On ne peut vraiment pas dire que les suédois de BEARDFISH sont des artistes paresseux. A l’occasion de la sortie de ce huitième opus, +4626-Comfortzone, tout un chacun se rendra compte qu’ils ont publié pas moins de 8 albums en 12 ans de temps. Pas mal non ? Et surtout malgré des standards toujours assez élevées, on ne sait jamais trop à qui s’attendre avec eux. Le titre de ce disque lui-même ne laissera interrogatif plus d’un. Il s’agit en fait d’une référence aux numéros publicitaires que l’ont voit fleurir partout outre-Atlantique avec le « +46 » numéro international de la Suède et le « 26 » le numéro correspondent à leur ville d’origine Gävle.
BEARDFISH a toujours su se faire remarquer par une réinterprétation souvent subtile et intelligente de ce rock progressif typique des années 70. Mais rester à cela serait franchement restrictif vu le foisonnement musicale mis en œuvre par les Suédois. Déjà Mammoth (chronique ici) en 2011 avait amorcé un premier virage avec des titres plus lourd et agressif, pas si éloigné des rivages métal. Cette évolution se voit confirmé ici et vous trouverez ici et là des touches plus agressives destinées à renforcer encore les sentiments et les atmosphères. Mais que les fans se rassurent, l’orgue hammond et les longues digressions instrumentales et progressives n’ont pas pour autant été oubliées et constituent le gros du morceau de ce +4626-Comfortzone. BEARDFISH a le chic pour finement ciseler de jolies mélodies qui entraineront l’auditeur vers un vaste panorama de sentiments. L’inventivité est assez bluffante et la pelote musicale se déroule petit à petit sous nos yeux pour notre plus grand plaisir. L’auditeur est pris par la main par le leader, chanteur, claviériste et principal compositeur Rikard Sjöblom. Ce n’est pas le plus grand chanteur mais il parvient à insuffler une âme et surtout beaucoup d’émotions à travers son interprétation.
Comme d’habitude avec cette scène progressive contemporaine, un album mettra bien du temps et bien des écoutes à être digéré. Chaque écoute laisse entrevoir de nouvelles subtilités et comme un STEVEN WILSON ou un RIVERSIDE, l’auditeur devra apprendre la patience pour obtenir la quintessence de ces chansons. Le propos n’est pas toujours absolument génial mais il la qualité est là malgré quelques longueurs. BEARFISH conserve une identité forte tout en prenant quelques (légères) distances avec ses influences principales. Cette progression n’est pas pour nous déplaire, montrant un groupe en constante progression, cherchant encore et encore à affiner un son propre et une identité. Etrangement peut-être la chanson ls plus marquante s’avère être, de mon point de vue, « The One Inside Part Two – My Companion Through Life » d’une beauté simple et envoutante. Qui a dit que les groupes de rock progressif devaient être compliqués et abscons ?
Oshyrya (7,5/10)
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InsideOut Music / 2015
Tracklist (65:08 mn) 01. The One Inside Part One – Noise in the Background 02. Hold On 03. Comfort Zone 04. Can You See Me Now? 05. King 06. The One Inside Part Two – My Companion Through Life 07. Daughter/Whore 08. Ode To The Rock’n’Roller 09. If We Must Be Apart (A Love Story Continued) 10. The One Inside Part Three – Relief
L’alliance de deux talents fait-il forcément des miracles ? Nous serions sans doute tous tenter de dire oui et pourtant tout n’est pas si simple. Pour un STORM OF CORROSION magique vous obtenez aussi un LULU catastrophique. THE GENTLE STORM cristallise la mise en commun du talent et de la créativité de deux artistes néerlandais bien connus des amateurs de rock/métal progressif. A ma gauche la chanteuse Anneke van Giersbergen (ex-THE GATHERING, AGUA DE ANNIQUE) et à ma droite Arjen Anthony Lucassen (AYREON, STAR ONE, AMBEON…). Ces deux-là ont chacun individuellement un talent fou mais nous pouvions être curieux de savoir ce dont ils étaient capables ensemble. Ils avaient déjà eu l’occasion de collaborer sur une ou deux chansons via deux albums d’AYREON, Into the Electric Castle et 01011001. Et le résultat avait été plus que convaincant.
The Diary se présente sous une drôle de forme, deux disques pour deux versions différentes des mêmes onze chansons, l’une dans une veine folk rock très douce et mélodieuse et l’autre dans une veine rock/métal symphonique plus ambitieuse et énervée. A tort ou à raison, je dois bien avouer m’être surtout intéressé à la deuxième version, considérant l’autre comme un bonus sympathique. Le partage du travail é été assez naturel et évident, Lucassen se chargeant de la musique et Anneke des lignes vocales et des paroles. Et ces deux talents ont du se marier avec grâce et donner le meilleur pour atteindre des sommets avec The Diary.
J’ai adoré les premiers AYREON et pourtant mon intérêt pour le travail de Lucassen s’émoussait avec chaque nouvelle sortie. Le 01011001 marque pour moi le début d’une déception alors que les précédents opus confinaient au fabuleux. Et je suis heureux de pouvoir affirmer que je retrouve ici le Lucassen que j’aime. Sa patte est évidente et très reconnaissable. Il fait des merveilles dans les différents répertoires et proposent de très jolies chansons. De son côté, Anneke van Giersbergen se surpasse elle-aussi et a su donner une âme et une souffle magique à ces chansons avec des lignes mélodiques superbes, accrocheuses set envoutantes. Des chansons comme « Heart of Amsterdam », « Shores of India » ou encore « The Moment » sont de petites perles absolument magnifiques.
