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Si je vous dis que Trivium et Dragonforce ont eu un enfant, qu’allez-vous me dire ? Honnêtement, vous imaginez ça ? Du Metalcore sucré avec des soli supersoniques au son tellement aigu qu’on les croirait sortis tout droit d’un jeu vidéo, si ça c’est pas une idée originale, je ne m’y connais pas !

Nan, sérieusement, Scar Symmetry fait partie de ces groupes dont la disparition ne susciterait pas la moindre réaction de ma part, et je pense que je ne dois pas être le seul à partager cet avis (si on ne compte pas ceux qui se réjouiront de la chute de ce combo)… Parce que Scar Symmetry fleure bon l’opportunisme à deux balles, le groupe qui ratisse large : du growl pour les brutasses, du chant clair gayzor en veux-tu en voilà parce que bon, il ne faut pas non plus restreindre son public et rester accessible aux ados de 15 ans qui pensent que « Trivium, cé tro dla bal », quelques touches électro pour faire « Modern / Future Metal » et une louche de mélodie pour faire passer le tout. Alors oui, les gars sont doués, avec une mention spéciale au gratteux qui tricote des soli supersoniques que n’aurait pas reniés Dragonforce (on a même parfois peine à croire que ces soli sont humains), mais cet étalage de maîtrise technique est vain. Les passages « brutaux » manquent de punch, les parties mélodiques sont over the top : The Singularity dégage un max d’énergie pour un résultat final qui vise à en mettre plein la gueule mais qui peine à me convaincre. Il y a tout simplement trop d’influences, trop de variations, à tel point que cette galette tourne vite au kaléidoscope nauséeux.

Et dire que ce n’est que la « Phase I ». Je me demande ce qu’ils nous réservent pour la suite… ha non, je sais : un autre album indigeste et calibré pour un public dont je ne fais pas partie. Scar Symmetry a beau avoir des idées « originales », il n’est pas pour autant convaincant, loin de là. Je me demande toujours ce que ce brave beugleur de Facebreaker fait encore dans cette aventure, lui qui est habitué à nous ramoner les conduits auditifs avec d’autres projets qui valent bien plus le détour.

Mister Patate (3/10)

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Nuclear Blast Records / 2014
Tracklist (43:22) 1. The Shape of Things to Come 2. Neohuman 3. Limits to Infinity 4. Cryonic Harvest 5. The Spiral Timeshift 6. Children of the Integrated Circuit 7. Neuromancers 8. Technocalyptic Cybergeddon

 

Decapitated – Blood Mantra

Pour son retour, Decapitated avait, selon moi, frappé très fort avec un Carnival Is Forever pour le moins convaincant après une si longue absence pour les raisons que l’on sait. Moi qui ne suis pas friand de comebacks, j’avais accueilli les Polonais à bras ouverts et apprécié un album à la fois complexe et percutant. Aujourd’hui, l’heure est à la confirmation. Decapitated en a-t-il encore sous le coude ? Le groupe peut-il transformer l’essai avec ce Blood Mantra ? Tentative de réponse.

Premier constat, et non des moindres : que ce soit au niveau de l’artwork ou du son, Decapitated a su, une fois de plus, montrer à quel point ils sont doués. Ainsi, la pochette est originale et plaisante (même si celle de Carnival Is Forever avait, à mes yeux, un petit quelque chose de décalé en plus) et le son… Ha le son ! Clair, puissant, un mix bien équilibré qui laisse suffisamment de champ à tous les intervenants (même la basse est à la fête et ne se noie pas dans le reste) sans pour autant devenir écrasant au possible : Blood Mantra sonne bien. Un bon début, un régal pour les oreilles. Mais un bon son n’est pas pour autant garant de bonnes compos…

