Je ne suis pas d’une culture encyclopédique (gloire à Hamster) sur le mouvement Doom métal mais j’ai beau fouiller ma mémoire et je ne trouve pas trace d’un groupe de cette obédience mené par une femme. C’est bien le cas des britanniques d’ALUNAH qui voient Sophie Day officier derrière le micro. Avec déjà deux albums au compteur, Call of Avernus (2010) et White Hoarhound (2012), nos amis ont déjà réussi à se faire un petit nom et ainsi se faire signer chez les très actifs autrichiens de Napalm Records.
Evoluant entre Doom et Stoner, ALUNAH met beaucoup d’application à suivre religieusement la recette du bon petit doom made in England. Il faut dire qu’ils n’ont qu’à se pencher sur le cas des grands anciens originaires eux-aussi de la perfide Albion. BLACK SABBATH bien sûr mais aussi CATHEDRAL ne sont jamais très loin. Les guitares tronçonnent à souhait et impriment un rythme désespérément lourd et lent. Le côté lancinant et hypnotique fonctionne assez bien, l’auditeur risque de rentrer rapidement dans une certaine léthargie propre au genre. Le savoir-faire est évident et ALUNAH déploie lentement son ombre tout au long de ces six longues compositions, chacune entre six et huit minutes.
Bien sûr le chant féminin amusera quelques minutes mais pour le reste les britanniques sont restés très sages, largement dans les clous sans volonté d’innover ou de surprendre. Tout ici sonne très très très classique et risque de finir par lasser malgré l’affichage de beaux standards. Après plus de quarante ans d’existence bien des champs auront été labourés par ce mouvement doom et pas sûr qu’ALUNAH parvienne à émerger de la masse. Tous les fans se sentent forcément un peu orphelins outre-Manche suite à l’arrêt de CATHEDRAL mais ALUNAH n’apparait être, pour l’instant, qu’un palliatif sympathique mais fragile. Il va en falloir un peu plus pour vraiment nous convaincre.
Oshyrya (6,5/10)
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Napalm Records / 2014
Tracklist (47:39 mn) 01. Bricket Wood Coven 02. Heavy Bough 03. Awakening The Forest 04. The Mask of Herne 05. Scourge and The Kiss 06. The Summerland
Si le nom de Mike LePond ne vous dit rien, tout d’abord permettez-moi de ne pas vous féliciter (toute une culture musicale à refaire…) et vous rappelez que le monsieur est un bassiste américain qui évolue au sein du groupe de métal progressif du New Jersey SYMPHONY X depuis l'album V The New Mythology Suite sorti à l'automne 2000. Il a su se fondre intelligemment dans le collectif et remplacer avec talent Thomas Miller. SYMPHONY X est un pilier dans son genre aux côtés de DREAM THEATER et reste l’un des rares groupes a avoir pu imposer son style et un son reconnaissable entre mille. Oui bien sûr SYMPHONY X doit beaucoup à son guitarsite Michael Romeo et son chanteur Russell Allen mais LePond aura su ces dernières années apporter sa petite contribution à l’édifice.
SYMPHONY X mettant ces dernières années entre quatre et cinq ans entre chaque sortie les autres membres du groupe en dehors de l’achitecte musical Michael Romeo ont beaucoup de temps pour mener à bien d’autres projets. Russell Allen ne s’en prive d’ailleurs pas avec ALLEN/LANDE et ADRENALINE MOB. Voici donc le tour du bassiste de proposer son album solo. Cependant SYMPHONY X n’est jamais loin puisque Michael Romeo a donné un coup de main sur cet album.
Nous sommes ici loin du métal prog hyper technique et super chiadé habituel, LePond a souhaité proposer un disque dans une veine heavy métal classique, typique de l’école américaine à l’image d’un VICIOUS RUMORS. Pour mener à bien son entreprise, LePond a lancé avec succès une levée de fonds via Kickstarter et s’est entouré en plus de Michael Romeo de Metal Mike (HALFORD, TESTAMENT) aux guitares lead et Alan Tecchio (AUTUMN HOUR, WATCHTOWER) au chant. Ce dernier abat un gros boulot dans une veine vocale assez proche de Rob Halford ou Tim Owens. Les montées dans les aigues sont légions et pourraient en énerver plus d’un. Musicalement parlant, il n’y a pas tromperie sur la marchandise, un heavy métal très couillu et puissant, des mélodies viriles et des refrains accrocheurs. Si l’on prend en compte le CV des participants, il n’est pas surprenant de constater que le niveau technique soit assez élevé même si on peut franchement regretter que toutes les batteries soient programmées. Silent Assassins se veut un album très varié avec différentes ambiances et rythmes. Le calme et la douceur d’un « The Quest » répondra ainsi à la vitesse et la fureur d’un « Apocalypse Rider ». La basse est bien sûr mise très en avant sans que cela ne porte ombrage à l’ensemble et LePond se fait plaisir comme sur l’introduction de « The Outsider ». Le disque se termine sur l’ambitieux et épique « Oath Of Honor » qui tient la route malgré ses onze minutes au compteur.