Anneke montre et démontre encore une fois sa maîtrise et sa performance vocale s’avère splendide. Les deux artistes éclèbrent avec éclat via ce disque leur « batavitude » (oui j’invente des mots si je veux) et mon jaillir sous nos yeux les plus belles heures de l’histoire néerlandaise. Difficile de ne pas penser à l’écoute de ces chansons d’AYREON comme « The Shooting Company of Captain Frans B. Cocq » ou « Dragon of the Sea » d’Universal Migrator Part 1: The Dream Sequencer. De véritables petites pépites. Pour mener avec maestria ce projet, les deux artistes ont su s’entourer d’une belle équipe bien connue des familiers du travail réciproque de Lucassen et van Giersbergen. Ed Warby s’occupe par exemple de la batterie, Rob Snijders des percussions, Joost van der Broek du piano… Marcela Bovio (STREAM OF PASSION) viendra également donner un coup de main pour les concerts à venir. Comme je le précisais plus haut, je préfère les versions « Storm » tout en appréciant également les versions « Gentle » qui démontre la qualité des chansons ainsi présentées dans leur plus simple appareil. La travail graphique est lui aussi très soigné etr franchement réussi sur le livret de cet album.
J’aime beaucoup The Diary, j’ai pris mon pied à l’écoute de ces chansons. Lucassen revient (enfin) à son meilleur et cesse d’être la pâle copie recyclée de ce qu’il était à la période faste d’AYREON/AMBEON. Anneke van Gierbergen confirme tout le bien que nous pensons d’elle et la revoir dans un disque rock/métal prog fait un bien fou. La pop sucrée de ses derniers albums solo était sympathique mais ne parvenait pas à nous enthousiasmer. The Diary si !
Oshyrya (09/10)
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InsideOut Music / 2015
Tracklist (57:03 mn dans les deux cas) 01. Endless Sea 02. Heart of Amsterdam 03. The Greatest Love 04. Shores of India 05. Cape of Storms 06. The Moment 07. The Storm 08. Eyes of Michiel 09. Brightest Light 10. New Horizons 11. Epilogue: The Final Entry
Après un silence un peu inquiétant et des sorties faméliques en 2014, voici que la label Lion Music se rappelle à notre bon souvenir en ce début d’année 2015 via le premier album du guitariste italien Marco de Francesco. Il n’est jamais facile de publier des albums instrumentaux de guitaristes dits-virtuoses car cela ne peut intéresser qu’une frange très réduire des métalleux. Mais il en faut pour tous les goûts et rendons donc hommage à ce label pour cette œuvre de salut public.
Pour mémoire, rappelons que Marc de Francesco est un guitariste italien originaire de la ville de Rome. Il commence à jouer du piano dès l’âge de dix ans mais passe après quelques années à la guitare pour assouvir sa fascination pour les Steve Vai, Joe Satriani, John Petrucci ou encore Paul Gilbert. Année après année il parfait sa maîtrise en travaillant seul puis en intégrant l’Académie de Musique de Rome. Il est actuellement le guitariste solo du groupe de death/thrash NEUROSPHERE et continue de se faire connaître en prenant part à différentes tournées ou compétitions internationales. Le voici qui nous présente son premier album solo et instrumental, MDF1 – The Wizard.
Etrangement (ou pas), en solo, il montre un visage très différent par rapport à sa contribution avec NEUROSPHERE. Ici, les dix compositions montrent un guitariste aux goûts et aux influences variées mais si le métal à tendance progressive se taille la part du lion. Reconnaissons que ces compositions ont du corps et ne tombent pas dans la démonstration technique stérile. Le propos s’avère riche, avec de l’épaisseur en plus de la guitare. Cette dernière mène les débats bien sûr mais elle se voit habilement complété par une solide section rythmique ainsi que des claviers. La guitare joue souvent la rôle du chant et impulse la principale ligne mélodique. Bien sûr de Francesco tente aussi de montrer ce dont il est capable avec sa guitare mais sans jamais tomber dans la simple démonstration. Bien sûr il est plutôt doué mais possède surtout un joli feeling et un sens appréciable de la mélodie. A l’exception de « Two Days After Disaster » qui dépasse les dix minutes, les autres compositions sont assez cadrées autour des trois ou quatre minutes et vont à l’essentiel sans se perdre dans trop de circonvolutions destinées uniquement aux wannabe-guitaristes. De Francesco varie habilement son propos en alternant les rythmes et les atmosphères. Au jeu des comparaisons, disons que ce MDF1 – The Wizard de bonne tenue évoque parfois John Petrucci et DREAM THEATER. Nous ne sommes quand même pas tout à fait au même niveau de maestria.
Dans les limites de l’exercice de l’album instrumental qui n’intéressera pas trois quart d’entre vous, Marco de Francesco tire habilement son épingle du jeu et fait montre de belles qualités de compositeur. Le potentiel est là mais il lui faudra passer la vitesse supérieure et ajouté du chant pour vraiment confirmer son talent. Il risque sinon de n’être connu que des spécialistes et sans parvenir à toucher le plus grand nombre.
Oshyrya (07/10)
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Lion Music / 2015
Tracklist (51:39 mn) 01. Nuclear Alarm 02. El Dorado 03. Supernova 04. The Wizard 05. Secrets 06. Nibiru 07. Golden Silence 08. Moosong 09. Memories 10. Two Days After Disaster