avant d’entrer dans la musique : je n’ai pas creusé le sujet des relations du gentil monsieur qui a pondu cette galette, et je m’en bats le steak. À ce rythme-là, je devrais supprimer de mes playlists un fameux paquet de tordus plus doués pour la musique que pour la tolérance. Perso, ici, c’est la musique seule qui compte, et à ce petit jeu, Satanic Warmaster n’est pas le moins convaincant, loin de là, et ce Fimbulwinter a su, en quelques écoutes, s’imposer comme un des albums de Black les plus intéressants de l’année.
Et pourtant, dans l’absolu, Fimbulwinter n’est pas des plus innovants. D’ailleurs, quand on y réfléchit, Enthroned et Mayhem, pour ne citer qu’eux, ont su nous proposer des albums plus travaillés, plus innovants, plus variés que ce nouvel effort de Satanic Warmaster. Le chant de Fimbulwinter est un chant black criard « standard », le riffing est « standard », les rythmiques ne sont pas franchement des plus variées… Là où Enthroned, par exemple, a su pondre une galette en nuances et en ambiances, avec suffisamment de variations pour ne jamais tomber dans l’ennui, Satanic Warmaster fait presque figure de groupe qui ne parvient pas à se détacher du dogme sacré du Black. Et pourtant, à chaque écoute, Fimbulwinter me colle des frissons. Parce que ce manque d’originalité est balayé par une efficacité à toute épreuve. Bordel, mais « Funeral Wolves », tedju, ces lignes de clavier qui transcendent le morceau, ce son de guitare qui tronçonne l’âme ! Ça n’a l’air de rien, mais Satanic Warmaster a su capter l’essence du Black sans tomber dans les travers de la prod’ dégueulasse et des hommages caricaturaux à Satan. Le son est bon, étonnamment bon mais sans tomber dans le clinquant (à la manière d’un Watain sur Sworn To The Dark), et je pourrai comprendre que cela en trouble certains, mais à une époque où les prods synthétiques Metalcore 100 % titane envahissent nos tympans, celle de Satanic Warmaster sonne comme un agréable compromis.
Fimbulwinter est un excellent album, peut-être un des albums de Black les plus intéressants des derniers mois. S’en priver pour des raisons purement idéologiques serait dommage. Au pire, ne faites pas vivre l’artiste et téléchargez-le illégalement, au risque de passer à côté d’une galette qui enterre le dernier Mayhem.
Mister Porn (8,5/10)
Werewolf Records / 2014
Tracklist (51:38) 1. Fimbulwinter's Spell 2. Funeral Wolves 3. Korppi (Vornat cover) 4. When Thunders Hail 5. Dragon's Egg 6. Nuin-Gaer-Faun 7. Winter's Hunger 8. Silent Call of Moon's Temples
J’avoue que le comeback de Carcass m’avait fait chaud au cœur. C’était beau, cette bande de vieux briscards des îles, désormais épaulés de deux petits jeunots qui nous faisaient le coup du « hey, nous revoilà et on n’a pas moisi comme les autres vieux cons ! ». Surgical Steel m’avait positivement surpris. Mais là, le coup du petit ep « j’en avais un peu plus, je vous le mets quand même », on va avouer que ça sent à la fois le coup de marketing et le grattage de fonds de tiroir.
Devin Townsend, je te déteste. Je te déteste depuis que tu as tué Strapping Young Lad, un de mes groupes préférés, si pas mon préféré, même devant Slayer et Marduk – le groupe qui avait su canaliser l’essence même de la folie et la retranscrire en musique. Il ne se passe pas une semaine sans que je ne réécoute le concert de SYL au Download : je le connais presque par cœur. Et si je te déteste tant, c’est parce que ta décision de mettre la clé sous le paillasson n’a pas débouché sur ta disparition pure et simple dans les rayons des disquaires. Au contraire, tu inondes les bacs avec des sorties au niveau de qualité fluctuant fortement. Là où Strapping Young Lad maintenait la barre suffisamment haut, tes nouveaux projets versent parfois dans la simplicité crasse ou le grand n’importe quoi. Et cette fois, c’est un double album que tu nous proposes. Le double album est par définition une idée merdique, et même si tu nous proposes en fait deux albums distincts, tu ne déroges pas à la règle et tu tombes dans ce piège.