Les personnalités de Romeo et Allen sont tellement fortes au sein de SYMPHONY X qu’il est difficile de vraiment cerner la contribution des autres. Michael Pinella déjà en son temps via un album solo et maintenant Michael LePond rappellent à tous qu’ils possèdent un solide talent de compositeur et qu’il apporte eux aussi une valeur ajoutée au collectif. Silent Assassins n’est en rien révolutionnaire mais il montre un bassiste en pleine possession de ses moyens aussi bien au niveau technique que de la créativité. Respect.
Oshyrya (07/10)
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UDR Music / 2014
Tracklist (57:10 mn) 01. Apocalypse Rider 02. Red Death 03. The Quest 04. The Outsider 05. Masada 06. Silent Assassins 07. Ragnarok 08. The Progeny 09. Oath Of Honor
Quand l’habit fait le moine notre travail de chronique s’en trouve grandement facilité. C’est le cas aujourd’hui avec ce NEOPERA qui vous le devinez bien n’évolue dans un le domaine du death métal technique cher à certains des membres de cette rédaction. Et il est donc bien naturel que ce disque tombe dans mon escarcelle puisque je suis le rare chroniqueur parmi cette bande de sauvages, que j’appelle fièrement amis, à avoir un peu de sensibilité à revendre.
Nouveau groupe oui mais pas nouvelles têtes puisque derrière ce nouveau venu hambourgeois se cache Dirk Schlächter, bassiste de GAMMA RAY et Jorn Schubert le guitariste de DARK AGE. Assez bizarrement, ils ont eu envie d’exprimer leur talent déjà reconnu à travers un nouveau projet symphonique agrémenté de touches gothiques ici et là. Ajoutez à ce tableau deux chanteurs évoluant dans un registre lyrique et un « hurleur » de service et vous obtenez NEOPERA.
Quelques sonorités étonnent mais l’ensemble proposé ici reste quand même assez sage et attendu. Au jeu des comparaisons, l’écoute de ce Destined Ways rappellera forcément tantôt EPICA ou NIGHTWISH tantôt le THERION des derniers opus. Il faut reconnaître que la musique proposée passe bien, le talent de Schlächter et Schubert n’étant plus à démontrer. Ils sont restés sages mais sauront satisfaire la majorité des fans de douceurs symphoniques. Le mélange des chants, voix claires, registre lyrique et growls est une bonne idée et se voit ici bien optimisé. Les mélodies et les refrains ne vont pas chercher midi à quatorze heure mais les orchestrations et les nappes de claviers viennent donner une belle ampleur à l’ensemble. Les chansons s’enchainent sans fausse note et NEOPERA a su cocher toutes les cases : touches gothiques, soli ravageurs, une impression de musique de film, la ballade, vraiment tout y est. Et finalement le petite gêne ressenti écoute après écoute trouve peut-être sa source dans ce manque flagrant de fraicheur. Avec Destined Ways tout semble trop propre, trop intellectualisé, comme une recette de cuisine suivie à la lettre sans imagination ni fantaisie.
Il n’est jamais agréable d’avoir l’impression d’être manipulé, mené par le petit bout du nez. Tout est ici trop beau pour être complétement convaincant. Malgré toute cette lumière qui brille, une ombre continue d’obscurcir le tableau en arrière-plan. Destined Ways est tout à fait recommandable une fois les précautions d’usages rappelées. Si vous aimez les groupes déjà cités dans cette chronique vous avez de grandes chances de tomber sous le charme de NEOPERA. Profitez tout en vous sachant manipulé.
Oshyrya (07/10)
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VeryCords / 2014
Tracklist (53:48 mn) 01. The Marvel of Chimera 02. A Call to Arms 03. Remote 04. Destined Ways 05. Falling Water 06. The Greed 07. Error 08. Last Pantomime 09. Equilibria 10. Requiem 11. Song of Revenge 12. The Unspeakable