Nous sommes tous fait d’innombrables contradictions. Alors que j’apprécie beaucoup l’école Power métal symphonique saturée d’orchestrations, de guimauve et de fioritures sucrées, je prends également un plaisir certains à l’écoute de chansons minimalistes ou l’atmosphère et les sentiments effleurés prennent l’ascendant sur une débauche de moyens et de pistes enregistrées en parallèle. Les suisses de LAST LEAF DOWN se positionne dans cette deuxième catégorie en offrant au public un premier disque, Fake Lights, qui s’enracine dans la scène shoegaze et post-rock.
Le groupe a connu une évolution musicale accélérée assez proche des expériences ANATHEMA, OPETH ou encore KATATONIA. Né en 2003 à Solothurn, ils évoluent alors dans une veine doom très sombre et pesante. L’arrivée d’un nouveau chanteur et d’un nouveau batteur en 2007 révolutionnera leur son pour glisser vers la démarche éthérée et atmosphérique dévoilée ici. Amateurs de longues plages planantes et de lignes de chant rêveuses et susurrées, Fake Lights devrait parler à votre petit cœur sensible. Les suisses ont un vrai talent pour tisser sous nos yeux une atmosphère chargée d’émotions, mélancolique, en quelques secondes avec une économie de moyens: quelques nappes de claviers, une rythmique et une guitare suffisent. Les musiciens semblent être en permanence à fleur de peau, la voix de Benjamin Schenk faisant le reste. Ce dernier n’est pas un chanteur exceptionnel mais il parvient quand même à transmettre beaucoup. Difficile de ne pas penser à la scène dark/coldwave des années 80 et en particulier à des albums comme le superbe et culte Disintegration des THE CURE. Nous pourrions également citer les plus contemporains KATATONIA, ANATHEMA ou MOGWAI.
En ce dimanche automnal gris et pluvieux, Fake Lights constitue une parfaire bande son. Sans orchestre ni trompette, les suisses parviennent à accoucher d’un album de qualité qui parvient à invoquer l’esprit des grands anciens du temps de leur splendeur à la fin des années 80. Saluons donc ces débuts réussis et attendons la suite de pied ferme tant il s’avère difficile de durer sur ce créneau.
Oshyrya (7,5/10)
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Lifeforce Records / 2014
Tracklist (51:05 mn) 01. Refulgence (Intro) 02. In Dreams 03. The Thought That I Saw You 04. In These Waters 05. Inmost Life 06. Giant 07. Growing Fear 08. The Theme 09. An Endless Standoff 10. Truth Is A Liar 11. Wish To Leave 12. Born Dead 13. Fake Lights In The Sky
Cette fin d’année 2014 me semble particulièrement emprunte d’une belle dose de nostalgie. Cela vient peut-être de votre serviteur lui-même mais quelques sorties récentes ont de quoi créer une brèche temporelle nous renvoyant dix ans en arrière. Après Astralion (chronique ici) qui tentait maladroitement de rendre à la vie la période faste du Speed Métal à la STRATOVARIUS, voici les italiens qui reviennent nous voir avec une régularité métronomique un nouvel album sous le bras. Il s’agit d’un des rares groupes (avec ANCIENT BARDS par exemple) à maintenir vivace cette école transalpine du power métal symphonique en complément des deux incarnations de RHAPSODY.