Et là non plus, Decapitated ne déçoit pas. Il suffit de sortir du lot « The Blasphemous Psalm to the Dummy God Creation » pour se faire une bonne idée de l’efficacité de Decapitated anno 2014. Chaque musicien remplit parfaitement son rôle, ses parties complétant celles des autres dans une osmose parfaite. C’est propre, ça coule de source, Blood Mantra dégage une impression de naturel presque déstabilisante. Comme quoi, on peut faire du Death qui flirte avec brutalité et technicité sans que cela ne tourne à une « leçon de musique » ou à une exposition de talents. Ici, les compos sont faussement simples et foutrement catchy (putain, mais ce passage en plein milieu de « Veins » !). Pas (trop) de prise de tête et un plaisir plus direct : une recette éprouvée et qui reste toujours aussi efficace.

Decapitated vient confirmer tout le bien que je pense du groupe. Certains ne retrouveront pas dans Blood Mantra « leur » Decapitated, celui des premiers albums, celui d’avant l’accident… mais contrairement à bon nombres d’autres formations, Decapitated a su maîtriser son évolution et remet une copie plus que convaincante.

Mister Patate (8,5/10)

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Nuclear Blast Records / 2014
Tracklist (46:09) 1. Exiled in Flesh 2. The Blasphemous Psalm to the Dummy God Creation 3. Veins 4. Blood Mantra 5. Nest 6. Instinct 7. Blindness 8. Red Sun 9. Moth Defect

 

Anaal Nathrakh – Desideratum

Au fil des années, Mick Kenney et Dave Hunt ont pris un malin plaisir à explorer les limites de la violence auditive avec Anaal Nathrakh et, sortie après sortie, ils les ont repoussées, lentement, inexorablement. Avec Vanitas, on pensait avoir atteint un sommet en matière de brutalité, mais c'était sans compter sur l'ingéniosité du groupe. Cette fois, pour rendre le propos encore plus agressif, encore plus implacable, ils ont fait appel à Gore Tech qui est venu parsemer ce Desideratum de nombreux éléments électro ravageurs.

Merde, ils nous ont fait une Morbid Angel ?

Non, rassure-toi, cher lecteur, Anaal Nathrakh ne risque pas de te désarçonner outre mesure avec Desideratum, parce qu'à la base, le duo reprend en très grande partie les éléments qui ont fait de Vanitas un album monstrueusement efficace : riffs supersoniques, blast à 200 à l'heure, l'opposition entre hurlements déchirants et chant clair, Desideratum aurait pu être un Vanitas 2.0 d'une violence rare même sans l'intervention de Gore Tech. Et c'est justement ce dernier qui vient apporter un petit plus, une déshumanisation du propos : la batterie cohabite avec des rythmiques électro abrasives, les guitares sont déstructurées, déformées électroniquement, on se rapproche de ce que Korn et Skrillex ont pu faire ensemble, mais en bien plus vicieux, en mille fois plus jouissif. Anaal Nathrakh mettait des beignes par paquets de 12, Desideratum envoie carrément un cyborg nous latter les burnes. Et on en redemande.
Desideratum ne souffre d'aucun temps mort, d'aucune véritable faiblesse. Vanitas m'avait déjà plus que convaincu (il avait fini premier de mon classement en 2012), Desideratum est tout aussi convaincant, voire même plus. Dans un univers du Metal codifié au possible, Anaal Nathrakh abat les frontières, va chercher ce dont il a besoin où il le souhaite, quitte à piocher dans l'assiette d'univers musicaux éloignés du Metal… et le résultat final est terrifiant d'efficacité. Sauf énorme surprise, voici mon album de l'année.

Mister Patate (9,5/10)

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Metal Blade Records / 2014
Tracklist (40:59) 1. Acheronta Movebimus 2. Unleash 3. Monstrum in Animo 4. The One Thing Needful 5. A Firm Foundation of Unyielding Despair 6. Desideratum 7. Idol 8. Sub Specie Aeterni (Of Maggots, and Humanity) 9. The Joystream 10. Rage and Red 11. Ita Mori