Un an et demi après Altor: The King's Blacksmith (chronique là), voici donc Antillius: The King Of The Light qui narre la vie du roi de Kaledon, l’un des personnages de la Legend Of The Forgotten Reign saga développée sur six albums entre 2002 et 2010. Musicalement parlant, les italiens se veulent être les héritiers d’une longue tradition et continuent leur quête en appliquant encore et encore la recette type. Rien de bien nouveau sous le soleil, les riffs et les rythmiques de guitares sont puissantes à souhait, les orchestrations et nappes de claviers ne manquent pas et le chant de Marco Palazzi tente d’insuffler une âme à l’ensemble. Pour un vieux fan comme moi de cette scène transalpine, le résultat est loin d’être désagréable même si l’impression de déjà-entendu s’impose rapidement. Signalons le duo masculin féminin sur « Elisabeth » avec la présence d’Angela di Vincenzo de SECRET RULES en guest. La pochette quant à elle est signée du désormais incontournable Felipe Machado Franco qui signe les visuels de 80% des groupes speed / power (BLIND GUARDIAN, RHAPSODY, SINBREED, BRAINSTORM)…
Sans que je ne puisse véritablement l’expliquer, autant le précédent opus de KALEDON m’avait déçu, autant celui-là trouve quelques grâces à mes yeux. La recette est rigoureusement identique et pourtant, ces chansons semblent posséder une attractivité et un souffle absent de l’album précédent. Je vieillis et ce qui me rappelle des temps apparemment plus heureux et plus simples rencontre une certaine résonnance. Ma conclusion précédente est toujours d’actualité : préférez les originaux vieux d’un moins une décennie mais si vous cherchez une variation contemporaine, KALEDON devrait faire l'affaire.
Oshyrya (6,5/10)
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Scarlet Records / 2014
Tracklist (66:13 mn) 01. In Aeternum 02. The Calm Before The Storm 03. Friends Will Be Enemies 04. Elisabeth 05. New Glory For The Kingdom 06. The Party 07. The Evil Conquest 08. Light After Darkness 08. The Angry Vengeance 09. My Will 10. The Glorious Blessing 11. The Fallen King
Drôle d’objet que ce nouvel album d’IN TORMENTATA QUIETE. Les italiens proposent une musique complexe à la confluence de nombreux genres musicaux. A l’image de ce que font SOLEFALD ou encore ULVER, les carcans se brisent et l’inspiration dicte le chemin à parcourir sans s’embarrasser des étiquettes. Le label parle de Black Metal d’Avantgarde mais cela ne signifie franchement pas grand-chose. L’aventure d’IN TORMENTATA QUIETE a commencé en 1998 et a accouché de deux albums: In Tormentata Quiete en 2003 et TeatroElementale en 2009. Le groupe ne compte pas moins de sept membres avec trois chanteurs, une voix féminine et deux voix masculines, l’une en chant clair et l’autre en chant extrême.
Cromagia est un disque construit autour d’un concept développant l’idée que la musique est colorée par les émotions de ses géniteurs. Le groupe aborde chaque chanson comme une couleur (bleu, rouge, vert, jaune et noir) qui tente de retranscrire les émotions humaines en les incarnant par des couleurs. Ce postulat impose donc que les influences et les styles abordés sont multiples et rendent difficile la description de la musique proposée. Dans l’ensemble les chansons restent assez accessibles, avec des touches atmosphériques assez marquées. Le seul élément extrême s’avère être les interventions en chant criard typé Black Métal qui parsème le disque çà et là. Très plaintif, assez en retrait, ce chant n’est souvent pas des plus heureux et tombe un peu comme un cheveu sur la soupe. De longues plages instrumentales voient le groupe expérimenter et naviguer sur des rivages très variés comme sur ce « Rosso » aux sonorités indiennes.
Loin d’être désagréable, Cromagia a de quoi dérouter plus d’un auditeur attentif tant il s’avère ardu de suivre le fil tissé par les transalpins. Ce disque s’apparente à un vaste pot-pourri d’influences entre folk, rock progressif et touches extrêmes. On sent bien que le groupe a beaucoup intellectualisé et peaufiné son concept et ses membres poursuivent un but spécifique qui en échappera à plus d’un.
Oshyrya (06/10)
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My Kingdom Music / 2014
Tracklist (60:24 mn) 01. Blu 02. il profumo del Blu 03. Rosso 04. il sapore del Rosso 05. Verde 06. il sussurro del Verde 07. Giallo 08. la carezza del Giallo 09. Nero 10. la visione del Nero 11. InVento